CHAPITRE IV
Des soins préliminaires pour la naissance des vers à soie.
Les premières opérations par lesquelles on commence chaque année à exercer Tart de faire produire les cocons sont de détacher des linges les œufs des vers à soie, et de les disposer pour les faire éclore.
Ces opérations exigent, comme on le verra, beaucoup de soins et d'application ; mais l'opération qui a pour but de faire naître les vers à soie à propos et avec succès peut, avec raison, être considérée comme la plus essentielle.
En général, ceux qui, chez nous, élèvent ces insectes, ont eu jusqu'ici et ont encore beaucoup de peine à se faire une idée exacte de la grande difiérence qu'il y a entre les climats chauds originaires des vers à soie et les nôtres. Obligés d'employer l'art pour suppléer à ce qui manque dans nos pays pour égaler les avantages des climats chauds , nous avons senti le besoin d'établir quelque méthode pour faire naître et élever ces insectes , de manière à pouvoir les conserver sains, vigoureux, et dans les temps les plus convenables à nos intérêts.
Hais qu'a-t-il été fait pour cela? Dans le temps
passé, tous les éducateurs pensaient qu'on pouvait laisser naître spontanément les vers à soie , ou que , s'il était nécessaire de créer un climat artificiel propice à leur naissance , on n'avait besoin d'employer que la chaleur du fumier, ou celle des lits , ou bien celle du corps' humain , des cuisines et autres lieux semblables.
Il est aujourd'hui reconnu que tous ces moyens sont très-incertains, et bien souvent funestes à la vie de ces insectes. L'expérience ayant bien prouvé cela, il en est résulté qu'on s'est découragé. On ne doit donc pas s'étonner si on trouve des preuves claires de la destruction des mûriers, ou d'un abandon total de leur culture dans ces derniers siècles, et si certains cultivateurs ont désespéré de pouvoiç élever les vers à soie avec avantage.
Cependant , depuis que le luxe a formé des chambres chaudes , appelées serres , pour faire végéter et conserver dans une température plus élevée que celle de nos chmats les plantes exotiques, il était facile de saisir ce moyen pour faire éclore les vers à* soie; Ce n'a été pourtant que très-tard qu'on y a pensé, quoiqu'il offrit l'avantage de pouvoir faire naître ei^jpeu de jours , avec assurance et facilité , une quantité quelconque de ces insectes , et de les élever avec le même avantage. Ce précieux moyen n'est pas même encore bien répandu ; et , ce qui est pis, ceux qui l'emploient n'y mettent pas l'exactitude nécessaire pour en retirer un grand avantage. II arrive de cela que des couvées entières de vers à
soie $e gâtent tout à fait , ou au moins s'altèrent beaucoup.
Je (erai connaître, dans ce chapitre , les soins que les œufs exigent pour être disposés au développement convenable des vers, et ceux qu'il faut pour déterminer et conserver la température nécessaire.
Je traiterai :
l"" De la préparation préliminaire des œufs ;
%"" De la nécessité du thermomètre pour déterminer les températures convenables à la naissance et à l'éducation des vers ;
3"" De Yélwe dans laquelle ils doivent naître ;
4"" De leur naissance.
Préparations préliminaires des œufs des vers à soie.
On suppose que les œufs soient bons et bien conservés, ainsi que je l'ai prescrit ailleurs (Chapitre X).
Vers la fin de mars (1), on porte dans une chambre convenable les linges sur lesquels les œufs sont attachés; on en fait plusieurs doubles; on les plonge
(1) Dans le midi de la France, l'incubation ne commence que dans les derniers jours d'avril ou la première quinzaine de mai. B.
dans am seau d'eau de citerne ou de puits ; on les remue bien dans l'eau jusqu'à ce qu'ils en soient bien imbibés , et on les laisse dans le seau à peu près six minutes : ce temps suffit pour amollir la substance gommeuse qui tient les œufs attachés entre eux et au linge.
Il faut avoir, dans cette chambre , une table proportionnée à la grandeur des linges.
Lorsque les six minutes sont passées , on sort les linges du seau, on les laisse égoutter deux ou trois minutes, les tenant dans les mains ; on les place ensuite sur la table , et on les étend tous ou en partie ; on tient bien étendu le linge du côté où l'on veut commencer à séparer les œufs avec un racloir [Fig. 3) ; ils se détachent peu à peu. Le racloir ne doit pas être trop aigu , afin de ne pas endommager les œufs , ni trop obtus , afin de pouvoir les détacher facilement. Un couteau à papier remplit parfaitement cet office. Les œufs tiennent peu sur des linges mouillés.
Lorsqu'on en a détaché une bonne portion, on les entasse sur le linge même ; on les enlève ensuite avec le même racloir, et on les dépose dans un bassin : on continue à faire cette opération jusqu'à ce que tous les œufs aient été recueillis et mis dans le même bassin*
On verse alors de l'eau sur ces œufs, et on les lave légèrement, afin de les bien détacher les uns des autres. L'eau dans laquelle on les lave devien-
dira très-sale, attendu qu'ils sont toujours plus ou moins salis par les matières que déposent les papillons.
On voit surnager les coques du peu d*œufs dont les vers sont sortis (Chap. V) ; on en voit beaucoup de jaunes non fécondés , et même d'autres qui n'ont pas cette couleur, mais qui sont légers : on doit enlever de suite tout ce qui surnage. Si les œufs ont été recueillis dans une mauvaise saison , surtout par un temps froid, il y en aura beaucoup de jaunes , et même de roussâtres , qui iront au fond , quoique non fécondés (Chap. IX et X).
Après avoir bien agité Teau, on la verse sur un tamis ou sur un linge pour en séparer les œufs.
0n met dans un bassin les œufs du tamis et ceux qui sont restés au fond du seau ; on verse dessus du vin léger, blanc ou rouge (1). On lave de nouveau les œufs , les frottant légèrement. Mon usage était d'agiter le vin avec les œufs avant de couler le mélange; en versant ensuite promptement, le vin entraînait les œufs les plus légers. Je pouvais , de cette manière, distinguer et séparer les œufs un peu plus pesants. L'expérience m'a démontré que ces œufs sont tous également bons. J'ai reconnu, par de nouvelles observations , que la différence de leur pesanteur spécifique était très-petite (2). Quand on
(1) J'ai lavé les œufs tantôt avec Teau , tantôt avec l'eau et le vin ordinaire, et tantôt a>ec le vin pur. Jusqu'à présent je n'ai pu reconnaître de différence entre l'usage de ces divers liquides. .
|2) La différence de pesanteur spécifique entre les différents œufs
a ôté le vin, on fait bien égoutter les œufs, et on les étend sur d'autres linges.
Lorsqu'on a des chambres pavées en briques, on doit y étendre les linges , ayant soin de les changer de place toutes les quatre ou cinq heures. Ces pavés attirent promptement Thumidité , et sèchent plus vite les œufs.
Si on ne peut employer ce moyen , on y supplée par des claies d'osier. Au bout de deux jours les œufs sont ordinairement secs ; alors on les met sur des assiettes par couches d'un demi -travers de doigt, et on les y laisse jusqu'au moment qu'on veut les faire éclore, ayant soin de les préserver des rats. Il est essentiel de les placer dans des lieux frais et secs, qui n'aient pas plus de douze degrés de chaleur au thermomètre de Réaumur.
Toutes ces opérations n'exigent qu'une heure de temps pour trente onces d'œufs.
Voici de quelle manière est employée cette heure : les œufs enveloppés dans les linges restent six minutes dans le seau d'eau ; l'eau doit être très-récem-
fécondés des vers à soie de quatre riiues n'est pas certainement sensible; je crois même qu'il n'y en a pas.
Je dis fécondés, parce que j'ai trouvé une différence manifeste en poids entre ceux-ci et les œufs non fécondés , jaunes et rougeâtres, quoique tous eussent une pesanteur spécifique plus grande que l'eau.
Par exemple , pour faiie une once d'œufs fécondés, il en faut 39,168
Pour une once d'œufs rougeâti^s mal fécondés. . . 43,080
Et pour une once d'œufs jaunes non fécondés. ... 44^100
ment tirée de la citerne ou du puits ; il faut cinq minutes pour les faire égoutter, vingt-cinq minutes pour détacher entièrement les œufs des linges et pour les mettre dans le bassin ; cinq pour les laver et pour séparer ceux qui sont légers et non fécondés ; cinq pour faire égoutter Teau passée à travers le tamis ; quatre pour laver les œufs avec le vin ; cinq pour passer le vin à travers le tamis, et cinq enfin à peu près pour bien étendre les œufs sur des linges préparés pour les faire sécher.
Nécessité du thermomètre pour déterminer les températures convenables à la naissance et à l'éducation des vers à soie. .
Le magnanier doit employer le thermomètre pour s'assurer du degré de chaleur nécessaire dans le lieu où il veut faire éclore les vers à soie. Avec ce précieux instrument , l'expérience nous démontre qu'il importe peu que le ver à soie vive dans une température semblable à celle de ses climats originaires plutôt que dans une autre , pourvu que sa variété ne lui fasse pas éprouver des secousses «dans ses différents âges.
Le thermomètre [FigA], simple par lui-même, est un moyen d'autant plus sûr, qu'il ne dépend nullement de la volonté et du caprice des hommes.
Quoique ce ne soit pas le seul instrument utile dans cet art, comme nous le verrons au chapitre VII, je dois en parler exclusivement dans ce moment.
Disons donc que , pour faire naître et pour bien élever les vers à soie , il faut plusieurs thermomètres qui soient bien faits.
Les thermomètres se font ou avec le mercure, ou avec Tesprit-de-vin. Ceux faits avec le mercure sont toujours les meilleurs , parce que la dilatation ou la concentration de ce métal , selon le degré de chaleur auquel on le soumet , se proportionne plus exactement qu'avec Tesprit-de-vin. D'ailleurs les thermomètres à esprit-de-vin qu'on vend aujourd'hui, et qui sont, il est vrai, de peu de prix, sont imparfaits ; leur tube a en général le diamètre intérieur inégal, ce qui induit souvent en erreur l'éducateur le plus attentif, puisqu'on ne voit pas que le liquide contenu dans le thermomètre s'élève et s'abaisse en proportion qu'augmente ou diminue la chaleur. On doit donc faire la dépense de bons thermomètres à mercure pur.
Il arrive quelquefois que le tube du thermomètre se déplace sur l'échelle , ce qui peut rendre les indications trompeuses.
Pour remédier à cet inconvénient , on place les divers thermomètres horizontalement , l'un à côté de l'autre , sur une table où on a mis aussi un autre thermomètre qui est exact. On laisse ainsi ces thermomètres pendant une heure, afin de voir sur chacun
le degré précis qu'il indique. On hausse ou on baisse ensuite les tubes qui ne sont pas d'accord avec le thermomètre exact : c'est la bonne manière de les régler. On fixe ensuite les tubes k la tablette par le moyen de la cire à cacheter fondue.
Il y a des personnes qui pensent qu'avec leurs sens «lies peuvent juger de la température de l'établissement sans le secours du thermomètre. La science et la pratique prouvent qu'il n'y a rien de plus incertain et de moins fondé. Les sensations extérieures et les dispositions de notre corps sont souvent en opposition à ce que nous fait voir le thermomètre. Par exemple , l'état plus ou moins sec ou humide de l'atmosphère, quoique les degrés soient les mêmes sur le thermomètre, nous fait éprouver des sensations si différentes , qu'on pourrait sentir, dans un jour d'été auquel le thermomètre marquerait 22 degrés, moins chaud que le jour précédent, dans lequel la température aurait été de quelques degrés au-dessous , et cela parce que, le jour des 22 degrés, il soufflait un vent sec du nord, et que, le jour précédent, il régnait un vent humide du midi.
Les thermomètres sont donc indispensables.
§in.
De Vétuve dam laquelle on fait naître les vers à soie.
On doit d'abord faire usage du thermomètre dans l'étuve destinée à faire naître les vers à soie.
Les œufs de ces insectes , ainsi que de toute la classe des chenilles, n'éclosent pas par le moyen des couvées, mais par l'action générale d une température chaude qui les entoure de tous côtés. Comme il est de notre intérêt que le ver à soie se développe plutôt dans im temps que dans un autre , et que d'aillems cet insecte doit être élevé dans une saison qui, chez nous, n'a pas le degré de chaleur des climats d'où il est originaire, il est indispensable de lui fournir une température artificielle qui lui convienne.
On doit préférer une petite chambre à une grande, parce qu'on y règle mieux le degré de chaleur qui est nécessaire, et que d'ailleurs on économise le combustible.
La petite chambre dans laquelle je fais naître les vers n'a qu'à peu près onze pieds de longueur, de largeur et de hauteur, et l'on y peut faire éclore commodément non -seulement dix, vingt, trente onces d'oeufs, mais même deux cents. Elle doit être bien sèche.
11 faut y placer tous les objets nécessaires. Certains lecteurs trouveront peut-être , dans ce que je vais dire, que je suis minutieux ; mais cela ne m'arrête pas, pensant à l'importance de l'art pour lequel j'écris.
Voici donc ce que cette petite chambre doit contenir :
1® Un poêle assez grand , non de fer, parce qu'on ne pourrait pas le bien régler, mais bien de briques minces ; il doit être isolé (Fig. 5).
11 est destiné à élever lentement, à volonté, et avec peu de bois, la température de la chambre.
2** Plusieurs boîtes, qui doivent être de gros carton si elles sont petites, et de bois mince si elles sont grandes [Fig. 6)-
La grandeur de ces boîtes doit varier selon la quantité d'œufs qu'on veut y faire éclore. Pour une once d'œufs , il faut un espace d'à peu près huit pouces carrés. Cette donnée suffit pour faire faire la quantité de boîtes qui est nécessaire ; nous verrons dans la suite combien il est utile qu'on ne change jamais cette règle. Si on veut faire naître dans une seule boîte plus de six onces d'œufs , il faut que la boîte soit de bois mince : la hauteur des boîtes en carton ne doit être que d'un demi-pouce. On donnera à celles de bois une hauteur proportionnée à leur grandeur.
Toutes les boîtes doivent être distinguées par un numéro très-visible.
3° Quelques claies d'osier (Fig. 7), ou quelques tables.
Les claies doivent se placer contre la muraille à la distance d'à peu près deux pouces ; il faut qu'elles soient soutenues par deux morceaux de bois enfoncés dans le mur. Lorsqu'on a à placer plusieurs claies , on les met l'une sur l'autre à la distance de vingtdeux pouces. Les claies servent pour les diverses boîtes dans lesquelles se trouvent les œufs qu'on veut fedre éclore. On dispose les boîtes sur les claies de manière qu'on puisse les examiner commode-
ment et aussi souvent qu'il le faut. On doit avoir toujours l'attention de placer les claies à une certaine distance Tune de l'autre.
4** Une cuiller [Fig. 8). Elle est d'une forme commode pour pouvoir bien remuer les œufs.
5** Plusieurs thermomètres. Les thermomètres, suspendus dans divers endroits de la chambre , ou r mieux encore , étendus à côté des boîtes , indiquent la température précise de tel ou tel point de Yétuve. Il est bon qu'on sache, à ce sujet, que la température n'est pas égale dans tous les points de Yétuve; la différence s'observe notablement aux points extrêmes, c'est-à-dire du côté le plus près du poêle et de la porte. Cette observation peut être très-avantageuse, parce qu'on pourra à volonté avancer ou retarder de quelques jours la naissance d'une quantité quelconque de vers à soie , lorsqu'on sera informé que , dans telle ou telle propriété , les germes des mûriers sont développés. On sait que la feuille est plus ou moins précoce , selon le lieu où est le mûrier.
6^ Quelques petites tables sans pieds et légères (Fig. 9). Elles sont utiles. soit pour transporter les petites boîtes qui contiennent les vers naissants , ou bien ces mêmes insectes dans leurs divers âges. Elles doivent être assez longues pour poser sur les deux bords des claies prises dans leur largeur , et avoir un pied de largeur.
l"" Un soupirail dans le milieu du plancher de la chambre [Fig. 10). Ce soupirail, qui reste en général fermé, sert à tempérer la chaleur de la chambre,
si elle s'élève au-dessus du degré que j'indiquerai dans la suite pour la naissance des vers.
Par ce moyen on peut établir un courant d'air doux, en ouvrant le soupirail et la porte, et diminuer l'excès de chaleur qu'aurait indiqué le thermomètre,
8** Une fenêtre vitrée pour éclairer Yéluve. C'est une erreur populaire de croire que la lumière ne vivifie pas les vers à soie , comme cela a lieu pour tous les autres êtres vivants. Ce fluide n'incommode le ver , comme nous le verrons par la suite , que lorsqu'il est devenu un animal parfait , c'est-à-dire papillon (Chap. X).
n ne faut pas autre chose pour Yétuve. Il serait superflu de dire que cette chambre peut servir après la naissance des vers pour les y élever.
n est aussi inutile de dire que cette même chambre, qu'on échauffe à très -peu de frais (1),
(1) Sans cher d'autres années dans lesquelles le printemps a été plus chaud ^ je vais rendi*e compte de ce qui s'est passé en 4814 , où il m'a fallu l'etarder de quelques jours la naissance de mes vers.
J'ai noté les degrés de chaleur que je donnais à Yétuve, et quelle était ^ au couchant^ la température extérieure de cette chambre à cinq heures du matin.
Température de Vétuve. Température extérieure.
11 mai^ degrés 14 degrés 9.
peut aussi servir pour tes œufs de toute autre personne que le propriétaire. On peut parfaitement la considérer comme une boutique d'ouvrier qui reçoit, travaille et vend une matière quelconque.
§ IV
Naissance des vers à soie.
Lorsque le cultivateur a observé le degré de végétation des mûriers , et qu'il croit lui convenir d'avoir ses vers prêts à peu près dans dix jours, il met dans
Température de Vétuve. Température extérieure,
14 mai^ degrés 14 degrés 0.
Pendant ces treize jours employés pour préparer et obtenir la
naissance des vers, il a été consumé deux quintaux de bois, petit ou gros. J'ai dit plus baut que le poêle en brique présente de fa^antage sur celui de fer, relativement à l'économie du bois. Le poêle de fer dévore promptement ce combustible, et est même une cause de destruction des vers à soie, parce qu'on ne peut pas bleu r^ler sa chaleur.
J^'aurais pu faire naître les œufs dans moins de jours; mais je dus les retarder, vu la mauvaise saison qui empêchait le développement
les petites boîtes qu'il a déjà préparées la quantité d'œufs qu'il veut faire éclore. Il les pèse exactement, et, ayant préparé un registre où il doit noter tout ce qu'il fait et observe dans tout le cours de la vie des vers , il commence à y noter le jour et l'heure qu'il a mis les boites dans Yétuve , ainsi que le numéro qui doit les distinguer, et enfin tout ce qui peut être utile, à savoir. On doit recouvrir de papier les claies sur lesquelles on place les boîtes. La distance que j'ai déjà recommandée entre les boites sert à empêcher qu'aucun ver ne passe de l'une à l'autre.
Si la température de l'étuve n'était pas à 1 4 degrés le jour qu'on a fixé pour y mettre les œufs , on y allumerait un peu de feu pour qu'elle montât à ce degré. Cette température doit s'y conserver deux jours.
Quand le thermomètre marque que l'air extérieur est à plus de 1 4 degrés , on ferme les contrevents de la chambre lorsqu'il fait du soleil , et on ouvre le soupirail et la porte.
Le 3* jour , la température doit être portée à «5 degrés ; le 4% à 16 ; le 5% à 17 ; le 6% à 18 ; le 7% à 19; le 8% à 20; le 9% à 21 ; les 10% 11« et 12% à 22 (1).
de la feuille. De cette manière je gagnai trois ou quatre jours , relativement au terme ordinaire, fixé au chapitre IV, § IV.
(1) Si les œufs n'éclosent pas à 22 degrés^ on pourrait encore élever la température jusqu'à 24 degrés; mais il importe de ne pas dépasser cette limite. B.
Les signes de la naissance prochaine des vers sont les suivants :
La couleur gris cendré , que les œufs avaient auparavant , se rapproche peu à peu du bleu de ciel , ensuite du violet ; elle redevient cendrée, puis tirant sur le jaimâtre, et enfin d'un blanc ^ale.
Ces diverses gradations de couleur sont cependant sujettes à quelques exceptions, selon le moyen qu'on a employé pom laver les œufs. J'en ai vu, par exemple, qui avaient été tellement colorés par le vin rouge, que non-seulement cette couleur persista , mais encore que les coques elles-mêmes restèrent colorées après que les vers furent éclos-
Si on a mis les œufs des différents propriétaires dans une même éluve , on observera des différences non-seulement dans les changements successifs de couleur, mais encore aux époques de la naissance des vers. Ces insectes provenant d'œufs exposés, dans le cours de Tannée ou durant Thiver, à une température assez douce, ou de ceux qui ont souffert ce qu'on appelle la macération (1), naissent
(1) Par macération on entend conununément mettre les œufs dans des sachets^ sous des coussins ou des matelas^ ou bien entre des couvertui'es de laine ou autres choses semblables^ jusqu'au moment de les placer dans Vétuve. Ceux qui les mettent en macération ont soin de remuer les sachets de temps en temps, pour les empêcher de se trop échauffer. Les macérations s'emploient pour que les yers naissent plus promptement , lorsqu'on les met dans Té^ve ou atlleui*s.
quatre ou cinq jours plus tôt , c'est-à-dire à la température de 17, 18 ou 19 degrés. S'ils ont été tenus à une température très-froide , ils naissent quelques jours plus tard.
Le poêle donne à chaque œuf indistinctement la quantité de chaleur qui lui manque pour perfectionner l'embryon et le faire convertir en ver. Lorsque les œufs ont été tenus , dans le courant de Tannée , à un certain degré de chaleur, il en faut moins au poêle pour que les vers se développent. Cela est si vrai et si digne d'attention , que, lorsque les œufs ont été tenus dans Thfver à une température de 10 ou 1 Si degrés, ou entassés, ils naissent sans le secours du poêle et spontanément , dès que la chambre où ils se trouvent est un peu échauflTée , époque à laquelle le mûrier n'a encore donné aucun signe de végétation. Dans un pareil cas, on est obligé
Avec celte méthode, quel est le cultivateur qui peut deviner à quel degré de température auront été exposés les œufs , et combien de degrés de chaleur il leur manque pour que les vers éclosent dans Yétuve't Qui saura à quelle hauteur doit être porté le thermomètre ,dans Vétuve pour recevoir les œufs macérés, sans nuire à Tembryon, ou au développement des vers?
Ce procédé incertain est nécessaii-ement nuisible au développement régulier des vers. J'en ai souvent vu moi-même une quantité plus ou moins grande gâtée par la macération; les vers étaient nés^ et bientôt après presque tous morts.
n me paraît raisonnable que, lorsqu'on peut suivra une méthode sûre et exempte de perte, on ne se serve pas d'une auti*e dont le résultat est incertain, d'autant plus qu'on peut le faire avec peu de dépense, comme je Fai dit dans la note précédente, et dans le § IV du chap. lY.
de jeter ces vers. Il est donc essentiel de faire attention à cette circonstance , pour prévoir un accident si nuisible. Le peu de retard que peuvent mettre les œufs à éclore n'est pas une perte « tandis qu'au contradre c'en est une grande s'ils anticipent de quelques jours. Si , pour retarder leur naissance , on voulait^ au moment où ils vont éclore, refroidir la température, on nuirait à leur constitution. (Chap. XII.)
Lorsque les œufs prennent une couleur blanchâtre , le ver est déjà formé , et aVec une loupe on peut distinguer l'insecte à travers la coque. Alor^ il faut mettre sur les œufs quelques morcedui de papi^ blanc percé de beaucoup de troiis avee un instrument fait exprès [Fig. 4 1 ) , et coupés dé manière à les couvrir tous; Les vers commencent à paraître sur ce papier, parce qu'ils passent par les troUs en grimpant autour. Au lieu de papier percé, on peut se servir d'un voile clair (4). Pour recueillir les vers, on n'a plus qu'à tenir sur ce pupièt des rameaux tendres de mûirîèr qui ii'aient que trois ou quatre feuilles. On doit en remettre une quantité suffisante pour prendre les vers en propoirtion qu'ils' sortent. Si ces insectes fle trouvent ph§ de îâ feuille , ils sortent dé ïâ boîte.
Le premier jour il ne nait que peu de vers; s'ils sont en trop petite quantité , il vaut mieui les jet^, parce que , si on les mêlait avec ceui qui naissent les
(1) Ou mieux encore de canevas. H.
deux jouts d'après , ils se maintiendraient toujours plus gros et mûriraient plus tôt , ce qui donne de Vembarcas,
J'ai préféré les petits rameaux de mûrier aux simples feuilles , parce que j'ai observé que la seule feuille étendue ensuite sur le papier pèse souvent .sur le petit ver qui se trouve dessous. Beaucoup d'éducateurs ont pu voir par leurs propres yeux que , lorsqu'ils faisaient enlever la litière, il se trouvait sous la feuille des vers qui dépérissaient, n'ayaint pas la force de se dégager.
Les vers qu'on aura fait naître par la méthode que j'ai indiquée seront toujours très-sains et vigoureux. Ils ne seront ni roux ni noirs, mais bien châtain foncé, qui est la couleur qu'ils doivent avoir.
On ne saurait trop sentir l'avantage de cette méthode , qui donne pour résultat constant des vers à soie bien constitués (1).
(1) L'essentiel est de faii-e éclore les œufs ayec soin. Si cette opéi*ation ne réussit pas parfaitement, il en résulte des maladies dans tout le cours de leur vie , comme je le démontre au chapitre Xll.
On a vu dans les deux dernières notes qu'il est nécessaire de faire usage du poêle en briques, et que la dépense, pour entretenir plusieurs jours la chambre chauffée, est petite.
Ce serait donc une institution bien utile que celle d'ëtablir, dans chaque pajs où on élève des vers à soie , une étuve commune, et à côté une chambre pour y placer les vers venant de naître, que Ton distribuerait ensuite à'chaque propriétaire ou fermier : ce serait un moyen plus économique, plus sûr, et bien moins embarrassant
l'aspect des? vers venant de naître ou réunis suf une feuille est celui d'une superficie lanugineuse de coulem châtain foncé , sur laquelle on aperçoit le mouvement général que font ces petits insectes qui ont leur tète levée, et présentent leur museau noir et
pour beaucoup de personnes qtii sont dans l'usage de faire écloré peu d'oeufs. Avec cent francs au plus, on pourrait en faire éclore des milliers d'onces. On commencerait alors à nationaliser, si je puis m'exprimer ainsi , cet ai-t , base de tant d'autres.
Dans le cas où les communes ne voudraient pas faire la dépense, ou pourrait faire payer aux possesseurs de la graine une petite somme proportionnée à la dépense faite.
L'utilité de cet étsd>lissement serait bien plus grande, si celui qui serait chargé de le diriger était instruit dans l'art d'élever les vers à soie , et qu'il communiquât ses connaissances au peuple routi^ nier ; cela diminuerait les grandes pertes auxquelles son ignorance l'expose.
S'il y a toujours eu des apôtres pour propager tous les genres de charlatanisme et d'erreurs , pourquoi ne pourrait-il pas y avoir des hommes bons, éclairés, et animés de l'amour de leur patrie, qui s'intéressassent à la culture de cet art, si propre à nous rendre riches et heureux?
Si je m'exprime de la sorte, c'est dans l'espoir de voir s'élever sur divers points des citoyens estimables qui protégeront l'institution que je propose, et qui en seront récompensés par les bénédictions de leurs contemporains et de la génération future (*).
(*) Ce que dit Tautear me fait naître l'idée que, dans les départements où on élève des vers à soie, les conseils généraux pourraient, dans leurs assemblées, accorder des fonds aux communes pour l'établissement des chambres chaudes à faire éclore les ceufs en commun. Ce moyen contribuerait beaucoup à diminuer les pertes des récoltes de cocous qui ont souvent lieu. ( U Traducteur.)
luisant. Leur corps est tout couvert de poils rangés en lignes, entre lesquelles on aperçoit, dans toute la longueur du corps, d'autres poils plus longs. La couleur que paraissent avoir les vers en cet état n'est que celle des poils; leur peau est blanchâtre , et se reconnaît à mesure qu'ils grandissent, parce que les poils deviennent plus rares. Cette teinte blanche de la peau est remarquable même lorsque le ver sort de la coque , qu'il étend sa peau et détache un peu la tête. Si on l'observe avec la loupe , il semble avoir une collerette blanche. La queue aussi est toute hérissée de poils longs.
Pendant le temps que les œufs sont dans Yétuwr il faut les remuer avec la cuiller une ou deux fois le jour : cette opération est d'autant plus utile qu'on approche davantage dii moment de la naissance.
Lorsque la température s'élève dans Yétuve à 19 degrés , il est avantageux d'y avoir deux plats dans lesquels on versera assez d'eau pour former une superficie d'environ quatre pouces de diamètre. En quatre jours, il se sera évaporé à peu près douzeonces d'eau. La vapeur, qui s'élève très-lentement, modère la sécheresse qui aurait eu lieu dans Yétuve , surtout par les vents du nord : l'air trop sec est nuisible au. développement des vers à soie (Chap. XII).
En suivant avec soin les préceptes que j'indique, on obtiendra invariablement, je le répète, des vers à soie d'une constitution saine et robuste.
Tandis que l'incubation des vers se termine , par-
lôns de la préparation du logement qu'ils doivent bientôt occuper, ainsi que de ce qui doit servir à leur transport. Nous reprendrons ensuite le sujet de ce chapitre.