CINQUIÈME JOUR DU CINQUISMË
VingUseptième de Véducation des vers.
Les vers à soie ont besoin pour ce jour-là de 840 livres de feuille mondée ; le premier repas doit être de 450 liwes, et de 2t4 livres le dernier.
Si le besoin Ve\\ge , on donnera quelques repas intermédiaires. Lorsque la feuille est toute mangée dans moins d'une heure et demie , il ne faut pas laisser les vers à jeun pendant près de cinq heures qu'il y aurait de ce repas à l'autre; mais on distribue un peu de feuille dans l'intervalle, particulièrement sur les claies où on s'aperçoit que, par hasard, on en a moins distribué la première fois-
Quoique j'aie aussi fixé , pour ce jour, la quantité de feuille qui convient ordinairement, on doit cependant se régler selon le besoin.
Dans le cours du cinquième âge , il faut nettoyer les claies; si les litières sent encore fraîches et sèches, on fera bien d'employer pour le nettoiement la fin de ce jour ou le commencement du suivant : cela doit dépendre, je le répète, des circonstances et de la volonté de l'éducateur.
H faut avoir soin , en distribuant le dernier repà» de cette journée , de ne le donner qu'à quatre claie» à peu près à la fois , afin d'avoir le temps d'enlever insensiblement les vers avant qu'ils mangent toute la feuille qu'on leur a donnée.
CoHune cette fois-ci les vers ne doivent pas être
transportés , il faut nettoyer d'une autre manière les tables ou claies sur lesquelles on les laisse.
Voici comment :
On appuie sur les bords des claies les tables de transport , et dès que la feuille est chargée de vers , on en fait une seule couche sur chaque tablette. Lorsqu'on en a rempli quelques-unes , on enlève la litière avec ou sans le papier, qu'on met dans des paniers carrés dont j'ai parlé ailleurs [Fig. 19), et qui sont suspendus aux claies. La litière étant enlevée, et le papier nettoyé avec de petits balais légers, on replace les feuilles de papier l'une après l'autre , et on y met les vers. On continue de cette manière jusqu'à ce que le changement de litière soit fait sur toutes les claies.
Lorsqu'un panier est plein de litière, on le fait transporter hors de l'atelier et on y en substitue un vide. Il faut bien prendre garde de ne pas blesser lei^ vers en les prenant.
On doit employer au moins six personnes pour opérer promptement ce changement de litière. Dans ce nombre je ne comprends pas celles qui transportent la litière hors de l'atelier.
Cette litière n'a aucune mauvaise odeur; elle est aussi verte que la feuille même , et le papier sur lequel elle était placée n'est qu'un peu humide.
On ne peut faire cette opération en moins de huit heures; ainsi, pendant ce temps, on donnera à manger aux vers qui ont été nettoyés les premiers, ou ceux qui ne doivent l'être que tard , pour ne pas
laisser les uns et les autres trop longtemps à jeun*
Il ne faut pas oublier que pendant l'opération on doit, selon que le cas le requiert, faire souvent des feux légers, promener au moins deux fois autour de la chambre la bouteille à vapeur purifiante, et donner de Tair par les soupiraux et les fenêtres, selon Tétat de l'atmosphère ; dans tous les cas , on ouvrira les portes , les soupiraux supérieurs , et une partie de ceux du pavé.
Si Tair extérieur est très-humide , ce qui indiquerait que celui de l'atelier l'est encore plus, il faut répéter souvent les petits feux de flamme dans les cheminées.
Si, parcemoyen, la température intérieure s'élevait trop, on la ferait baisser aisément en donnant de Tair; on prendrait alors pour guides le thermomètre et l'hygromètre.
On connaîtra, à la fin du cinquième âge, le poids total de la litière qu'il a fournie.
SIXIÈME JOUR DU CINQUIÈME AGE, Vingt-huitième de Védixation des vers.
n faut 975 livres de feuille mondée, qu'on distribue en quatre repas, dont le dernier doit être im peu plus copieux. Les vers mangent avec fureur , et plusieurs mangent même les mûres.
Si , après avoir distribué la feuille , on s'aperçoit
tju'on n'en ait pas mis assez sur quelques claies , ou qu'elle ait été toute mangée dans une heure, on donnera quelque petit repas intermédiaire.
Connaissant la quantité de feuille qu'il faut donner dans la journée , il est bien facile de la distribuer en quatre ou cinq repas, selon le besoin.
Si Ton n'avait pu nettoyer toutes les claies le jour précédent, on doit accomplir cette opération au commencement de celui-ci.
Le prolongement écailleux et d'un noir luisant qui est à l'extrémité du museau des vers est devenu plus fort. C'est dans ce prolongement que sont placées les scies qui déchirent facilement les nœuds de la feuille, et souvent même les côtes.
Dans ce jour, plusieurs vers ont presque trois pouces de longueur; ils sont en général devenus plus blancs; ils présentent de la mollesse au toucher, et une espèce de velouté ; ils annoncent une santé très- vigoureuse.
En ayant soin de donner un peu plus à manger à ceux qui ont été les derniers levés des claies , et en les tenant plus au large que les autres , ils les égaleront bientôt.
SEPTIÈME JOUR DU CINQUIÈME AGE , Vingt-neuvième de Vêducùtion âes vers.
Il faut 900 livres de feuille mondée. Le premier repas doit être le plus grand , et les autres doivent toujours aller en diminuant. On fera comme pour
les autres jours , s'il fallait quelque repas intermédiaire.
On verra des vers de 38, 39 et 40 lignes de longueur.
L'extrémité de ces insectes commence à devenir luisante et jaunâtre , ce qui annonce qu'ils approchent de la maturité. Quelques-uns ne mangent plus avec tant de voracité.
Dans cette journée, ils arrivent à leur plus grande longueur et à leur plus grand poids.
Considérés en masse, six vers à soie pèsent à peu près une once.
Leur poids a donc augmenté de plus de cinq fois dans sept jours après la quatrième mue, puisqu'alors il en fallait à peu près 33 pour faire une once.
Ils ont également acquis, dans sept jours, 48 ou 20 lignes de plus en longueur, c'est-à-dire à peu près le double , puisque le vingt-deuxième jour ils n'avaient que 1 8 ou 4 9 lignes .
Sur la fin de cette journée , ils commencent à diminuer en poids et en longueur, parce qu'à compter de ce jour ils prennent moins de nourriture, en proportion de la quantité d'excréments et de substance aériforme et vaporeuse qui sort de leur corps.
Nous continuerons à les observer dans ce dédroissem^nt de poids , comme nous l'avons fait dans leur accroissement.
Ils sont maintenantdans leur plus grande vigueur.
HUITIÈME JOUR DU CINQUIÈME ÂÛË > Trentième de Véducation des vers,
11 ne faut à peu près que 660 liv* de feuille mondée. L'appétit des vers diminue sensiblement.
Cette feuille se partage en quatre repas , dont le premier doit être le plus grand, c'est-à-dire de 21 livres , et le plus petit le dernier.
Pour que la maturité des vers arrive également sur tous les points, il faut donner quelque petit repas extraordinaire , selon le besoin et le lieu.
Dans les derniers jours de l'éducation des vers, on doit leur choisir la meilleure feuille ; elle doit être toujours cueillie sur de vieux arbres.
Ces insectes s'approchent de leur maturité. On s'en aperçoit à la couleur jaunâtre qui de l'extrémité monte d'anneau en anneau.
Leur dos commence à prendre un peu de luisant, et les anneaux perdent sensiblement une partie de leur couleur vert foncé.
L'approche de la maturité de beaucoup de ces insectes est aussi marquée, dans cette journée, par la diminution sensible de leur volume, et parce que quelques-uns vont se fixer contre les bords des claies pour pouvoir s'y vider commodément.
On s'aperçoit dans cette journée que les signes de maturité augmentent , et que la litière est plus ou moins humide; il faut donc s'empresser de nettoyer les claies de la même manière que la première fois.
ayant soin de prendre doucement les vers avec les feuilles sur lesquelles ils sont, pour ne pas les endommager.
Les feux légers, la vapeur de la bouteille qui purifie l'air, le renouvellement fréquent de Tair, et l'usage du thermomètre et de l'hygromètre , sont , dans ce changement de litière, plus nécessaires que dans tous les autres.
L'odeur de l'air intérieur est toujours agréable dans mes ateliers, pendant qu'on nettoie les claies; on ne dirait jamais qu'on y remue du fumier ; la litière est verte et fraîche, de bonne odeur et peu humide.
NEUVIÈME JOUR DU CINQUIÈME AGE, TrerUe-uniéme de Véducation des ver$.
Il faut 495 livres de feuille mondée, qu'on doit distribuer selon le besoin.
La couleur jaune des vers se charge toujours davantage, leur dos devient un peu plus luisant; chez beaucoup d'entre eux les anneaux prennent une couleur dorée ; le museau est devenu d'un rouge plus clair.
On doit de temps en temps faire un feu léger, particulièrement dans la nuit. Il faut , matin et soir, faire le tour de l'atelier avec la bouleille à vapeur purifiante. Les soupiraux ne doivent plus être fermés , surtout lorsqu'on allume du feu,. afin que l'air se renouvelle entièrement.
Dans ua aielier bi^i eon^trait, on n^a pas à craindre les Yariations atmosphériques , qui , dans ces derniers jours, seraient fatales aux toi*» (Chapitre XIII)^
Depuis que j'âève des vers à soie , ils ont été ei* posés à toutes les intempéries des saisons ei à beau-^ coup d'accidents qui pouvaient leur être nuisibles ; cependant ma manière de les soigner a été telle ^ qu'ils n'ont pas cessé d'être bien portants et vigoureux.
Faisons Biaintenant ua résumé de ce que moi»
avons dit, coHvme nous l'avons fait à. chaque cha-^ pitre.
Dans le courant d'à peu près trente jours, pendant lesquels les vers sont parvenus à leur plus grand développement et à leur plus grand poids, voici ce que j'ai pu observer :
l"" Que dans leur accroissement ils sont devenus quarante fois plus grands qu'ils n'étaieiri; mnant de naître ; ils n'avaient abrs qu'à peu près une ligne;
S"" Que dans trente jours leur poids a augmenté de plus de neuf mille fois , puisqu'il «i fallu &4,SS5 vers à soie venant de naître pour faire le poids d'une once (Ghap. Y, §111], tandis que six de ceux qui ^nt acquis leur plus grand accroissement suffisent pour lem^epoidfi^;
3^ Que le cinquième âge seul , qui l^r est le plus prospère et la plus heureux, comprend à peu près les deux tiers de leur vie.
Depuis ie lieurième jour4ti cinquième Age, qui est le trente-unième de leur vie , jusqu'à leur maturité complète, nous verrons que , quoiqu'il faille peu de feuille, ils exigent encore beaucoup de soin». Nous «n parlerons dans le chapitre suivant , pour traiter notre wijet avec plus d'ordre.
En comfJîta'nt les 240 livres de feuille mondée qu'on doit distribuer le lendemain , les vers provenant de «nq onces d'oeufs auront consommé dans le cinqpiième âge 5,490 livres de feuille mondée.
Si on ajoute à cette quantité 510 livres d'épluchures , on aura un poids total de 6,000 livres.
Le poids total du fumier tiré des claies dans le cinquième âge est d'à peu près 3,300 livres : cela indique que sur î,190 livres une partie a servi à nourrir les vers , 6t le reste s'est perdu en vapeur.
Si on compare le fumier provenant de cet âge avec la feuille employée, on voit qu'il est proportionnément en plus grande quantité que celui produit dans les autres âges relartivement à la feuille aussi employée. Nous en expliquerons les motifs dans la suite {Chap.VIII,§IV).
Si on calcule le poids de la feuille, distraction faite de l'humidité qui s'est perdue , et dont nous parlerons (Chap. XIV), les vers auront consommé, seulement dans le cinquième âge , \ ,200 livres de feuille par once d'œufs.
Nous verrons , dans le chapitre suivant , que les vers accomplissent le cinquième âge et déposent leur peau, en se eonverôssant en chrysalides , lorsqu'ils
ont perdu plus de la moitié de leur poids et de leur grosseur.
Alors on voit reparaître sur le dos de ces insectes quelques-uns des signes en forme de parenthèses dont j'ai parlé; et l'avancement écailleux, noir et luisant, attaché à l'extrémité du museau, a acquis une force très-considérable, A cette époque les vers sont plus blancs qu'ils ne l'ont jamais été.
Comme ces insectes ont été élevés ainsi que je l'ai indiqué, ils ont constamment donné des preuves d'une santé vigoureuse, et se sont conservés charnus et veloutés au tact.
J'ai déjà dit que , s'il n'était pas possible de rafraîchir beaucoup l'atelier, vu la trop grande chaleur de la saison , il faudrait du moins employer tous les moyens possibles permettant l'entrée de l'air extérieur, afin de conserver le renouvellement de l'air intérieur.
Si , par inattention , on laissait entrer un air trop froid , ce qui m'est arrivé quelquefois , les vers seraient exposés à diu-cir un peu. Il faudrait alors faire du feu aux poêles et aux cheminées, jusqu'à ce que la température fût remontée à 1 6 degrés et demi , laissant les soupiraux un peu ouverts. La peau des vers reprendrait bientôt la douceur qu'elle avait, et le peu de froid qu'ils auraient souffert leur aurait été peu nuisible.
Les vers paraissent au tact avoir la peau plus fraîche que ne l'indique la température de l'atelier : leur transpiration en est en partie cause ; quoiqu'elle soit
insensible, elle est très-abondante, parce que, n'évacuant que dans très-peu de cas des excréments bien humides, et ne rendant d'humeur liquide que quand ils montent, la transpiration est presque le seul moyen qui leur reste pour se dégager de l'excessive humidité qu'ils avalent avec la feuille.
Nous-mêmes nous n'avons jamais la peau plus fraîche que quand elle est exposée à l'impression de l'air, lorsque nous suons ou que nous transpirons. L'évaporation et le froid augmentent en proportion du degré d'agitation de l'air, quoique la températm^e soit un peu chaude.
Il serait donc dangereux de ne pas tenir agité l'air de l'atelier, parce qu'il ne pourrait pas absorber et entraîner au dehors la grande quantité d'eau en vapeur qui émane du corps des vers , outre celle qui se dégage de la feuille , des excréments , etc.