DIXIÈME JOUR DU CINQUIÈME AGE
Trente-deuxième de la naissance des vers.
Nous avons vu, dans le dernier chapitre , de quelle manière les vers commencent et continuent à donner des marques de leur perfectionnement.
Dans ce dernier jour, ils atteignent leur perfection. Cela se reconnaît clairement par les signes suivants :
1** Lorsqu'en mettant sur les claies quelque peu de feuille, ces insectes montent dessus sans en manger, et qu'ils haussent le cou , ayant l'air de chercher quelque autre chose ;
2** Lorsqu'en regardant horizontalement ceux qui se tiennent droits , on voit à travers la lumière , dans leur transparence , une couleur blanche qui approche de la couleur jaune d'or ;
3** Lorsque beaucoup de vers qui étaient appuyés et presque droits contre le bord des claies montent dessus et qu'ils marchent lentement , leur instinct les portant à se transporter ailleurs ;
4** Lorsqu'une quantité de ces insectes part de différents points de la claie et essaye d'arriver au bord , pour y monter ; •
5** Si leurs anneaux rentrent , et que leur couleur verdâtre se soit changée en jaune d'or ;
6** Quand la peau de leur cou s'est beaucoup ridée, et que leur corps a acquis au tact une mollesse plus grande qu'il n'avait auparavant , ejt ressemblant à de la pâte molle;
7* Lorsqu'enfin, en prenant dans la main un ver à soie, et l'observant à travers la lumière, on s'aperçoit que tout le corps a acquis une transparence égale à celle d'une prune jaune , ou du raisin blanc roussâtre parfaitement mûr. À ces signes, on doit de suite tout disposer, afin que les vers qui sont prêts à
moiiter ne perdent, en dierchant^ m de leur alie nide leurs forces*
Premières dispositions pour former les haies.
Pour éviter la perte que pourrait produire le retard , on doit &'étre procuré et avoir prêts d^ petits fagots faits soit avec des plante» sèches de navets sett avec des genêts,, soit avec toute autre plante ou arbuste, bien nettoyés. La bruyère « le colza, et surtout le bouleau , font de très-bons encabanages^ ( Voir le tableau synoptique de M* Brun^ de. la Grange, Figr* 41.)
Il faut avoir soin de bien arranger ce^ petîiâ fagots , afin que les vers puissent y grinipeir aeisér ment et s! y placer assez, bien pous verser leur première base, et tranrailler ejisuite à faire leur eocxm* Ces fagots ne doivent être ni trop épai&, ni feep clairs , pour éviter le& inconv^nîen4& dont j^ parlei^ plusibais^
Aussitôt qu'on à observé que les^ ver» vealent m^onter, il faut placer les^ fagots contre les p s^is intérieures^ des. bords des daies , du côté qui inccna* mode le moins pour agir, ayant soin de les plaîcer à quinze pouces à peu près da distance l'un de l'autre.
Le& rameaux des fagot» doivent tamcher le desr S0M» de la claie qui sert d»f covsf ert. ou de^ planclier à
eelle oit ab a planté le fa^,. et y fonzœr une espèce d'are.
L ce sujet il faut bien observer :
l"" Que les rameaux on fagots soient plantés die manière que les ter s qui montent ou qui sont montés ne puissent jamais tomber par terre ;
â^ Que les rameaux ou fagots soient toujcmrs plus longs qu'il n'y a de dist^ance d'une claie inférieure à sa supérieure > afin qu'ils puissent former la courbe ; de dette manière les vers qui tendent à monter sur la courbure que font les fagots ne salissent pas , en se vidant, ceux qui montent parpendieulaiiement sous eux;
3"" Que les rameaux soient toujours bien placés et éteadus en forme d'éventail, afin qua l'air puisse y passer facilement, et que les vers y travaillent à leur aise* Lcffsque ces insectes se trouvent trop près l'un da> l'autre, ik ne foat pas aussi bien leur ouvrage ; il se forme alors des cocons doubles,, qui valent ]i«oUiémoins>qiie les simples. Cette inattention, qui est presque gén^érale » produit tous les ans beaucoup déporte» qui n'est guère connue que des ouvriers qui filent la soie , lesquels sont obligés de séparer lea ooeoQS doubles dos simples» parce que la soie quie les preisùÂars produiseoit est de qualité très4ûférieure.
E faut planter tes petits fagots aitre les osiers de la claie» et non sur le papier qui les couvre, ce qui est trèsrfacile : on n'a qu'à lever suffisamment le papier qjû e&4 contra le bord de la claie , pour y placer
Textrémité des petits fagots, de manière à ce qu'ils touchent les bords mêmes de la claie. Nous verrons que cette disposition des petits fagots est très-utile dans le prochain nettoiement des claies.
Ayant ainsi placé sur chaque claie et à leurs angles le nombre suffisant de petits fagots, les premiers vers qui sont prêts trouvent facilement le chemin pour monter. Si dans cette journée, qui exige de grands soins, on s'aperçoit, en observant les claies, qu'il y ait des vers prêts à monter, on doit les prendre et les mettre au pied des petits fagots : cette opération sera très-avantâgeuse. On peut aussi placer sur les claies de petits rameaux secs de chêne, d'ormeau, de châtaignier ou de noyer, sur lesquels on verra bientôt monter les vers. On prend alors ces rameaux, et on les place au pied des petits fagots. Cette opération est très-utile, parce qu'elle dispense de fixer constamment les yeux sur les claies pour chercher les vers qui sont prêts, à monter.
J'observerai cependant à ce sujet que, dans les premières trois ou quatre heures pendant lesquelles on voit distinctement les signes qui annoncent que les vers sont prêts*à monter, il ne faut pas se presser trop de les faire monter, parce qu'en restant quelques heures de plus sur les claies , ils se vident bien sur leur litière.
Quelle que soit d'ailleurs la méthode qu'on suive dans cette opération , il sera toujours avantageux que les petits fagots soient bien placés, bien arqués , propres et peu épais , e&n que , comme je l'ai déjà dit ,
l'air puisse y passer librement, et que les vers puissent y travailler commodément.
Dernier repas qu'an donne aux vers à soie.
Les 240 livres de feuille mondée qu'on a encore en réserve doivent être données aux vers peu à peu et à mesure de leurs besoins.
Le peu d'appétit de ces insectes, et leur disposition à monter sur la feuille , prouvent que , quand même on leur en donnerait beaucoup dans une seule fois^ elle ne ferait qu'augmenter la litière, qui serait bientôt sale, parce que c'est alors le temps dans lequel ils se vident en plus grande quantité. D'après cela , il vaut toujours mieux être avare que prodigue à chaque distribution.
On ne peut donc pas fixer des heures de repas dans ce dernier jour; on ne peut pas même savoir s'il ne faudra pas encore un peu de feuille pour le lendemain*
On voit manifestement , dans ces derniers temps, que les forces digestives des vers ont beaucoup diminué, et que ce n'est souvent que l'habitude ou l'intempérance qui les portent à manger sans besoin, n arrive , en effet , qu'à mesure qu'ils approchent du moment qu'ils doivent monter, leurs excréments sont
^116 <m noiiis de la couleur de la feuille, et soféme du même goût , ce qui démontre (pi'dle n'a pres({ue pas été décomposée dans leur corps.
Il arrive aussi que beaucoup de vers, trop pleins d'aliments, ont ensuite besoin d'un jour et même de plus de temps pom* les évacuer, et qu'ils laissent apercevoir qu'ils souffrent avant de pimtoir se vider , parce que l'organe qui , chez eux , fait les fonctions d'estomac et d'intestins , est sensiblement affaibli.
§IV
AvanUdemier nettoiement des claies. Acéomptissement du troivail pour la montée.
Dès que beaucoup de vers sont prêts à monter, il faut s'occuper de l'avant-dernier nettoiement des •laies. Cette opération , quoique as^ez ennuyeuse , se fait avec beaucoup de facilité par le moyen des petites tables de transport. Ces petites tables ne peuvent pas bien se poser sur les bords des claies , parce que les fagots placés autour en empêchent ; cependant elles s'appuient assez pour qu*on puisse agir. Lorsqu'elles sont placées , on prend les vers avec soin , et on en remplit deux ou trois.
Cela fait , on suspend les paniers carrés ; on lère les feuilles de papier chargées de litière, et on les vide dans les paniers.
Lorsqu'on a nettoyé une partie de la claie, on y
replace le papka*. Oa verse les vers dessus, faisant toujours pencher la petite tabte. Oa ne leur donne ^tmhdmsût que la feuille qu'il l^ir faut, parce qa'tm est à bmssps à en mettre de nouvelle. Lorsque le panier e^rré ^est plein de litière, on le fait tran^ik porter de suite hors de Tatelier, et on y en suspend unauiire.
Be cette manière^ il faut peu de personnes ]^ur nettoyer toul^ les dâies en quelques baires.
Les vers qu^on m^ sur la petite table de tran^ort doivent être pris avec beaucoup de délicatesse, ayant soin de feur laisser k peu de feuille <m petits rameaux 8W lesquels ils se trouvent fortenient attachés , pcmr fle pas leur faire de mal en les détadiant ; le moindre md, à cet âge et dans om moments, mfiue sur la qufidîlé ducoco»^
£n versant les v^rs sur les claies , il faut les distribuer en petits «arrés d'à peu près deux pieds sur les côtés. Ces petits carrés doivent commencer du côté et tes baies sont déjà formées, afin que les vers trouvait plus de facilité à mtoirter. On doit laisser une distance d'à peu près six à huit pouces.
Au milira de cet espace vide , on plantera de la bruyère 0u d'auhre bois l^er. Si cette opération est faite par huit personnes , die est terminée dans hint heures.
 ce nettmement , oii s'aperçoit qu'il y a une plus grande quantité d'excréinents et de litière, parce que les vers se vident beaucoup plus oes derniers jours , et que la feuille qu'on leur donne esi dernier lieu est
bien plus chargée de mûres et de parties ligneuses et grossières, qu'ils n'ont pu manger.
Pendant cette opération, on doit faire entrer Tair extérieur de tous côtés , et même l'attirer en faisant un feu léger alternativement dans toutes les cheminées.
On doit aussi laisser tous les soupiraux ouverts , ' ainsi que les portes et les fenêtres , s'il ne fait pas. de vent , et si l'air extérieur n'est ^uère au-dessous de 16 degrés et demi de chaleur , que doit avoir l'intérieur de l'atelier.
Quoique ordinairement l'air extérieur ne soit pas , dans cette saison , assez froid ni agité pour ne pas permettre d'ouvrir partout, il m'est cependant arrivé plusieurs fois d'être obligé d'user de précaution. Dans le mois de juin 1813, à l'époque du dernier nettoiement des claies, l'air extérieur n'avait guère plus de 9 degrés de chaleur. Le désordre de l'atmosphère dura longtemps ; nous eûmes des pluies et des vents presque continuels. J'étais contraint d'agir avec beaucoup de prudence lorsque je voulais ouvrir seulement les soupiraux.
Dans des cas pareils, on ne laisse ouverts qu'une partie des soupiraux supérieurs et inférieurs ; on fait du feu dans les poêles ou dans les cheminées , et on multiplie les feux légers. Par ce moyen on obtient une circulation d'air douce et constante , sans le refroidir ; l'humidité se dissipe ; l'air intériexir se bonifie ; les vers respirent mieux et prennent de la vigueur. On promène aussi autour de la chambre la
bouteille dont j'ai parlé plus haut, pour purifier l'air. L'hygromètre indique si l'air a acquis le degré de sécheresse qui convient.
Pendant ce temps les vers continuent à se perfectionner et à monter. Il est donc indispensable de finir bientôt les haies, et de travailler à l'intérieur du bois.
Nous avons dit que les premiers fagots doivent être placés à six oa huit pouces de distance entre eux. Pour former la haie, il faut placer d'autres petits fagots dans ces intervalles , qui , se joignant aux courbures des premiers, forment une voûte continue au-dessous de la claie supérieure. Les haies ne doivent pas être trop épaisses. On peut placer les fagots ou rameaux contre les bords de la claie , sans en ôter le papier.
Dans le milieu de la claie, et dans les intervalles qu'il y a entre deux petits carrés de vers , il faut disposer les fagots de manière qu'en en mettant quatre ensemble, ils forment un groupe ou une toufie sous la claie supérieure. Ces quatre fagots doivent être unis légèrement , et assez écartés de tous côtés pour que l'air y passe librement , et que partout les vers puissent y grimper et s'y placer.
Lorsque les haies sont faites autour de trois côtés des claies , et qu'on a planté les groupes de petits fagots , il faut y approcher avec ménagement les vers, afin qu'ils puissent monter plus facilement partout. Les groupes de fagots, placés à environ
deux pieds de distance run de Fautre , peuvent m^ eevoir une grande quantité ^e yers.
Aussitôt qu on s'aperçoit que le^ baies et les groupes de fagots sont presque chargés de vers , il faut placer d'autres fagots entre les groupes du m^ lieu etla haie , et entre ces mêmes groupes et les bords extérieurs des claies. De cette manière , on forme, à travers les claies , des haies parallèles à une distance d'à peu près deux pieds l'une de l'autre ; et Qomme les rameaux se recourbent tous sous les claies supérieures , le bois en enti^ ressemble à dq petites allées fermées par la haie qui en est le fond*
C'est peut-être de cçite forme qu'est dérivé le mol cabane , qu'on donne généralement à ces petits e$^ paees fermés. Ce bois sufQt ordinairement pÊW recevoir tous les vers à soie d'une claie. Si eepen^ dant il en restait encore en bas , le bois étant presque plein , il faudrait appuyer b^èrement uq pelîit rameau à un fagot chargé de vers ; f)ar ce moyen le bois n'est jamais trop chargé. Si on a eu soin de mettre des fagots assez longs « bien courbés et bien distribués , afin que les vers n'y aiept pas été exùBB* ses , et que l'air ait pu y passer librement , oq vem qu'il n'en faut pas une grande quantité pour plao^r eommodément beaucoup de vers , qui pourronÉ travailler à faire leurs cocons sans se toudn^ l'un Vautre, et éviter ainsi les cocons doubles» qw:^ comme je l'ai déjà dit,. valent toujours beaucoup moins.
11 faut sans cesse faire attention à deux choses essentielles : la première est d'approcher des fagots tous les vers qu'on reconnaît prêts à monter ; la seconde , de leur donner de temps en temps un peu de feuille lorsqu'ils sont encore occupés à manger. On choisira une personne soigneuse , et même deux s'il le faut , pour cette seule opération.
Tant que les vers se sentent envie de manger , ne fût-ce qu'une bouchée , ils ne s'occupent pas du cocon , et il arrive souvent que quelques-uns de ces insectes , déjà montés et presque vidés , descendent pour prendre encore lin peu de nourriture. Ils restent quelquefois arrêtés la tête en bas , peut-être parce qu'ils ne sentent plus le besoin de manger; il faut alors les tourner , vu que cette position pourrait leur être nuisible.
Ces soins, qui paraîtront d'abord trop minutieux, produisent souvent une récolte de cocons plus abondante, de meilleure qualité , et avec moins de doubles.
Il m'est arrivé souvent de voir , en visitant des ateliers qui n'avaient que le seul défaut de construction des haies et des cabanes , c'est-à-dire où on avait placé les fagots trop épais et sans ordre suffisant , que l'air n'y pouvait pas passer librement, que les vers étaient trop gênés , et que beaucoup de cocons étaient doubles , bien d'autres imparfaits, sales , et ayant le ver étouffé avant d'avoir accompli sa métamorphose. J'ai remarqué que , dans ces cas,
Vair de l'atelier avait l'odeur puante qui s'exhale des vers en corruption.
Séparation des vers à soie qui s'obstinent à ne pas monter. Dernier nettoiement des claies.
Vingt-quatre ou trente heures au plus après que les vers ont commencé à monter, et les | au moins étant déjà au bois , il en reste sur les claies qui sont faibles et paresseux , ne mangent point , et restent immobiles sur la feuille.
Le soin de ces vers étant tout à fait différent de celui qu'on a pris des autres, on doit les enlever de suite, et les porter dans le petit atelier ou dans une autre chambre bien sèche , propre, ayant au moins 18 degrés de chaleur, où l'air soit agité doucement , et où il y ait les claies nécessaires, couvertes de papier sec et propre, et la haie préparée (§ IV).
Aussitôt qu'on aura placé ces vers sur les claies près de la haie , on verra .que quelques-uns monteront de suite , d'autres peu de temps après , et enfin que d'autres mangeront encore et monteront ensuite. Ces vers auront acquis la vigueur qui leur manquait, par la seule raison qu'ils sont passés dans une chambre un peu plus chaude et beaucoup plus sèche.
Lorsque les vers du grand atelier se vident , il
arrive souvent que beaucoup se salissent entre eux avec leurs excréments. L'humidité, ainsi que. je Tai déjà dit plusieurs fois , fait beaucoup de -mal à ces petits animaux ; et s'ils sont mouillés , leur transpiration diminue de suite : cela suffit pour les rendre moins vigoureux et moins disposés à monter. A mesure que les haies et les cabanes se forment , les vers qui montent répandent toujours de nouvelles matières liquides sur la litière et sur le papier où se trouvent ceux qui sont retardés , ce qui augmente en ceux-ci l'état de mollesse et d'inertie , quoiqu'on suppose que l'air intérieui* soit pur ; s'il est plus humide qu'à l'ordinaire , les vers deviennent plus paresseux et indisposés. Le meilleur remède est donc de les transporter dans un lieu sec et assez chaud.
S'il y en avait beaucoup , non-seulement il faudrait disposer les haies dans le petit atelier , mais y placer aussi quelques-uns des groupes formés de quatre petits fagots , afin que tous pussent monter facilement et s'y loger.
S'il n'y a que peu de ces paresseux , lorsqu'ils paraissent prêts à monter, on les couvre avec un peu de feuille , et on place par-dessus quelques rameaux d'arbre. Ceux qui montent sur les rameaux sont prêts à aller au bois ; il faut les prendre avec les mains , et les mettre sur les fagots.
Avec ces soins , j'ai obtenu le cocon de presque tous les vers paresseux.
Lorsque les claies du grand atelier sont entière-
ment vides , on les nettoie, et on prend d'abord avec les mains le peu de litière qui s'est amassée à côté des haies et dans les cabanes ; on enlève ensuite tous les excréments qui ont pu rester , avec le petit balai , le porte-fumier [Fig. 25) , ou tout autre ustensile commode , ayant soin de ne rien laisser. Il est d'un très-grand avantage d'enlever le plus tôt possible tout ce qui peut corrompre l'air ou le rendre humide.