‹ L'art d'élever les vers à soieChapitre 23 sur 52 · VI · texte numérisé non relu

VI

Soins deratelier jusqu'à ce que les vers à soie aient accompli le cinquième âge.

1*» Lorsque les vers annoncent manifestement qu'ils sont prêts à monter , il faut avoir bien soin d'éviter que la température de la chambre s'abaisse; on doit faire en sorte qu'elle se conserve entre le 1 6* et le 17" degré. Si l'air extérieur est plus froid, il ne doit pas frapper directement les vers ; la circulation intérieure doit se faire doucement de haut en bas , c'est-à-dire des soupiraux supérieurs aux inférieurs, qu'on tiendra plus ou moins ouverts, selon les circonstances. On peut aussi faire circuler dans l'atelier l'air des chambres contiguës, soit en ouvrant les portes , soit par les soupiraux du pavé.

On n'a pas besoin de tous ces soins lorsque l'air extérieur est aussi chaud que celui de l'intérieur , et qu'il n'est pas fortement agité. Il est démontré que

la gfande afîtatiotl de l'air engourdit les vers , qu'elle les fait souvent tomber , ou qu'dle \mr fait suspendre le bravail qu'ils avaient commencé (1).

(4) L'of^ion la plus communo est que les) secousses ôccàMtim^ nées daos rair , soit par le bruit du tonnerre, soit par Celui des coups de fusil, font tomber les vers de la bruyère ; aussi les habitants de la campagne. redoutent-ils les effets du tonnerre; et si les vers ne réussissent pas à la montée, et que le tonnent se soit fait entendre, ils le regardent comme la seule cause de la perte qu'ils éprouvent : par la même raison, ils évitent de faire du bruit , craignant de déranger les vers dans leur travail.

4 Mais si l'on consulte Texpérience (dit l'auteur â& l'article déS vers à soie du Cours d'Agriocdture rédb'gé par Tabbé Roziei) , i'ofl se convaincra que ni le bruit du tonnerre , ni celui d'une forte mousqueterie, ne fout point tomber les vers, et qu'ils continuent à travailler comme s'ils étaient dans Tendroit le plus solitaire. Voici un fait qui confirme ce que j'avance : Il y a environ 35 ou 40 ans que, chez M. Thomé^ grand éducateiur de vers^ un des premiers qui aiesit écrit sur la culture des mûriers et rédocatien des versa soie, Bou» tii'âmes, en présence de plusieurs témoins dignes de ibi, plusieurs coups de pistolet dans l'atelier même, lorsque ks vers étaient au plus fort de la montée. Un seul tomba, et M fut reconnu pai' tout le monde qu'il était malade et qu'à n'aurait pas Côconné. Personsie ne révoquera en doute le témoignage de M. Sauvages , qui répéta diez lui la même expérience , sans qu'il en résultât a«icnn effet. L'opinion générale est donc démentie par Texpériencè y enfin par des faits absolument contraires à ce qu'elle veut fV^

I» La secousse^ oecssionnée dans l'air par le bruit dii toânenié n>e Boit donc en aucune manière aux: vers qui fileiït leur cocon ; mafs^ la fulguration^ les édairs, le bruit, annoncent un amas d'é1ectrieit€ dans l'atmosphère, ^i se décbai^^ ou d'un nuage qui en a en suN abondance^ sur un autre nuage qui en a moring ou pas du tout, ô^ enfin eniire âes nuages et ia terre , jusqu'à ce que Télectricfté soit en équilibre dans la masse totale.' Cet équ^bre fié peut poiiÉrt s'éta-» blir sans qâe des êtres faibles en soient affectés. Ne voit-on pci» éei

2* Lorsque les vers sont prêts à monter , il faut toujours conserver Tair sec autant que possible, afin que tout le papier qui couvre les claies puisse facilement sécher, étant continuellement mouillé par les excréments, et pour qu'il puisse absorber et entraîner au dehors l'eau qui se dégage de ces insectes par la transpiration , et qui, comme nous le verrons plus bas , est en grande quantité.

3** S'il tombe des vers déjà montés , il faut les transporter dans le petit atelier où on a mis ceux qui sont tardifs, afin d'éviter, dans le grand atelier, l'irrégulatité dans le travail des cocons.

4** Lorsque les vers ont versé là bave , et qu'ils se

personnes dont les nerfs sont délicats ou trop électriques par euxmêmes avoir des convulsions et même la ûèvre dans de pareilles circonstances ? Est-il donc étonnant que des vers remplis de soie, qui, comme on lésait, devient électrique par le frottement, mais sans transmettre son électricité aux corps qui l'environnent, soient cruellement fatigués et tourmentés par leur électricité propre, et par la surcliarge qu'ils reçoivent de celle de l'atmosphère ? Si à cette première cause une seconde vient se joindre, on reconnaîtra évidemment ce qui occasionne la chute des vers, et l'on ne l'attribuera plus aux secousses produites dans l'air par le bruit du tonnerre, etc.

» Avant que l'orage se décide, le temps est bas , lourd et pesant, la chaleur si suffocante, qu'on peut à peine respirer; l'air semble accabler la nature ; on ne ressent pas le vent le plus léger; on ne voit pas une seule feuille agitée ; les substances animales se putréfient promptement ; enfin la touffe se manifeste plus ou moins en raison de l'air atmosphérique , et surtout de celui de l'atelier. Les vers peuvent donc éprouver une asphyxie dans ces moments critiques. Le tonnerre et les éclairs indiquent le mal, mais ne sont pas le mal,» (Le Traducteur.) *^

sont en partie enveloppés de leur soie, comme alors l'air ne les frappe plus directement, on peut de temps en temps le faire circuler , quand il serait même un peu agité.

S"" Lorsque le cocon a acquis une certaine consistance, on peut laisser tout ouvert, parce qu'on n'a plus à craindre les variations de l'air. Le cocon est d'un tissu si serré, que l'agitation de l'air , loin de faire du mal au ver , lui est agréable , quand bien même sa température serait plus froide que celle de l'atelier.

Ce que je viens d'exposer montre le grand avantage d'avoir dans le même atelier tous les vers à soie montés à peu près en même teçaps ; s'il y avait une grande disproportion de temps entre eux, l'éducation générale irait mal, et il en résulterait inévitablement beaucoup de perte.

Dans les pays où , par l'effet du climat , la température est toujours plus chaude que celle que j'ai indiquée pour l'époque de la montée , l'air y est sec, sans néanmoins être agité, comme on le voit presque constamment dans les pays tempérés , et particulièrement dans les climats voisins des montagnes. Dans ces pays, il ne faut que laisser le courant de l'air libre du côté où il est le plus frais.

Quoiqu'il soit inutile^ pour les climats chauds , d'entrer dans les détails dont je me suis occupé ; comme, dans un ouvrage élémentaire , on doit fixer , pour tous les cas et pour tous les lieux, les règles

sûres de l'art , j'ai dû parler de tout ce qui «rriv^ , et indiquer les moyens d'y remédier.

Tous les soins que j'ai recûmmandés jusqu'à pré^ sent tendent :

1 "^ À conseryer constamment la fluidité de la matière soyeuse placée dans les réservoirs des vers à soie;

Si'' A maintenir la peau ou la superficie du ver suffisamment sèche , et par conséquent au degré de contraction qui lui est nécessaire» et sans lequel cet insecte périrait ;

3"" A empêcher que l'air ne s'altère jaûiais assez pour faire tomber malades oupoui suffoquer les yers, dans les moments qu'ils ont le plus grand besoîn de vigueur pour verser toute la soie qu'ils contiennent.

Si on n'observe pas exactement ces règles et ces soias^ on court le danger d'éprouver les pertes que je crois encore à propos de faire connaître*

l"" Un air trop firoid ou trop agité , introduit dans l'atelier, peut de suite endurcir plus ou moins U mâtine soyeuse des vers qu'il frappe. Cette matière na pouvant plus passer par les petits trous des filières* l'insecte en souffre, et le travail du cocoa ne tarde pas à être suspendu. Alors une grande partie deceuxqfB ne sont pas encore enveloppés dans la soie peuvent tomber d'ua moment à l'autre , ce qui dinHOue h récolte des cocons. Pour se convaincre de cette perte, on peut fadre l'expérience auivanie : que l'on oouvre

avec du papier plusieurs petits fagots garnis de vers à soie, ayant soin de ne placer le papier qu'entre le second et le troisième fagot , le quatrième et le cinquième, le sixième et le septième, et ainsi de suite, et que cette opération se fasse du côté qui est exposé à l'air agité, on trouvera, dans les petits fagots qui sont défendus de Tair par le papier, de très-beaux cocons et en quantité, tandis que dans les autres il y en aura peu , parce que les vers seront tombés , ou qu'ils se seront transportés ailleurs » ou enfin qu'ils auront mal filé.

2*" Un air trop humide , empêchant les vers de contracter leur peau pour évacuer les derniers excréments et pour exprimer la soie par les filières , les fait souffrir , les afifaiblit , ralentit leur travail , et leur occasionne divers genres de maux qu'on ne peut aisémeut définir.

3° Un air vicié par la fermentation des ordures et des claies, ou par le séjour des vers tardifs sur la litière , ainsi que le défaut de circulation de l'air intérieur , qui rend la respiration de ces insectes difficile et qui relâche tous les organes , sont des causer qui produisent aussi des maladies. Dans de pareils cas, bon nombre de vers tombent, d'autres forment de mauvais cocons , meurent dedans dès qu'ils l'ont fini , et s'y corrompent»

4** Un cas très-rare parmi nous , mais que je veux cependant faire noter , afin que l'on connaisse toutes les causes qui peuvent nuire aux vers à soie , c'est qu'un air constamment trop chaud et trop sec , se-

chant les vers et produisant sur leur peau une contraction trop forte et non proportionnée au vide qui se fait insensiblement dans ces insectes par le versement lent de la matière soyeuse et de l'humeur de la transpiration , les oblige à une action violente et fatigante dans le travail du cocon.

Dans ce cas , ils vident les réservoirs de la soie plus tôt qu'il ne faut, forçant d'une certaine manière le diamètre des filières ; alors la soie n'a jamais la finesse de celle qu'ils versent à 1 6 degrés et demi de température. En effet, ayant moi-même exposé beaucoup de vers à soie à un air sec, et à trente degrés de chaleur, j'obtins des cocons, desquels- ayant fait tirer , par le moyen de la filature ordinaire , plusieurs mille pieds de bave, le poids de cette bave fut d'à peu près un sixième de plus d'un égal nombre de pieds extraits des cocons formés à la température de 16 degrés et demi. Cette observation peut servir à expliquer pourquoi , dans les climats chauds , la soie est généralement moins fine et plus forte que celle des climats tempérés, où les vers à soie sont élevés à un moindre degré de chaleur.

L'art enseigne à éviter tous les inconvénients dont nous venons de parler , inconvénients qui détruisent tous les ans un nombre immense de vers à soie, et contribuent à former une grande quantité de mauvais cocons.

Le vulgaire a des idées confuses de toutes ces maladies ; mais , comme il n'en connaît pas les causes,

il arrive souvent que , croyant appliquer un remède, il donne un poison.

Uusage du thermomètre et de l'hygromètre , faisant connaître les causes des maladies, indique les moyens d'y remédier ; et ces moyens sont ceux que j'ai déjà décrits, tels que le feu dans les cheminées situées aux angles de l'atelier , les feux légers faits à propos , l'ouverture des soupiraux , etc.

Le cinquième âge s'accomplit à mesure que les vers versent leur soie et forment le cocon.

Cet âge est terminé lorsqu'on touchant le cocon , on reconnaît qu'il a beaucoup de consistance ; alors le ver y a déposé son enveloppe ; il s'est changé en chrysalide , et son sixième âge commence.

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