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CHAPITRE IX

î)u sixième âge des Ters à soie, ou de la chrysalide. Récolte, conservation et diminution en poids des cocons.

Nous avons vu dans les deux chapitres précédents que le cinquième âge des vers à soie, qui commence * après la quatrième mue , finit dès le moment que ces insectes ont fait leur cocon et qu'ils se sont transformés en chrysalide, laissant leur vieille dépouille dans le cocon.

Le sixième âge commence à leur état de chSysalide, et finit à leur transformation en papillon, après avoir déposé dans le cocon l'enveloppe qui les couvrait.

A dire vrai , cet âge exige moins de soins que les précédents , surtout si Ton a bien exécuté tout ce que j'ai déjà prescrit.

Cependant les difiérentes opérations et soins qui regardent cet âge sont de quelque importance et de quelque intérêt. Examinons donc ce qu'il y a à faire:

4^ Récolte des cocons;

2* Choix de ceux qui doivent fournir les œufs ;

3* Conservation des cocons jusqu'à la sortie des papillons;

4"* Perte journalière en poids que font les cocons ,

du moment qu'ils sont parfaits, jusqu'à l'apparition du papillon.

Récolte des cocons.

Diaprés les conditions que j'ai fixées ci-dessus , les vers sains et vigoureux terminent leurs cocons dans trois jours et demi au plus , à compter du moment qu'ils rendent la première bave.

Cette période de temps est plus courte, si les vers filent la soie étant exposés à une température au-dessus de celle que j'ai déterminée, et dans im ai? sec.

Elle est plus ou moins longue, si les vers ne sont pas bien sains , ou s'ils se trouvent exposés à une température plus froide que celle déjà indiquée; s'ils éprouvent des alternatives de chaud et de froid; si l'air qui les entoure est humide ou vicié ; si les vers sont exposés à des coups d'air lorsque le cocon n'est pas encore assez formé pow les garantir entièrement ; enfin si une quantité de ces insectes est montée longtemps après l'autre, ce qui est toujours un effet des mauvais soins et d'une direction mal entendue.

Je conviens qu'il sera peut-être diflBcile aux éducateurs de changer de suite beaucoup de vieux usages et d'en introduire de nouveaux, quoique faciles. Afin d'éviter les pertes que leur occasionneraient les

inattentions qu'ils auraient pu commettre , il vaudra mieux pour eux qti'ils n'enlèvent pas les cocons avant le huitième ou le neuvième jour, à compter du moment que les vers ont commencé à monter. Je les fais enlever le septième et même le sixième jour, parce qu'on exécute daïis mes ateliers tout ce que j'ai prescrit jusqu'à présent.

Nous verrons d'ailleurs dans là suite que ce retard n'occasionne qu'une petite diminution en poids des cocons, qui fait qu'ils deviennent meilleurs, ainsi que ceux des vers qui ont employé beaucoup de temps à se vider, et qui par conséquent ont commencé leur travail plus tard.

Lorsque les sept ou huit jours sont passés, on recueille les cocons.

Cette opération doit commencer par les claies les plus basses ; montant insensiblement jusqu'aux plus hautes , et cela afin de pouvoir facilement enlever tous les cocons qui se trouvent attachés sous les claies et où il n'y a pas de rameaux.

On ne doit point jeter les petits fagots ou rameaux chargés de cocons, mais bien les faire prendre dou- <5ement pour les remettre à ceux qui sont chargés de les détacher. Par ce moyen on évite les taches que font les vers morts dans le cocon.

Aucun de ces inconvénients n'a lieu dans un atelier bien dirigé.

Les personnes destinées à détacher les cocons des fagots doivent être assises en rang l'une à côté dé l'autre, et on porte aux pieds de chacune les fagots garnis.

11 doit y avoir un panier entre deux ouvriers pour y déposer les cocons. Un autre ouvrier doit prendre les fagots dépouillés, et, s'ils sont de genêts ou d'autres arbustes, il les entassera quelque part pour une autre année ; s'ils sont de paille ou de quelque autre plante légère [\], on peut les brûler, parce qu'ils se remplacent aisément chaque année.

Les personnes qui détachent les cocons doivent

(1) La biniyëre peut servir pour bien des années; elle est même meilleure la seconde année que la première.

La paille qu'on emploie pour former les haies , la bruyère même de la première année> nuisent à beaucoup de vers à suie, parce que jeurs extrémités sont trop fines et trop faibles.

Le ver monte et va toujours en avant jusqu'à ce qu'arriyé à ces extrémités légères , il les fait pencher, et les détache de celles sur lesquelles elles étaient appuyées; alors^ n'ayant pas lui-même assez d*appuiy il tombe sur la claie , et même à terre , si on n'a pas eu le soin de placer la bruyère de manièi-e à l'en empêcher.

Ces chutes sont toujours nuisibles, et même quelq^iefois mortelles aux vers, s'ils sont tombés de haut. Il faut donc arranger la jbruyère de manière qu'elle n'ait pas des extrémités si faibles.

Lorsqu'elle a servi un an ^ je la fais passer en petits fagots, légèrement et avec beaucoup de promptit ude, sur de la flamme du même bois. De cette manière , la bave de la soie qui y est restée se bi*ûle, ainsi que les extrémités de la bruyère; et, omme je l'ai déjà dit, elle devient meilleure pour l'année suivante. Après cette petite opération , il faut bien battre ces fagots contre un corps dur, afin de faire tomber tout ce qui s'est brûlé. On leur fait ensuite prendi'e l'air, pour qu'ils ne conservent que leur odeur naturelle.

On les amoncelle, et lorsqu'on veut les employer de nouveau, on leur fait avant prendre Tair. Au heu de bruyère sèche et vieille, il serait plus avantageux » si on le pouvait, d'employer des rameaux de plantes fraîches, et particulièiement de navets; mais pour cela M fsiudrait les priver des feuilles et des rameaux les plus faibles.

avoir devant elles du papier pour ne pas se salir, si elles rencontrent quelque ver pourri.

Tous les cocons mous doivent être mis à part , afin d'éviter que Tacheteur, pour les avoir tous à un sou de moins par livre , n'ait le pwrétexte qu'il y a des cocons de mauvaise qualité.

On doit d'autant plus faire le choix avec sévérité, qu'on peut tirer bon parti des cocons de rebut. Il m'est arrivé , chaque année , qu'en les faisant filer, la soie que j'en ai retirée m'a valu presque autant que celle des beaux cocons. On peut aussi employer cette soie pour les usages de la famille.

Mais revenons aux opérations dont je parlais.

Les paniers de cocons doivent se vider sur dès claies placées en file et élevées au-dessus du sol , afin de pouvoir examiner commodément les cocons ^ comme nous le dirons dans la suite.

On doit les étendre sur les claies par couches de quatre travers de doigt , ou à peu près à la hauteur des bords des claies.

Il faut avoir l'attention de bien nettoyer les paniers , le pavé, et tout ce qui sert à recueillir et à déposerles cocons.

On doit diriger les opérations des personnes em^ ployées dans l'atelier de manière que leur travail soit terminé en même temps que celui des autres personnes qui , hors de l'atelier, sont chargées de détacher les cocons des petits fagots.

Lorsque les cocons sont séparés des petits fagots , il faut avoir le soin d'en ôler lestement , et avec

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adres&e, la bave dans laquelle le ver a formé son cocon , et qu'on nomme bourre.

En commençant le travail au lever du soleil , et le finissant avant quatre heures du soir, douze personnes suffisent pour séparer de la bruyère 600 livres de cocons, les nettoyer et les mettre sui: les claies.

Aussitôt qu'on a termjné l'opération , on prend les cocons des claies et on les met dans les hottes. S'ils sont déjà vendus, on les pèse, et on les transporte chez l'acheteur.

Avant le transport, il ne faut pas oublier de visiter les feuilles de papier, les murs , la boiserie , et tous les endroits où les vers ont pu faire le cocon.

Si on en trouve , on doit les bien nettoyer comme les autres , avant de les mêler, afin qu'ils soient tous également beaux.

On sera agréablement surpris de voir que la quantité ou le poids des cocons correspond toujours à l'espace des claies que les vers avaient occupé.

En suivant la méthode que j'ai indiquée, on obtiendra constanunent de 183 pieds 4 pouces carrés de claies, sur lesquelles on a élevé les vers provenant d'une once d'œufs, depuis 112 jusqu'à 127 livres de cocons de première qualité.

Que l'atelier soit grand ou petit, le produit en cocons égalera toujours la susdite proportion et ne diminuera jamais , quelque mauvaise qu'ait été la saison , si on a observé et exécuté tout ce que j'ai enseigné.

Choix des cocons pour la reproduction des œufs.

Dans l'état d'imperfection où se trouve Tart d'élever les vers à soie, il faut au moins la soixantième partie des cocons qu'on recueille pour en retirer les œu£s.

Ce calcul est fondé sur une longue série d'expériences qui tendent à démontrer :

1^ Qu'on retire à peu près deux onces d'œufs d'une livre et demie de cocons mâles et femelles (i) ;

2^ Qu'en général , dans les pays d'Italie où on élève des vers à soie , on ne retire pas plus de 45 livres de cocons par once d'œufs ; et comme il est de fait que , dans l'étendue de pays qui formait le royaume d'Italie, la valeur conunerciale à l'étranger de la soie et de tout ce qu'on retire des cocons monte à plus de 80 millions , il est évident que la valeur des cocons ^nployés pour les oeufs , qui s'élèvent à peu près à un million et demi , est enlevée à notre commerce avec l'étranger.

Si donc, dans l'intérêt de l'art, la production des cocons est augmentée depuis 45 livres par once

(1) L'auteur de rarticle sur les vers à soie, du Cours d'Agriculture de l'abbé Rozier, dit qu'on compte communément une livre de co* cons pour avoir une once de graine. La dififérence en plus de semence qu'obtient M. le comte Dandolo paraît dépendre de la meilleure éducation qu'il donne aux vecs. (Le Traducteur,)

d*œufs jusqu'à 90 livres, il est évident qu'on ajoutera pour le commerce extérieur une quantité de soie correspondante à la moitié des cocons employés pour les œufs , ce qui produit une forte somme»

Cet avantage est un des moindres que le perfectionnement des soins des vers à soie peut produire, comme je le démontrerai par la suite (aap. XV).

Revenant aux cocons destinés aux œufs , on peut dire avec assurance que, si on les prend d un atelier bien soigné , il est tout à fait inutile de se donner la peine de les choisir : plusieurs expériences m'en ont convaincu , et diverses personnes qui ont pris de mes cocons sans aucun choix ont obtenu de très-bons œufs (1).

Cependant , dans l'état actuel de l'éducation des vers à soie , ce serait heurter un peu trop l'opinion des éducateurs que de leur proposer de supprimer ce choix. Cela convient d'autant moins à présent que , s'il arrivait quelque désastre pendant qu'on élève les vers, on ne manquerait pas d'en attribuer la cause à la négligence du choix. Avec le tOTips, les lumières et l'expérience convaincront ceux qui cherchent leur avantage que ce choix est inutile.

Si on veut faire ce choix, il faut prendre les cocons qui sont de couleur de paille pâle , les plus

(1) Nous pensonâ^ au contraire, avec tous les bons éducateurs français, qu'on ne saurait apporter trop de soin dans le choix des cocons destinés au grainage, B.

durs , surtout aux deux extrémités, où le tissu semble plus fin.

Les petits coœns très-durs aux extrémités et un peu serrés au milieu indiquent que le yer a eu beaucoup de force , puisqu'il a pu attacher sa bave longtemps, et la contourner souvent dans les points les plus éloignés les uns des autres , ce que n'aurait pas fait un ver à soie faible.

Jusqu'à présent je n'ai pu découvrir, par mes expériences , que la force déployée par le ver à soie en formant le cocon ait ensuite influé sur la fécondation des mâles , ou sur la qualité des œufs dans les femelles. Dés cocons de consistance et de formes différentes m'ont donné également une plus ou moins grande quantité de très-bons œufs fécondés. Des vers à soie très-sains , parfaitement mûrs, d'égal poids, m'ont donné des cocons dont le poids variait un peu.

Il est de fait que la quantité plus grande de matière soyeuse filée par un ver sain , plutôt que par un autre également sain , démontre seulement que le premier avait accumulé dans ses réservoirs plus de isubstance soyeuse que le second , sans qu'on puisse en déduire que l'un soit inférieur à l'autre quant à la force fécondatrice. La parfaite santé du ver à soie est absolument indépendante de la quantité plus ou moins grande de soie qu'il peut produire. Il y a plus, c'est qu'un ver peut être très-sain et très-fort, quoique ses réservoirs contiennent un peu moins de soie qu'un autre qui paraîtrait moins

vigoureux. J'ai trouvé chez des vers malades , qui n'auraient pas même pu faire leur cocon si je ne les avais secourus, et tels sont tous ceux qui se s(»it raccourcis et ont grossi, et qu'on nomme harpions (riccioni) (1) ; je leur ai trouvé, dis-je, plus de matière soyeuse qu'à beaucoup d'autres très-sains que j'avais ouverts moi-même (Chap. XII).

Il résulte des expériences que j'ai faites sur mes cocons et âur ceux de mes fermiers qu'il sort toujours d'un cocon produit par un ver à soie sain un très-bon papillon, soit mâle, soit femelle, et j'ignore qu'il puisse y avoir des exceptions à ce que je dis.

Lorsqu'on choisit les cocons pour les œufs, beaucoup de personnes les secouent l'un après l'autre, pour entendre si la chrysalide bat un coup sec contre les parois du cocon ; et , d'après cela , elles décident qu'elle y est et qu'elle est saine. Cette opération ennuyeuse est inutile. La chrysalide existe toujours dans le cocon , et elle est saine lorsque les ateUers ont été bien soignés. Il arrive quelquefois que quelques vers, en faisant leurs cocons, ont de la peine, dans les derniers moments qu'ils filent la soie, à porter jusqu'aux deux extrémités les dernières portions de bave, ou qu'ils ne les attachent pas bien aux parois intérieures ; malgré cela , quoique les deux

(i) De toutes les maladies des vers à soie que décrit M. le comte Dandolo, le riccione est la seule qui ressemble à celle qu'on trouve décrite dans le Cours d'Agriculture de Tabbé Rozier, sous le nom de harpions ou passis.

extrémités du cocon se trouvent un peu moins garnies de soie , et qu'il y ^it beaucoup de fils confusément disposés dans le cocon , on trouve la chrysalide saine et parfaite.

Dans des cas pareils, si on secoue le cocon , il peut bien se faire qu'on n'entende pas la chrysalide , qui se trouve *fixée par quelques fils, quoiqu'elle soit saine. Au reste, ceux qui désirent faire cette expérience en sont les maîtres; il me suffit d'avoir dit la chose telle qu'elle est (1 ) .

Il n'y a point de signes certains pour distinguer les cocons qui doivent donner les papillons mâles de ceux qui contiennent les femelles ; mais les moins trompeurs et les plus reconnus sont les suivants :

Le cocon le plus petit, pointu d'un ou des deux côtés, et serré dans son milieu, contient ordinairement im mâle ; celui qui est très-rond aux extrémités, gros et peu serré ou pas du tout dans son milieu , contient en général une femelle.

Dans le prochain chapitre, nous verrons que les chrysalides et les papillons femelles pèsent presque le double des mâles, ce qui suppose naturellement

(i) On IrouTC ce qui suit dans l'ouvrage de Tabbé Rozier : « Lorsqu'on a Mt le choix de la quantité de cocons dont on veut avoir les papillons y il faut s'assurer de la vie de la chrysalide, en secouant chaque cocon auprès de Toreille. Si elle est morte et détachée du cocon, elle rend un bruit aigre; le muscardin ou cocon-dragée rend le même bruit; mais lorsque la chrysalide est vivante, elle rend un bruit sourd, et elle a moins de jeu dans le cocon. »

(Le Traducteur.)

que le cocon de la femelle doit être, à circonstances égales, plus gros que celui du mâle.

Ayant formé des tables de cocons que je croyais tous mâles, et d'autres que je croyais tous femelles, j'ai trouvé que, dans Tun et l'autre cas, la majeure partie correspondait aux signes ci-dessus indiqués.

Un ver à soie , quoique femelle , forme assez souvent un cocon petit et pointu, parce qu'étant vigoureux, il a pu se mouvoir et se retourner avec facilité dans tous les sens ; lorsqu'au contraire cet insecte est sans vigueur, ses mouvements sont faibles , ce qui fait qu'un ver mâle fait quelquefois un cocon gros et qui n'est pas pointu.

On doit donc conclure que les cocons provenant des ateliers bien tenus , qui ont de la consistance , et qui sont d'un grain fin , sont tous propres à donner de très-bons œufs ; sur cent , à peine y en a-t-il un qui ne produise pas un papillon vigoureux. Nous devons dire aussi , quant aux moyens de reconnaître les sexes , qu'il y a , il est vrai , des signes qui en général indiquent la vérité , mais que cependant ils ne sont jamais assez sûrs pour ne pas induire quelquefois en erreur.

Conservation des cocons destinés à donner les OBufs.

La conservation des cocons destinés à reproduira des œufs est une opération importante.

L*expèrience démontre que si la température est au-dessus de 18 degrés, la conversion de la chrysalide en papillon se fait trop rapidement, et qu'alors les accouplements sont moins féconds. Si elle se trouve au-dessous de 15 degrés, le développement du papillon a lieu trop tard, ce qui est aussi nuisible, comme nous en parlerons au chapitre suivant. On doit donc faire en sorte que la température de la chambre où on place les cocons soit toujours de 1 5 à 1 8 degrés ; on donnera la préférence aux chambres du premier. Si la chambre n'est pas sèche, la chrysalide en souffre, et te papillon est faible.

Dès qu'on a rassemblé les cocons choisis pour les œufs , et qu'on les a étendus sur un pavé sec ou sur les tables, une personne leste doit les dépouiller, l'un après l'autre , du reste de bourre qu'ils peuvent avoir.

Cette bourre ne fait pas partie essentielle du cocon ; on l'enlève parce que non-seulement cela rend le cocon plus propre et moins susceptible de se salir, mais aussi pour que le papillon , en sortant , n'ait pas ses pattes embarrassées dans cette bourre , dont il ne se débarrasse que très-difficilement.

Cette opération est, il est vrai , un peu ennuyeuse; cependant une main exercée débourre trente livres de cocons dans un jour, sans prendre beaucoup de peine. On ne doit pas négliger de mettre de côté les cocons qui paraissent avoir quelque imperfection.

C'est alors le moment de séparer les cocons qu'on croit femelles des mâles .

Aussitôt que l'opération est finie, on place les cocons choisis sur des tables, par couches de trois travers de doigt au plus , afin que l'air puisse s'y insinuer et passer partout , et qu'on n'ait pas besoin de les remuer souvent (1).

Si on les entasse trop, les cocons qui sont dessous ne sont pas remués, et peuvent alors devenir trop humides et nuire à la chrysalide.

Si la chaleur de la chambte destinée à cet usage est à plus de 18 degrés, et qu'on ne veuille pas transporter ailleurs les cocons , on doit au moins tenter de diminuer la chaleur, en tenant parfaitement fermé du côté par où entre le soleil. Il faut établir de temps en temps des courants d'air, afin de chasser l'humidité qu'exhalent les chrysalides. Il est aussi utile de remuer les cocons chaque jour, quoique peu entassés , si l'atmosphère se maintient longtemps humide ; mais si la température monte à 20 ou ^ degrés , il faut de suite transporter les cocons dans une chambre plus fraîche. Les températures moyennes sont toujours les plus convenables pour soigner les vers, les chrysalides et les papillons.

Si la chambre n'est pas sèche , l'humidité , qui est toujours nuisible aux vers, l'est alors à la chrysalide, et la fait changer en papillon faible.

(1) 11 est infiniment préférable d'enfiler les cocons par le milieu, ou encore de les coller sur de grandes feuilles de papier. B.

§ IV

Perte journalière en poids que fait le cocon du moment qu'il est formé jusqu'à celui où le papillon en sort.

Il n'y a aucune connaissance inutile, quelque minutieuse qu'elle soit , lorsqu'elle peut contribuer à diminuer les pertes et à augmenter les profits d'un art quelconque ; et , comme je me suis proposé de mettre tout le monde en état de bien élever les vers à soie, pour en retirer tous les avantages possibles ^ j'ai voulu aussi connaître et calculer combien chaque jour le cocon perd en poids.

C'est une opinion vulgaire que le cocon diminue de son poids pendant un certain temps, après lequel il augmente. Cette vieille opinion est cause que plusieurs personnes s'empressent trop de donner les cocons au fileur avant qu'ils diminuent de poids , ou qu*elles retardent trop à les lui donner, dans l'espoir qu'ils augmenteront. Je ne saurais dire comment peut être née cette opinion erronée : serait-ce l'intérêt des fileurs qui l'aurait formée et lui aurait donné de la valeur?

Pour bien connaître et calculer la diminution de poids dans le cocon , j'ai pesé scrupuleusement tous les jours 1 ,000 onces de cocons , à compter du moment qu'ils étaient entièrement formés, jusqu'à celui où je me suis aperçu que quelque papillon, mouillant un peu l'extrémité du cocon , indiquait

qu'il avait mis la tête hors de la gaine qui couvrait la chrysalide , et qu'il se disposait à déchirer le cocon.

Voici le résultat de la diminution journalière de ces mille onces de cocons dans une chambre entre 1 7 et 1 8 degrés de température :

Levés de la bruyère et nettoyés , cocons 1,000 ••"•

Un jour après, le poids était de. • . 991

Deuxjours après, de 982

Trois jours après, de 975

Quatre jours après, de 970

Cinq jours après, de 966

Six jours après , de * . 960 .

Sept jours après, de. ..... 952

Huit jours après , de 943

Neuf jours après, de 934

Dix jours après, de 925

Les cocons perdent donc dans dix joints sept et demi pour cent par le seul effet du dessèchement de la chrysalide. Dans les premiers quatre jours, ils perdent trois pour cent, c'est-à-dire trois quarts par cent chaque jour. Dans les derniers jours, ils perdent un peu plus, parce qu'alors, le moment de la formation du papillon approchant, il se dégage une plus grande quantité d'humidité.

L'état plus ou moins sec de l'atmosphère peut augmenter ou diminuer la perte de quelques onces. Il est donc clair que ceux qui , pour faire plaisir au fileur, tiendraient deux , trois ou quatre jours de

plus les cocons à la bruyère, perdraient chaque jour à peu près deux centimes par livre de cocons sur le prix convenu.

Les personnes dont les vers à soie sont montés à cinq ou six jours les uns des autres , et qui n'ont pu lever les cocons que douze jours , et même plus , après que les premiers vers ont commencé à monter, sont exposées à éprouver une perte de trois ou quatre pour cent, sans que personne leur sache gré de ce sacrifice.

Dans beaucoup de cas, c'est une perte pour celui qui achète les cocons dans l'intention d'en faire tirer de la soie, s'il en reçoit qui aient été achevés en différents jours, parce que, lorsque dans quelques cocons les papillons se disposent à naître, dans d'autres ils en sont encore éloignés ; et alors ceux qui font filer ne savent pas s'ils doivent le faire faire de suite , ou bien faire mourir les chrysalides pour conserver les cocons.

Si on suit exactement les règles indiquées dans le chapitre précédent, on évitera cette perte, et on 8ura des cocons parfaitement formés et en état d'être livrés après sept jours, à compter du moment que les vers commencent à monter.

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