‹ L'art d'élever les vers à soieChapitre 26 sur 52 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Da septième âge des vei's à soie; de la naissance et de Taccouplement des papillons; de la ponte et de la consenration des œufs.

Le septième et demier.âge du ver à soie comprend toute la vie du papillon.

Ce n*est point dans un ouvrage de cette nature que je dois démontrer comment, dans Tenveloppe qui couvrait la chrysalide , le papillon se forme par la force de la vie et des affinités chimiques, et comment se forment aussi Fhumeur qui féconde les œufs, une certaine quantité de matière fluide qu'on voit s'accumuler dans divers réservoirs, et enûn tout ce qui peut constituer son être; je dirai seulement qu'aussitôt que le papillon est formé , il emploie une portion de la substance liquide, presque de la saveur de l'eau, qui sort de sa bouche , pour humecter et déchirer nonseulement l'enveloppe qui le couvre , mais encore le tissu très-fort du cocon dans lequel il se trouve renfermé.

On reconnaît que le papillon est formé , et qu'il cherche à sortir, lorsqu'on aperçoit une extrémité du cocon mouillée, qui est la partie où est la tête du papillon. Quelques heures après que ces signes paraissent, et même quelquefois en moins d'une heure» le papillon perce le cocon et sort. Il arrive aussi

•quelquefois que le cocon est d'un tissu si dur, et a tant de soie , que le papillon s'efforce en vain d'en sortir, et qu'il y meurt. Quelquefois aussi la femelle est obligée de déposer une certaine quantité d'œufs dans le cocon avant d'en sortir ; elle peut aussi y périr.

Ne se pourrait-il pas que cette observation nous indiquât le besoin d'extraire la chrysalide des cocons en les coupant, afin que le papillon n'eût qu'à sortir de son enveloppe? Je l'ai fait moi-même avec succès à beaucoup de cocons ; mais j'ai trouvé que cet avantage ne dédommage pas de l'ennui qu'occasionne cette opération ; sans compter l'embarras que donnent les papillons qui sont privés d'une partie de leur cocon , sur lequel ils ne peuvent s'étendre commodément (4).

(1) U est très-ayantageux que, lorsque le papOlon sort la tête et les premières jambes, il puisse rencontrer quelque corps qui lui facilite sa sortie en lui donnant un appui pour se pousser en avant; pour cela, il faut arranger les cocons par couches de trois ou quati*e travers de doigt.

Si on tire la chrysalide du cocon pour que le papillon sorte facilement de son enveloppe, il arrive que, si les papillons sont placés sur une table unie, il y en a cinq sur cent qui ne peuvent pas sortir; ils traînent leui* enveloppe avec eux pendant longtemps , et finissent par mourir dans cet état.

Si la table sur laquelle on place les chrysalides n'est pas passée au rabot, les papillons soHent avec un peu plus de facilité, parce que les i-ugosités de la table leur servent d'appui.

Je pense donc que la méthode pratiquée comme je Tai dit plus haut est la meilleure; il faut cependant avoir soin de resserrer les espaces que les cocons occupent, à mesure que les papillons sortent, et qu'on enlève les cocons percés.

La vie du papillon dure dix, douze ou quinze jours , selon la force de sa constitution et Tétat plus ou moins doux de l'atmosphère. Une température chaude tend en général à activer toutes les opérations auxquelles la nature a destiné cet animal, et à accélérer son presque total dessèchement, qui le conduit à la mort.

Ce dernier âge a aussi grand besoin de soins attentifs. Quoique les papillons des vers à soie aient des ailes comme tous les autres papillons, ils n'ont cependant pas assez de force pour s'élever et chercher un lieu propre à déposer leurs œufs , et pour les metttre en sûreté , comme font les autres espèces de chenilles que nous connaissons (Ghap. I).

Il appartient donc à l'industrie de l'homme de recueillir et de conserver les œufs des vers à soie, afin de les bien disposer pour Tannée suivante par les moyens les plus avantageux.

Il me parait qu'il est de l'intérêt de tous ceux qui élèvent des vers d'obtenir de leurs cocons mêmes de bons œufs, plutôt que de les acheter, afin d'être certains de leur parfaite qualité ; cependant un grand nombre de personnes ne s'en occupent pas. Je vais leur faire connaître des moyens faciles, simples et sûrs , pour obtenir une petite comme une grande quantité d'œufs de bonne qualité.

Selon moi, il ne peut y avoir que trois motifs pour lesquels on ne conserve pas les œufs qu'on récolte, et qu'on préfère prendre ceux des autres.

Le premier est que les couvées ont mal réussi , et

qu'elles ont produit de mauvais cocons : ce cas ne peut jamais avoir lieu si on a bien élevé les vers à soie.

Quant au second, rexpérience a constamment démontré que les œufs qu'on a récoltés, quoique produits par des cocons de bonne qualité , obtenus sur le lieu » ne font pas une bonne réussite eu égard à d'autres œufs qu'on croit meilleurs ; ce qui prouve que les vers à soie de celui qui achète les œufs ont été plus mal soignés que ceux de celui qui les vend.

Le troisième est que, pour s'épargner de la peine, on achète les œufs , pourvu qu'on soit assuré d'en trouver d'une qualité très-bonne. Cela indique qu'il n'y a que la paresse qui détermine à acheter les œufs des autres, et on peut quelquefois en être la dupe.

Il n'y a donc que des cas bien rares qui puissent autoriser à acheter les œufs plutôt que de les faire pondre soi-même (1) .

Je devrais aussi exposer , dans ce chapitre, s'il convient de changer tous les deux, trois, quatre ans, les œufs qui proviennent du même atelier. Je ne dirai que deux mots sur toutes les opinions erronées ou populaires qui existent à ce sujet.

D'abord, si, pendant mille ans, on retirait de trèsbons cocons d'un atelier, qu'on en fît produire les œufs, et qu'on les conservât avec les soins que j'ai

(I) Nnus sommes tout à fait de J'aTis de Fauteur, et nous joignons nos instances aux siennes pour déraciner le funeste préjugé qui fait préférer les graines étrangères à celles faites par l'éducateur même. B.

décrits dans cet ouvrage, ces œufs seraient, pendant milleans, comme le sont toujours les œufs fécondés de tous les autres animaux ovipares domestiques et sauvages que nous connaissons.

Supposer que les bons cocons d'un éducateur ne sont plus propres» après quelques années, à lui donner de bons œufs , et que cependant ces mêmes cocons soient propres à en produire de très-bons^ pour les autres, ce serait admettre une influence superstitieuse, que la raison, la science et la pratique condamnent hautement.

Nous embrasserons dans trois paragraphes tout ce qui regarde la production et la conservation des œufs fécondés :

1* Naissance des papillons, et leur accouplement ;

2* Séparation des papillons , et déposition des œufs;

3** Conservation des œufs.

§ !•'• Naissance des papillons et leur accouplement.

Si les cocons qu*on a choisis pour obtenir les œufs sont tenus à une température de 15 degrés, les papillons commencent à nattre après quinze jours ; si on tient les cocons entre 17 et 18 degrés, ils commencent à sortir après onze ou douze jours.

Dans le premier cas. il faut à peu près quatorze ou quinze jours pour que tous les papillons soient sortis.

Dans le second, ils n'y mettent que dix ou onze jours.

Les changements de température depuis 1 i jusqu'à 19 degrés font un peu varier ce calcul.

Ainsi que je Tai dit plus haut, on reconnaît que ies papillons commenceront bientôt à naître, quand les cocons sont humides ou mouillés à l'extrémité où se trouve la tête du papillon.

La chambre où naissent les papillons doit être obscure, ou du moins il ne doit y avoir que la clarté à peine suffisante pour y distinguer les objets.

Les papillons ne sortent pas en grand nombre le premier ni le second jour ; ils naissent pour la plupart dans les 4% 5% 6* et 7* jours, selon le degré de température du lieu où sont placés les cocons.

Les heures auxquelles les papillons percent le cocon en plus grande quantité sont les trois ou quatre premières après le lever du soleil. Il en naît bien peu dans toutes les autres heures du jour, si la température est de 44 ou de 15 degrés ; si elle est de 18 degrés, il en sort davantage.

Dans les journées où il en naît le plus, on voit, d'une' heure à l'autre, que la superficie des cocons en est presque couverte. Quelques personnes pensent que les premiers qui sortent sont mâles ; pour moi, j'ai vu qu'il y a parmi ceux-là des mâles et des femelles, et je ne crois pas qu'il y ait rien de certain à ce sujet.

Les papillons mâles, à peine sprtis du cocon» montrent un très-grand désir de s'accoupler aux femelles.

J'ai dit ailleurs qu'on pourrait difficilement distinguer tous les cocons mâles des femelles, quoiqu'il y ait cependant des signes qui en font reconnaître un bon nombre (Chap. IX» § II).

Malgré cela, il est toujours très-utile de séparer les cocons qu'on croit mâles de ceux qu*on croit femelles. Par ce moyen, il se fait moins d'accouplements sur les tables, et il en résulte :

I • Qu'on les voit de suite, et qu'on peut lever ceux qui sont accouplés ;

2^ Que ceux qui ne sont pas accouplés peuvent se laisser plus longtemps sur la table, ce qui est avantageux, comme nous le verrons bientôt ;

3** Qu'il est plus facile de les accoupler ensuite, pouvant plus aisément lever ceux qui ne sont pas accouplés.

Voilà la meilleure manière de favoriser la naissance et l'accouplement des papillons.

Ainsi que je Fai déjà dit, les papillons commencent à sortir du cocon aussitôt qu'il est jour.

Leur sortie n'est pas aussi nombreuse dans la 1" et la 2* heiu^ que dans la 3* et la 4*.

Lorsqu'on voit les papillons accouplés, on les place sur des espèces de châssis couverts de toile [Fig. 26), faits exprès de manière à pouvoir facilement changer la toile lorsqu'elle est sale.

L'accouplement parfait s'annonce par des tremblements qu'on distingue au mâle qui est joint à la femelle.

II faut agir avec beaucoup d'attention lorsqu'on enlève les papillons accouplés. On les prend nar V'

ailes pour ne pas les séparer, et si cela arrive, on les remet chacun sur les tables des papillons de leur sexe.

Lorsqu'on a rempli une petite table de papillons accouplés, on les transporte dans une chambre un peu grande, fraîche, assez aérée, et qu'on puisse rendre bien obscure. On place ces petites tables par terre ou toute autre part.

Après avoir employé les premières heures de la journée à lever et à transporter les papillons accouplés, on s'occupe à accoupler les mâles et les femelles qui se trouvent séparés sur les tables.

Cette opération est ennuyeuse, mais facile. On lève alternativement les mâles et les femelles, et on les met ensemble sur d'autres châssis, qu'on transporte dans la chambre obscure.

Au bout d'un certain temps on peut très-facilement connaître s'il y a plus de femelles que de mâles. La femelle se distingue aisément par sa grandeur et la grosseur de son ventre, qui est presque le double de celle du mâle. J'en ai fait aussi la preuve par leur poids : cent mâles pèsent 1,700 grains; cent femelles en pèsent 3,000. Il est donc inutile d'indiquer d'autres caractères pour distinguer les mâles des femelles ; d'ailleurs le mâle non accouplé bat en général des ailes, à la moindre clarté qui le frappe.

Pour des raisons que je ferai connaître dans la suite, il faut noter l'heure pendant laquelle on aura placé dans la chambre obscure les tables des papil-

Ions qu'on a trouvés accouplés sur les claies''. On doit en faire autant de Fheure à laquelle on transportera les autres petites tables des papillons qui se seront accouplés ensuite.

Si, lorsqu'on a fini cette opération, il reste quelques papillons de l'un ou de l'autre sexe, oo les place dans la petite boîte percée [Fig. 27), jusqu'à ce que le moment de les accoupler soit favorable.

Il faut observer de temps en temps s'ils se détachent, pour séparer les mâles des femelles, afin de pouvoir faire ensuite de nouveaux accouplements.

On ne doit laisser entrer dans la chambre obscure que le petfde lumière qu'il faut pour pouvoir distinguer les objets. Plus il y a de lumière, plus les papillons sont agités et troublés dans leurs opérations : cet élément est pour eux un très-fort stimulant qui les inquiète.

Le papillon du ver à soie appartient à l'espèce de ceux qui volent la nuit, et que nous voyons souvent tourner autour des chandelles allumées ; c'est pour cela qu'on les nomme phalènes ou papillons de nuit, pour les distinguer de ceux qui volent le jour, et qu'on nomme papillons de jour.

Les boîtes [Fig. 27) sont très-bonnes, particulièrement pour tenir en repos les mâles qu'il y a de reste.

Il est difficile d'empêcher que les papillons mâles ne battent des ailes. Lorsqu'ils font ce mouvement, il se sépare de leurs ailes une grande quantité d'une

espèce de duvet qui fait beaucoup de poussière, qui s'attache partout, et incommode même la respiration. Si on n'avait le soin de modérer ce mouvement par l'obscurité, il en résulterait une destruction presque totale dé leurs ailes^ et par conséquent une grande perte de leurs forces vitales.

Dans le temps qu'on transporte les papillons accouplés, et qu'il en naît d'autres, il faut avoir le soin d'enlever continuellement les cocons percés. Comme ils sont mouillési ils communiquent leur humidité à ceux qui ne sont pas percés.

Le papier même qui est sur les claies se salit facilement; il faut alors changer les morceaux salis, afin de tenir propres, autant que possible, les claies et les cocons, pour éviter que l'air de la chambre se corrompe.

Lorsque la température est chaude, les soins doivent être assidus pendant toute la journée, parce qu'il naît toujours des papillons, qu'il y a toujours des accouplements, et qu'on trouve dans les accouplements quelques mâles ou quelques femelles de reste.

Parmi toutes les méthodes qu'on met en pratique pour ces opérations » j'ai choisi celle que je viens d'expliquer comme étant la plus simple, la plus facile à exécuter partout, et celle qui me parait offrir les avantages réels que voici :

1® Les papillons, naissant et restant presque tous séparés quelque temps avant de s'accoupler, ont le

temps d*éyacuer une portion des humeurs mêlées de substanœs terreuses qui les surchargent.

S^ Tous ceux qui s'accouplent d'eux-mêmes sur les tables ne se touchent qu'une fois, et c'est en les enlevant ; ils restent ensuite toujours tranquilles pendant tout le temps qu'ils doivent être accouplés.

3** On ne touche non plus qu'une seule fois, pour les mettre sur le châssis, les papillons qui ne s'accouplent pas.

4"" Les femelles et les mâles qui se trouvent de reste et séparés sur des tables, lorsque les accou- i plements sont faits, et qui ont été mis dans la botte I [Fig. 27), ne se touchent plus jusqu'à ce qu'on ait trouvé les papillons du sexe qui manque.

Il paraîtrait que , par cette méthode, les cocons devraient se salir beaucoup sur les claies ; mais il n'en est pas ainsi. Si on a soin de lever souvent les cocons percés , et de remuer ceux qui ne le sont pas, le papier qui recouvre les claies s'imbibe de presque toute l'humidité des cocons qui y touchent, de manière qu'en ayant soin de changer ce papier lorsqu'il est bien mouillé, les cocons se salissent trèspeu.

On peut se servir, au lieu de châssis, de papier, de carton et autres choses, pour faire déposer les œufs. Je parle des châssis, parce qu'ils entrent aussi dans la description des ustensiles utiles à Tart d'élever les vers à soie.

Il y a bien peu de bons cocons qui ne fassent pas

le papillon, et de ce peu, la plupart sont ceux dont la dureté et la petitesse empêchent le papillon de faire le trou pour sortir.

Le rapport de poids qu'il y a entre le cocon dont le papillon n'est pas encore sorti, et celui dont il est sorti, mais qui n'est pas encore parfaitement nettoyé, est comme de 6 à 1 , c'est-à-dire que de 28 onces de cocons pleins on retire à peu près 4 onces €t 3/4 de cocons percés (Chap. XIV).

Le rapport qu'il y a entre le poids des deux dépouilles qu'on trouve dans le cocon percé, et le cocon percé lui-même bien nettoyé , est à peu près comme 1 à 13, c'est-à-dire que les deux dépouilles pèsent, en général, un demi-grain, et le cocon vide à peu près six grains et demi .

Séparation des papillons^ et ponte.

Dans le paragraphe précédent, j'ai supposé, en parlant de l'accouplement des papillons , que le nombre des mâles était égal à celui des femelles, et qu'en conséquence, lors de leur séparation, il n'y aurait qu'à garder les femelles et jeter les mâles.

Cependant cela n'arrive jamais ainsi, et il y a toujours ou plus de mâles ou plus de femelles.

S'il y a plus de mâles, il faut les jeter; s'il y a plus de femelles, on peut leur donner des mâles qui aient été déjà accouplés. Il faut avoir grand soin, lorsqu'on sépare les accouplés, de ne pas faire du mal aux mâles.

J ai dit plus haut qu'il est utile de noter l'heure à laquelle les accouplements ont lieu , parce que le mâle ne doit rester accouplé à la femelle que six heures (1). Ce temps écoulé, on prend les deux papillons parles ailes et le corps, et on les sépare doucement, ce qui peut se faire avec facilité.

Il faut placer sur des châssis tous les mâles qui ne sont plus accouplés ; on choisit ensuite les plus vigoureux, et on les place auprès des femelles qui jusqu'alors en avaient été privées. Si, pour le besoin du moment, on a plus de mâles vigoureux qu'il n'en faut, et qu'on prévoie qu'ils pourront servir dans la suite, on doit les conserver dans la botte de réserve, où on les tiendra dans l'obscurité. Lorsque je m'aperçois que je puis avoir besoin de mâles, je ne les laisse accouplés, la première fois, que cinq heures au lieu de six.

Il paraît que les femelles ne souflErent pas, quoiqu'elles attendent le mâle pendant plusieurs heures ; il n'en résulte alors que la perte de quelques œufs non fécondés.

Si on veut conserver vigoureux- les mâles pour le temps de l'accouplement, il faut toujours avoir soin qu'ils ne battent pas trop des ailes.

Avant de séparer les deux sexes, il faut préparer,

(1) La durée de l'accouplement est un des points de sériciculture le plus controversés. Toutefois, pour mon propre compte, je me suis toujours bien trouvé de ne séparer les reproducteurs qu'au bout de douze heures d'accouplement. B.

^ans une chambre fraîche, sèche et aérëe, les linges sur lesquels le papillon doit déposer les œufs.

Vingt-deux pouces carrés de toile peuvent suffire pour contenir, sur une seule superficie, six ou sept onces d'œufs.

Voici de quelle manière on disposera les choses : au bas d'un chevalet de bois léger, d'à peu près i pieds 7 pouces de hauteur et 3 pieds 8 pouces de longueur (Fty. 28), on fait placer horizontalement, à chaque côté de la longueur, deux petites tables ou planches, arrangées de manière qu'un de leurs côtés soit cloué aux pieds du chevalet, à la hauteur d'à peu près 5 pouces et demi au-dessus du sol, et que Tautrè côté de la planche soit un peu plus haut et fasse saillie en dehors. On place sur le chevalet une pièce de toile d'à peu près 9 pieds 2 pouces de long, et qui pende moitié de chaque côté du chevalet. Les deux extrémités de la toile vont recouvrir les planches qui sont en bas.

Si le chevalet a un peu plus de 3 pieds 8 pouces de longueur, on pourra y placer deux toiles, qui présenteront une superficie de 1 8 à 20 pieds carrés ; si elles ont 22 ou 23 pouces de largeur, cette superficie peut contenir plus de 60 onces d'œufs. Plus les deux parties latérales du chevalet seront perpendiculaires, moins la toile se salira par l'évacuation des matières liquides que font les papillons .

Il faut disposer autant de chevalets qu'il sera nécessaire pour la quantité d'œufs à recueillir. Et je rappelle ici qije 28 onces de cocons donnent plus de

deux onces d'œufs, lorsque les papillons qui en sortent sont bien choisis (Chap. XIV).

En plaçant ainsi les papillons, ils ont de Tair de tous côtés, et ils peuvent être commodément maniés, c'est-à-dire placés et replacés, selon le besoin, sur tous les points de la toile.

Lorsqu'on a tout bien préparé, se rappelant que la chambre doit être sèche, et ne doit avoir de clarté que ce qu'il en faut pour j)ouvoir agir, on désunit avec délicatesse les papillons accouplés pendant six heures, on met les femelles sur le châssis , on les porte sur la toile à la chambre où sont les chevalets, et on les y place l'une après l'autre, en commençant par le haut du chevalet jusqu'au bas. On continue cette opération au fur et à mesure qu'on trouye des femelles qui ont été accouplées le temps convenu.

On doit noter chaque fois l'heure à peu près à laquelle on dépose les papillons sur la toile, ayant soin, autant que possible, de tenir séparés ceux qu'on met après, pour ne pas les confondre.

Ainsi que je l'ai dit plus haut, le temps auquel il sort un plus grand nombre de papillons commencée six ou sept heures du matin. En conséquence les accouplements se font à peu près à huit heures, et vers les deux heures après midi il faut détacher les m&les, et mettre les femelles au lieu indiqué.

On doit agir pour les femelles qui ont eu un mâle vierge de la même manière que pour celles qui onl eu celui qui avait été accouplé cinq heures.

On peut laisser les femelles sur la toile 36 ou 40 heures sans les toucher.

Je dois observer, à ce sujet, qu'on peut obtenir sur divers linges séparés les trois qualités d^œufs suivantes :

l"" Les œufs des femelles qui ont eu un mâle vierge ;

â"" Les œufs des femelles qui ont eu un mâle qui n'était pas vierge ;

3** Ceux des femelles qui , dans les deux cas cidessus ^ ayant déjà pondu dans les 36 ou 40 heures , ont encore à pondre.

Comme l'opinion vulgaire est qu'on obtient trois différentes qualités d'œufs par ce moyen , ceux qui y croient doivent avoir soin de les mettre sur des linges séparés.

Je dois cependant dire que je n'admets aucune diflférence entre ces qualités , et que je crois fermement que tous les œufs fécondés, obtenus par les moyens décrits ci-dessus, sont toujours propres à produire de très-bons vers à soie, pourvu qu'ils aient été bien conservés.

La véritable différence dans ces qualités dépend du plus grand nombre d'œufs non fécondés qu'on trouve dans les qualités appelées inférieures (1).

(1) Lorsque la troisième ponte est faite, et qu'elle contient beaucoup d'œufs jaunes non fécondes^ et de roussâtres mal fécondés^ li on Teut connaître avec une exacte précision la quantité d'œufs fécondés dont on \eut avoir les vers , il faut faire ce qui est indiqué à la note de la page 78.

Le papillon rend , dans les premières 36 ou 40 heures, la plus grande partie des œufs qu'il contient ; ceux qui viennent ensuite ne sont plus à peu près que la sixième partie de ceux déjà rendus. Il y a cependant quelques papillons qui en fournissent plu» du sixième après les premières 36 ou 40 heures.

La disposition particulière des femelles produit une grande différence dans le temps qu elles emploient à pondre tous leurs œufs.

De toutes les différentes méthodes en usage pour obtenir les œufs, celle que j'ai exposée en procure une plus grande quantité.

Lorsqu'après les 36 ou 40 heures , on a olé les papillons d'une partie du linge , si on s'aperçoit qu'il n'est pas bien garni d'œufs , il faut y placer d'autres femelles, afin que les papillons se trouyeul également distribués sur tout le lingCt

On pèse la totalité des œufs qu'on place dans Vétuve ; on jette Je peft de vers à soie» qui naissentle premier jour et après le troisième; on pèse ensuite les œufs qui restent, et, en ajoutant à ce poids le douzième pour Tévaporation qu'ils ont éprouvée > on aura le poids de ceux qui auront produit les vers.

Si ces œufs étaient en grande quantité, et qu'on pût élever separémeni les vers c^'ils aumient produits, ou pourrait garder aussi ceux nés le quatrième, j<Hir, si cependant ils étalant en suffisante quantité.

Lorsqu'on connaît exactement le poids des œufs qu'on met dan» Yétuve; lorsqu'on peut séparer facilement les coques de ceux qui ont produit les vers , pour peser ceui^ qui sont restés; quand on sait ce qu'on doit ajouter au poids des œufs qui ne sont pas éclos, et comment on peut calculer auss»i le ppids des vers nés le premier jour et jetés, il me semble qu'on n'a plus rien à désirer pour agir a\ec la plus grande précision.

Quelques papillons se promènent sur le linge , et quelquefois même ils s'éloignent : cependant, en général , ils restent fixes sur le lieu où on les place , ou ils s'en écartent peu.

Lorsque la saison ou la température de la chambre est trop chaude, c'est-à-dire qu'elle est à 20 ou 21 degrés , ou quand elle est trop froide , c'est-à-dire à 14 ou 15 degrés, on trouve plus ou moins d'œufs jaunes ou non fécondés , ou d'un jaune roussâtre mal fécondés, qui ne produisent pas de vers.

Ayant séparé avec soin les œufs non fécondés , j'ai trouvé qu'ils formaient la septième ou huitième partie du produit. Cela a eu lieu surtout en 1813 ; la température fut à t3, 14 et 15 degrés pendant presque tout le temps de la récolte des cocons et jusqu'après que les œuls furent éclos. On doit, en pareil cas , mettre en pratique les moyens dont j'ai parlé plus haut pour ohtenir toujours une température convenable.

Il arrive aussi quelquefois que des papillons femelles échappent au mâle avant qu'il les ait fécondés, ce qui produit beaucoup d'œufs non fécondés.

Huit ou dix jours après que les œufs sont déposés , la couleur jonquille qui leur est propre devient foncée, se change ensuite en gris roussâtre, et enfin en couleur d'ardoise pâle. Tous ces changements de couleur proviennent de l'humeur des œufs, et non de la coque, qui est presque transparente (Chapitre Y),

Que les œufs soient fécondés , qu'ils ne le soient pas , ou qu'ils le soient mal , ils sont toujours d'une forme lenticulaire. Peu de temps après qu'ils sont déposés , il se forme dans le centre de leurs deux superficies plates une fossette qui fait conndtre qu'il s'est opéré une espèce de dessèchement. Il n'y a presque aucune différence de poids des ceufs fécondés entre eux (Chap. V, § III).

En 1 5 ou 20 jours , selon les divers degrés de température des chambres , les œufs parcourent presque toutes les gradations de couleur sus-indiquées , et ont alors les caractères d'œufs fécondés.

Lorsque toutes les opérations du septième âge ont été faites , on n'a plus qu'à penser à conserver les œufs.

Je finis ce paragraphe en observant que , dans le septième âge , la femelle fécondée , qui pesait alors à peu près 30 grains , ne pèse, trois ou quatre jours après avoir rendu les œufs, qu'à peu près 12 grains. Lorsqu'elle est morte ou desséchée , son poids n'est plus que de 3 grains et demi.

Conservation des amfs.

Lorsque les œufs fécondés ont acquis la couleur grise, et que les linges sont bien secs, on doit s'occuper des moyens de les conserver.

On peut laisser quelques jours dans la même

chambre les linges sur lesquels les œufs sont déposés, pourvu qu'elle ne soit qu'à 45 ou 16 degrés. Si la température se trouvait plus chaude , il faudrait les placer dans un endroi t plus frais*

On trouve aux bords d«s linges portés par les tablettes des chevalets , des œufs détachés en remuant les linges. On doit les recueillir avec soin dans une petite boîte de carton. La couche ne doit avoir qu'un demi-travers de doigt d'épaisseur. On recueillera également les œufs qu'on trouvera attachés ailleurs que sur les linges.

Il importe peu que tous ces œufs ne soient pas . bons. Lorsqu'on voudra les faire éclore , on les pèsera en les mettant dans l'étuve ; et si on les pèse encore le troisième jour après la naissance des vers , on connaîtra quelle était la quantité non fécondée (Chap.VJV).

Lorsque la saison est chaude , on voit que plusieurs vers à soie naissent dans les premiers 10 ou 15 jours, à compter du jour que la ponte a eu lieu. Certaines années j'en ai vu naître plusieurs dans ce coiu-t délai , et quelquefois je me suis aperçu que ces œufs appartenaient presque tous à une même femelle. Cette précocité n'est d'aucun inconvénient ; elle dépend de la conformation particirfière de l'em^ bryon ou de la coque. L'œuf duquel est sorti le ver se reconnaît bientôt par sa couleur blanche , et parce qu'il reste attaché au linge.

On trouve sur les linges où sont les œufs beaucoup de matières excrémentitielles déposées par les papil-

ions. Ces ordures ne sont pas nuisibles aux œufs ^ pourvu qu'on ait le soin de n'enlever les linges que lorsqu'ils sont parfaitement secs.

La forme des linges sur lesquels on recueille les oeufs est très-commode pour les conserver. Les bandes de toile qu'on enlève de dessus les chevalets se plient en huit doubles , qui ne doivent former qu'à peu près un pied de largeur.

Ces linges , ainsi plies , se mettent dans des endroits frais et assez secs , dont la température, dans l'été, ne doit pas être au-dessus .de 45 degrés, et ne pas descendre à zéro dans l'hiver.

Si on craint qu'il ne gèle dans le lieu où on a placé les œufs, on y met un thermomètre ou un peu d'eau dans un plat. Lorsque l'eau n'y gèle pas , on peut laisser les linges dans ce lieu jusqu'au mois de mars suivant.

Pendant la saison chaude , il faut donner un coup d'œil aux linges tous les 10 ou 15 jours. Il arrive quelquefois que , lorsque les œufs sont trop amoncelés dans une partie du linge, et que beaucoup d'excréments s'y trouvent mêlés , il s'y fait une espèce de fermentation , et il s'y développe des insectes qui gâtent les œufs et s'en nourrissent. Si on a soin , dans l'été , de déplier les linges de temps en temps , on s'en aperçoit de suite. On y remédie, et on les replie comme avant. Je n'ai trouvé qu'une seule fois deux de ces insectes dans un de ces linges.

Pour conserver les linges toujours à l'air frais , on les place dans un châssis de corde (Ftff. 29) qu'on

attache à la voûte ou au plancher d'un lieu frais et sec. De cette manière les linges ont de l'air de tous côtés ; les soiuris ne peuvent pas les atteindre , et ils se conservent très-bien. On doit les visiter à peu près tous les mois.

Les œufs s'altèrent dans un lieu humide , et les vers à soie qu'ils produisent ne sont pas vigoureux (Chap.XII).

Lorsqu'on a perdu des couvées entières, et qu'on est remonté à l'origine du mal , on a facilement dé^ couvert que les œufs avaient été tenus dans un lieu humide , qu'on n'avait pas imaginé pouvoir être la cause de cette perte.

Si on soupçonne que le lieu où l'on met les œufs n'est pas sec, on peut le vérifier avecThygror mètre-

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