‹ L'art d'élever les vers à soieChapitre 29 sur 52 · IL · texte numérisé non relu

IL

Maladies qui attaquent les vers à soie lorsqu*on n*apas rempli exactement les conditions que f ai indiquées pour les faire bien éclore^ quoique les œufs fussent bons et bien conservés.^

Ces maladies , assez nombreuses et mortelles , ont lieu :

4* Si l'embryon, prêt à devenir ver, sous une température modérée, est tout à coup exposé à un degré de chaleur beaucoup plus élevé. Alors son développement se trouve sensiblement plus avancé ; les parties qui le composent s'altèrent , et sa couleur, qui, au moment où il vient d'éclore , aurait dû être châtain foncé, se trouve plus ou moiili^

rouge, signe certain d'altération et de maladies futures.

2® Si l'embryon est exposé à une température plus basse au moment d'éclore. Dans ce cas , le développement est retardé, et les organes délicats de cet insecte restent dana une humidité froide qui le fait beaucoup souffrir. Le dommage est alors relatif à la durée de cet état de l'embryon ; il est extrême s'il dure plusieurs heures.

3"* Quand les vers à soie, venant d'éclore, sont exposés à une température plus élevée que celle de la chambre où ils sont nés. La surface de ces insectes est très-grande relativement à leur poids , de la même manière que la surface de six barils d'un quintal est plus grande que celle d'une barrique de six quintaux. La forte évaporation que la chaleur provoque altère leurs organes délicats , surtout lorsqu'ils n'ont pas encore mangé.

4*^ Lorsqu'au contraire on laisse les vers à soie, à peine éclos» longtemps exposés à une température beaucoup plus froide que celle où ils étaient. Si cet état ne dure que quelques heures, le danger n'est pas grand; mais s'il continue un jour ou plus, ces insectes s'affaiblissent , mangent peu , et ont de la peine à se rétablir. Ceux qui font couver les œufs pour les autres , et qui n'ont pas des endroits chauds pour placer les vers à mesure qu'ils naissent, risquent souvent , si le printemps est froid , de faire beaucoup de mal à des couvées entières : ce dont je me suis convaincudans le printemps froid de 1814.

J'observe que les réservoirs soyeux sont les organes les premiers altérés dans les maladies dépendantes des causes que je viens d'énoncer. S'ils le sont profondément, le ver se trouve condamné à vivre valétudinaire , et à mourir avant d'accomplir toutes les périodes de sa vie.

Les altérations et les maladies dont je viens de parler n'ont pas lieu :

1 ** Si les œufs , dans l'étuve, n'ont été d'abord qu'à une température de 14 ou 15 degrés , qu'on a élevée ensuite d'à peu près un degré tous les jours , jusqu'à ce que l'éclosion ait été accomplie ( Chapitre lY,

§IV

2"* Si on a tenu les vers à soie à une température d'à peu près 19 degrés ;

3*" Si, en les transportant ailleurs, on a eu soin de les préserver d'un air trop froid et de l'impression des vents , surtout de ceux qui sont froids et secs.

Des maladies auxquelles sont sujets les vers à soie dans les quatre premiers âges y par la mauvaise manière de les élever.

Dans ce chapitre , nous ne devons pas admettre l'existence du germe des maladies dépendantes des causes indiquées dans le chapitre précédent , parce qu'il est évident qup, quelques bons soins qu'on donnât à l'éducation des vers dans le cours de leur vie , on verrait toujours paraître des maladies qui

se prolongeraient dans tous les âges , et qui détruiraient les vers sans que Yéducateur pût y porter remède.

Avec la manière ordinaire d'élever les vers, les maladies , dans les quatre premiers âges , ont lieu :

4° Lorsqu'ils sont si près l'un de l'autre qu'ils ne peuvent pas manger commodément selon leur besoin; comme, par exemple, si sur un espace où 10,000 vers peuvent être à leur aise on veut en mettre des milliers de plus : il est évident qu'un grand nombre de ces insectes mangeront mal ou peu; il en résultera une différence notable dans leur développement , et on en verra de gros et en bonne santé mêlés avec des petits et souffrants.

Cette différence , qui devient d'autant plus^ grande que la cause se prolonge, engendre des maladies,, et produit la naort de beaucoup d'entre eux.

2** Lorsque l'usage de tenir les vers trop épais est plus ou moins général dans un établissement, il en résulte non-seulement de l'inégalité dans la nutrition , mais même dans le temps de leur assoupissement. On voit , dans le même temps , des vers qui dorment, d'autres qui sont éveillés, et d'autres qui ont encore besoin de manger avant de s'endormir.

Ce grand désordre fait périr même les plus forts. J'appelle plus forts ceux qui , dans leurs différents âges, et particulièrement dans les deux premiers, desquels j'entends parler spécialement dans ce moment, ont mangé plus que les autres, et se sont as-

soupis les premiers. Pour faire manger ceux qui ne sQnt pas encore assoupis , on continue à répandre de la feuille sur une litière déjà humide. Les premiers assoupis se trouvent alors ensevelis entre la vieille litière et la nouvelle ; ils restent constamment entre des corps humides et se couvrent d'excréments.

Cet état altère beaucoup leurs organes , surtout si la litière est très-himiide et chaude. Les altérations varient selon l'intensité des causes qui les produisent. Une grande partie de vers peut mourir quelques jours après ; d'autres peuvent continuer à manger, et donner ensuite des signes de faiblesse et d'amaigrissement ; d'autres enfin se rétablir un peu , et passer le reste de leur vie souffrants , sans cependant mourir. J'ai dit que les organes qui sont les premiers à être lésés et détruits, même dans les premiers âges de la vie , sont constamment ceux destinés à contenir la soie. Lorsqu'ils sont profondément altérés , la constitution du ver se trouve changée , et les sécrétions ne peuvent plus se faire. Cet insecte n'est plus un ver à soie , mais seulement un animal dégradé qui ne peut plus remplir le but que la nature lui a assigné.

3** Lorsque l'air de l'atelier n'est pas renouvelé et que l'humidité y séjourne, il en résulte deux grands maux : le premier est que la transpiration diminue ; le -second, que la litière fermente, ce qui augmente la chaleur, l'humidité, et corrompt l'air ; alors le ver s'affaiblit, et je dirai même qu'il se cuit. Ces maux s'aggravent si l'air extérieur est humide.

4^ Lorsqu'il se joint aux causes sus-indiquées une saison pluvieuse qui mouille la feuille. Si on la met sur les claies sans être bien séchéei elle peut,, dans tous les susdits âges, activer la fermentation de la litière, et augmenter l'humidité de l'atelier. Si , dans cet état , il ne soufflait pas des vents du nord secs qui expulsassent l'humidité, la constitution des vers s'altérerait dans peu de jours , comme je l'ai observé en 1814, année dans laquelle les vers de plusieurs ateliers périrent presque tous.

Ces pertes n'ont jamais lieu :

1 ° Si on a soin de distribuer les vers sur des espaces proportionnés à leijr quantité , ainsi que je l'ai dit plusieurs fois dans le cours de cet ouvrage (Chapitre XIV);

2"* En renouvelant l'air des ateliers et les tenant secs par les moyens que j'ai déjà indiqués ;

3"* Si on a soin de cueillir la feuille quelque temps avant qu'elle soit nécessaire, et si elle est bien sèche.

J'aurais pu indiquer^ comme cause prochaine demaladies dans le premier? et peut-être même dans le second âge, la feuille qui est devenue jaunâtre par l'effet de la mauvaise saison ; mais ces cas sont très-rares, surtout si on a le soin de ne faire naître les vers que quand la saison paraît bonne, et lorsque les germes des mûriers sont bien développés. Si , malgré toutes ces précautions , la saison devient trèsmauvaise, et que la feuille ne soit pas de bonne qualité, il faut, pendant deux ou trois jours, abaisser la température de l'atelier à 1 5 ou 1 6 degrés au plus,

afin que les vers mangent moins et prolongent pour quelques jours leurs premiers âges.

Il est alors également utile de laisser flétrir un peu la feuille, afin qu'elle contienne moins d'humidité:

Dans Tannée 1814, plusieurs personnes se sont trouyées dans ce cas; et, n'ayant pas eu les soins que j'ai indiqués, elles ont perdu une quantité immense de vers. Mes ateliers, au contraire, produisirent autant que les autres années, parce que je ne cessais d'employer tous les moyens nécessaires. Le second tableau , placé à la fin de cet ouvrage, montre conunent j'élevais ces insectes dans ces circonstances.

Rarement on voit une saison aussi mauvaise que celle de 1814, même dans les climats froids et inconstants comme celui que j'habite. Dans les climats chauds, ces variations surprenantes sont presque inconnues.

§ IV

Maladies graves qu* occasionne aussi la mauvaise éducation dans le cinquième âge des vers à soie.

Dans le cinquième âge , les vers à soie sont plus exposés à des maladies graves , presque toutes diflférentes de celles des autres âges. Ces insectes étant alors déjà gros, Y éducateur s'afflige à juste raison de

les voir périr, puisque son espoir était grand, et que ses pertes sont plus fortes. Nous yerrons bientôt que ce n'est aussi que la mauvaise méthode généralement adoptée qui cause ces maladies*

Pour démontrer cette vérité , je suis obligé d'entrer dans quelques détails sur des objets qui peutêtre paraîtront outre-passer l'intelligence ordinaire des éducateurs. Je ferai cependant en sorte de m'eipliquer avec asseis de clarté pour les instruire et les convaincre de ce qui me paraît être bien nécessaire. Si je n'avais pas l'avantage d'être entendu en parlant de l'origine de ces maladies , il suffira du moins que je le sois relativement aux moyens à employer pour s'en préserver.

Le ver à soie mange, en proportion du poids qu'il acquiert, une quantité de substance végétale fraîche qu'on peut dire énorme , comparée à celle que mangent les autres animaux domestiques (Chapitre XIV).

Tout animal qui se nourrit particulièrement de végétaux non desséchés introduit nécessairement dans son corps beaucoup d'eau avec l'aliment, ainsi que des substances alcalines , acides , terreuses et autres , contenues plus ou moins dans tous les végétaux. Ces substances sont , en général , étrangères aux besoins de son économie ; de manière que , si la nature ne lui avait pas donné le moyen de s'en délivrer journellement en les expulsant de son corps, il tomberait bientôt malade , et finirait par perdre la vie.

La nature lui a fourni pour cela trois moyens : la transpiration cutanée, la transpiration pulmonaire et l'urine. Je fais ici abstraction des substances solides et excrémentitielles qui sortent par le tube intestinal.

Il arrive souvent qu'un de ces moyens supplée à l'autre, comme nous l'observons chez l'homme, par exemple, qui, dans certains cas, transpire beaucoup et urine peu.

n faut encore noter deux choses, c'est-à-dire que la transpiration ne peut avoir lieu sans le contact de l'air, et qu'il y a une grande analogie entre les principes constituants de l'urine et ceux de l'humeur de la transpiration.

La santé des animaux exige qu'ils expulsent de leur corps, par les organes excrétoires, la quantité excédante d'eau et de substances étrangères qui s'est introduite dans leur organisation par la nutrition. Si les excrétions sont arrêtées , l'animal sera atteint de maladies très-dangereuses , comme on voit que cela a lieu chez les hommes.

Le ver à soie , croissant en proportion du poids qu'il acquiert, mange une quantité de substance végétale fraîche qui , comme je l'ai déjà dit, contient beaucoup d'eau excédante et des matières étrangères dont il a besoin de se débarrasser. Voici ce qui arrive :

Cet insecte n'a proprement ni poumon ni organes urinaires. Le seul moyen qui lui reste, après le tube intestinal , est celui de la transpiration cutanée.

II peut bien évacuer, par ce moyen , leau et les substances acides et alcalines qui sont en dissolution ; mais, n'ayant pas la faculté d'uriner, comme font les animaux domestiques herbivores , il reste dans son corps une partie des substances terreuses qu'il a prises par les aliments , et qui s'y accumulent insensiblement, ce dont nous avons la preuve, puisqu'il les évacue mêlées à des substances acides et alcalines quand il est devenu papillon. Il résulte de ceci que, si, par manqué de soins, la transpiration de cet insecte s'arrête , il se fait certaines attractions chimiques qui ne sont pas encore bien connues ; c'est à ces attractions qu'on doit attribuer les diverses maladies du cinquième âge , qu'on nomme vulgairement les maladies du %igne (segno), de la cdcination (calcinaccio), du noir (negrone), e.t autres semblables qui ne sont produites que par des modifications de la cause générale que je viens de faire connaître,

La maladie appelée le zigne résulte de fortes attractions chimiques qui ont lieu dans le ver à soie ; elle équivaut , si je puis m'exprimer ainsi , à une affection pétéchiale , et tend manifestement à décomposer l'animal primitif pour en former un autre d'une nature absolument différente (1). En effet,

(1) Dans le volume qu'a publié M. Dandolo en 1816, pour confirmer sa nouvelle méthode, li donne des explications plus étendues sur les causes de la maladie du signe, qui paraît être la rouge; en voici un extrait : « On sait que le ver à soie, comme tous les animaux , ne peut vivre sans Tair vital (gaz oxygène) qui fait la 5* p«^

lorsque les substances acides , alcalines et terreuses sont accumulées en grande quantité, qu'elles se

tie de Tair atmosphérique. On sait aussi que toutes les substances en fermentation dégagent en quantité de l'air une ou méphitique (acide carbonique), et que paitout où se fixe cet acide il chasse Talr respirable. Cet air fixe, qui n'est pas respirable, est , comme je l'ai dit ^ un adde qui peut préserver de la corruption les substances anunales qu'il frappe , lorsqu'elles ont quelque principe propre à se combiner avec cet acide. Ce phénomène peut avoir lieu dans certaines circonstances pour le ver à soie^ chez lequel l'analyse chimique fait reconnaître des matières acides , terreuses et salines^ qui n'ont besoin que d'un agent, tel qu'un acide, pour faire produire de nouvelles attractions, desquelles il résulte la maladie qu'on appelle la calcinatim^ qui n*est que celle du signe dont Faction chimique est prédominante.

» La quantité d'acide carbonique qui se dégage des vers à soie est d'autant plus grande que ces animaux sont en plus grand nombre, que U température de Tatelier est plus élevée, et que Tatmosphère est chargée d'humidité. Ce même acide, comme on le sait , est plus pesant que l'air atmosphérique, et par conséquent il occu* perait constamment les régions d'air pur qui sont en contact im-médiat avec les vers à soie, si on n'avait le soin d'établir des courants d'air qui le chassent , ce dont on peut s'assurer par Veudiomètre.

n L'acide carbonique peut, pendant quelque temps, frapper le corps du ver à soie sans le faire cesser de vivre, parce que les animaux à sang froid ne meurent pas de suite, lorsqu'ils sont plongés dans ce gaz ; mais il peut se faire bientôt au dedans de l'animal des attractions chimiques qui le prédisposent aux maladies citées cidessus. Si on n'emploie pas tous les moyens de chasser ce gaz, son action continue au point qu'on peut n'êlre plus à temps d'empécber les progrès des attractions chimiques, qui ont lieu successivement jusqu'à ce qu'enfin ce petit animal soit dans un tel état d'altération, qu'il devient un corps d'une nature tout h fait différente de son organisation natmelle. A l'époque de sa vie où il verse la soie, les . agents chimiques ont plus d'empire sur lui , et peuvent le convertir

soEt rapprochées au point d'exercer cette affinité que les chimistes appellent réciproque , la substance

fens^n instant en un oomfiosë inoorruptible, ainsi qu'on robserve «ouveat. »

La maladie que les Italiens appellent jatimsse, qui me paraît être telle que nous noranEions vaches, gras ou jaune, est causée (dit encore M. Dandolo) par la présence d'une certaine quantité d'humidité mêlée avec Tacide carbonique. L'humidité^ pesant sur la peau du ver, en arrête la transpiration, et empêche par conséquent la sortie de la grande quantité d'humidité introduite par la nutrition Comme dans ce cas l'action de Tacide carbonique est diminuée par la présence de l'humidité^ la maladie appelée segno (la rouge) »'a pas lieu, et on \oit se déclarer il giallume (le jaune).

Dans les ouvrages d'art il y a des répétitions de règles qui ne doivent pas être critiquées , et je pense que les suivantes seront de oe nombie. Pour éviter les maladies de la rouge et du jaune (dit M. Dandolo); il faut agir comme suit :

« 1* Tenir instamment autour des claies des courants d'air de haut en bus ; et si on reconnaît qu'il ne circule pas dans quelques points de l'atelier, ouvrir les soupapes qui sont opposées l'une à l'autre. Faire brûler souvent du menu bois; et si ^ par ce moyen, l'atelier s'échauffait trop , dans ce cas seulement arroser le sol ; ce qui produira du frais et un plus grand mouvement de l'air, parce que l'eau passera à l'élat aériforme;

T» 2® Refroidir l'atelier le plus qu'on pourra;

» 3** Si on soupçonne quelque maladie ^ changer de suite le lit des vers , et renouveler ce changement plusieurs fois de plus qu'il n'est prescrit;

» 4» Donner aux vei*s la feuille le moins humide qu'on le peut;

» o<> Prolonger de quelques jours la vie de ces animaux. Ne leur donner jamais des repas abondants et fréquents , parce que^ si la feuille est accumulée en trop grande quantité dans l'estomac de ces animaux ; à la demiere mue il peut s'y développer trop de chaleur qui facilite l'altéi-ation chimique de leur corps ;

» G<» i£nlin , dans les circonstances malheul^*useSy il vaut mieux que les vers à soie soient exposés à beaucoup d air, au froid, aux

Ofgàïîique du Vw s'altêf e bientôt é *e désdrgdnîsé. On a des pfeutes claires de cette déSorganlsàtiôA paf fes tâches ou péféchies noires, ronges, ôd d^autres couleurs , qu'on aperçoit sur le corps dé rinsecte, présage de sa prochaine transfortnàtion en un composé chimique solide , et de sa mort par endurcissement. Cette maladie n'est jamais de nature contagieuse.

Comme la rentrée de la transpiratîoA et Taccumulâtion des substances sus-indiquées ont ïieu plus 'Communément aux pattes ou aui parties inférieures

çhaDgeraenU delH soutent répété» « k manger la feuille presqi^e flétrie^ et même à souffrir la faim. Alors la rouge et le jaune dispafâîlrotit de Tateliér, ou du moins diminueront beaucoup. »

PôUf avoir une plus forte pfêuVe que ces maladies dépendent uiiifaement des causes sus^mentionnées , M. Uandolo fit rexpëriened suivante : il plaça une porlion du lit qui contenait un ceilain notH* bj'e de vers à soie sains sur un tas de fumier qui avait presque fini de fermenter, et qui avait 20 degrés de chaleur. Ce jour-là Tair était tiii-calme. Il examirta ces vers deuif jours après ^ accompagné de plusieurs élèves. Us furent trouvés tous parsemés de poirtts bktieSi ou de fragments de substance saline blanche ressemblant à la ma* tière des vers calcinés. On vit aussi, avec une surprise agiéable, ^udquêd vers calcinés. Cette expérience ayant été ensuite répétée plusieurs fois, on n'observa plus que quelques fragments de matière blanche; les vers pourrissaient tous; en n*en trouva plus de calcinés. Ce phénomène provient sans doute de ce que Tensemble des circonstances nécessaires pour produire la calcination ne s'est plus présenté.. La première expérience est cependant sullisante (observe M. Dandolo) pour confirmer ce qui a été déjà dit, et que la raison et k science démontrent clairement. L'auteur invite les éducateurs ées vers à soie à répéter ses expériences. (Le Traducteur,)

que vers les supérieures , puisque les premières sont plus privées du contact de Tair lorsque les vers sont trop épais, c'est aussi d'abord sur ces parties que commencent à paraître les signes de cette maladie.

La respiration gênée aggrave également Tétat des vers à soie.

Lorsque les substances sus-indiquées s'accumulent en petite quantité, et que les forces vitales se soutiennent , les vers peuvent avoir le temps de verser la soie , qui est la substance la moins susceptible d'être altérée et corrompue ; mais , pendant cette opération ou immédiatement après , les substances hétérogènes se trouvent plus en contac entre elles , et la vitalité diminue ; ce qui facilite l'action chimique de ces mêmes substances. Le ver ou la chrysalide se trouve alors réduit en peu de temps à l'état de momie. Il se forme quelquefois autour de cette momie une efflorescence de substances saliqe , terreuse et alcaline qui ont agi les unes sur les autres (1).

{{ ) Dès que j'ai connu la maladie dite du signe, et que j'ai surtout observé le ver et la chrysalide calcinés , je n'ai pas hésité à décider que cela devait dépendre d'attractions et de combinaisons chimiques, comme je l'ai déjà dit.

On ne peut guère se tromper en voyant le tissu animal altéré de cette manière , et converti en substance plus ou moins dure et in« corruptible.

J'ai levé avec soin la substance blanche et saline qui formait l'enveloppe des vers calcinés, je Tai analysée; et, non content de

Si la substance saline qui enveloppe le ver ou la chrysalide a pu se former sans beaucoup d'humidité, ou si l'humidité s'est promptement évaporée à travers le cocon, le ver na pas gâté ce dernier, qui peut se conserver longtemps très-sain. Si , au contraire , cette substance saline a conservé de l'humidité, ou si le ver, devenu momie, a exhalé de l'humidité qui ait été en contact avec les parois intérieures du cocon , il a été gâté ; il estpar conséquent moins bon à être filé , et a moins de valeur. Dans les

cela^ je me suis adressé à mon ami M. Brugnatelli, professeur de chimie à Pavie. Cette analyse, ainsi que celle de la substance terreuse que déposent les papillons venant de naître , devait , à mon avis, révéler des faits très-importants, et je ne me suis pas trompé.

L'espèce de calcination qui couvre la momie du ver à soie ou de la chrysalide, dans le cocon même, est principalement composée de ten-e appelée magnésie, d'acide phosphorique et d'ammoniaque ou alcali volatil.

On ne trouve pas, dans cette composition, Tacide bombique^ qui est propre à la chrysalide saine. Il paraît donc que cet acide ne s'est pas formée ou qu'il a subi une décomposition cédant aux attractions et aux affinités plus grandes des autres substances, qui ensuite, combinées entre elles, ont .formé le composé salin sus-indiqué, que les chimistes appellent phosphate ammoniaco-magnésien.

Ce grand changement dans le ver à soie , qui montre que , par mauvaise éducation^ il s'est accumulé dans son corps une grande quantité de matière hétérogène à laquelle il a résisté jusqu'à la fin du 5* âge ou au commencement du 6*, offre une idée de la force prodigieuse de son organisation. Il a non-seulement pu résister à une si grande altération, mais encore il a eu la force de verser toute la soie qu'il contenait, avant que les afQnités chimiques pussent s'exercer sur lui pour détruire son tissu , et former un composé nouveau d'une nature entièrement différente de la substance animale.

deux suppositions ci-dessus, le ver est toujours couvert d'une enveloppe blanche et saline.

Il arrive cependant quelquefois que , les proportions dans les matières hétérogènes étant différentes, l'action chimique ne produit pas la substance blanche et saline , mais que le ver est réduit à l'état de simple momie. Dans ce cas, le cocon est ordinairement assez bon. Cette altération est généralement appelée noir foncé ( negrone) .

On observe une autre maladie appelée aussi noir foncé (negrone) , qui est encore produite par une décomposition du ver. Les matières hétérogènes, agissant les unes sur les autres « transforment la substance animale en un composé mou , ressemblant à du savon , et qui acquiert une très-mauvaise odeur. Si les cocons qui ont le ver ainsi altéré sont promp* tement filés, ils peuvent être assez bons; mais, si on attend quelque temps , la chaleur de la saison fait développer de cette matière salino-saponeuse beaucoup d'insectes hérissés et dégoûtants qui percent ou gâtent le cocon. Ces insectes meurent bientôt après avoir changé de peau.

Les cocons qui ont la chrysalide calcinée, et ceux i|ui l'ont atteinte du noir foncé (negrone), pèsent sensiblement moins que ceux qui contiennent la chrysalide saine. Les altérations chimiques qu'éprouvent le ver et la chrysalide lew font perdre beaucoup de leur poids , comme nous l'expliquerons dans la suite (Chap. XJV).

La répercussion de la transpiration i soit géaé^

raie, soit partielle, peut avoir lieu de plusieurs manières, ainsi que raccumulatiôn des matières altérantes :

1^ Si on laisse les vers trop épais, la transpiration ne peut se faire librement aux parties qui se touchent ;

t"" Si les chambres où on élève les vers ne sont pas assez aérées. A mesure que l'air qui est en contact avec le ver se charge d'humidité, il devient moins propre à être respiré par cet insecte, ce qui arrête sa transpiration ;

3** Par les grandes variations de l'atmosphère. Une grande chaleur sèche provoque une transpira* tien abondante ; le froid, quoique sec, endurcit le ver : dans le premier cas , il transpire beaucoup par les parties qui sont en contact avec l'air, et presque pas par celles qui se trouvent en contact immédiat avec d'autres vers ; dans le second cas , l'endurcissement causé par le froid arrête à l'instant la transpiration , diminue la force de la vitalité , et dispose les matières acides , alcalines et terreuses qui sont dans le corps de l'insecte i à rés^ir les unes sur les autres ;

4"* En gênant la respiration. Les vers à soie , n'ayant pas de poumons , respirent, ainsi que je l'ai dit ailleurs (Chap. II) , par plusieui^ trous qui sont près de leurs pattes ; lorsqu'ils sont trop épais sur les claies , ils se pressent les uns contre les autres , et respirent avec peine. D'ailleurs la transpiration

se supprime, Fair fixe (acide carbonique) ne peut pas s'exhaler de l'insecte.

Les inconvénients dont je viens de parler, qu'on doit attribuer aux mauvais soins donnés dans les divers âges , mais principalement dans le cinquième, causent la stagnation de substances nuisibles dans le corps du ver à soie , et la production des maladies dont nous avons parlé jusqu'à présent.

On élève généralement les vers à soie d'une manière telle , que , malgré leur grande force naturelle , il faut souvent qu'ils succombent.

Il y a encore d'autres maladies , qui sont la javr nisse (il giallume), les harpion$ ou passés (il riccione) et les morts blancs ou tripes (il suffocamento). Les deux premières sont des modifications de celles que je viens de citer; elles n'en difièrenl que par leur violence ou par les circonstances qui les ont produites ; cependant , dans ces maladies , la substance soyeuse se trouve rarement altérée (1).

(i) J'ai ouvert beaucoup de gros versa soie malades^ qui auraient certainemeut péri; j'ai trouvé la substance soyeuse intacte dans les deux réservoirs^ sans aucun indice qu'il y en eût moins que dans les vers très-sains. Les ayant ensuite lavés dans Feau pure^ il s'est déposé une matière pulvérulente, analogue à celle que verse le papillon lorsqu'il est sorti du cocon.

La connaissjmce de ce qui se passait dans le corps du ver dans de telles circonstances^ et l'analyse de la substance saline qui forme son enveloppe lorsqu'il est à'I'état de momie^ appelé calciné, devaient me conduire à des déc(»uvertes importantes.

Pour prouver, par exemple , que la maladie des harpion$ ou passés (riccioni) provient réellement

J'ai recueilli avec soin ^ sur les toiles où on place les papillons , une quantité de la matière terreuse, môlée de substance liquide, qu'ils répandent; elle est de couleur roussâtre, a tout à fait l'apparence de teri-e^ et n'a aucun goût prononcé^ quoique cependant on ne puisse pas dire qu'elle est insipide ; son odeur particulière approche de celle des cocons. Je consultai M le professeur Brugnatelli sur sa nature; l'analyse qu'il en fît donna des résultats auxquels on ne se serait pas attendu. Elle est un composé de beaucoup d'acide urique. Cet acide est combiné avec l'ammoniaque; il y a aussi de l'acide phosphorique combiné avec la chaux et la magnésie , ce qui forme ce que les chimistes appellent phosphate de chaux et de magnésie ; il y entre aussi du carbonate de chaux : un peu de substance animaie se trouve unie à toutes ces matières.

Ce que cette analyse démontre d'extraordinaire est l'acide urique, qu'on n'avait cru jusqu'à présent exister que dans l'urine humaine, qui contient de l'urée^ et dans les calculs urinaires.

Les papillons des vers à soie produisant cet acide^ il pourrait bien se faire qu'on le trouvât dans divers autres insectes.

On trouverait peut-être ensuite la solution du problème suivant : Comment cet acide particulier se trouve-t'-il fermé en quantité dans le guano, substance terreuse qui existe en divers lieux et sur différentes cotes du Pérou, et qui, depuis très-longtemps, sert de fumier aux habitants de ce pays? On découvrirait alors que le guano est produit par la dégénération d'une quantité immense d'insectes , ou de substance déposée pendant une longue série de siècles par des insectes , d'autant plus qu'on sait que le guano ne forme qu'une couche placée sur du granit qui est aussi ancien que la création du monde. Les autres substances qui composent le guano sont tout à fait analogues à celles que contient la matière terreuse déposée par les papillons des vers à soie.

Revenant maintenant à notre sujet, on voit qu'il séjourne toujours dans le coips de l'animal, quoique sain, plus ou moins de matières terreuses, acides et alcalines, qui, lorsqu'elles augmentent, doivent produire cette série d'attractions chimiques dont nous avons pai'lé plus haut. .

— JKl^2 — d'un dérangement dans les fonctions de lapenu, remëdiable dans beaucoup de cm^ il suffit d'en enfermer plusieurs séparément dans de petits rouleaux de papier sans colle. Si on met ces petits rouleaux dans un lieu où la température s'élèye à huit ou dix degrés au-dessus de celle que j'ai prescrite ailleurs , beaucoup de ces vers y fileront leur cocon , et il s'y formera une chrysalide parfaite. Par ce moyen , j'ai obtenu une plus grande quantité de bons cocons que de médiocres. Il fallait donc, pour donner la santé au ver, le mettre à l'abri de l'agitation de lair , le réchaufier et le placer dans un air sec, afin qu'il perdit l'humidité dont il était surchargé.

Lorsque l'humidité, la chaleur, l'air vicié» la litière en fermentation , et la stagnation de Tair, agissent en même temps sur les vers , il est (5e^ tain que d'un moment à l'autre il peut s'opérer une suffocation qui détruise promptement leur vitalité.

Mon expérience m'a convaincu que Tair stagnant fait bien peu de mal aux vers lorsqu'il est sec et à un degré de chaleur modéré , mais qu'il est promptement mortel , s'il est chaud et humide {i).

{{) Les vers à soie étant des animaux qui n'oui le san^ ni rouge ni chaud , Fair tout à fait vidé et iné|)liitique lear est nom fatol^ue ^and il est très^humide et ctiaud.

Si on met un vei' à soie dai» «ne bouteille f^ne d'air, monaà |)lacé de la litièi^e de ces insectes, et dans lai}udle ufie bougie s'éteint et un oiseau meurt ^ il y vit pendant dix^ quinze et vingt onaotoB. A

On ne verra jamais paraître ee grand nombre da maladies :

\o l^orscpie les insrs seront tenus clair-semés sur

est^tai cju'aftrèâ quelques minutés on s'aperçoit qu'il souffre; mais aussi on ne visrrait aucun animal h sang chaud y résister si long* temps. Si on retire Vinsecte de cet air méphitique peu de minutes après^ il ne parait pas avoir souffert.

Le «er à soie aspira les plus petites particules <fair vital que Teau peut cûDlenir» et vit même quelques minutes plongé dans ce liquide, suilout quand il est petit; et quoiqu'il paraisse mort, en le retirant de feau , il se rétablit.

Si cependant il ne peut trouver aucune particute d'air vital, il périt presque de suite. En ^et, si, au lieu de plonger un ver à soie dans l'air méphitique ou dans Veau, t)n lui bouche, avec un corps gias, les dix-huit ouvertures des vaisseaux respiratoires, il périt presque immédiatement.

Lorsqu'cm meC un de ces insectes sain dnns mi vase plein d'atr respirable, mais chargé d'humidité , et à une tempéiiiture de 25 à 30 degrés, il devient de suite flasque, il ne mange pas, et meurt peu de temps après.

L'animal à sang chaud , Toiseau, par exemple , vit au contraire très-tneo ht^ 9U 3d degrés de température^ et quelque gi*ande que soit l'humidité, pourvu qu'Hait assez d'air vltaL

Ceci prouve la grande différence d'organisation de ces deux classes d'animaux; les fonctions de la vie se font bien chez l'animal à sang ckêxd^ loiHqu'il a nme fuentHë suftisaiite d'air vital; ses organes ne sont pas susceptibles de devenir assez flasques pour queks fonctions de Ja nutrition et des sécrétions en soient troublées.

Quant aux vers à soie, au contraire, si Tair est humide et chaud « quoiqu'il y en ait en quantité « la peau se ramollit ainsi que les organea musculaires , la contraction cesse, et par suite la transpiration i les décrétions indispensables à la vie , qui , dans cet insecte j se font presque touies à force de contractions « n'ont pas Heu.

La peau qui recouvre le ver est tellement susceptible de contractioiu fu^ 9i OU U W)i96, ^ mviont foirtemeot jaur «Itermtoe.

les claies , de manière à ce qu'ils puissent tous bien respirer et transpirer ;

2^ Si l'air intérieur de l'atelier est toujours au degré de chaleur que j'ai déterminé ;

3° Lorsqu'on ne laisse jamais l'air stagnant dans l'atelier, et qu'au contraire on l'y maintient continuellement dans une douce et lente agitation ;

4"" Si on a soin de faire de la flamme à propos , quand l'air extérieur est humide et stagnant, et Tévaporation de l'intérieur abondante ;

5* Lorsqu'on a soin de tenir l'atelier toujours bien éclairé, la lumière étant le plus précieux excitant de la nature vivante ;

6** Si on ne laisse jamais les litières sur les claies plus longtemps que je l'ai prescrit , pour éviter la fermentation ;

7^ Si on a soin de ne distribuer jamais que delà feuille bien séchée ;

8® Lorsqu'on emploie à propos la bouteille quipurifie rair, dont les vapeurs détruisent les mauvaises émanations animales (Chap. VII).

Ce que je viens de dire suffit pour prévenir toutes ces maladies (1).

(1) L'auteur, convaincu par l'expérience que les vers à soie ne seront jamais atteints de maladies s'ils sont élevés de la manière qu'il l'enseigne , n'a pas sans doute cru devoir entrer dans des détails sur les caractères de chaque maladie. 11 a bien parlé des causes qui les produisent, et des phénomènes physiques et chimiques qui en sont les résultats^ mais il ne s'est presque pas occupé de la description des symptdmes qui les font leconnaitie et distinguer

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