CHAPITRE XIII
Des locaux et des ustensiles nécessaires à Tart de bien élever les vers
à soie.
On a de la peine à concevoir combien , pendant plusieurs siècles , Texercice de Tart d'élever les vers
entre elles; objet qui me paraît le plus intéressant pour Véducateur. Il semblerait même^ par le silence querauteùr a gardé sur certaines maladies observées en France, qu'il ne les connaissait pas D'ailleurs les noms qu'on donne en Lombardie à celles qu'on y observe expriment la plupart un sens différent de ceux qu'on voit dans le Cours df Agriculture de M. Tabbé Rozier, dont Tarticle sur les vers à soie est une bonne compilation de tout ce que les auteurs français ont écrit à ce sujet. D'après tout cela, j'ai cru bien faire de rapporter la description des maladies que j'ai trouvées dans cet ouvrage.
De la rouge,
« Cette maladie est ainsi dénommée de la couleur rouge plus ou moins foncée qu'offre à l'œil la peau du ver, au moment ou peu de temps après qu'il est sorti de sa coque. Les vers attaqués de cette maladie paiaissent engourdis et comme asphyxiés; leurs anneaux se dessèchent peuà peu^ et ils ressemblent à de véritables momies; leur couleur rouge devient blanche.
v Cette maladie ne fait pas toujours mourir les vers qui en sont attaqués à la première mue, ni même aux suivantes; quelquefois
à soie , si utile et si précieux , est resté entre les mains de gens généralement ignorants.
ils ne meurent qu'après la quatrième mue, lorsqu'ils ont consommé la feuille inutilement. 91 leur e^fistenee se prolonge jusqu'à cette époque, ils ne conservent pas leur couleur rouge ; il serait facile de les reconnaître et de les séparer des autres : ils prennent une teinte beaucoup plus claire, qui les rend méconnaissables à f dsil' ïè plus habitué à observer; quelquefois ils vont jusqu'à la montée , et ils font des cocons de nulle valeur^ qu'on nomme vulgaii'ement caf^ gnons, parce qu'ils sont mous et mal tissus, i»
Des vaches , ovk grasj #» jaurm*
« Quelques auteurs divisent cette maladie en trois classes > mais lei» caractères spécifiques qulls en donnent ne me paraissent poiât asseï prononcés pour être de leur sentiment; il se peut faire (Juehl variété des noms pour la même maladie; suivant les différents cantons^ soit la cause de cette distinction en trois classes. J'avoue que dans un pays elle peut présenter des circonstances qu'on n'apercevra pas dans un autre; malgré cela, je persiste à croire que cîette maladie est la même , à quelques modiffcations près% insufdsautes pour lui donner un caractère qui la diffêrencie essentielleiiieilf.
» Voici quels sont les véritables caractères de cette maladie: i® la tête du ver est enflée; 2» la peau qui recouvre ses anneaux a le luisant d'un vernis; 3" les anneaux. sont gonflés; 4® la circonférence de l'ouverture des stigmates est d'un jaune plus ou moins foncé; 5« le ver donne une eau jaune, qui paraît telle sur la feuille.
» Cette maladie se manifeste communément à k secoâdë mue; elle est rare aui autres^ et plus encore à la quatrième.
n M Constant du Casteiet^ un des prem1et*s et desà» meilleurs kû^ vains su/* l'éducation de» vers à soie, dit que cette maladie esloecafsionnée par une eau visqueuse et acide, qui pénètre les deuf ampoules ou sacs que les vers ont aux flancs, et qui, étant mêlée atec fe gomme dont ils doivent former leur fil, ^oppose à la perfection de la ouite de cette même gomme , et cause à t(mtei les partiel dé
Tandis qu'il est de fait que l'abondance et la cei^ titude da produit am&uel des coconsr reposent nni*^
rmsecteunû tension gëhéittlë cpiîïui' fait allonger les pieds; bientôt après il devient mott, ensuite il se racœurcit et crève sur la litière. L'humeur acre qui en sort tue tout autant de vers qu'elle en touche : c'est ce que semblent prévoir ceux qui sont attaqués de cette peste, car its fuient les antres et se retirent aux bords des tablettes; slls B'ont pas le temps ou la force d'y arriver, ils crèvent au milieu de leur litière; ceux qui se portent bien les fuient aussi, et se retirent à récsd.
» Dès qu'on s'aperçoit que quelques vei's sont attaqués de cette maîadie, on doit craindre qu'elle ne se communique aux autres; il faut donc les examiner avec attention, et, sur le moindre doute, enle^ er ccnx qu'on croit attaqués, et les transporter dans Finfirmerie, où le seul changement d'air peut les remettre, si la maladie a fait peu de progrès. Quant à ceux qui sont reconnus pour avoir réellement cette maladie, il n'y a d'autre expédient à prendre que de les j^l6r dans le fumier et de les y enterrer, afin que les poules ne les VMgeat pas^ ce qui pourrait les empoisonner. »
Des morts blancs ou tripes.
n M. Bigaud de Lisle, habitant à Crest, est, je crois, le premier qui ait distingué cette maladie des autres. Le ver, dit-il, étant mort, conserve son air de fraîcheur et de santé; il faut le toucher pour reconnaître qu'il est mort. Alors ou ne peut mieux le comparer qu'à une tripe. »
Des harpions ou passés.
« Ces déïiominations vulgaires ont passé des provinces méridionales dans celle» du nord , lorsque l'éducation des vers à soie y a été comme. Sarpion dérive du mot griffe ou serre ; passés , de àcfuffrir.
i Cette maladie n'est pas réellement distincte de la ronge; elle n'en est qu'une modification. EHe se manifeste, dès les premiers jours de la naissance du ver, par une couleur jaune; celle des passés est un peu plus foncée. Il faut voir ce qui a été dit sur la rouge. Ce»
quement sur la bonne éducation des vers à soie pendant tout le cours de leur vie , et que tout le
deux dernières maladies ^ c'est-à-dire les vers qu'on nomme kurpims, passés, deviennent tels par les mêmes causes qui donnent la maladie qu'on appelle la rouge. On reconnaît les vers malades: lo à leur couleur tirant sur le jaune; 2« ils sont effilés, leur peau est ridée, et ils sont plus comts que ceux du même âge; 3« ils allongent leurs pattes grêles et crochues; 4» ils mangent peu, languissent, et sont dans un état de marasme.
» Loi'squ'il y a peu de passés après la première mue, on peut essayer de les soigner à Tinfirmene; mais, comme je suis persuadé qu'ils ne feront jamais bien, il vaut mieux les jeter; et si, avant la première mue , on s'aperçoit que la couvée en est entièrement infectée, pour lors j'insiste pour qu'on ait recours, à de la nouvelle graine. •
De la luzette, ou luisette, ou clairette,
« Le nombre des vers attaqués de cette maladie est communément peu considérable. Elle se manifeste après les mues, mais plus ordinairement après la quatrième; elle ne provient pas d'un défaut dans la couvée, comme quelques-uns le prétendent , il faut plutôt en attribuer la cause à quelque défectuosité dans l'accouplement et dans la ponte. Les vers attaqués de cette maladie mangent conmie les autres, et font les mêmes progrès en longueur, et non pas en gi'osseur. Cette maladie se manifeste par la couleur du ver, qui devient d'un rouge clair, et ensuite d'un blanc sale. En l'observant avec attention, on s'apercevra qu'il laisse tomber par les filières une goutte d'eau visqueuse, et que son corps est transparent ; ce qui l'a fait nommer luzette, nom vulgairement donné à ces insectes qui répandent de la lumière pendant la nuit. Dès qu'on découvre des luzettes sur les tables, il faut les jeter; ces vers mangent la feuille sans qu'on puisse attendre qu'ils feront un cocon.
» Après la quatrième mue , on trouve quelquefois des lwiette$ disposées à faire un cocon ; elles se donnent beaucoup de mouvement , et vont de côté et d'autre pour trouver à se placer. Il ne faut pas attendre qu'elles s'épuisent par leurs courses et qu'elles perdent toute leur soie; puisqu'elles sont arrivées à ce point, il faut
monde sait que ces insectes ne sont pas des animaux qui appartiennent à nos climats , et qu'ils ne vivent
en profiter; pour cet effet , on les pJace dans des paniers où il y a des branchages secs. » •
Des dragées,
« Ce n'est point une maladie du ver à soie, puisque son cocon est fait lorsqu'on le nomme dragée. Un cocon dragée ne renferme pas une chrysalide , mais un \er raccourci et blanc comme une dragée : voilà d'où provient cette dénomination. Si le ver, après avoir fait son cocon, n'a pas pu se transformer en chrysalide, c'est une preuve qu'il a souffeit. Mais quelle est cette espèce de maladie? Personne n'a pu encore la désigner. On trouve des éducations entières dont tous les cocons sont dragées en très-grande partie. Au surplus , il ne faut pas s'en affliger : la soie de ces cocons est -d'une aussi bonne qualité que celle des autres; on n'éprouvera delà perte qu'en vendant les cocons, parce qu'ils sont très-légers; mais si on les fait filer à son profit , on sera au pair. On connaît un cocon dragée en l'agitant. Le ver desséché et renfermé fait un bruit sec que les autres cocons ne rendent pas. »
Dans un des trois volumes qu'a publiés M. Dandolo depuis celuici, U fait des réflexions sur deux maladies qui paraissent n'être pas absolument les mêmes que celles que nous venons de faire connaître; ce sont celles qu'on nomme en Lombardie le cakinaccio, gui pourtant ressemble beaucoup aux dragées , et le gattine. « Le cakinaccio , dit M. Dandolo , n'est pas une maladie qui s'observe chez d'autres vers, pas même chez les chenilles qui vivent au grand air, ce qui ne laisse pas douter qu'il ne soit un effet de la mauvaise éducation. Cette maladie résulte de certaines combinaisons chimiques qui peuvent altérer la matière qui compose le ver à soie à toutes les époques de sa vie. Les causes qui la produisent sont telles, que tantôt elle se déclare promptement , et tantôt elle reste cachée jusqu'au moipent où le ver va au bois, et même loisqu'il a déjà fait le cocon. Elle devient générale dans un atelier, ou se limite à quelques vers, selon que l'élément chimique qui la produit s'étend ou se restj'eint ; mais elle n'est jamais contagieuse. Un ver mort de la cal-
parmi nous que par les soins que nous avons pris pour les rendre domestiques, on ne croirait pas qu'il
etnatioUy mis en contact direct avec un ver sain, n'agît pas plus sur lui qu'un morceau tle bois. »
Quelques antagonistes de M. Dandolo, et particulièrement M. Decapitani, curé de Yigano (Lombardie), ayant publié que la maladie du calcinaccio f muscardinsj était une affection catan^halc produite par la suppression subite de là transpiration, Fauteur fit, en 1818, les dix expériences suivantes, pour provoquer celte maladie, afin de prouver à l'évidence l'erreur de cet antagoniste.
io II plaça les vers à soie d'une once d'oeufs à l'étage supérieur de rétablissement, et les laissa exposés aux variations atmosphériques, qui furent grandes cette année , jusqu'au moment où ils montèrent au bois. l\ en périt beaucoup, mais il n'y en eut pas un de calciné.
2* Les vers à soie d'une once d'œufs furent transportés, après la première mue, dans un petit atelier, et élevés jusqu'au cinquième jour de la cinquième mue , sans presque jamais renouveler l'air. Aucun ver ne fut atteint du calcinaccio f muscardinsj.
30 On plaça dans le même atelier un certain nombre de vers à soie dans des boîtes. Après la ti-oisième mue . l'air était vidé au point qu'il ne contenait plus que 7 ou 8 centièmes d'oxygène. Les vers moururent presque tous sans présenter aucun caractère du calcinaccio,
4* Une certaine quantité de vers à soie, sortis de la première mue, furent élevés à 10 degrés de chaleur, et on eut soin de les faire passer graduellement à cette température. Us employèrent le double de temps pour arriver d'une mue à l'autre. A la quatrième, il» n'avaient que la moitié du poids de ceux qui sont élevés avec les degrés de chaleur connus, quoiqu'ils fussent grands comme à l'ordinaire. Il y eut beaucoup d'inégalité dans leur travail, et une partie fut atteinte de la maladie dite gattina , dont rxous parlerons plus bas. Les cocons ne pesèrent qu'à peu près le tiers du poids ordinaire, et il n'y eut pas un seul muscaidin.
5® Les vers élevés à 14 degrés de chaleur employèrent 45 jours depuis leur naissance jusqu'à la cinquième mue; deux tiers périrent.
manque encore de règles sûres pour leur donner une habitation propre à leurs besoins, et qui
Ils n'eurent jamais Taspect de la vigueur. Ils ne seraient pas mixités au bois^ si on n'avait pas élevé la température. Le peu de cocons qu'il y eut fut de qualité médiocre ; beaucoup furent petits et trèsiégers. Aucun ver ne fut atteint du cakinaccio (muscardins,J
6« Les vei*s élevés à 15 degrés de chaleur mirent 40 jours de leur naissance à l'accomplissement de la cinquième mue. Us montrèrent peu de vigueur ; ils cherchaient les endroits chauds ; beaucoup périrent à la montée; les cocons furent légers; point de muscardins.
7® On choisit des vers de mauvaise santé ; on les exposa à une haute température, afin d'exciter en eux la sueur, et, d'après Topi» nion commune, les guérir de la maladie de la calcination^ qu'on supposait avoir commencé. La température fut portée, par gradation, de 25 à 30 degrés. Les vers ne suèrent pas. Ceux qui étaient vraiment malades périrent sans que la calcination se manifestât ; les autres pai'çoururent le cours de leur vie avec régulante.
8^ Des vers furent tenus très-épais sur les claies pendant tout le temps de leur éducation. Us périrent presque tous sans offilr le caractère des muscardins.
90 Des vers éclos spontanément, ayant été élevés tantôt à une basse, tantôt à une haute température, à chaque mue il en périssait beaucoup^ et sur 3,900, il n'en restait que 2,600 au moment de la. montée, un grand nombre desquels étaient petits et malades. 11 n'y ^ut que 1,200 cocons de bonne qualité.
10*> Enfin, les vers à soie nés d'une demi-once d'œufs produits par des papillons atteints de la maladie du calcinaccio furent élevés avec les soins ordinaires. Tout le cours de leur vie fut régulier; ils furent beaux jusqu'à leur montée , et firent de bons cocons. M. Dandolo fit observer aux élèves, surpris, de ce phénomène, qu'on ne doit craindre les maladies provenant de la semence que Iprsqu'eJle est produite par des papUlons d'une faible constitution , ou qu'on n'a pas eu le soin requis pour l'obtenir ou la bien conserver.
Le changement de nature du ver à soie en gattina (dit M. Dandolo) est une vraie maladie d'animal, égale à celle à laquelle peuvent
leur soit utilement adaptée dans leurs différents âges.
L'expérience prouve que les hommes et les animaux tombent malades , et meurent même dans des habitations trop étroites , où ils ne peuvent pas respirer et transpirer librement ; et même dans les grandes habitations, si Tair ne peut s'y renouveler facilement.
On dirait que , pour les vers à soie , les lois de Tart de conserver la santé doivent être violées ou négligées.
On ne pensait pas , sans doute , que cinq onces
êtro soumis tous les animaux yivanfs^ parles mauvais aliments, Pair ou les eaux viciés , le mauvais soin , ou encoie par défaut de conformation primitive des organes. On entend en général par gattina un ver qui ne peut accomplir les fonctions auxquelles il est destiné, selon le degré d'altération qu'il a éprouvé ; il se montre différent des vers à soie sains, il est inquiet , à quelque âge que commence la maladie; il n'aime pas à vivre en société; quelques-uns perdent l'appétit; d'autres, après avoir bien mangé et longtemps vécu, vont mourir hors de la claie, ou sur son bords, ou même au milieu du lit, s'ils sont pris subitement de faiblesse. . M. Dandolo pense que trois causes principales peuvent produire cette maladie : l» Taltération de la semence, lorsqu'elle a été mat conservée ou transportée de loin sans précaution; 2" si on n'a pas bien procédé pour faire écloie les œufs dans une chambre chaude ; 3» si^n n'a pas bien soigné les vers depuis le moment de leur naissance , c'est-à-dire si on les a laissés longtemps à une température trop froide, ou qu'on ait négligé les soins pendant les mues. « 11 n'y a jamais de maladie, répète ici M. Dandolo, lorsque Vœnî a été bien fécondé, bien conservé, et le ver à soie bien élevé ; mille expériences me Vont démontré. »
d'œufs produisent près de 200,000 vers , qui tous doivent respirer librement et constamment un air pur, et sécréter les substances nécessaires à leur vie.
Un local sagement construit, selon les principes de Tart, où Tair puisse se renouveler en tout temps et dans tous les cas , et conserver sa siccité , doit seul contribuer puissamment à la santé et à la prospérité constante de Tanimal , et par suite à la production dune grande quantité de cocons de trèsbelle qualité.
Lorsqu'on a bien préparé l'habitation des vers à soie , on a déjà obtenu le plus grand des avantages , et alors tout marche , pour ainsi dire , de soimême.
Gomme nous devons supposer que beaucoup de propriétaires feront construire des ateliers pour s'assurer un bon revenu en cocons, je vais donner ici une idée de leur construction, et j'indiquerai en même temps les petites réformes indispensables qu'on doit faixe aux ateliers des fermiers. Les réformes que je propose n'ont pour but que l'avantage des propriétaires et des fermiers.
En parlant des deux espèces d'ateliers, j^ dois traiter aussi de l'un de leurs accessoires principaux, qui est le lieu destiné à conserver la feuille fraîche et saine , même pendant trois jours. De cette manière , il est presque certain qu'on évite les pertes auxquelles on serait exposé en employant la feuille mouillée, ou flétrie, ou fermentée.
Si la construction du local que les vers doivent occuper toute leur vie est une chose très-importante, il est aussi très-avantageux de faire connaître les formes et l'usage de certains petits ustensiles propres. à faciliter toutes les opérations nécessaires.
Nous parlerons donc dans ce chapitre :
1 * De l'atelier du propriétaire ;
2"* De l'atelier du fermier ;
3* Des lieux propres à conserver la feuille fraiche et saine;
4* Des ustensiles-
De l'atelier du propriétaire.
C'est chose certaine que l'homme n'emploie presque jamais ses capitaux que pour en retirer unerenteouun intérêt en argent, que l'usage ou les circonstances des lieux ont déterminés, si on en excite pourtant les dépenses de pur agrément.
Si un propriétaire achète , par exemple , quinze ou vingt arpents de terre, qui lui coûtent 3 ou 4,000 fr., il n'a alors en vue que d'en retirer 450 ou 200 fr. nets de renie.
Cela posé, il est clair que, s'il reconnaissait qu'en employant un capital de 3,000 fr. à construire un atelier devers àsoie^il pourrait en retirer plus de- 6 p. 0[0, on ne doit pas douter qu'il ne s'empressât de le faire.
Pour pouvoir dire qu'on gagnerait à faire cm-
struire un atelier de vers à soie , je ne me permettrai qu'une seule réflexion, qui est que, pour retirer 150 francs de 3,000 fr. dépensés pour Vatelier, il suffirait que le propriétaire retirât 90 livres de cocons de plus que ce qu'il obtient tous les ans. .
N'y a-t-ilpas d'ailleurs beaucoup de propriétaires qui peuvent , avec très-peu de dépense , arranger pour cela des greniers, des galetas et autres locaux semblables ?
Que le propriétaire de bonne foi, qui a pris connaissance des perfectionnements que j'ai introduits dans l'art d'élever les vers à soie, dise s'il ne croit pas que seulement avec dix onc6s d'œufs bien soignés dans un grand atelier, on puisse retirer facilement iSO et même 300 liv. de cocons de plus qu'on n'en obtient ordinairement.
Ce revenu qu'on retire d'un tel capital est encore bien peu de chose en comparaison de tant d'autres avantages que produit la construction de l'atelier du propriétaire. Pour s'en convaincre , il suffit de réfléchir :
4** Que l'établissement des ateliers contribue à augmenter la valeur des propriétés où ils sont établis, et d'où on retire la feuille, parce qu'ils donnent un produit plus grand en cocons ; de même qu'un terrain qui, lorsqu'il est travaillé avec soin, rendant 8 pour \ , vaudrait plus qu'un autre qui ne donnerait toujours que 6 ;
2^ Qu'en réunissant dans le même local toutes les opérations qui regardent les vers à soie, on épargne
beaucoup en feuille , en combustible et en travail ;
3® Que les fermiers se mettent bientôt au fait en voyant les heureux effets produits par les préceptes que j'ai indiqués, et parce qu'ils se trouvent forcés d'agir, dirigés par des personnes éclairées qui sont à la tête de toutes les opérations ;
4** Qu'on voit disparaître l'inégalité entre les avantages qu'obtiennent certains fermiers plutôt que certains autres, avantages qu'on a coutume d'appeler bonheur dans la réussite des vers à soie, ayant tous fait également leur possible pour réussir;
5° Que le propriétaire et le fermier, assurés du succès, ne négligeront pas la culture des mûriers , ou ne les détruiront pas , comme on le fait particulièrement dans les lieux où le propriétaire vend la feuille, dans la persuasion qu'il y a en cela plus d'avantage que de l'employer lui-même ;
6° Qu'on évite le vol qui a lieu lorsque le propriétaire fait élever les vers à soie dans plusieurs maisons de fermiers ;
7^ Enfin, que les locaux où on élève les vers sont plus tôt libres, et peuvent servir à d'autres usages domestiques.
Ce que je viens de dire démontre l'avantage des grands ateliers de propriétaire.
Voici comment est construit le mien, qui pourrait servir pour vingt onces d'œufs, c'est-à-dire qui pourrait donner 24 quintaux à peu près de cocons, et dont on trouvera la gravure à la fin de cet ouvrage , avec celle des autres dont j'ai déjà parlé.
Il a environ 30 pieds de largeur, 77 de longueur, et à peu près 12 de hauteur, et en considérant la hauteur jusqu'au toit, 21 pieds [Planche /, Ft^l).(l).
On peut placer dans la largeur six rangs de tables ou claies d'à peu près 2 pieds 6 pouces de largeur chacune (/). Comme ces claies doivent être placées de deux en deux, il paraît n'y avoir que trois rangs ; il y a donc entre elles quatre passages , deux du côté des deux murs, et deux entre les claies. Les passages ont à peu près 3 pieds de largeur ; ils servent pour agir sur les claies et pour placer les échelles et les planches.
Entre un rang de claies et l'autre il y a des pieux de quatre pouces de diamètre, sur lesquels sont fixées des barres de bois transversales qui soutiennent les claies ; il y a entre les deux claies im vide d'à peu près 5 pouces et demi pour la circulation de l'air.
Il y a dans ce local treize fenêtres , avec des jalousies, et des châssis de papier en dedans [e] ; sous chaque fenêtre, près du pavé, des soupiraux ou trous carrés d'à peu près 13 pouces, bouchés par une planche mobile qui s'y enchâsse bien, afin de pouvoir, à volonté, faire circuler l'air.
Lorsque l'air de la fenêtre n'est pas nécessaire,
(\) Voir, au commencement du volume , le tableau synoptique de M. Brunet de la Grange.
on tient les châssis de papier fermés. On ouvre les jalousies, ou on les laisse fermées , selon les circonstances. Lorsque le mouyement de l'air est lent, et que les températures intérieure et extérieure sont presque égales , on peut ouvrir tous les châssis, tenant toutes les jalousies fermées , ou au moins une bonne partie.
J'ai fait établir huit soupiraux en deux lignes au plancher ou au plafond de la chambre ; ils correspondent perpendiculairement au milieu des passages pratiqués entre les claies. Ces soupiraux se ferment avec un vitrage mobile pour avoir de la lumière , et, en cas de besoin, on les bouche avec des châssis recouverts en toile blanche qu'on doit aussi pouvoir ouvrir ou fermer selon les circonstances.
J'ai fait faire aussi six soupiraux au pavé pour communiquer avec les chambres de dessous (d).
Des treize fenêtres (2), trois sont placées à une extrémité de l'atelier , et , à l'extrémité opposée , il y a trois portes construites de manière à donner aussi de l'air à volonté (a). Par ces portes on va à une autre salle d'à peu près 36 pieds de longueur et 30 pieds de largeur, qui fait la continuation du grand atelier, et qui contient aussi des claies assez élevées au-dessus du pavé pour qu'on puisse librement faire le service de l'atelier. Il y a dans cette salle six fenêtres (2) avec un soupirail à chacune au niveau du pavé [b), ainsi que Quatre soupiraux au planche* ou plafond.
II y a six cheminées dans la grande salle, une à chaque angle , et une au milieu des deux grands côtés [h).
J'ai fait placer un grand poêle rond, d'environ 3 pieds 8 pouces de diamètre sur 9 pieds 2 pouces de hauteur, au milieu de Fatelier (g); il partage à peu près en deux le grand rang du milieu des claies.
Je me sers, pour éclairer la nuit, de petits quinquets qui ne donnent pas de fumée (3). Le pavé de l'atelier est le seul qui soit fait de ciment (ghiarone); celui de la salle ou vestibule est en brique, afin qu'au besoin il puisse seifvir pour sécher la feuille.
Entre le grand atelier et le vestibule il y a une petite chambre située au milieu, ayant deux grandes portes, une pour communiquer arec Fatelier (i), et l'autre avec le vestibule (a). Au milieu du pavé de cette petite chambre est une grande ouverture qui conununique avec le dessous de l'atelier (c); cette ouverture se ferme avec deux battants en planches qu'on peut ouvrir et fermer à volonté ; elle sert pour jeter la litière et les ordures de l'atelier; elle est aussi utile pour monter facilement la feuille par le moyen d'une poulie.
Ce grand trou tient aussi en mouvement une grande colonne d'air lorsque les trois châssis de Textrémi té de l'atelier sont ouverts .
J'ai fait placer une sonnette au haut du mur, et à l'extérieur, afin de faire exécuter les ordres promptement.
Voilà la construction de mon grand atelier, dans lequel je ne mets les vers à soie qu'après la quatrième mue.
Il est impossible que Tair y reste stagnant, ni qu'il puisse jamais se charger de trop d'humidité. Gomme ce bâtiment est isolé de trois côtés, il arrive difficilement que, d'après les différentes expositions des soupiraux , Fair extérieur ne tende pas à s'y équilibrer, et à y maintenir une douce température. S'il arrivait que l'air fût trop stagnant, et que la température fût partout en équilibre, on provoquerait de suite le mouvement des grandes colonnes d'air en faisant de la flamme dans les six cheminées.
Lorsqu'on n'a pas besoin d'allumer du feu dans les cheminées , et qu'elles ne sont pas nécessaires comme soupiraux, on les bouche avec des planches faites exprès.
En fermant avec de petites planches les soupiraux qui sont au niveau du plancher, lorsqu'il y a un grand courant d'air, on peut le régler comme on veut. On en fait autant des soupiraux supérieurs, avec cet avantage qu'ayant un vitrage et un châssis, on peut ouvrir et fermer l'un et l'autre selon le b^ soin.
On n'emploie le poêle que lorsqu'il faut échauffer l'air de l'atelier.
Dans ce cas, pendant que le poêle chauflTe l'atelier, une colonne d'air extérieur entre continuellement dans une portion du corps du poêle, qui est comme
détachée du lieu où on fait du feu et d'où sort la fumée. Cet' aîr s'échauflTe, sort par plusieurs trous dans l'atelier, et en augmente par conséquent l'air et la chaleur.
J'ai fait placer dans divers points de la salle quatre baromètres, six thermomètres, et deux thermométrographes, pour indiquer ce qu'il convient de faire dans le cas d'accumulation d'humidité, et d'augmentation ou de diminution de température dans l'atelier (1).
(1) Depuis la publication de cet ouvrage^ on a érigé, dans la Lom* bardie^ de ces grands ateliers qui portent le nom de Dandoliéres; honorable récompense bien due au Parmentier de l'Italie. Quelques-uns ont donné de bons résultats; cependant certains propriétaires n'en ont pas été satisfaits. On a parlé et écrit même contre IVitUité de ces grands établissements : on a fait diverses objections dont je vais citer les principales, ainsi quelesréponses de M, Dandolo.
On dit que, s'il se déclare une maladie dans la grande dandolière, elle s'y propage avec plus de facilité^ et qu'alors tous les vers à soie périssent inévitablement; ce qui, sgoute-t-on, n'aurait pas lieu s'ils étaient distribués dans de petits ateliers. M. Dandolo fait observer d'abord qu'il n'existe jamais de maladie contagieuse paimi les versa soie^ et que si tous ceux d'un grand atelier meurent successivement, cela tient uniquement à ce que la cause inerte qui a commencé à les faire périr continue son action tant qu'elle existe. « Ne sait-on pas (dit'-il) que certaines causes matéiîelles peuvent, sans être contagieuses, frapper un grand nombre d'hommes, telles que le mauvais air, les eaux viciées^ les aliments malsains, et que^ tant qu'on ne purifie pas ces substances^ leur état vicié continue à faire des ravages? Une foule de faitsont démontré depuis longtemps, et surtout en 4 816, que les vers à soie de tout un pays peuvent mourir, quoique élevés dans de petits ateliers. La mortalité, dans les giands comme
Examinons maintenant un atelier de moyenne grandeur, propre à contenir seulement les^vers à soie de cinq onces d'oeufs.
L'atelier moyen (Planche Ij Fig. 11), qui produit
dans les petits ateliers^ dépend entièrement et toujours delamamère dont on a réglé rétablissement. La seule différence qu'il y a, c'est qu'un fermier ignorant ne perd que les vers à soie de son petit atelier, au lieu que, si le directeur d'un grand établissement est aussi un ignorant, il en perd vingt, trente fois de plus. Voilà l'aspect sous lequel il faut considérer l'inconvénient. Au reste, le propriétaire ne doit pas oublier que les grands ateliers ne sont faits que pour recevoir les vers à soie qui ont été d'abord bien soignés dans les petits, jusqu'à la troisième mue, et mieux encore jusqu'à la quatrième. »
M. Dandolo ne doute pas que la principale raison de la mauvaise réussite des grands établissements est que les vers à soie qu'on y a transportés n'étaient pas sains, ou qu'ils avaient été mal soignés dans les petits ateliers.
Pour que tout se fasse avec ordre et pr/)mptitude dans les grands ateliers, M. Dsoiddo les divise en sections numérotas, auxquelles il donne le nom d* atelier n^ 1, 2^ 3, etc. Chaque section se compose d'un nombre de tables ou claies de 150 à 200 pieds carrés de superficie, et doit être servie par un magnanier intelligent et bien au lait de son ouvrage. Il faut pour le grand atelier un magnanier en chef; qui sui*yeille tous ks chefs de section. A une partie du mur d'entrée de chaque section on met un écriteau sur lequel est le nom du magnanier qui l'administre, ainsi que celui de ses aides. Une pendule indique les heures des repas des vers à soie, et le son d'une doche avertitles ouvriers qu'il faut porter la feuille ou faire auti^ chose.Le propriétaire ou le magnanier en chef fait de temps en temps l'inspection des claies, examine si la feuille a été bien distribuée, et si tout le service se fait à temps et avec précision. « Les personnes qui ont vu mon grand atelier {ajoute M. Dandolo) ont pu se convaincre que l'ordre bien entendu anime tout et pi*éserve de tout mal. »
à peu près 6 quintaux de cocons, a iO pieds de longueur, 18 pieds de largeur, et 13 pieds de hauteup. On y place six claies Tune sur Vautre,
Les graades daadolières ont les avantages suivants :
l»!! faut un tiers de moins de personnes pour un de cesateliersde ' vingt onces d'œufs que si cette même quantité est distribuée en six ou sept petits ateliers;
2o1i s'y consomme l)eau$x)up moins de combustible;
3<^ Un homme seul peut bien plus facilement y sui'veiller le sei*vice que dans six ou sept petits ateliers ;
4* On peut^ dans une gi'ande dandotière, économiser beaucoup plus de feuille;
5® L'air y circule plus librement;
6* Quelle que soit l'exposition de la grande dandolière^ la température intérieure étant, à circonstances égales, moins susceptible d'un changement brusque que celle des petits ateliers, on n'y voit jamais se développer la grande quantité de gaz acide carbonique ou air méphitique qui fait tant de mal aux vers à soie ;
T Enfin, les vers h soie prospèrent mieux dans les grandes dandoUères; leur cocon est de meilleure qualité.
En résumé» la grande dandolière exige moins de salaire, est mieux surveillée, fait dépenser moins en feuille, préserve davantage le9. vers à soie des maladies, et donne un produit meilleur et plus abondant. M. Dandolo fait obs^er.qu'ayant élevé des vers à soiedan§(.4^ ^rsaidSy de moyens et de petits ateliers, les cocons des premiers 0D,ti toujours été d'une qualité supérieure aux autres. L'art de bien éiey^, les vers à soie exige quelques lumières en physique et en chimie» et, les résultats avantag^x qu'on veut en obtenir dépendent beaucoup. 4e la bonne instruction de c^iui qui dirige leur éducatiçin, ainsi q^ d'un certain degré de capacité des ouvriers. Aussi H. Dapd(do rfh coomiaiide surtout de choisir des personnes cfl^^les. L'éducation 6$i oourte, et la, récompense est grande, puisque c'est le premier ett le plus sûr revenu, du propriétaire. Ces deux avantages suffisent: sans doute pour qu'on exécute bien ce que l'auteur indique.
Pour propager avec plus de rapidité sa bonne manière d'élever les
À chaque côté, et dans la longueur, il y a un rang de claies à peu près à deux pouces du mur, pour laisser circuler Fair. Ces claies ont environ 30 pouces de largeur.
Au milieu de Vatelier il y a deux rangs de claies de 33 pouces de largeur chacune ; il y a un pied 10 pouces d'un rang à Vautre. Cette distance suffit pour qu'on puisse passer et y monter, parce que les pieux, les liteaux placés perpendiculairement, et ceux mis en travers pour soutenir le double rang des claies, forment une espèce d'échelle par laquelle on monte commodément jusqu'au plancher, et on donne aisément à manger aux vers de la moitié à peu près des claies, l'autre moitié étant servie par des échelles.
vers à soie, M. Dandoto invita les grands propriétaires à lui envoyer des élèves qu'il instruisit et exerça lui-même dans son grand atelier. Ces élèves lui ont occasionné des pertes, parce que, pour les mettre bien au fait, il les laissait agir quelquefois hors de sa présence ; cela avfidl lieu surtout pour la distribution de la feuille à la cinquième mue. A cette époque, les vers à soie de 20 onces d'oeufs occupent une superficie carrée de 3,000 pieds. Qu'on juge si la perte en feuille peut alors être grande, lorsqu'on n'a pas le soin de la distribuer avecéconomie.M.Dandolo a reconnu qu'à cette mue il avait perdu plusieurs milliei*s de livres de feuille par l'incurie des élèves « Mais n'importe (disait ce philanthrope), cette perte est moins que rien, lorsque je la compare à l'avantage de généraliser et nationaliser Fart d'élever les vers à soie par le moyen des élèves. 9 Ces élèves ne coûtaient pas beaucoup aux propriétaires, qui les envoyaient pendant la courte saison des vers à soie, et la plupart s'en revenaient la première année capables de diiiger eux-mêmes une grande dandolière.
(Le Traducteur. J
Il n'y a que deux passages dans cet atelier.
On a établi quatre soupiraux au plancher, qui correspondent aux passages formés entre les claies , afin que Tair extérieur ne frappe pas directement sur les claies. Il y en a huit à la partie du mur qui est au niveau du pavé, placés à des distances proportionnées ; une cheminée aux quatre angles de l'atelier, un poêle au milieu des deux côtés du mur, dont les tuyaux longent le mur, et un autre au fond de la chambre en face de la porte.
n y a dans Fatelier deux baromètres et quatre thermomètres. Dans la nuit, il est éclairé par deux quinquets.
Cet atelier est , comme le grand , isolé de trois côtés; il a quatre fenêtres sans jalousies, parce que tout le mouvement de Tair se fait de haut en bas et de bas en haut. Il n'est pas nécessaire qu'il y ait au pavé des soupiraux qui correspondent avec le dessus.
Quelque calme que soit Fair, on l'agite autant qu'on veut en faisant de la flamme, et en ouvrant plus ou moins les soupiraux.
J'ai aussi de petits ateliers qui ne contiennent qu'à peu près 367 pieds carrés de claies, et qui par conséquent ne peuvent donner qu'environ 240 livres de cocons {Fig. 3). Ce sont de petites chambres basses , d'un carré long, au milieu desquelles sont quatre rangs doubles de claies , placées l'une sur l'autre, et d'à peu près 30 pouces de largeur*
Il y a quatre soupiraux au plafond, deux cheminées placées aux deux angles diagonalement opposés, et trois soupiraux rasant le pavé.
Chaque petit atelier a son baromètre et deux thermomètres. Je n'ai pas parlé de l'exposition de mes ateliers, parce que toutes les expositions sont bonnes, pourvu qu'on puisse faire communiquer librement l'air partout, et fermer les ouvertures du côté du soleiL J'en ai à toutes les expositions,
La propreté de mes ateliers est extrême ; on n'y sent jamais aucune mauvaise odeur, et l'on n'y a pas besoin de parfums. Le meilleur est l'odeur naturelle de la feuille, tant que les vers à soie vivent, et ensuite celle des cocons, lorsqu'ils se forment ou lorsqu'ils sont formés.
Au cas que la saison devienne froide , comme il est arrivé en 1813 et 1814, les cheminées peuvent servir non-seulement pour renouveler l'air, mais aussi pour le réchauffer, ayant soin de ne pas brûler de copeaux ni de paille, mais bien du gros bois, qui conserve le feu longtemps.
Les poêles sont cependant plus propres à réchauffer l'air intérieur.
Des ateliers des fermiers.
En général, les ateliers des fermiers se présentent à l'œil de l'observateur comme des espèces de catacombes. Je dis en général, parce qu'il y a quelques
fermiers qui, sans avoir tout ce qu'il faut pour bien élever les vers à soie, ont cependant assez pour leur é\iter des maladies graves.
J'ai trouvé le plus souvent, en entrant dans le» chambres où on élevait ces insectes, qu'elles étaient humides, constamment éclairées par la flamme d'une huile puante ; que l'air était stagnant et vicié , au point de gêner la respiration ; qu'on sentait des odeurs désagréables masquées par celle de quelque aromate; que les claies étaient trop rapprochées, cou¥ertes de litière en fermentation, sur laquelle les vers languiissaient. L'air ne s'y renouvelait que par les ouvertures que le temps avait faites aux portes et aux fenêtres. Ce qui me rendait Taspect de ces lieux plus triste, c'est que la personne qui prenait soin des vers avait la voix rauque, la figure pâle et l'air valétudinaire comme si elle relevait d'une maladie très-grave.
Tous les locaux sont bons pour élever les vers à soie , pourvu que, selon leur grandeur, il y ait une ou deux petites cheminées, plusieurs soupiraux au plafond, autant au mur et au niveau du pavé, et une ou plusieurs fenêtres par lesquelles la lumière entre constamment, sans que ce soit pourtant les rayons solaires.
Mes ateliers de fermiers, qui contiennent les vers de quatre onces d'œufs, ont deux petites cheminées, placées dans les angles*, qui sont en ligne diagonale, un poêle, quatre soupiraux au plafond.
et trois au niveau du pavé. J'ai des ateliers qui contiennent les vers de trois onces d'œufs , et qui ont deux petites cheminées , trois soupiraux supérieurs et deux inférieurs. J'en ai aussi qui ne sont que pour deux onces d'œufs, et qui ont deux petites cheminées, deux soupiraux supérieurs et deux inférieurs.
Dans chacun de ces ateliers il y a une grande porte, dans laquelle on en a pratiqué une petite, et deux fenêtres ou ouvertures, pour faire entrer la lumière. Lorsque le soleil frappe contre l'une ou l'autre, on ferme les volets intérieurs.
Je fais observer que ces légères réformes à faire dans les chambres sonttrès-importantes, coûtent peu, et produisent un eflTet très-avantageux.
Lorsque la chambre est propre à contenir les vers de quatre onces d'œufs, il faut nécessairement un poêle en brique ; il chauffe beaucoup plus que les cheminées, et il faut moins de bois. Les cheminées ne servent, en général, que pour des feux de flamme, et on n'y allume du bois que lorsque la température de l'air extérieur se maintient trop longtemps froide.
Les cheminées doivent être bouchées dans tous les cas où elles ne servent pas.
Dès qu'on a arrangé le local ainsi que je l'ai indiqué, on ne doit plus permettre au fermier de tenir les vers à soie dans la cuisine ni ailleurs ; il doit les placer constamment dans l'atelier, bien étendus
sur les claies. Ceux qui n'agiront pas ainsi seront exposés à voir les vers en grande partie malades ou morts avant de parvenir à Tâge adulte.
Les malheurs que les fermiers éprouvent quel-quefois dépendent de ce qu'ils exposent les vers^ encore jeunes à des variations de température brusques , et qu'ils les tiennent trop à Tétroit (Chap.XII).
Lorsque le fermier voit que les vers se meuvent et qu'ils mangent, cela lui suffit pour être persuadé qu'ils vont bien ; il ne pense pas que ceux qui se trouvent comprimés par les autres ne peuvent pas bien manger, et périssent tôt ou tard sous la litière qui les recouvre.
Il faut , dans chaque atelier de fermier, un ou deux bons thermomètres^ qu'on doit y laisser constamment suspendus.
Il est bon de rappeler ici que , si , au moment où les vers montent , il s'en trouve de tardifs , on doit les transporter ailleurs (Chap. VIII , § V. )
Il sera avantageux pour le propriétaire de donner au fermier un thermomètre et un hygromètre , qui lui apprendront à connaître les degrés de chaleur et d'humidité de l'atelier. H saura employer* plus à propos les moyens de conserver les qualités de Tair qu'exige la santé des vers à soie. Quoique la bouteille '^qui purifie Vair ne soit pas absolument nécessaire , comme , dans certains moments , les exhalaisons animales laissent une mauvaise odeur, elle
sera utile au fermier, la vapeur qui s'en dégage étant un très-bon correctif.
Quant à l'exposition des ateliers de fermier, il n'y a pas de doute que la meilleure est au froid et à Vair agité, et qu'ils sont mieux à un premier étage qu'au rez-de-chaussée; mais, cependant, pourvu qu'on fasse les réformes que j'ai indiquées, on peut se servir des locaux qu'on a , et être sûr qu'il n'y aura jamais d'air stagnant, humide ou méphitique.
Si on a perpétué lusage des plus mauvais locaux pour placer les vers à soie , c'est sans doute parce qu'on a vu qu'on obtenait de temps à autre de trèsbonnes récoltes de cocons. On ne pensait pas que c'était le pur effet du hasard , ou , pour mieux dire, des diverses variations du temps. Une année, paff exemple , dans laquelle la saison avait été belle et surtout sèche , parce qu'il avait soufflé des vents du nord , il n'était pas étonnant que les vers réussissent, quoique mal soignés.
Nous avons un exemple des avantages de l'air constamment sec et agité dans les baraques des pays montagneux où on élève les vers : ils y réussissent toujours mieux que dans les plaines.
Aujourd'hui nous devons vouloir que, quelles que soient les influences atmosphériques, les récoltes de cocons ne manquent jamais, et que le fermier obtienne du profit , non par l'eSet du hasard , mais bien par des calculs certains..