‹ L'art d'élever les vers à soieChapitre 6 sur 52 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des Chenilles en général^ parmi lesquelles est compris le ver à soie.

La merveilleuse famille des insectes n'est pas uniquement destinée à procurer des jouissances au naturaliste ; la variété de ses formes , de ses couleurs et de ses armes , ses produits surtout , ont fait reconnaître à Thomme industrieux, dans un certain nombre d'espèces , des sources de richesses qu'il s'est appropriées. •

Je n'entrerai pas dans des détails , inutiles à mon sujet, sur toute la famille des insectes; je me bornerai à dire que ceux qui ont des ailes s'offrent à nous sous diflférents états dans les diverses périodes de leur vie , et que la faculté de se reproduire est réservée à leur dernière période. Le papillon déposant les œufs fécondés, bientôt après l'accouplement, ces œufs ne produisent pas immédiatement d'autres papillons, mais bien des petits animaux de forme cylindrique allongée, composés d'une certaine quantité de segments ou anneaux , ayant dessous un

certain nombre de pattes de forme et de substance diverses , ainsi que d'autres caractères. Telles sont , en général , les chenilles , dont le ver à soie occupe le premier rang , et qui fera le sujet de cet ouvrage.

Je ferai dans ce premier chapitre quelques observations :

1** Sur les caractères extérieurs et généraux des chenilles ;

2^ Sur lesmétamorpnoses qu'elles subissent ;

3** Sur leur manière de vivre, de se nourrir et de se conserver ;

4** Sur leur passage de Tétat de chenille à celui de mort apparente ou de chrysalide ;

5^ Sur le changement de la chrysalide en animal parfait ou papillon, sur la ponte des œufs fécondés, et sur la mort du papillon ;

6^ Sur le mode par lequel la nature tend nécessairement à en détruire une grande quantité, afin qu'elles ne puissent pas sortir des limites qu'elle leur a fixées , et sur les moyens que l'homme peut employer dans les mêmes vues.

Des caractères généraux et extérieurs des chenilles.

Les chenilles ont le corps formé de douze anneaux membraneux parallèles , lesquels , dans les mouvements de l'animal, s'éloignent ou se rapprochent mutuellement.

Elles ont toutes une tête écailleuse d'une substance analogue à la corne, munie de deux mâchoires très-fortes, faites en forme de scie , qui se meuvent horizontalement, et non de haut en bas, comme chez les animaux à sang rouge : sous les mâchoires se trouve placée la filière par le moyen de laquelle chaque chenille verse la matière soyeuse. Elles n'ont jamais moins de huit pattes , et pas plus de seize : les six premières , de substance écailleuse analogue à celle de la tête , sont fixées sous les trois premiers anneaux , et ne peuvent ni s'allonger ni se raccourcir sensiblement ; les autres, quel qu'en soit le nombre, sont membraneuses, flexibles , et attachée» deux à deux à la partie postérieure du corps , sous les anneaux qui leur correspondent. Ce sont celles qui servent à la locomotion ; elles sont armées de petits crochets assez forts , et propres à le fixer facilement et à le faire grimper. Toutes les pattes de derrière disparaissent, quelle que soit l'espèce de chenille , lorsqu'elle se change en papillon , et il ne reste alors que les six premières , qui sont diversement modifiées. L'amus est placé sous le dernier anneau.

Les chenilles respirent par le moyen de dix-huit ouvertures , situées neuf sur chaque côté du corps, par lesquelles l'air entre et sort. Chacune de ces ouvertures est considérée comme l'extrémité d'une trachée particulière. Un grand nombre de chenilles ont des yeux ; certaines sont entièrement privées de

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la vue ; mais elles l'acquièrent, arrivées à l'état dB papillon.

Ayant indiqué les caractères généraux extérieurs qui font distinguer les chenilles de tous les autres animaux, il paraît inutile de rappeler que certaines, selon l'espèce , sont grandes , moyennes , petites , mais cependant toujours extrêmement grandes, comparées à l'œuf d'où elles sont sorties , ou à ellesmêmes quand elles sortent de l'œuf, comme nous le verrons au chapitre VIL

Quelques chenilles ont la peau unie : tel est le ver à soie ; d'autres l'ont raboteuse et élevée dans cer- Jtaines parties ; les unes l'ont velue en tout ou en partie, couverte de poils ou de piquants de couleiu-s variées et souvent si belles , si vives et si bien nuancées, que l'art ne pourrait pas les imiter.

11 n'entre point dans mon sujet de faire connaître Vanatomie de ces insectes.

Des métamorphoses qu'éprouvent les chenilles.

Les chenilles ont pour caractère particulier de changer de peau au moins trois fois avant d'être arrivées à l'époque où elles versent la soie pour se changer en chrysalides dans le cocon ou dans l'en- Teloppe qu'elles ont formée (§ IV).

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Ce changement n'a lieu que trois ou quatre fois ; dans le plus grand nombre d'espèces de chenilles, et, dans certaines, de cinq fois jusqu'à neuf. Ces renouvellements de peau s'appellent mues. Ce sont des maladies qui souvent coûtent la vie à beaucoup de ces insectes (§ VI).

Une seule peau , dans un animal qui en peu de temps croit mille fois son poids (Chap. VII), aurait difficilement pu se distendre au point de le couvrir tout entier. Aussi la nature prévoyante a étendu sur le corps de la chenille les embryons de la peau de chaque mue. L'animal croissant plus que la peau ne peut se distendre , elle tombe et est remplacée par la seconde, qui est plus molle; celle-ci se détache de la même manière que la première , et est suivie de la troisième , de la quatrième , et ainsi de suite.

La dépouille des chenilles est ime enveloppe entière appliquée à toutes les parties extérieures de l'animal. On peut y reconnaître les poils, les pattes, la tête, etc.

Dès que la peau commence à serrer la chenille , l'insecte se met à une diète plus ou moins sévère : ce qui indique avec certitude la mue. On remarque alors que la chenille devient plus petite , et qu'elle verse , par diverses parties de son corps , des baves de soie qu'elle attache ensuite aux corps qui l'entourent, afin que, pendant qu'elle se remue, la peau qui la couvre reste fixée dans le lieu où elle se trouve.

Cette première opération faite, l'animal reste plus

ou moins immobile; il commence ensuite à remuer la tête et à faire des contorsions. L'écaillé qui couvre son museau, pressée par la nouvelle peau qui se forme au-dessous, est la première partie qui se détache.

L'écaillé détachée, la chenille pousse en avant avec eflfort à travers l'ouverture du premier anneau , qui est plus étroit que ceux qui suivent ; et comme elle a déjà assujetti la peau avec des fils de soie , ainsi qu'avec les crochets des deux appendices de l'anus, fixés où elle se trouve, elle dégage les deux premières pattes, et sort en peu de temps de son enveloppe en faisant des mouvements vermiculaires»

Quelquefois l'enveloppe se déchire , ou une portion reste attachée à l'extrémité de la chenille, qui ne peut pas toujours s'en débarrasser; alors elle se gonfle ou s'étend dans la partie découverte, pendant que l'enveloppe comprime le reste du corps : en pareil cas , l'animal meurt après avoir fait de vains efforts. Un grand nombre de chenilles se dépouillent entièrement dans une minute.

À cette époque de la vie de la chenille, la nature provoque en elle une crise favorable ; il sort de la superficie de son corps une humeur qui s'interpose entre la peau ancienne et la nouvelle, et facilite la sortie du corps.

Les chenilles qui viennent de muer sont pâles , ce qui les rend faciles à distinguer des autres. La nouvelle peau est très-ridée , tandis que la vieille était sèche et tiraillée dans le commencement.

Le jeûne, rabattement , Tinertie et le malaise qui accompagnent la mue, sont ce qu'on appelle communément le sommeil chez les vers à soie.

La chenille sort de la mue très-faible, et les parties qui étaient dures deviennent flexibles : elles durcissent par le seul contact de l'air.

Après la dernière mue, chaque espèce de chenille verse sa soie, et prépare avec elle le cocon ou réduit dans lequel doivent avoir lieu lés métamorphoses en chrysalide et en papillon ou animal parfait qui produit les œufs.

Chez la plupart des chenilles, les mues extérieures , comme les deux qui ont lieu dans le cocon (§§ IV, V), s'accomplissent en quinze jours; dansi certaines espèces , au bout d'un ou deux mois ; pour quelques autres , il faut trois mois ; et enfin la nature emploie , pour quelques-unes , un , deux , trois ou quatre ans.

§ ni-

De la manière dont les chenilles vivent, se nourrissent et se conservent.

A l'exception de quelques espèces de chenilles qui se nourrissent en se dévorant entre elles, toutes les autres, qui sont en très-grand nombre, vivent de substances végétales, la plupart très-utiles à Vhomme.

Nous avons souvent la douleur de voir ces insectes

détruire des arbres fruitiers , des plantes potagères et d'agrément, des haies, des bois, etc.

Un grand nombre d'espèces s'insinuent dans la terre, y attaquent les racines des plantes herbacées, des arbustes et des grands arbres , et les font périr sans que le cultivateur sache quelle est la cause des pertes qu'il fait.

Il y a des chenilles qui vivent dans les troncs d'arbres , y font des plaies , les percent même en divers sens, et les font mourir avant leur temps.

Enfin , on en voit aussi par essaims dans les blés , dont elles percent le grain pour s'en nourrir avant de devenir moucherons .

^ Quelquefois nous trouvons le grain tout à fait vide, quoiqu'il ait un bon aspect, parce que la chenille ne mange que la farine et laisse la peau intacte. Dans un seul grain , elle trouve assez de nourriture pour y opérer toutes ses métamorphoses : ce qui porte à penser, lorsqu'on rencontre des grains dont la farine n'est pas tout à fait détruite , qu'il y existe une chenille qui n'est pas encore devenue un animal parfait.

Toutes les espèces de chenilles ne mangent pas pendant tout le jour; un grand nombre d'espèces ne prennent leur repas que le matin et le soir, et d'autres seulement la nuit ; cependant leur voracité est si grande , qu'en peu de temps elles détruisent une quantité de matière cent et mille fois même plus pesante qu'elles (Chapitre XIV).

En général , telle espèce de chenille ne mange

que telle espèce de plante; mais , malgré cela, elles ravagent beaucoup de plantes , parce que le goût de presque chaque espèce est différent. Il est heureux pour nous que la feuille de mûrier ne plaise qu'au ver à soie.

Non-seulement on a de la répugnance pour les chenilles en général , mais on pense aussi que quelques espèces sont venimeuses , ce qui n'est pas. On prend pour un symptôme de venin la démangeaison et même la petite inflammation que produit sur nous l'attouchement d'une chenille qui est villeuse ; ce n'est cependant qu'un phénomène semblable à celui que produisent les orties.

La nature emploie quatre moyens pour conserver toutes les espèces de chenilles pendant la rigoureuse saison de l'hiver. Plusieurs espèces conservent leur embryon, en hiver, déposé dans l'œuf, afin que , lors de leiu* développement dans la belle saison , elles puissent trouver à leur portée la nourriture qui leur convient. D'autres espèces , nées en automne , et qui sont petites, s'enveloppent dans plusieurs feuilles , ou dans d'autres substances végétales , qu'elles réunissent , arrangent et attachent fort adroitement avec des fils de leur soie ; elles y vivent dans un. état d'assoupissement , pour en sortir ensuite lorsque la feuille se développe. On voit des espèces se conserver, sous la forme de nymphe ou chrysalide, dans diverses sortes de cocons ou réduits; d'autres enfin se nicher dans la terre, sur les murailles , dans des troncs d'arbres , sous des

pierres , etc. , attendant la saison tempérée ou: chaude- Dans rhiver , nous rencontrons partout ou des œufs , ou des chenilles , ou des chrysalides , attachés ou suspendus aux arbres, ou fixés aux murailles, dans les champs , les prés , les bois , etc. , et à l'abri du froid et des diverses autres intempéries des saisons. Nous voyons même souvent alors , dans les^ prés , des signes qui indiquent le nid de quelque espèce de chenille.

Dès que la belle saison parait , la chenille sort presque tout à coup de Fœuf , se développe, se change en chrysalide dans le cocon /et parait bientôt après sous la forme de papillon.

Parmi les diverses espèces de chenilles , il y en a dont les individus vivent tout à fait isolés, d'autres qui se plaisent en société jusqu'à la première mue , et même plus tard, et d'autres enfin qui sont toujours[ensemble jusqu'à leur transformation en chrysalides ; devenues ensuite animaux parfaits ou ailés ,. elles errent dans l'espace.

§iv.

Du passage de Vétat de chenille à celui de mort apparente ou de chrysalide.

La dernière mue visible à nos yeux étant accomplie , la chenille dévore , pendant un certain nombre

de jours, une quantité d'aliments presque incroyable (1 ) , et parvient à son plus haut degré d'accroissement. Arrivée à ce point , son appétit se ralentit et cesse entièrement.

L'animal perd alors sensiblement , et petit à petit , de son poids et de son volume (Chap. VII) . Dégoûté de ses aliments, il cherche à changer de lieu, à s'isoler et à se mettre en repos ; il sent le besoin de se vider de toutes les matières excrémentitielles qui existent dans ses organes, et même de la membrane qui enveloppait les excréments , et qui servait, si on peut le dire , de doublure à l'estomac et aux intestins. Alors il ne reste plus de la chenille que la substance soyeuse et la substance animale avec plus ou moins d'eau.

L'insecte , réduit à cet état, continue à contracter sa peau, et c'est cette contraction qui l'aide puissamment à trouver les moyens de verser la soie contenue dans ses petits réservoirs. Peu à peupla peau se ride, les anneaux se rapprochent, et l'insecte devient plus petit.

C'est alors que conunence la formation de la chrysalide, qui s'accomplit lorsque la soie est entièrement versée , et que la dépouille ridée de l'animal se sépare dans le cocon.

n paraît , d'après cela, que , dans toutes les mo-

(1 ) Le ver à soie consomme, pendant le cinquième âge, quatre fois autant de nourriture que pendant les quatre autres âges réunis. B.

difications de la chenille , la nature ne tend qu'à là^ plus grande simplification de l'animal.

En effet , il est d'abord composé de substance animale , soyeuse et excrémentitielle : c'est la chenille croissante. H se compose ensuite de substance animale et soyeuse : c'est alors la chenille mûre. Enfin il se réduit à la seule substance animale , qui est la chrysalide. Je ne parle pas de quelques autres substances , en petite quantité , qui font partie de l'insecte.

Les cocons que font les chenilles varient beaucoup dans leur forme.

Quelques espèces occupent peu d'espace et font leur cocon avec un petit nombre de fils de soie , au centre desquels elles se placent. D'autres unissent et attachent plusieurs feuilles ensemble avec la matière soyeuse pour s'y renfermer.

L'artifice qu'emploient les diverses espèces de chenilles pour former le réduit qui doit protéger la chrysalide est admirable.

Cet artifice est d'autant plus ingénieux que l'animal a moins de soie. Certaines espèces sont obligées de pénétrer dans la terre pour pouvoir garantir leur enveloppe; et d'autres, d'unir à la soie diverses autres substances , comme du poil , des fragments de feuille, etc. Enfin ce petit animal fait tout ce qu'il peut pour construire im réduit qui le mette à l'abri des intempéries des saisons au moment qu'il devient chrysalide.

Le temps que les chenilles emploient à verser la soie varie beaucoup. Il y en a qui s'enveloppent en une heure, d'autres en un jour, d'autres en deux. Il en faut à peu près trois au ver à soie.

La quantité de soie que donne en général la chenille n'est pas toujours en rapport avec sa grosseur. Le ver à soie , qui n'est pas de la plus grande espèce, en donne beaucoup plus que toutes les autres (Chap.XIV, §V).

La couleur des chenilles varie extrêmement ; nous en voyons de jaunes, de blanches, de rouges, de brunes, de bleu de ciel, de verdâtres, et debeau- ' coup d'autres nuances.

Il y a une grande différence entre la soie que verse le ver à soie et celle des autres chenilles. Avec l'eau simple , tiède ou chaude , on fait dissoudre la substance gommeuse qui unit les fils des cocons des vers à soie , ce qui rend son fil facile à filer; tandis que les fils de la soie versée par les autres espèces dé chenilles sont tellement collés entre eux , qu'on ne peut les détacher, quelque moyen qu'on emploie ; de manière que , pour pouvoir en tirer quelque avantage , il faudrait qu'on déchirât ou qu'on coupât le cocon , et qu'on le cardât comme on fait de la bourre de soie. Si on employait ce moyen , la soie de beaucoup de chenilles pourrait devenir de quelque avantage dans l'économie domestique, puisque partout on trouve des cocons de chenille.

Changement de la chrysalide en animal parfait ou papillon. Ponte des ceufs fécondés. Mort du papillon.

Les chenilles se trouvent soumises , dans le cours de leur vie, à trois changements d'organisation.

Le premier a lieu par le passage de Tétat d'embryon à celui de chenille, pendant lequel se font les mues que j'ai indiquées ci-dessus (Chap. I , § II).

Le second est celui de la chenille devenue chrysalide ou nymphe dans le réduit qu'elle s'est formé (Chap. I, § IV).

Le troisième changement , enfin , est le passage de la chrysalide à l'état d'animal parfait ou papillon , qui a lieu dans l'enveloppe.

Par cette dernière modification , il y a aussi formation des œufs dans la femelle, et les parties sexuelles du mâle sécrètent et épanchent le liquide fécondant.

Le changement de la nymphe en papillon a lieu , comme je l'ai dit , dans une enveloppe renfermée dans le cocon. La nymphe, devenue entièrement papillon , déchire cette enveloppe , ainsi que le cocon , et laisse les différentes dépouilles dont elle était revêtue.

Alors les papillons mâles s'accouplent avec les femelles , et celles-ci ensuite déposent leurs œufs ,

— aide la manière qui leur est la plus convenable , dans le lieu qui les défend le mieux du froid , de la pluie ou des autres intempéries.

La longueur de la vie des papillons varie : quelques espèces restent sous cette forme tout Thiver, et ne déposent leurs œufs qu'au printemps.

Lorsque les œufs fécondés sont déposés, les mâles et les femelles ne tardent pas à mourir.

§vi.

Moyen par lequel la nature tend incessamment à détruire une immense quantité de chenilles^ afin d* éviter que leur excessive augmentation ne les fasse sortir des limites qu^elle leur a fixées. Ce que peut faire aussi V homme à ce sujet.

L'agriculteur, témoin continuel des pertes qu'occasionnent beaucoup de chenilles, ne peut concevoir que la prévoyante nature ait voulu donner un tel fléau aux hommes. Il ne voudrait pas qu'il y eût d'autres chenilles que les vers à soie , ou tout au plus celles qui produisent ces beaux papillons de couleurs très-variées , qui ornent les cabinets et font les délices des curieux.

L'agriculteur, dis-je, ne pense pas aux causes finales ; il croit que la nature doit agir pour lui seul , et il ignore ce que c'est que la variété et l'harmonie de l'univers dans la quantité infinie d'objets dont il est composé.

Mais , quoique les chenilles nous fassent beaucoup

de mal , la nature , qui leur a assigné un emploi déterminé , a mis un frein à leur multiplication , afin qu'elles ne pussent pas nous occasionner de trop grands dommages.

Une quantité innombrable de ces insectes est naturellement détruite, chaque année, de trois manières, sans compter ceux que Thomme fait périr ou peut détruire à sa volonté.

I^Une infinité d'oiseaux vivent de chenilles qui sont ou sur les plantes , ou sur la terre , soit à leur sortie de Tœuf , soit lorsqu'elles sont adultes.

Cette nourriture printanière, dont les oiseaux sont fort friands, dont ils repaissent leur famille, et qui rend leur chair si délicate, les attire dans les bois, dans les champs et dans les jardins; ils recherchent même avec avidité les œufs de chenilles.

2** Parmi les diverses espèces de ces petits animaux , il y en a , comme je Tai dit plus haut , qui se dévorent entre eux , sans compter la grande quantité qui est détruite par les lézards , les grenouilles , les crapauds , les guêpes , les mouches , les araignées , les fourmis, les scarabées, et autres insectes. En vain la chenille cherche à se soustraire à ses nombreux ennemis en se suspendant par sa soie aux arbres ou aux autres corps , elle en devient presque toujours la proie.

Ajoutons à ce geniia de destruction celui de ces chenilles sur lesquelles d'autres insectes déposent leurs œufs, et qui servent de pâture aux petits de ces mêmes insectes dès qu'ils sont éclos.

3'' Enfin , les gelées de l'hiver et les plmes froides du printemps font aussi mourir ime grande quantité de chenilles. On voit quelquefois, dans cette dernière saison, que d'un jour à l'autre ces insectes disparaissent, frappés par ime pluie froide qui les sur-prend soit au moment de la mue, soit avant qu'ils aient eu le temps de se mettre à l'abri.

L'homme aussi peut attaquer et détruire une grande quantité de chenilles dans leurs propres nids. Les espèces qui sont vraiment nuisibles aux intérêts de l'homme ne sont pas même en si grand nombre, et nous les avons presque continuellement sous nos yeux.

Tout le monde peut distinguer, en hiver par exemple, beaucoup de nids de chenilles qu'on trouve partout, et souvent suspendus à l'extrémité des branches des arbres, enveloppés dans leurs feuilles. Alors, au moyen de grands ciseaux propres à cet usage [Fig. 1 ), qu'on met au bout d'une perche, étant à terre et tirant une petite corde attachée aux ciseaux , on coupe facilement toutes les branches oii l'on voit des nids attachés. Chaque nid qu'on détruit délivre l'arbre de deux , trois , quatre cents chenilles qui l'auraient assailli.

Les personnes qui n'ont pas employé ce moyen , si facile en hiver, doivent au moins le faire aussitôt après les pluies du printemps , parce qu'alors toutes les jeunes chenilles que la pluie n'a pas fait périr se retirent dans leur nid, qu'on reconnaît facilement en voyant plusieurs feuilles sèches ou vertes rassem-

blèes et attachées dct diverses manières avec de la bave de soie.

les cultivateurs qui ont des haies près des jardins et autres lieux doivent les élaguer en hiver, pour éviter que les chenilles qui s'y logent n'aillent ensuite sur les arbres fruitiers.

Lorsque les chenilles sont grandes et dispersées sur la plante, on peut difficilement empêcher qu'elles ne fassent des ravages. On les étourdit quelquefois pour les faire tomber. Pour cela il faut faire brûler de la paille mouillée dans un chaudron de fer ou de cuivre à long manche [Pig. S], y mêlant un peu de soufre , et ayant soin d'approcher le feu selon la hauteur de la plante. À mesure que la fumée pénètre où sont les chenilles , il faut remuer l'arbre pour les faire tomber, les récueillir à l'instant, et les brûler.

Les chenilles des choux se prennent toute la nuit avec de la lumière.

l'ai saiis doute dit dans ce chapitre plus que ne permet le plan de cet ouvrage ; mais j'ai cru utile de saisir l'occasion de faire connaître , mieux qu'elle ne l'a été jusqu'à présent dans le vulgaire, une classe d'animaux dont tout le monde se plaint, et dans laquelle se trouve compris le ver à soie , quoique étant une des premières sources de nos richesses. D'ailleurs ce que j'ai dit épargnera beaucoup de répétitions dans le cours de cet ouvrage.

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