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CHAPITRE XIII

Il est peut-être hasardeux de faire de la gastromancie

avec des recettes humoristiques, où chacun s'efforce LL d'apporter le plus de fantaisie possible, en marchant, au 4 besoin, sur les traces de ce Maincave, cuistot aux armées 4: pendant la guerre, apôtre de la cuisine futuriste, qui |) . . f 7 . . ‘4 = imagina le Bœuf au kummel garni de bananes farcies de E

gruyere, le Poulet au muguet, la Sardine au camembert, à | la Côtelette à la menthe, la Sole au rhum, avec une crème Chantilly égayée de sauce tomate et quelques gouttes d'essence de chypre ou de verveine. A

Voilà qui dépasse singulièrement les Plats nouveaux de Paul Reboux, qui contiennent d’ailleurs d'excellentes recettes.

Il faut avouer qu'il y a toute une partie de la cuisine Ë qui patauge dans une morne routine. Nous ne varions à pas assez les accommodements de nos légumes. Nous pourriens chercher des mélanges inédits et ne pas nous en tenir à quelques garnitures rituelles : canard et pois," oseille et veau, etc.

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Après cette parenthèse, je reviens à mes fantaisistes. André Salmon a conté, dans un A/manach de Cocagne, qu'à l'aube de ce siècle des jeunes poètes se délectaient d'omelettes au pernod et de haricots au bitter.

Alfred Jarry et Guillaume Apollinaire composaient d'étranges recettes culinaires. Louis Sonolet a inventé le café-chartreuse. Et Max Jacob s’enorgueillissait de connaître (Cent façons d'accommoder le riz bouilli au naturel».

À travers la fantaisie capricante de nos recettes, nous retrouverons cependant les auteurs avec les caractères.

Marcel Arnac, Albert Guillaume, F. Gottlob, Mars- Trick, nous rappellent qu'ils sont d’espiègles et ingénieux dessinateurs, prompts à saisir les tics et les travers de leurs contemporains.

Georges Barbarin, qui a célébré les légumes avec humour dans un livre exquis, De la rose à l'artichaut, écrit d'ironiques poèmes gastronomiques en prose.

La Bavaroise à la gnaule nous convainc que Jacques Boulenger manie le persiflage avec une grâce redoutable.

Vous rimez, Marise Choisy, votre entremets suridéaliste en vers un peu suridadaiïstes. Vous me faites penser à un quidam qui offrirait à une vieille dévote des roses enveloppées dans l'Humanité, en entortillant votre bourgeoise recette de versiculets gavroches.

Orateur disert et narquois, romancier ironique et câlin, Georges Delamare cache beaucoup de pitié sous sa verve persifleuse. Il le prouve en dédiant une recette de Bisque au nouveau pauvre.

Ce charmant poète, ce Normand pince-sans-rire qu'est Hugues Delorme, devait chanter le los du pct-au-feu, pour célébrer ses vertus odoritérantes au nez des snobs.

C'est mieux qu'une recette que nous octroie le poète d'Ames, c'est un précieux conseil : ( Buvez les liqueurs avant le café. » Essayez. Vous en éluciderez et savourerez

mieux les aromes. Saluez dans ce conseil toute la pertinente audace de Fernand Divoire en poésie.

Trois strophes au sourire morose de ce délicieux Georges Docquois, qui fonda l'Académie de l'Humour français, et dont la vie fut un modèle de bonne grâce et de dignité.

Il faut, Maurice Duplay, brandir comme vous le sceptre de la critique, traquer au fond de son puits une vérité transie, pour recommander cette Soupe de Perroquet, plus sévère encore que sa sœur ibérique, le gas acho, mais qui ne doit poit laisser d’être agréable, à la campagne, au cœur de l'été, après une séance de flirt décevant.

B. Dussane, qui conférencie sur La Politesse à table, l'ordonnance des repas et la psychologie de la cuisine, se contente d’une recette d'œuf à la coque. Mais il faut grimper à trois mille mètres pour le déguster. Beaucoup d'esprit, aucune prétention chez cette alpiniste.

Prince de l’'Humour, Gabriel de Lautrec nous sert deux exemples de cette fantaisie profonde et dépouillée qui font de lui notre Mark Twain.

Adolphe Menjou nous fait de la cuisine de grande vedette, mais avec une mesure qui trahit son origine. Ce n'est pas un homard à l'américaine. C’est un homard à la française.

Léon Riotor, qui a si bien vu Montmartre dans la Colle, n'oubliera jamais ses brouillards lyonnais.

Arbitre des élégances masculines, Pierre de Trévières contrôle les élégances de la Table et se peint dans son narquois badinage.

Le hasard d'un classement, la fatalité d’un ordre alpha” bétique veut que votre recette, Clément Vautel, termine ce volume. Je m'en excuse, mais vous avez trop d'esprit pour m'en vouloir de vous placer en vedette américaine: Et vous allez clore cet Essai de Gastromancie sur un éclat

de rire, sur une page de fine satire, où l'on retrouve toute votre verve alerte et parfois gavroche, toute votre franchise et votre observation. Grâce à vous, j'ai une fin de troisième acte tout à fait réussie,

Homard à l'américaine.

Ïl y a encore quelques années, on achetait le homard à l'américaine en Amérique. Mais, aujourd'hui, à cause du change, il est préférable d'acheter un homard breton et de lui apprendre l'anglais. C’est plus long, mais c'est moins coûteux.

Quand votre homard est suffisamment calé, vous lui lisez une page de “ Saint-Leitres ”, et, s’il rougit, c'est qu il est à point : il ne reste plus qu'à le déguster.

Marcel ARNAcC.

Concombre à deux fins.

Prenez nn concombre, épluchez-le, enlevez les pépins, coupez-le en petits morceaux, ajoutez de la vaseline pure et de la teinture de benjoin, chauffez dix minutes et laissez figer.

Cela vous donnera une excellente pommade pour le

visage, qui constituera également pour les personnes obligées de vous embrasser un hors-d'œuvre exquis.

Marcel ArNAc.

La Pomme de terre en robe de chambre.

Une robe de chambre? Un maillot tout au plus. Il épouse ses rondeurs et moule ses fossettes.

Après une heure de sommeil sous la cendre, la pomme de terre se déshabille aisément, parce qu'elle a trop chaud d'abord, puis parce qu'elle est trop bonne fille.

Une fois nue, on peut la mettre à la sauce que l'on veut.

Celles-ci ont la chair d'un blanc farineux, celles-là sont roses comme un flamant, ou jaunes comme une Malaise.

Early, Hollande, Marjolaine, je vous baptise au nom du pain, du beurre, du sel. Ainsi soit-il !

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