PRET
Georges BARBARIN.
Le Boudin.
Lové sur le marbre de la charcuterie, dort-il, ce serpent funèbre? Il entasse les uns sur les autres ses anneaux sombres et luisants. Au-dessus de lui pendent quartiers et jambons, stalactites multicolores, et les gros lombrics roses des saucisses en chapelets.
Les acheteurs s’approchent impunément. Le boudin reste immobile. La charcutière en déroule une spire et je m'aperçois qu'il est mort. Quelqu'un, je ne sais qui, lui a déjà coupé la tête, et le couteau sans cesse le mutile tronçon par tronçon.
Son sang noir est figé parmi des filets de graisse blanche.
Il fleure l’hémorragie et la congestion.
Longs caillots recroquevillés, les boudins meurent d’apoplexie.
Georges BARBARIN.