‹ L'art d'être gourmandChapitre 62 sur 82 · NU OUR ET FANTAISIE · texte numérisé non relu

NU OUR ET FANTAISIE

Laissez-les humer de l'air.

Trempez-les dans du porto.

Que la crème fouettée

Les drape comme un suaire, Qu'amandes soient plantées

— C'est tout ! — dans leur sein lunaire.

Et servez. — Facile à faire.

Marise CHoisy.

La Bisque du Nouveau Pauvre

Viveur du bon vieux temps, contemporain du Café ‘Anglais, cher oisif, c'est à toi quest dédié ce potage. Tu as connu l'époque charmante où le travail n'était pas “encore déifié, où l'on savait s'amuser sans le faire exprès. Aujourd'hui, plus riche de souvenirs que de pécune, tu évoques, en supputant tes revenus chétifs, les grands soupers d'il y a vingt ans, à un louis par tête. Eh bien, quelque prochain soir, demande donc à ta boite de te Cuisiner cette bisque, aussi bon marché qu’une soupe à loseille. Je gage que tu retrouveras dans son parfum et sa saveur les images de ton brillant passé.

Mettre dans une casserole un morceau de beurre. and ce beurre est bien blond, y jeter pommes de terre,

carottes, navets, oignons, le tout coupé en petits morceaux. Laisser revenir, de manière que les légumes soient dorés. Ensuite, emplir la casserole d’eau chaude, ajouter tomates coupées en quatre, ail (plusieurs gousses), persil, thym, laurier, sel, un piment ou, à défaut, poivre fort (et abondant). Faire cuire une heure et demie. Retirer du feu, écraser au pilon. Remettre au feu jusqu'à ébullition. À ce moment, jeter en pluie quelques cuillerées de tapioca et servir très chaud un quart d'heure après.

Georges DELAMARE.

Éloge du Pot-au-Feu.

“ Le bouillon est néfaste à beauccup d'organismes (Gazettes médicales.)

Ainsi, le bouillon confortable, Avant-coureur des autres mets, Ne paraîtra plus sur la table Sans ordonnance désormais.

Bientôt même (ca m'incommoce, J'en fais bourgeoisement l’aveu) Son bœuf n'étant plus à la mode, On dira : — « Feu le pot-au-feu !... »

Pourtant, régal de la famille

Et symbole de tout repos,

En fortes vertus il fourmille, Rendant l'âme et le corps dispos.

PE

C'est au cœur de la vieille France Que sa gloire se décida.

Qui de nous pourrait sans souffrance

Goûter à l'olla-podrida?… Et sans vouloir vous chercher naïse, — Potages garbure, crécy, Dauphine, joconde, brunoise, — Vous ne valez pas celui-ci.

Point d'honneur de la ménagère, Notre national bouillon

Ne se fait pas à la légère

Et désarme l'esprit brouillon.

Il nécessite l’âpre zèle

Où l'artiste se reconnaît;

On le soigne comme on cisèle, Amoureusement, un $onnet.

Toute négligence est fatale;

La cuisinière, par degrés, Doit, telle l'antique vestale, Entretenir les feux sacrés.

Au suc délicat du légume Quand la viande a mêlé son sang, Avec ferveur, elle l'écume D'un geste lent et caressant…

Et foin de l'absurde servante De Pontoise ou de Bernouilly Qui prétend faire (elle se vante) Et bon bouillon, et bon bouilli.

On n'a que l'un ou l'autre, en somine,

La raison nous l'indique bien :

Un consommé ne se consomme Que si le bœuf ne vaut plus rien;

Et c'est une utopie étrange De vouloir en obtenir plus.

— Autant vouloir manger l'orange Dont on vient d'exprimer le jus !..

Hugues DELORME.

Conseil pour boire les liqueurs.

L'art du gourmet est-il de confectionner des recettes ou de savoir déguster des plats tout cuits?

Permettez-moi seulement un conseil de dégustation : boire les liqueurs avant le café.

Fernand Divoie.

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