‹ L'art d'être gourmandChapitre 63 sur 82 · CCLXXXII · texte numérisé non relu

CCLXXXII

Argile au zéphyre.

Bien que réputé gastronome,

En matière d'invention

Je ne suis, mes amis, qu'un homme Très sot, à la réflexion.

De vrai, je n'inventai que cette Recette-ci (mais est-ce bien Une véritable recette?

Jugez-en — moi, je n’en sais rien — .

O pauvre poète lyriaue,

Toi qui manges si peu souvent,

Tu peux toujours prendre une brique Et la beurrer avec du vent.

Georges Docquors.

CCLXXXIIT

La Soupe de perroquet.

Nous sommes au sein de l'été, au cœur de la canicule, et la canicule est la pire ennemie du gastronome, puisqu'elle enlève l'appétit. L'estomac bondé, le cœur barbouillé, la langue empâtée, le palais racorni boudent au plus délectable menu. Le coulis divin n'allèche pas plus que le brouet saumâtre. On a soif, exclusivement soif. Il semble que l'on engloutirait, sans se désaltérer, des sources, des lacs, des fleuves, et l’on rêve d’être transformé en mascaron de fontaine, pour qu'une eau fraîche vous passe par la bouche, éternellement. Voici venue l'époque de la soupe de perroquet.

Versez de l’eau dans la soupière; laissez-y choir quelques morceaux de sucre, puis couler, selon vos possibilités, de la piquette ou du chambertin; pour finir, jetez-y des tranches de pain plus finement taillées que celles qui flottent sur la bouillabaisse, tout imbibées d’un jus couleur de soleil couchant. Ainsi vous vous préparerez un régal qui ranimera en vous la faim, et qui vous réconciliera avec la table.

Maurice DupLay.

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