‹ L'art d'être heureuseChapitre 20 sur 59 · JEUNES FILLES · texte numérisé non relu

JEUNES FILLES

leur bleu d’idéal et de candeur dont votre fraîche jeunesse est le jardin choisi.

Vous le faites, hélas! quand par un snobisme de mauvais goût, vous vous affublez de ce débraillé d’allures et de lansage importé d’outre-frontière qui vous rend vulgaires et ridicules, alors que vous pourriez à si peu de frais être charmantes, en restant dans la bonne tradition francaise de réserve et de distinction féminines.

Ne dites pas qu’une telle manière d’acir n’influe en rien sur la qualité de votre âme et de vos sentiments. Notre âme ressemble à nos attitudes et nos sentiments à nos paroles. Des poses audacieuses, une figure outrageusement peinturlurée, des expressions grossières où trop libres ne sont jamais l’indice d’une nature délicate ou qui aspire à le devenir.

Soyez de vraies jeunes filles, de celles qui de tout temps ont mérité l’appella-

tion suave et significative d’anges du foyer.

LP

Ces belles et riches années qui s’écoulent de l’adolescence à votre mariage, qu’elles soient, au seuil de la vie sérieuse qui vous réclamera demain, une étape bienfaisante d’approvisionnement et de formation, et non pas une période vide, une période de folle dissipation et de perte morale.

Cela n’est pas fermer la porte à la gaieté, à un juste amour du plaisir ni à l’attente du bonheur... Bien au contraire.

Le bonheur vient sur les pas du devoir.

On a beau l’oublier, c’est le bon Dieu qui, en définitive, mène tout, et il n’est jamais en reste envers ceux qui soumettent généreusement leur vie à sa volonté.

"Fer

La politesse chez soi

N me raconta un jour le trait suivant:

Un vieil Irlandais, gérant d’une compagnie industrielle, était occupé à l’arrière de la manufacture quand un employé vient l’avertir qu’une dame l’attend au bureau. Le bonhomme aussitôt s’empresse, d’une main rajuste sa cravate, de l’autre son toupet, tandis que le sourire conventionnel éclaire déjà sa physionomie. Au bout de deux minutes, il réapparaît, furieux. ‘Ce n’était pas une dame qui était là, s’écrie-t-il, c'était ma femme!”?

Cette histoire m’a fait rire. Elle me semble moins gaie depuis qu’un peu d’observation m’a appris combien le manque

d’égards qu’elle révèle, si fréquent entre mari et femme, est déplorable. Il a fait dans plus d’un ménage trébucher le bonbeur.

Pourquoi certains hommes s’imaginent-ils ne devoir à leur femme aucune des politesses, des menues prévenances qu'ils prodiguaient à leur fiancée? Pourquoi maintes jeunes filles, sitôt mariées, se croient-elles également dispensées, visà-vis de leur mari, des mille petites attentions qui ont, bien souvent, gagné son coeur ?

Elles paraîtront devant lui enlaidies par un accoutrement ridicule et défigurées par une coiffure en désordre. Les mots aimables, les clairs sourires qui accueillaient autrefois sa venue ont disparu.

Ils sont remplacés, au moindre contretemps, par des paroles aigres et des airs maussades. Survienne un visiteur, ah! par exemple, madame s’attife, la maison s’égaie, la table se pare. Mais dans l’intimité, à quoi bon?

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