MOTS D'ENFANT
moi, une jolie voix aux modulations en-
fantines. — C’est très beau, ma chérie; seulement, tu es trop petite, tu ne comprendrais pas. — Essaye toujours!” Et
voilà l’adorable fillette installée sur mes genoux, suppliante et attentive. Quand je terminai mon récit, deux grosses larmes roulaient dans ses veux, tandis qu’elle proclamait, triomphante: ‘Tu vois bien que je comprends!”
Un joli paysage suisse ornait un coin de ma chambre. Un rayon de soleil caressait-il l’image, le pic neigeux des montagnes s’allumait, la rivière semblait rouler mille paillettes d’argent et l’on aurait dit qu’un souffle chaud soulevait le poil soyeux des belles vaches grasses. Dès que le jet lumineux se retirait, toute apparence de vie sombrait dans la teinte morne des couleurs. Cette gravure, qui intéressait vivement l’imagination de la petite Volande, avait servi d'illustration pour lui faire entrevoir le mystère de l’âme resplendissante par la grâce, sous
le regard du bon Dieu, puis ternice par le péché. Un matin, la mignonne accourait chez moi, comme d’habitude, quand une voix l’interpelle: ‘Pas de visite, ce matin! Tu déranges tout le monde, —Non, non, laissez-moi aller! répond ma brillante élève de catéchisme. Je veux voir si la belle rivière est en état de grâce...??
“Petite Yolande, lui demandai-je un jour où elle avait été particulièrement choyée, penses-tu toujours à offrir tous tes petits plaisirs au bon Jésus, ainsi que tu l’as appris? — Mais, fit-elle, en suspendant un moment ses jeux, c’est drôle, moi je n’ai jamais de petits plaisirs. — Comment! repris-je, amusée, jamais de petits plaisirs? Pauvre chérie, tu es done si malheureuse? — Mais non, c’est toujours des grands!”
Petite Yolande, garde précicusement, à travers la vie, cette flamme d’enthousiasme enfantin. Si, comme toi, chacun savait mieux apprécier les menues joies que l’on rencontre, chaque jour, le long