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parfait dans ceux qu'ils aiment. Est-ce que la charité surnaturelle ne produirait pas en nous ce que produisent en d'autres la nature ou même le vice? La charité souffre tout, elle supporte tout. Elle bannit du coeur toute haine, tout désir de vengeance ; elle y établit la compassion pour les défauts et les égarements mêmes du prochain, le désir de le voir heureux et saint, et elle porte à y contribuer dans l'occasion. Ces sentiments intérieurs d'affection chrétienne, de respect pour le prochain, quand ils sont sincères, se traduisent ensuite dans les paroles et dans les œuvres, de la même manière que les actes intérieurs d'amour de Dieu inspirent les œuvres entreprises pour sa gloire.
mon Dieu, mon cœur est à vous, je n'aime que vous ! Je veux donc aimer pour vous tout ce qu'il vous plaît que j'aime, et surtout ce en quoi je trouve des traces de vos perfections infinies. J'aime donc pour vous toutes ces âmes, que vous avez faites à votre ressemblance. Je veux oublier tout ce dont j'ai à me plaindre de leur part, pour ne penser qu'à votre bon plaisir, qui est que je leur pardonne et que je les aime en vous. mon Sauveur, vous avez aimé ces âmes, malgré leurs infirmités et leur malice, comment osefais-je les mépriser ou les haïr? Je dois plutôt à votre exemple désirer me dépenser et me sacrifier pour elles, comme vous l'avez fait pour moi, pour elles et même pour vos bourreaux.
ARTICLE II De la charité dans les pa.roles.
La bouche parle de l'abondance du cœur. Lors donc que la charité règne dans le cœur, elle interdit à la bouche tout ce qui est contraire à l'amour du prochain. D'abord les querelles, les disciissions, les cris. « Mon bien-airaé, avait dit d'avance de Notre-Seigneur, un prophète, mon bien-aimé ne contestera pas, il ne criera pas. » En effet, dans sa Passion, il fut comme la brebis que l'on tond,
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comme l'agneau que l'on mène à la boucherie; et à Judas lui-même qui lui donnait le baiser du traître, il ne dit que ces mots : « Mon ami, pourquoi ètes-vous venu? » Dans tout ce qui n'intéresse pas l'honneur de Dieu, il vaut mieux céder que de contester; et. même quand on est obligé de faire trionîpher la vérité, on y réussit d'autant plus difficilement qu'on y met plus d'aigreur. Il est toujours possible de laisser voir à quelqu'un qu'on no lui donne pas raison, sans contester opiniâtrement avec lui ; une réponse brusque, loin de changer les idées de qui que ce soit, ne lait que blesser, tandis qu'une pai^ole douce apaise la colère et est comme une amorce pour faire entrer la vérité dans une àme qui la repousse. « Le Seigneur déteste celui qui sème la discorde entre les frères. » « Avez-vous entendu une parole contre le prochain, ensevelissez-la dans votre cœur » comme dans un tombeau et gardez-vous de la répéter. Certains traits d'esprit trop piquants peuvent faire une blessure dangereuse au cœur de ceux contre qui on les lance. Certaines langues méchantes ne savent lécher sans écorcher; elles ne peuvent parler des autres sans en dire du mal, et si la médisance part des personnes pieuses, elle tourne au déslionneur de la dévotion elle-même. C'est une injustice sans doute que de prêter à tous ce qui n'est le fait que de quelques-uns ; mais c'est, une injustice aussi que de médire, que de révéler les défauts secrets d'autrui, de prêter aux autres des intentions iiiauvaises, de ne pas s'associer aux justes éloges qu'on leur donne ou d'en rabattre le plus possible. Supportons les injustices d'autrui, mais soyons justes envers tous. Ce sera un moyen de faire rendre justice à la piété elle-même. Evitons même certaines bizarreries de caractère, certaines originalités qui déplaisent à ceux avec (jui nous avons à vivre. Pas de ces changements brusques qui font passer tout à coup de la mauvaise humeur à des transports de joie, de la gaieté aux larmes de l'amour-propre froissé.
Si nous faisons pénitence pour nous, ne la faisons pas faire aux autres ; et si nous avons dans le cœur la com"
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ponction de nos péchés, ayons sur le visage le rayonnement d'une âme sereine. Un saint triste est un triste saint. Le Saint-Esprit nous dit : « Que chacun cherche à plaire à son prochain afin de l'édifier. » 11 est certaines manières, certains gestes, certains regards qui blessent plus profondément que les paroles dures. Il faut donc éviter tous les mauvais procédés. Si nous savons rendre la piété aimable, nous ferons taire les accusations de ceux qui lui prêtent un visage austère et rebutant ; nous attirerons l'affection et l'estime de ceux avec qui nous vivons, nous faisant tout à tous pour les sauver tous.
Sainte Thérèse a pu écrire d'elle-même : « Je ne disais pas le moindre mal de personne, j'étais au contraire dans l'habitude de justifier ceux qui étaient l'objet do quelque détraction. Cette maxime était toujours présente à mon esprit. Je ne devais ni me plaire k entendre, ni dire moimême ce que je n'aurais pas voulu qu'on eût dit de moi. Fermement attachée à cette règle de conduite, je m'y montrais habituellement fidèle; parfois cependant, si l'occasion était pressante, il m'échappait quelque faute. Grâce à l'accent persuasif de mes paroles, les religieuses du monastère et les personnes du dehors avec qui je conversais contractèrent la même habitude. Le public en eut bientôt connaissance; là où j'étais, les absents, disait-on, étaient à couvert des traits de la médisance ; ils trouvaient la même sûreté auprès des personnes qui tenaient à moi par l'amitié ou par les liens du sang, et qui se montrèrent dociles ù mes leçons. Malgré cela, il me reste un grand compte à rendre ù Dieu des mauvais exemples que je leur donnais en d'autres choses ; plaise à sa divine majesté de me le pardonner. »
mon Dieu, j'ai bien plus de raison que sainte Thérèse de vous demander pardon pour toutes les paroles médisantes ou blessantes dont je me suis rendu coupable à l'égard du prochain. mon Sauveur Jésus-Christ: « Jamais homme n'a parlé comme cet homme-là », c'est-à-dire comme vous ; donnez-moi part à votre douceur, à votre
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bonté, afin que mes paroles, en plaisant à tous, les entraîne tous à vous aimer I
ARTICLE III Des œuvres de churité,
« N'aimez pas en paroles et de bouche seulement, dit l'Apôtre de la charité, mais en œuvres et en vérité. Si quelqu'un voit que son frère est dans la nécessité, et qu'il lui ferme ses entrailles, la charité de Dieu n'est point en lui. » Donc l'affection intérieure pour le prochain, de. bonnes paroles, ne suffisent pas. Il faut des œuvres. Or, les œuvres que la charité inspire sont multiples: les unes regardent le corps, les autres se rapportent à l'âme du prochain 5 nous devons dire un mot des unes et des autres.
§ l". — Des œuvres de charité corporelle.
Le corps de l'homme n'est qu'un peu de poussière qui retournera en poussière; mais, uni à l'âme, il est un membre de Jésus-Christ, un sanctuaire du Saint-Esprit. Et c'est pourquoi Notre-Seigneur regarde comme fait à lui-même ce que l'on fait au dernier de ses membres.
Qui ne sait ce qu'il dira aux élus au jour du jugement? « Venez, les bénis de mon Père, posséder le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde : J'ai eu faim, vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez accueilli; j'étais nu, et vous m'avez couvert ; j'étais infirme, et vous m'avez visité; j'étais en prison, et vous êtes venu à moi. » Et quand les élus lui manifesteront leur étonnement d'un tel éloge, il leur répondra : « Je vous le dis en vérité, toutes les fois que avez rendu ces sortes de services au plus petit des miens, c'est à moi que vous les avez rendus. »
Voilà les promesses divines qui ont suscité les saint