DES ACTES D'AMOUR DU PROCHAIN
l'amouv duprodmin perd du même coup l'amour de Dieu ; et « il reste dans la mort, » comme parle saint Jean. Dieu, en effet, regarde comme lait à lui-même ce que l'on fait au plus petit de ses enfants. « Gomment vous y prenezvous, dit saint Léonard, lorsque vous écrivez une lettre de recommandation V Vous priez l'ami auquel vous vous adressez de traiter votre protégé corn me il vous traiterait vous-même. Voilà précisément ce qui a lieu. Tout homme porte sur son front une lettre de recommandation de la part de Dieu, dans laquelle Dieu exprime la volonté que vous le traitiez comme vous traiteriez le Seigneur en personne, ou comme vous vous traitez vous-même. »
« On reconnaîtra que vous êtes mes disciples, a dit Notre-Seigneur, si vous vous aimez les uns les autres. » On connaît les enfants à la ressemblance qu'ils ont avec leur père. Dieu aime les hommes, le démon les hait. Ceux qui aiment leurs semblables ressemblent à Dieu, ceux qui les haïssent ressemblent au démon. Notre-Seigneur a dit encore: « Je vous donne un commandement nouveau, c'est que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimes. » Voilà le modèle parfait de l'amour du prochain. C'est Dieu lui-même qui nous l'offre. Imitons-le, il y va de notre bonheur en ce monde. La haine, c'est la guerre et le trouble; la charité, c'est la paix. La haine, c'est l'enfer ; la charité, c'est un avant-goût du ciel.
Or, comment Notre-Seigneur nous a-t-il aimés? La charité a détrempé ses paroles, ses pensées, ses sentiments, ses actions. Faisons comme lui. Soyons charitables d'abord dans nos pensées et nos sentiments, ensuite dans nos paroles et enfin dans nos œuvres. Telle sera la matière des trois articles suivants.
ARTICLE I De /a chanté dans nos pensées et nos sentiments.
Pour éviter toute naéprise, remarquons encore que, dans tout ce que nous avons à dire sur la charité, il s'agit non
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d'une amitié, d'une sympathie naturelle pour le prochain, ni même d'une compassion ou d'une miséricorde naturelle pour lui, mais de l'amour du prochain en tant qu'il est l'image de Dieu, en vue de Dieu et parce que Dieu nous commande de l'aimer. C'est là proprement la charité, la source principale du mérite ; les œuvres do miséricorde, bien <iue méritoires, si elles sont faites par des motifs de foi et en état de gnice, ont une valeur bien plus grande quand elles sont faites sous l'inspiration de la charité.
Cela posé, étudions comment Notre-Seigneur nous a aimés dans ses pensées et ses sentiments, afin d'aimer do la même manière notre prochain.
Les pensées de Notre-Seigneur envers les hommes sont des pensées de paix et non d'affliction et d'amertume. Il dissimule nos péchés, semblant n'y pas prendre garde, afin de nous donner le temps d'en faire pénitence. La charité, en effet, ne pense pas mal, à moins qu'elle n'ait la charge de conduire les autres et par conséquent le droit de les juger; elle obéit à la recommandation de Notre-Seigneur : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé. » a Un jugement sans miséricorde attend celui qui ne fait pas miséricorde. » Nous n'avons pas.la charge de juger nos frères. Qui nous a donné mission de les condamner ? Aucun juge ne peut prononcer une sentence, s'il n'en a pas reçu le pouvoir de celui qui l'a constitué pour juger. Personne ne nous a donné ce droit vis-à-vis de notre prochain, si la Providence ne nous a pas établis comme son supérieur. Et puis, que gagnons-nous à juger, à soupçonner témérairement? Nous ne faisons que nous tourmenter nous-mêmes, en offensant Dieu. Quel inconvénient trouvons-nous à juger bon celui qui serait méchant, ou à croire innocent celui qui serait coupable? Il n'y a là rien à perdre ; au contraire, on y gagne beaucoup, en faisant par là un acte de charité.
Saint Anastase le Sinaïte raconte d'un religieux qui avait mené une vie tiède, que, se trouvant à sa dernière heure, il avait l'àme remplie de confiance. Ses frères qui
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l'enlourent lui demandent d'où lui vient tant de calme : « Ati! si je considérais mes péchés, rëpond-il, j'aurais bien lieu de trembler ; car les anges m'en ont présenté le tableau et j'ai dû convenir que j'étais bien coupable; mais je leur ai dit que depuis mon entrée en religion je n'ai jugé personne et n'ai gardé aucune haine, et que Notre-Seigneur avait dit : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés, par- » donnez et on vous pardonnera. » Alors les anges ont déchiré la liste de mes péchés. C'est pourquoi je meurs en paix. » Et bientôt après, il expire. Elle sera douce, la mort de ceux qui savent pardonner, ne jamais médire et ne mal juger personne !
Ce n'est pas assez de ne pas mal juger le prochain, il faut l'estimer. Jésus-Christ a estimé les hommes à un si haut prix qu'il n'a pas craint de donner son sang pour les sauver. L'âme de l'homme faite à l'image de Dieu et destinée à [le posséder éternellement a donc une grande valeur. Elle peut avoir des défauts, des taches qui la déparent; mais tant qu'elle est susceptible de recevoir la grâce, elle mérite notre estime. Est-ce qu'un peu de poussière enlève à un diamant sa valeur? Un tableau de prix est-il déprécié par les toiles d'araignée qu'on trouve au revers ? Donc jamais de mépris, de dédain pour le prochain, quels que soient ses défauts ou ses torts. L'estime du prochain ne suffit pas; ilfaut de plus à son égard la charité du cœur. Quelle tendresse dans le cœur de Jésus à l'égard des pauvres, des malades, dos affligés, des pécheurs eux-mêmes! A tous, il a pu dire: « Je vous ai aimés d'un éternel amour ; et c'est pour cela que, par pitié pour vous, je vous ai attirés. » Il faut lui ressembler et se revêtir, comme dit saint Paul, d'entrailles de miséricorde à l'égard des autres. La charité est bienveillante, dit encore le grand Apôtre, elle n'est ni jalouse, ni colère, elle est désintéressée, elle ne se réjouit pas du mal, elle pleure avec ceux qui pleurent, et sait se réjouir du bien. Quelle indulgence que celle d'une mère à l'égard de son enfant! Et ceux qui s'aiment avec passion trouvent tout