XVI INTRODUCTION
l'expérience ne l'ait prouvé, et Dieu veuille que nos lecteurs ne l'aient pas constaté à leurs dépens. Il y a des affections légitimes, celles de l'amitié chaste et celles de la. famille, qui nous offrent parfois de vraies consolations; mais là encore il y a souvent des mécomptes, et toujours la crainte d'une séparation inévitable. En sorte que les douleurs les plus amèresde cette terre nous viennent souvent de ceux que nous avons le plus aimés.
Faut-il doncj pour être heureux, se replier sur soi afin de trouver en soi ce que les créatures ne peuvent nous donner? Mais ne sommes-nous pas nous-mêmes des créatures impuissantes ? Que trouvons-nous en nous? Un corps sujet aux infirmités de toute sorte, souvent en révolte contre notre raison; un corps qui ira bientôt servir de pâture aux vers pour expier les sensualités dont il a été l'instrument; une volonté faible qui ne fait pas le bien qu'elle veut, et fait plus d'une fois le mal qu'elle ne veut pas; un cœur avide du bien^ il est vrai, mais toujours insatiable, et dont les désirs sans cesse renaissants laissent assez voir qu'il ne peut se suffire à lui-même; une intelligence élevée sans doute, mais sujette à l'ignorance, obscurcie par les préjugés, livrée parfois à des doutes et à des erreurs qui l'égarent. Il est des hommes, il est vrai, qui donnent tous leurs soins à la culture de leur esprit et à la recherche des sciences, mais outre que c'est là un rude labeur, le plus souvent, tout en reculant les limites de
INTRODUCTiON XVII
leurs connaissances, ils ne foïit par là que découvrir des profondeurs qu'ils ne pourront jamais explorer, et rencontrent plus de problèmes à résoudre que les ignorants n'en soupçonnent. Du reste, la gloire dont les savants s'enivrent à la suitedeleurs découvertes, qu'est-elle, qu'une vaine fumée dont ils ne jouissent plus après leur mort? A quoi leur sert alors d'être loués et vantés sur la terre où ils ne sont plus, s'ils sont tourmentés là où ils sont? Aussi Salomon dit-il même de ses recherches scientifiques: Vanité des vanités...
enfants des hommes^ jiisques à quand aiirezvoiis un cœur appesanti^ qui se porte vers les choses d'ici-bas comme une pierre vers le centre de la terre? Jusques à quand aimerez-vous la vanité et poursuivreZ'Vous le mensonge? Toutes les créatures qui vous promettent le bonheur vous mentent.
Promenez votre cœur des unes aux a^^itres, vous, ne ferez que passer de déception en déception. Tous ceux qui ont cherché là le bonheur avant vous ne l'ont point rencontré; vous-même vous avez constaté qu'on ne l'y trouve pas. Pourquoi prolonger vos illusions et perdre votre temps et votre peine à chercher le bonheur où il n'est pas? Apprenez où il se trouve, disce ubi sit.
Et vous, enfanta qui tout sourit encore et qui né savez rien des amertumes delà vie, laissez-moi, empruntant les vers d'un poète, vous dire :
De votre vie, enfant, la page est blanche encore, , Que ne puis-je y graver un seul mot : le bonheur.
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