INTRODUCTION XXXIX
sembler à un homme qui, en hiver, entasse toujours du bois sans y jamais mettre le feu ; il risque de mourir de froid. Il faut du bois, sans doute; mais, dès qu'on en a, il faut le faire brûler. Étudions Dieu, il le faut; mais dès que nous sommes convaincus de ses perfections, attachons-nous à lui de cœur. Le bonheur ne peut être qu'au dedans de nous. Si notre cœur est rempli d'amertume, nous ne trouvons rien de bon ni de beau autour de nous; et les satisfactions des sens sont incapables de nous arracher à la douleur qui nous oppresse intérieurement. Si notre cœur est heureux, au contraire, tout nous sourit sur la terre; le soleil nous semble plus lumineux, la nature plus belle; les peines inséparables de notre condition ici-bas nous deviennent légères. C'est la volonté, c'est le cœur, qui est le centre^, l'intérieur de nousmêmes. Les facultés par lesquelles nous connaissons ne sont que les portes qui y introduisent. De même donc qu'on n'est pas malheuTeux parce qu'on connaît le malheur sans l'éprouver, ni mauvais parce qu'on connaît le mal sans l'aimer, ainsi on n'est ni bon ni heureux si on se contente de savoir où est le bonheur sans l'éprouver et le bien sans l'embrasser.
C'est par le cœur que nous nous unissons à Dieu que la raison et la foi nous présentent comme le Bien suprême de la terre et du ciel. C'est en vain que nous le connaîtrions si nous ne l'aimions pas. Le démon connaît Dieu, et son malheur est