XLVI INTRODUCTION
saint François d'Assise, un saint Pascal, un saint Jean de Dieu, étrangers aux connaissances humaines, mais habiles dans la science divine! C'est de cette science que Jésus-Christ disait à son Père : Vous l'avez cachée aux sages et aux habiles, et vous l'avez révélée aux petits. Par les sages, il faut entendre ici les mondains tout appliqués à la poursuite des richesses et de la gloire terrestres, et faisant peu de cas des biens éternels; les petits sont ceux que leur simplicité rend pareils à des enfants; peu habiles dans la sagesse de ce monde, ils mettent tout leur soin à plaire à Dieu.
Ah! ne portons pas envie aux savants, mais seulement à ceux qui savent aimer Jésus-Christ. Imitons saint Paul, qui ne prétendait savoir autre chose que Jésus-Christ^ et Jésus-Christ crucifié. Heureux serons-nous, si nous parvenons simplement à connaître combien nous a aimés Jésus crucifié, et si dans ce livre d'amour divin nous apprenons à l'aimer.
Il peut arriver, en effet, qu'une connaissance faible et imparfaite engendre un amour ardent, ainsi qu'une étincelle produit un grand incendie. Si on demandait à ceux qui s'aiment le plus sur la terre les causes de leur amour, ils en auraient peu à alléguer, et souvent même ils allégueraient des motifs frivoles et mal fondés. Demandez à une mère pourquoi elle aime son enfant. Que connaît-elle en lui sinon son corps? EtelleTaime
INTRODUCTION XLVU
lors même qu'il est difforme. Il lui suffit qu'elle voit en lui son enfant. Ainsi, pour aimer Dieu, il suffit de se bien convaincre d'un des motifs que la foi nous fournit et de s'appliquer à donner aussitôt son cœur à celui qui a tant de titres'à le posséder tout entier. Ajoutons que l'amour augmente la connaissance qu'on a de Dieu, c'est ce que nous apprend saint Léonard de Port-Maurice : (c Aimez-le, dit-il, et vous le connaîtrez, car, pour le connaître, il faut l'aimer. On allume un feu avec le feu, et, plus le feu est grand, plus grands aussi sont la lumière et l'éclat qu'il répand. Il en est de même de l'amour; il s'allume avec l'amour, et plus l'amour est grand, plus grande est la connaissance de l'objet aimé. Amor oculus est et aniare videre est, dit saint Augustin : l'amour est un œil; et aimer c'est voir. Un peu de miel que vous aurez goûté vous fera mieux comprendre sa douceur que tous les discours des hommes: ainsi, si vous aimez Notre-Seigneur, l'amour vous le fera goûter; et cet amour et ce goût vous feront mille fois mieux connaître ce qu'il est que tout ce qu'on pourrait vous en dire; car la science expérimentale surpasse toutes les autres. C'est pour cela que David disait : Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux : il met le goût avant la vue, parce que le goût fortifie et augmente la vue. »
Concluons donc cette introduction par les paroles enflammées de ce saint missionnaire: