‹ L'art d'être heureux [microform]Chapitre 50 sur 121 · III. — NOS DEVOIRS ENVERS l'eUCHARISTIE · texte numérisé non relu

III. — NOS DEVOIRS ENVERS l'eUCHARISTIE

f Rendons à Notre-Seigneur amour pour amour. Qui n'aimerait pas celui qui l'a tant aimé? Donc, faisons vis-à-vis de lui quelque chose de ce qu'il fait pour l'amour de nous. Or, Jésus aime être avec nous au point de se faire noire prisonnier dans le tabernacle, au point de s'immoler pour nous tous les jours sur l'autel, et de se donner à nous dans la communion. Donc :

1° Aimons à le çisiter au Sacrement.

et à passer quelque temps à ses pieds, tous les jours, si c'est possible. Les anges sont autour du tabernacle, et pourtant ce n'est pas pour eux que Jésus est là, mais bien pour les hommes qui le délaissent. Qu'est-ce qui doit le plus étonner les anges? Est-ce l'amour que Notre- Seigneur a pour des ingrats, ou est-ce l'ingratitude des hommes pour Celui qui les aime à ce point?

Si un roi, pour donner un témoignage de son affection, à un simple berger, venait habiter le village où il demeure, quelle ne serait pas l'ingratitude du villageois, s'il n'allait pas visiter souvent son prince, sachant qu'il désire ardemment de le voir, et que c'est pour en avoir fréquemment l'occasion qu'il s'est fixé près do lui? C'est le Roi du ciel qui est venu habiter avec nous, et nous le délaisserions ! Si nous apprenions à n'en pouvoir douter que Notre-Sei-

gneur est revenu sur la terre, d'une manière sensible, qu'il donne audience à qui la lui demande, qu'il console les affligés, guérit les malades, pardonne aux pécheurs ; si le lieu où il résiderait n'était pas iiors de notre portée, quels sacrifices ne ferions-nous pas pour nous rendre auprès de lui?

Quand on a la foi qui donne i\ l'âme la plus grande des certitudes de ce monde, on ne peut nier que Notre- Seigneur ne soit présent sur nos autels; et nous ne le Yisiterions pas ! De ce qu'il est assez bon pour nous rendre l'accès facile auprès de lui, est-ce une raison d'être négligent à son égard?

Mais, dirons-nous, nous ne le voyons pas. CessD-t-il pour cela d'être présent ? Si le roi vous admettait à son audience, et qu'il se voilât le visage et les mains, qui sont ordinairement seuls visibles à nos yeux dans ceux que nous visitons, cela nous empêcherait-il de lui faire notre cour? Si surtout on était certain que, en recevant voilé, le monarque accorde tout ce qu'on lui demande, lors même qu'il se cacherait complètement derrière d'épais rideaux, son palais serait assiégé, et on se disputerait la faveur d'être admis à cette mystérieuse audience. Le prince aurait soin toutefois d'en régler les heures et d'écarter la multitude des visiteurs pour n'être pas encombré. Jésus ne rebute personne, il se laisse aborder par tous et à toute heure ; il s'enveloppe du voile des espèces sacramentelles : mais néanmoins il est réellement présent, et accorde toutes ses laveurs à ceux qui les implorent. Où serait notre foi, si nous n'allions pas souvent les demander? Nous envions le sort de cette femme malade qui toucha le bord de sa robe, d'une pécheresse qui arrosa ses pieds de ses larmes, des femmes de Galilée qui le suivaient et le servaient, de saint Jean qui reposa sa tête sur sa poitrine, des autres disciples avec qui il s'entretenait familièrement, des peuples qui entendirent ses paroles de salut. Nous appelons heureux ceux qui le virent, et, de fait, bien des rois et des prophètes n'eurent pas ce bonheur; mais allons

à l'église, nous le verrons à travers les voiles eucharistiques, nous poLU-rons l'arroser de nos larmes.

Dans les siècles de foi, et aujourd'hui encore, les pèlerins vont vénérer en Palestine la trace de ses pas et les lieux qu'il a sanctifiés par sa présence. Ici, leur dit-on, il est né; là, il a passé sa vie cachée; là, il a changé l'eau en vin; là, il attendait la Samaritaine ; là, il pardonna à la femme adultère ; ici, il rendit la vue aux aveugles ; là, il délivrait les possédés et faisait parler les muets. En entendant rappeler les faits évangéliques sur les lieux où ils se sont accomplis, les pèlerins sont attendris, les pécheurs reprennent confiance, les justes puisent une ferveur nouvelle. Ils ne regrettent pas les dépenses et les fatigues d'un si long voyage; et cependant Jésus n'est plus là.

Pour le trouver lui-mèncie en personne, il n'est pas nécessaire de franchir les mers. Il suffit de se rendre dans la plus pauvre des églises de village. Il est caché pour ne pas nous épouvanter par le spectacle de sa majesté et de sa gloire ; mais il y est réellement pour nous consoler, nous pardonner, nous éclairer, nous combler de ses grâces. Et nous ne saurions pas prendre, sur un temps que nous perdons si souvent, quelques instants pour le visiter, l'adorer, le prier, l'aimer? Ah! ne nous plaignons pas si nous ne sommes pas riches en vertus; nous refusons d'aller les puiser à leur source. En contristant Notre-Seigneur par notre indifférence, nous nous privons des faveurs qu'il répand sur les âmes ferventes.

C'est au pied du tabernacle que les saints sont venus chercher les trésors de grâce que nous admirons dans ■leur vie. Saint Benoît Labre était appelé le pauvre des quarante heures, parce qu'on le ti^ouvait toujours à genoux dans les églises où le Saint-Sacrement était exposé, et ce pauvre est devenu riche non seulement de sainteté, mais même des honneurs de la canonisation. Saint François de Borgia visitait le Saint Sacrement au moins sept fois par jour ; dans sa chambre il se tenait constamment

LES BIENFAITS DE DIEU 8o

loiirné vers l'endroit où se trouvait le Très Saint Sacrement, et il .travaillait comme s'il eût été continuellement en sa présence.

La comtesse Féria, de la haute noblesse d'Espagne, étant devenue veuve, passait do longues heures devant le tabernacle; et quand on lui demandait ce qu'elle y pouvait faire: « Ah! répondait-elle, que n'y fait-on pas? On adore, on remercie, on aime, on prie. » Au moins, nous, ne passons pas un jour sans visiter Notvo-Seigneur, nous servant, pour bien employer notre temps, des Visites du Saint Sacrement de saint Liguori, et multipliant au pied du tabernacle des actes d'amour pour Celui qui nous aime avec tant de tendresse.

2° Entendons la Sainte Messe.

Pour que les hommes ne perdissent jamais de vue le sacrifice qu'il a fait de lui-même sur la croix, sacrifice qui est le prix de notre rédemption, le gage de nos espérances immortelles, le fondement de notre salut, .ïésus- Ghrist a A^oulu le perpétuer, le renouveler, et le représenter sur nos autels par le ministère des prêtres. C'est en instituant l'Eucharistie qu'il a établi le sacerdoce, avec la mission do changer en son nom le pain en son Corps et le vin en son Sang, comme il l'avait fait lui-même. Faites ceci, a-t-il dit à ses Apôtres, faites ceci en mémoire de moi. C'est-à-dire, ce changement merveilleux que je viens d'accomplir, je vous donne non seulement le pouvoir, mais même l'ordre de le faire vous-mêmes, afin que vous ne soyez pas les seuls à vous unir à moi par la communion, et que ceux qui croiront en moi à travers les siècles, ne soient pas privés de cet aliment divin et y puisent abondamment la vie divine que je suis venu apporter sur la terre.

Et depuis lors, les Apôtres, et, après eux, les évèques et les prêtres ordonnés par eux, prennent du pain et du vin, ils le consacrent et offrent à Dieu le vrai sacrifice de

la loi nouvelle, annoncé par un prophète en ces termes : Mon nom est grand parmi les nations; car. partout on offre à mon nom une ablation pure. Oblation pure en vérité, puisque c'est Jésus-Christ, la victime même du Calvaire, rendue présente par les paroles de la consécration. Et le prêtre qui offre cette victime, c'est encore Jésus-Christ, qui s'offre à son Père d'une manière non sanglante par le ministère des prêtres, comme il s'offrit sur la croix d'une manièi*e sanglante. Sur l'autel, il ne s'offre plus pour nous racheter, car l'œuvre de la rédemption a été achevée par la seule oblation du Calvaire, mais pour nous appliquer les fruits du sacrifice de la croix, en le renouvelant et en le représentant sur l'autel. Bossuet a dit : « Il n'y a rien de plus grand que Jésus- Christ, et, en Jésus-Christ il n'y a rien de plus grand que son sacrifice. » Tout est gi'and dans la religion catholique ; mais ce qu'il y a de plus auguste en elle, c'est le Sacrifice de la Messe. On ne peut en douter, si peu qu'on ait de foi.

La Messe est une chose si excellente et si divine, que si l' on mettait ensemble toutes les vertus et toutes les bonnes œuvres des anges, des liommes, de Marie, la reine des anges et des hommes, toutes les louanges, -tous les honneurs, tous les devoirs qu'ils ont rendus et qu'ils rendront à Dieu pendant toute l'éternité; que si on y ajoutait encore tous les devoirs que pourraient lui rendre toutes les créatures possibles ; tout cela no serait pas, à beaucoup près, aussi agréable à Dieu, et ne lui procurerait pas autant de gloire qu'une seule Messe, célébrée par le plus médiocre des prêtres; parce que, comme nous venons de le dire, c'est Notre-Seigneur qui s'offre à son Père, et que par cette offrande qu'il lui fait delui-mêrae, il l'honore, il le loue, il le glorifie, il lui plaît infiniment plus, à cause de la suréminence de sa personne, que ne le pourraient faire toutes les créatures en général et en particulier.

De plus, la Messe est l'action qui glorifie et réjouitle plus

Notre-Seigneur, entant qu'homme, parce qu'il sait que le plus ardent et le plus véhément de ses désirs s'accomplit bien plus excellemment par ce moyen que par aucun autre, je veux dire l'avancement de la gloire de son Père.

Enfin le Saint Sacrifice de la Messe est, de toutes les choses q;ue nous avons ici-bas, celle qui procure une plus grande joie à l'Eglise triomphante qui est dans le ciel; un plus grand secours à l'Eglise souffrante qui est dans le Pui'gatoire, et -un profit plus abondant à l'Eglise militante qui est sur la terre, et surtout aux fidèles qui y assistent. Par lui, nous rendons à Dieu toutes les adorations qui lui sont dues; par lui, nous le.remercions dignement de tous ses bienfaits ; par lui, nous apaisons sa justice et appelons sa miséricorde pour tous les pécheurs et pour toutes les âmes du Purgatoire ; par lui nous demandons eificacement, ou plutôt Notre-Seigneur lui-même demande pour nous, toutes les grâces et tous les dons nécessaires ou utiles à notre salut.

• C'est donc par bonté pour nous que l'Eglise nous fait une obhgation grave d'assister au Saint Sacrifice de la -Messe, tous les dimanches et à certains jours de fête. Qu'ils sont malheureux, ceux qui osent transgresser cotte loi sans dispense légitime !

Mais les âmes qui ont la foi ne se contentent pas d'entendre la messe aux jours où l'Eglise nous en fait un devoir; elles se font un bonheur d'y assister tous les jours, si c'est possible, et d'y communier au moins spirituellement, c'est-à-dire en désiraiit de s'unir à Notre-Seigneur, en lui demandant de venir enelles par sa grâce, en se le représentant comme prenant en effet possession d'ellesmêmes, et en produisant ensuite des actes d'adoration, de remerciement, d'amour, d'offrande d'elles-mêmes, comme s'ils avaient communié réellement. Saint Léonard de Port- Maurice dit que s'il pouvait persuader à tous les fidèles d'assister tous les jours à la messe et d'y faire la communion spirituelle, il espérerait voir refleurir la ferveur des premiers siècles.

Henri III, roi d'Angleterre, entendait tous les jours trois messes; il en fut récompensé par un règne de cinquantesix ans.

, Saint Elzéard, comte de Sabran en Provence, exigeait que ses domestiques entendissent la messe tous jes jours.

Saint Isidore était un pauvre cultivateur au service d'un riche propriétaire. Celui-ci se plaignait de ce qu'Isidore allait tous les jours à la messe; il alla donc un jour avant lui au champ, alin de l'y attendre et de lui faù'e des reprociies ; il y trouva les anges qui labouraient à la place d'Isidore.

Napoléon P"", visitant le pensionnat d'Ecouen, dirigé par M'"« Campan, voulut connaître le règlement de la maison. M""*^ Campan y avait écrit cet article : « Les pensionnaires entendront la messe le dimanche et le jeudi. » Napoléon écrivit de sa main: Tous les jours.

Le général de Sonis, mort en 1887, à la fin de sa vie allait tous les jours à la messe. Quand il ne put plus y aller, il s'y faisait porter. Aussi sa mort fut celle des élus.

Notre-Dame de la Salette,dans son Apparition du 19 septembre 1846, a versé des larmes en disant : // ne va que quelques femmes âgées à la messe ; les autres travaillent le dimanche tout l'été; et Vliiver, quand ils ne savent que faille, ils ne vont à la messe que pour se moquer de là religion.

N'ai-je pas mérité moi-même ces reproches? N'ai-je pas manqué la messe par ma faute, et ma présence au Saint Sacrifice n'a-t-elle pas été quelquefois, par mes irrévérences, un outrage au Dieu qui s'y sacrifie pour mon salut? mon Sauveur, je n'ai pas compris jusqu'ici l'excellence et la valeur infinie du Saint Sacrifice. Mon Dieu, pardon! Désormais, j'y assisterai avec le respect et l'amour qui rempHssaient au Calvaire le cœur de Madeleine, de saint Jean, votre disciple bien-aimé, de Marie elle-même, quand ils assistèrent à votre immolation sur la Croix.

3° Approchons-nous fréquemment de la Sainte Table.

Si Jésus s'est fait le pain do nos âmes, c'est poiu' que nous nous on nouiTissions, Le visiter, l'offrir à son Père en sacrifice, nous offrir avec lui pour glorifier Dieu, c'est bien ; mais ce n'est pas encore remplir tous les desseins miséricordieux du bon Maître, si nous ne nous appliquons pas plus immédiatement encore la Sainte Victime, nous y unissant par la communion. L'homme a été appelé à participer à la vie divine et à la béatitude divine; pour alimenter cette vie, il lui faut un aliment divin; Dieu le lui a prépare dans l'Eucharistie; mais à quoi sort un mets exquis si on se contente do le regarder? Et suffit-il même do s'en nourrir do loin en loin: celui qui n'use que rarement des aliments dépérit et finit par mourir. Le pain, sous les apparences duquel Jésus so cache, nous dit assez que ce divin Sauveur désirerait être l'aliment quotidien de notre âme, afin de lui communiquer force, énergie, plénitude de Via enfin. 11 nous invité à communier, il nous promet de demeurer en nous, si nous le recevons ; il nous tait des menaces si nous nous en éloignons : Si vous ne mangez la chair du Fils de Vhomme et si vous ne buvez son sang, nous dit-il, vous n'aurez point la vie en vous. N'est-ce pas lui faire injure que de mépriser ses invitations si tendres, ses promesses, ses menaces même? N'est-ce pas de plus déjouer ses dessoins? Si un roi avait dépensé tous les revenus de son royaume pour une médecine nécessaire à la santé d'un do ses domestiques, et que celui-ci ne voulût point s'en servir, il ferait sans doute au roi une très grande injure, surtout si cette médecine n'était point amère, mais, au contraire, douce et délicieuse. Nous faisons une injure incomparablement plus grande à Notre-Seigneur, sans doute, quand, par notre négligence, nous ne recevons point le sacrement de l'Eucharistie, cette médecine si salutaire et en même temps si agréable, pour

la covïiposition de laquelle il emploie tous ses biens, dans laquelle.il fait entrer ses mérites, sog Corps, son Sang, son Ame et sa Divinité. Lorsque le prophète Habacuc, porté par un ange, apporta do Jérusalem à Babylone de la nourriture à Daniel enfermé dans la fosse aux lions, qui n'eût accusé ce dernier d'ingratitude s'il avait refusé de la prendre ?

L'Eglise unit ses invitations à celles de Notre-Seigneur, et, dans le Concile de Trente, elle exprime le vœu de voir communier tous ses enfants, chaque lois qu'ils entendent la messe, et, par conséquent, au moins tous les huit jours, et elle les presse do mener une vie assez pure pour n'être pas indignes de communier tous les jours. Elle est fidèle en cela, comme en tout le reste, aux traditions primitives. Qui ne sait que les premiers chrétiens communiaient tous les jours? Saint Jean Chrysostome y exhortait les fidèles de son temps. Pour vous approclier d'un sacrement qui procure tant de précieux avantages, leur disait-il, il ne faut pas attendre une fête, si vous avez le cœur pur. Sans doute, on accomplit strictement le précepte de l'Eglise en communiant au temps pascal, mais pourvoit-on suffisamment aux besoins de son âme? A-t-on un tempérament moral assez robuste pour supporter, sans en mourir spirituellement, ce jeûne d'une année? Disons-le en gémissant: combien d'hommes, combien de femmes, combien de jeunes gens et d'enfants, que la» communion fréquente rendrait saints, ne vivent dans la grâce que durant quelques jours de l'année, en ne communiant qu'à Pâques ; tandis que la fréquentation de la Table Sainte donne, même de nos jours où la charité s'est refroidie, assez de vie chrétienne à des âmes de toutes les conditions, pour traverser le monde sans en contracter les souillures !

Ceux qui ne connaissent pas les consciences n'ont peutêtre rien à répondre quand on leur dit : Ceux qui s'approchent des sacrements ne valent pas plus que les autres. Mais quand on a exercé le ministère pendant quarante ans, on sait qu'on abandonne les sacrements

quand on veut être libertin, qu'on y revient quand on est las de mal faire, et que c'est à la communion fréquente que nous devons tout ce qu'il y a aujourd'hui de pureté et de sainteté dans b monde. vous qui avez encore la foi, qui faites des chutes et n'avez pas encore assez cautérisé votre conscience pour amortir ses remords, qui vous sentez impuissants par vos propres forces à lutter contre Satan et contre vos passions, écoutez la parole de saint Bernard : « Malheur, dit-il, malheur à ceux qui, ayant à lutter contre des forts, ne mangent pas le Pain des forts ! » Livrés à vous-mêmes, vous ne pouvez triompher de Satan et de vos tendances mauvaises ! Une triste expérience vous a, appris que ces ennemis sont plus forts que vous. Mangez le Pain des forts et vous pourrez tout en Celui qui vous fortifiera. Et vous, âmes saintes qui avez peur de faiblir, communiez souvent. Si l'Eucharistie est votre pain quotidien, vous dit saint Ambroise, pourquoi le prenez-vous seulement après une année? Prenez tous les jours ce dont tous les jours vous avez besoin. L'Eucharistie contient ce Dieu qui est un feu consumant, capable par conséquent de consumer toutes vos imperfections, eussent-elles même la dureté du fer, et d'enflammer notre âme des ardeurs delà dévotion. Quand Jésus était sur la terre, le seul attouchement de ses vêtements guérissait les malades; que ne fera-t-il pas en descendant lui-même au dedans de nous? Sainte Marie- Madeleine de Pazzi disait qu'une seule communion bien faite suffit pour rendre une âme sainte.

Toutefois, en communiant souvent, ayez soin de vous préparer à cette sainte action ; car, bien que ce sacrement soit la source des grâces, on n'emporte d'une source que ce que peut contenir le vase avec lequel on y puise. De plus, faites suivre la communion d'une fervente action de grâces. Saint Paul et saint Antoine passèrent la nuit tout entière à louer Dieu, parce qu'un corbeau, instrument de la Providence, leur avait apporté un pain tout entier. Le saint vieillard Siméon ne demandait plus qu'à mourir en

02 LES niENF Airs DE DIEU

paix, parce qu'il avait tenu quelques instants entre ses bras Jésus enfant; et nous, qui le recevons dans notre cœur, nous serions pressés de le quitter et de tourner le dos à celui qui lait ses délices d'être avec nous !

Après que nous avons reçu le Pain des anges, figuronsnous que notre âme est devenu un paradis, puisqu'en effet elle possède le Dieu dont la présence fait le bonheur des élus dans le ciel. Par conséquent, ne donnons pas entrée dans notre cœur aux pensées mondaines ; souvenons-nous que celui qui a l'honneur de loger dans sa maison un auguste personnage, n'est attentif qu'à lui plaire; ainsi doit-il en être de nous, puisque le Roi dps rois l'éside dans notre âme.

L'Eucharistie, en même temps qu'elle est un motif puissant d'aimer Dieu de tout cœur^ est donc aussi un des moyens les plus efficaces do grandir dans cet amour. Le tabernacle, l'autel, la Table sainte, voilà d'où les premiers chrétiens emportaient une àme embrasée et respirant des flammes, selon le langage do saint Jean Chrysostomc. C'est dans la visite au Saint Sacrement; c'est en entendant la messe tous les jours, si nous le pouvons; c'est en communiant souvent que nous témoignerons à Jésus notre amour, tout en participant abondamment aux trésors qu'il a mis à notre disposition dans l'Eucharistie. Ces trésors sont grands. A quelle maladie, à quelle infirmité morale, à quel besoin, ce remède céleste ne peut-il pas s'appliquer? En effet, il aide à expier les péchés passés, il arme contre les péchés à venir, il diminue les tentations, purifie les sentiments, éclaire la foi, fortifie l'espérance, enflamme la charité, excite la dévotion^ réparc l'énergie de l'àme, réjouit la conscience et fait participer l'homme aux mérites de Jësus-Christ. Ce pain affermit le cœur de l'homme, relève ceux qui sont abattus, fortifie les faiblesy console les affligés, échauffe lestièdes, éveille les paresseux, guérit lès malades, illumine de la lumière céleste les ignorants, et enfin, pour employer les paroles de saint Pierre, rend les hommes participants do la nature divine.

Nous voj^ons par là avec quelle libéralité la divine Providence, par l'institution de l'Eucharistie, a pourvu au salut de nos âmes.

En participant à tant de dons que nous a faits Notre-Seigneur dans ce sacrement, cojTiment ne ressentirions-nous pas une sainte joie? La joie est le fruit de l'amour, quand il se trouve en possession de robjet aimé; comment ne pas aimer Notre-Seigneur quand il nous donne tant; et comment ne pas tressaillir d'allégresse quand on jouit do sa présence, quand on le serre sur son cœur, quand on peut dire : J'ai trouvé celui qu'aime mon âme, je le tiens et ne le lâcherai' pas! En vérité, s'éloigner de l'Eucharistie, c'est fuir le grand bonheur de l'homme, c'est ne rien comprendre à l'art d'être heureux.

Pour joindre les exemples aux préceptes, nous devons citer ici ce que saint Léonard de Port-Maurice a écrit de sa fille spirituelle, la reine Marie-Clémentine, femme d'Edouard III d'Angleterre, et mère des derniers des Stuarts. « Cette princesse, comme elle eut la bonté de me le confier rnaintes fois, faisait ses plus chères délices d'assister au Saint Sacrifice; aussi entendait-elle chaque jour lo plus de messes qu'elle pouvait. Et elle y assistait immobile, à genoux, sans coussin ni appui; on l'eût prise pour une statue <le la piété. Une assistance si fervente au Saint Sacrifice embrasa tellement son cœur d'amour envers Jésus que, chaque jour, elle voulait se trouver présente à trois ou quatre saluts du Saint Sacrement, qui avaient lieu dans des églises différentes, faisant lancer ses chevaux à toute bride, dans les rues de Rome, afin d'arriver à temps partout. Oh! que de larmes celte vertueuse dame ne répandit-elle pas pour obtenir de pouvoir rassasier la faim qu'elle éprouvait du Pain des anges, faim si dévorante, qu'elle la faisait languir nuit et jour ! C'est que son cœur se sentait constamment transporté là où elle avait fixé son amour. Et cependant Dieu permit que ses pressantes instances ne fussent pas exaucées, et il le permit afin de rendre son amour plus héroïque, .

OU plutôt afin d'en faire une martyre de l'amour, car selon moi, c'est ce qui accéléra sa mort : j'en ai- la preuve évidente dans la dernière lettre qu'elle m'écrivit, déjà mourante. Ce qu'il y a de certain, . c'est que, si on lui ôta la communion fréquente, on ne lui en ôta pas le mérite, car cet épanchemont d'amour qu'elle n9 pouvait avoir dans la communion sacramentelle, elle se le procurait dans la communion spirituelle, qu'elle renouvelait non-seulement chaque fois qu'elle assistait à la messe, mais plusieurs fois le jour, avec un contentement intérieur inexprimable. »

§ 5. — Dieu nous a donné sa Mère.

Au Cénacle et au Calvaire, Notre-Seigneur s'est donné lui-même à nous. Sur sa croix, il ne lui restait plus rien; car il n'avait pas eu sur la terre une pierre pour reposer sa tète, ses bourreaux s'étaient partagé ses vêtements et avaient tiré sa robe au sort ; son sang allait être répandu jusqu'à la dernière goutte. Ouvrant ses yeux du haut de sa croix, il aperçut cependant sa divine Mère et le disciple qu'il aimait, et, pour nous donner une dernière marque d'amour, il résolut de nous laisser sa Mère. En nous créant, Uieu nous avait donné ses anges pour nous guider, nous protéger et nous défendre; en nous rachetant, Jésus nous lègue Marie.

Jean, au pied de la croix, était le représentant de l'Eglise de Jésus-Christ et de tous les fidèles qui, dans la suite des âges, croiraient à l'Evangile. Jésus, de sa voix mourante, lui dit: « Mon fils, voilà votre Mère, » et en le disant à Jean il le dit à nous tous. Aussi l'Eglise donnet-elle à Marie le titre de- Mère; c'est de ce nom si doux que l'appellent tous les saints; c'est celui que nous lui donnons tous dans notre prière ; et c'est avec raison , puisque Jésus nous l'a donnée pour Mère, nous l'a léguée par testament comme telle, du haut de sa croix. Et certes Marie n'a pas récusé ce titre; mais, entrant dans tous les désirs de Jésus avec lequel elle ne faisait qu'un, elle a

pris dès lors à notre égard tous les sentiments d'une véritable Mère.

Mais qui comprendra le trésor que Jésus nous a laissé

en nous léguant Marie? Marie est un prodige que peut

connaître seul le Créateur qui a fait en elle de si grandes

choses; Marie, c'est le chef-d'œuvre des mains divines.

Après l'humanité sainte de Notre-Seigneur, il n'est rien

de comparable ni au ciel ni sur la teri"e. Marie est plus

aimée de Dieu que tous les anges et que tous les hommes

à la fois. Elle est le sanctuaire que le Créateur a orné de

tous, les dons de la nature et de la grâce, afin d'en faire

isa fille bien- aimée, sa Mère incomparable, son épouse

sans tache. En naissant d'elle, Jésus, le Fils le plus

aimant et le plus soumis, lui a donné tout crédit sur son

pœur. En sorte que la prière de Marie tient de la nature

u commandement. En étant choisie pour être Mère de

ieu, Marie est devenue par là même la Reine du ciel et

e la terre •, les anges eux-mêmes lui sont soumis, et elle

Sautant de créatures qui sont à sou service, que le Créa-

tur lui-même, selon la pensée de saint Bernardin de

Senne. Et c'est cette Mère, qu'il aime comme elle le mérite,

qfâ Jésus nous donne. Oh! bonheur ineffable, la Mère de

dW devient la nôtre ! Jésus ! après vous être donné

v(ks-même, que pouviez -vous nous laisser de plus pré-

cièx ?

mi ne sait que le cœur de la mère est tout pétri de tendrèse, de générosité, d'amour pour son enfant? Elle ne vitolus pour elle-même, mais pour le fruit de son sein. Ell^lui donne ses jours, ses nuits, ses soins assidus, son lait\t, s'il le fallait, son sang. Elle apaise les cris de son Nenfàt, elle essuie ses larmes, elle prévient ses besoins, oublmt presque de prendre , elle-même sa nourriture et son lommeil. Si son enfant est malade, sa tendresse redoiile; s'il la quitte, elle ne cesse de penser à lui; s'il s'égai, quelles sollicitudes, quelles douleurs! Nous ne compindrons jamais assez tout ce que nous devons à nos nires de la terre. Malheur à ceux qui les font pleurer

par une conduite coupable ! Mais s'il en est iainsi du cœur des mères de la terre, qu'en doit-il être de la Mère de Dieu, devenue la nôtre! On peut réunir ensemble tout ce qu'il y a eu de tendresse, de dévouement, de générosité, dans les Monique, les Blanche de Castille, les Mathilde, les Brigitte et dans toutes les femmes admirables qu'a produites le christianisme, et tous ces trésors d'amour maternel entassés ne pourront être comparés à celui que Marie a pour nous.

En faut-il d'autres preuves que ce qui se passe au Calvaire, au moment même où Jésus vient de nous la léguer? Marie sait que notre salut est attaché à la mort de son divin Fils, qu'elle doit accepter ce sacrifice de Jésus, si elle ne veut pas nous voir perdus pour l'éternité, et ellf n'hésite pas. Jésus s'offre à son Père en victime pour nou; racheter, Marie s'y résigne et est prête à se sacrifier elle m.ême pour procurer notre salut. — Si, après nos péché commis, la justice humaine s'était saisie de nous et noi,3 'avait condamnés à mourir sur un échafaud ; si, au momett où allait s'exécuter la sentence, une femme s'était pBsentée à nous et nous avait, dit : (^lonsolez-vous, j'ai m fils unique que je chéris, je vais lui persuader de moiiir à votre place; si la justice humaine avait accepté cite proposition, et que le fils unique de celte femme eût fi'is les chaînes dont nous étions chargés pour nous rendf^ à la liberté et eût porté sa tête sur l'échafaud afin de pus laisser la vie sauve, pourrions-nous nous défendre \s-àvis de cette femme d'une reconnaissance qui ne/init qu'avec nos jours? Et ne faudrait-il pas avoir un teur de tigre pour l'oublier?

Or, ce que jamais mère n'a fait et ne fera pourious, Marie l'a accompli réellement. Pour nous délivrer non de l'échafaud, mais du péché et de l'enfer, elle a sgrifié, non pas un fils ordinaire, si rempli de qualités q''on le suppose, mais Jésus, son Fils et son Dieu, dont eb connaissait mieux que les anges eux-mêmes les perîctions et les charmes. Gomment oserions-nous ne pas liimer ?

Lui refuser notre veconnaissancc et notre cœur, ne serait-ce pas une noire ingratitude?

Mais le sacril'ico de Jésus n'a ,pas épuisé la tendresse de Marie envers nous. Jésus, en mourant pour nous, nous a mérité le pardon de nos péchés et toutes les grâces qui nous sont nécessaires pour aller au ciel. Marie, en acceptant le sacrifice de son Fils, en s'unissant à lui pour notre salut, est devenue la dispensatrice dos grâces. C'est l'enseignement des plus grands saints; et saint Alphonse de Liguori expose, prouve et venge longuement cette doctrine. Marie est devenue ainsi notre médiatrice, le canal qui nous transmet toutes les faveurs divines. Jésus lui a 'confié tous ses mérites, tous ses trésors et l'a chargée de .es distribuer à qui elle veut. Il a voulu que nous eusyons tout par Marie; en sorte (|ue rien no descend du del sans passer par ses mains. Tous les dons de la grâce q\ie nous avons reçus viennent comme de leur source de Jœus, notre unique médiateur de justice; mais ils nous ar.-ivent par Marie, leur céleste distributrice.

entrons dans quelques détails et nos cœurs se fondront de reconnaissance pour cette divine Mère. Nous sommes nés.dans un pays chrétien, dans une famille catholique; à nttre entrée dans la vie, nous avons été régénérés par le bîptème ; nous avons plus tard appris à connaître Dieu et à .'aimer, ce sont des faveurs de Mario. Nous avons péché, mais les sacrements nous ont lavé la conscience ; nous \vons fait notre Première Communion ; quand nous nous (garions, nous avons été ramenés par dos remords, des détoptions et des inspirations salutaires. Plus d'une fois nouj avons été préservés d'accidents quand nous étions en état te péché. Faveurs de Marie ! Nous ne voulons pas parler dç bienfaits temporels que nous et les nôtres avons reçus delà Sainte Vierge; car il n'est pas une Aille, pas un village pas même une famille qui n'ait ressenti quelque effet de sa protection maternelle. Mais il faut bien remarquer que il main miséricordieuse de Marie nous conduit du berceaîà la tombe, étendant. sur nous sa protection,

et déversant sur nous des faveurs à toute heure. A notre agonie, Marie tentera tout pour nous sauver quand Satan cherchera par tous les moyens à nous perdre. Elle veillera à notre lit de douleur; elle nous offrira encore le pardon de son Fils, l'eussions-nous souvent refusé ; et si nous l'invoquons, elle sera pour nous la porte du ciel. clémente, ô douce, ô compatissante Vierge Marie. Salut, Reine du ciel et de la terre. Mère de miséricorde, notre vie, notre douceur et notre espérance. C'est l'amour i de votre Fils qui vous a donnée à nous. Vous êtes la Mère ; du bel amour, obtenez-nous l'amour de Jésus! C'est la' grâce à laquelle nous tenons le plus. Jésus, qui nous avez laissé votre Mère, ne nous eussiez-vous fait que ce don que nos cœurs devraient brûler d'ampur pour vous ! Aussi, ô mon Dieu, je vous aime plus que moi-même Par Marie, je vous en conjure, faites-moi croître dans votre amour.

§ 6. — La résurrection de Notre-Seigneur

et celle de nos âmes. ;

Jésus est mort. La Justice divine est satisfaite ; la ditte contractée par les péchés des hommes est acquittée. Intendant que l'âme du Fils de Dieu va aux limbes annoicer aux âmes justes qui l'attendent, que le ciel va leui,'être ouvert, son corps est déposé dans le tombeau. Mais 1/ Roi- Prophète avait dit à Dieu : Vous ne permettrez pas qwvotre Saint soit en proie à la corruption. Aussi Jésus, V troisième jour après sa mort, par sa vertu divine se ressuscite lui-même ; il sort du tombeau sans renverser la pi/rre qui en fermait l'entrée ; et il se montre vivant et glori/ux aux saintes femmes, aux Apôtres et à plus de ciiq cents témoins .réunis, mort, ô mort, où est ta victoire? Ta main glacée n'a pas eu la force de retenir ce'ui qui a triomphé de toi pour jamais. Jésus-Christ, une f^s ressuscité, ne meurt plus, il vivra éternellement. La pleur que tu avais répandue sur ce visage divin a fa^ place au rayonnement de la gloire. Si Jésus avait duiknt sa vie

mortelle une beauté majestueuse, tempérée par la douceur la plus aimable, qui charmait tous ceux qui le voyaient, qu'en doit-il être de cette beauté, maintenant que tout ce qui était mortel on lui a été absorbé par la vie ? On ne la peut dépeindre, la peut-on môme concevoir? Rien de ce que nos yeux voient sur la terre no peut nous en donner une idée. Notre-Seigneur fit voir à sainte Thérèse une de ses mains, ensuite son visage et enfin son corps ressuscité. Or, voici ce que la Sahite a écrit de ces visions :

« Quand il n'y aurait point d'autre contentement dans le ciel que celui de voir l'extrême beauté des corps glorieux et particulièrement celle de notre divin Rédempteur, on ne saurait se l'imaginer tel qu'il est, car sa majesté ne se montre ù nous ici-bas qu'à proportion de ce que notre infirmité est capable do soutenir, que sera-ce donc lorsque notre àme pourra le voir et jouir de ce bonheur dans toute sa plénitude! Quand je me serais efforcée, durant des années entières, de me figurer une si extrême beauté, cela m'eût été impossible, tant sa seule blancheur surpassait tout ce qu'on peut s'imaginer ici-bas. C'est un éclat qui n'éblouit point; c'est une blancheur inconceyalie, une splendeur qui réjouit la vue sans la lasser, une clarté qui rend l'àme capable de contempler cette beauté toute divine; enfin c'est une lumière en comparaison de laquelle celle du soleil parait si obscure que l'on ne daignerait pas ouvrir les yeux pour la regarder.

» Cette lumière est comme un jour sans nuit, toujours éclatant sans que rien soit capable de l'obscurcir. L'ineffable beai^é de Jésus-Christ m'a fait une telle impression, qu'elle m'est toujours pi'ésente. Je tirai de cotte vision un merveilleux avantage. Depuis que j'eus le bonheur de voir cette suprême beauté de Jésus-Christ, tout ce qui est ici-bas me paraît si méprisable que nul autre objet ne me touche. Je me riais de la peur que quelques-uns do mes confesseurs avaient que je m'attachasse à eux. Ils ne connaissaient pas le détachement que j'avais de toute créature. ». ,

Cette beauté de Notre-Seigneur ressuscite devrait suffire, si nous avions une foi vive, pour lui gagner tous nos cœurs. Bernard Colnago, rencontrant dans une auberge cinq brigands et une méchante femme, n'eut besoin pour les convertir que de leur dire avec un accent tout céleste : « Oh ! que Notre-Seigneur est beau ! » Cela suffit pour les exciter à mener une vie sainte.

Oh! que Jésus est beau! dirons-nous à tous ceux qui ont bon goût et bon cœur. Oh ! que Josus-Christ est beau ! répéterons-nous à tous ceux que charment une de ces fleurs qui, épanouies le matin, se fanent le soir. Aimez-le donc, en lui vous n'avez à craindre ni infidélité, ni déception, ni les rides de la vieillesse. Oh! que Jésus est beau! Nous le redirons au ciel dans le ravissement, et nos yeux, après la résurrection, ne pourront pas se rassasier de contempler cette beauté. Mon Jésus, le charme du paradis, je vous aime plus que toutes les créatures.

Mais nous trouvons dans la résurrection un motif de l'aimer qui n'est pas moins capable de nous toucher ({ue sa beauté incomparable.

Jésus-Christ, dit saint Paul, est mort à cause de nos péchés, il est ressuscité pour notre justification. .lésus, en mourant, a satisfait pour nos péchés, et nous a mérité îoutes les grâces et tous les dons de Dieu. Désormais donc, il ne méritera plus; mais il opérera et accomplira en nous par sa vertu divine ce qu'il nous a mérité. Aussi, le docteur angélique, saint Thomas, enseigne-t-il que h résurrection de Notre-Seigneur est la cause de la ndtre, non seulement en ce sens qu'elle en est le modèle, mais encore parce que la résurrection de Notre-Seigneur opérera à la fin du monde la résurrection de nos coi'ps. Un jour, par lui, ce corps, qui sera devenu la pâtnre des vers et aura été réduit en poussière, revivra par la vertu de la résurrection de Notre-Seigneur, et la mor! n'aura plus sur lui d'empire. Nous aimons tant notre corps que nous ne pouvons pas être insensibles à ce bienfait. Toutefois comme nous n'en jouissons pas inimédiateriTent,. il est un

autre effet plus important et immédiat de la résurrection du Sauveur qui doit nous toucher davantage. C'est qu'elle opère, dès maintenant, la résurrection de nos âmes. Le péché, en effet, n'avait pas seulement introduit dans le monde la mort du corps ; il avait tué dans tous les hommes la*grâce, l'amitié de Dieu, la vie divine, en sorte que tous les hommes naissaient enfants de colère, et dans la disgrâce du Dieu qui est leur véritable vie. Jésus n'a pas triomphé seulement de la mort corporelle, il a triomphé de la mort de l'âme ; et sa résurrection, encore une fois, opère celle de nos âmes. Et comme Jésus-Christ est ressuscité des morts, ainsi nous devons marcher dans une vie nouvelle. Nous y sommes appelés par là même que nous sommes chrétiens, nous avons reçu cette vie au baptême. Si nous avons le malheur de la perdre, nous devons la recouvrer par le sacrement de Pénitence et la fortifier par l'Eucharistie. Mais pour comprendre l'amour que nous devons à Dieu pour ce bienfait, il en faudrait connaître le prix.

Parmi les biens temporels, nous n'en avons point de plus précieux que la vie, sans laquelle nous ne pouvons jouir d'aucun autre bien. Or, la vie de l'âme l'emporte d'autant sur la vie naturelle que le ciel l'emporte sur la terre, et les esprits sur la matière. Cette vie est le produit d'un amour spécial de Dieu qui affecte la substance de l'âme, et lui communique une participation à la vie divine.

Elle ne détruit pas la vie naturelle, elle l'élève et la perfectionne comme la greffe un sauA^ageon. Elle n'est pas dans l'âme pour un instant seulement ; c'est une habitude, un état permanent; elle dure pendant que nous veillons et que nous dormons, comme la science dure dans le savant. Mais elle ne s'acquiert pas par l'étude; elle est répandue en nous par Dieu. Son premier effet est de laver l'âme de toute souillure du péché, soit .originel, soit actuel. Le plus grand pécheur, dès qu'il reçoit la grâce sanctifiante, cesse d'être pécheur; il est renouvelé, il

devient juste et saint non pas de nom seulement, mais en réalité. Satan est banni de son âme qui, ressuscitant de la mort, recouvre la vie surnaturelle qui l'embellit. Quelles merveilles n'opère pas la vie végétale dans l'oignon d'une tulipe, d'un lis, d'abord dans la tige et ensuite dans^la fleur dont on pare les salons et même les autels! Quels plus grands prodiges n'opère pas dans un corps la vie de l'homme, son âme! Pour en juger, qu'on se figure un corps d'une beauté comparable à celle d'Esther, privé de la vie pendant huit jours, quel spectacle horrible!- Que la vie revienne, et ce corps sera capable de ravir le cœur d'un Assuérus. Si une force naturelle opère de tels résultats, qu'en est-il d'une force surnaturelle, de la vie divine communiquée à l'âme par la grâce! Toutes les vertus, tous les dons du Saint-Esprit viennent avec l'amitié de Dieu parer l'âme juste, qui devient comme un ciel tout éraaillé d'étoiles éclatantes. L'amour de Dieu, et avec lui la prudence, la justice, la force, la tempérance, la pureté, l'humilité, la douceur sont comme autant d'astres brillants qui ornent ce ciel. Cet éclat est caché au regard des hommes, car la gloire (de l'âme) , fille du Roi du ciel, est au dedans d'elle-même. C'est ainsi que les lampes de Gédéon étaient cachées dans des vases de terre. C'est ainsi que le tabernacle, qui servait de temple au peuple d'Israël et qui était si riche dans l'intérieur, était recouvert à l'extérieur de peaux d'animaux. On ne voit pas la semence jetée dans un champ, mais on peut s'en rendre compte au jour de la moisson, quand elle a produit des gerbes d'or.

Pendant la nuit, on ne sait pas facilement distinguer un homme endormi d'un cadavre, une cabane d'un palais, le hs ou la rose d'une plante vénéneuse, l'or de la pierre. Il faut attendre que le soleil se lève. Il se lèvera au jour de la mort du juste, et d'une manière plus éclatante au jugement dernier. Et alors on appréciera la dignité, la gloire de l'âme en état de grâce. Que ne la voyons-nous ici-bas! Sainte Catherine de Sienne eut ce bonheur. Par

un miracle, elle put contempler une âme juste; et elle en fut si ravie, qu'elle protesta d'être prête à donner sa vie pour que cette âme ne perdit pas sa merveilleuse beauté;' et c'est ce qui portait celte Sainte à baiser la terre où les prêtres passaient, par respect pour leur ministère qui procure aux hommes la grâce de Dieu.

Mais sj les hommes n'apprécient pas l'éclat de l'âme qui' a la grâce. Dieu ne s'y méprend point. Du haut du ciel, il se penche vers cette âme, en qui il trouve sa ressemblance; et il dit: Vous êtes mon amie; c'est là mon fils bien-aimé en qui je me complais. Il adopte ce juste pour son enfant, il lui délivre un titre à l'héritage du ciel. Il s'unit à cette âme d'une manière intime ; le Saint-Esprit en fait son temple, il y réside. Les trois Personnes divines habitent en elle. L'âme qui est enrichie de la grâce devient si agréable à Dieu, qu'il semble qu'il n'a des yeux que pour contempler cette âme, des oreilles que pour écouter et pour exaucer ses prières, qu'il n'a de bouche que pour ■ louer sa beauté, de cœur que pour l'aimer et l'affectionner, qu'il n'a des mains que pour la défendre et la soutenir, et enfin, qu'il n'a des bras que pour l'embrasser et pour la caresser. Est-il une gloire comparable? Que sont l'or, l'argent, les pierres précieuses, la vaine fumée de l'honneur mondain, comparés à la grâce de Dieu?

Par elle, l'âme renouvelée et vivifiée devient capable de faire des œuvres saintes. Avant qu'elle fût en, état de grâce, ses œuvres étaient mortes et incapables par conséquent de mériter le ciel. Après sa sanctification, comme un bon arbre, elle peut produire do bons fruits ; et ces fruits sont dignes d'être cueillis parla main de Dieu. Aussi, bien que la beauté de cette âmè soit intérieure, elle se manifeste en quelque manière par les prières, les aumônes, les œuvres de religion qu'elle fait, les bons exemples qu'elle donne; et ces actes, offerts à Dieu, sont méritoires du ciel. Par chacun d'eux, elle s'acquiert des trésors célestes. Une fontaine peut toujours monter au niveau de la source d'où elle découle ; nos bonnes œuvres, faites dans l'amitié de Dieu,

ayant pour principe la grâce qui vient du ciel, remontent jusqu'au ciel où elles seront récompensées.

La grâce est la semence de la gloire du ciel. La grâce, c'est le bouton de rose; la gloire, c'est la rose épanouie; la grâce, c'est l'aurore; la gloire, c'est le soleil en plein midi. La vie surnaturelle, commencée ici-bas par. la loi, l'espérance, la charité, se consomme par la vision de l'essence divine, par là possession des richesses de Dieu, par l'union d'un éternel amour avec lui. Etre privé de la grâce, c'est la mort; en être revêtu, c'est la vie. La grâce est donc cette pierre précieuse de l'Evangile qu'il faut se procurer en sacrifiant au besoin tout le reste.

Cette \ie divine, à qui en sommes-nous redevables, sinon à Notre-Seigneur qui a dit do lui-même : Je suis venu afin qu'Us aient la vie et qu'ils raient abondamment? Jésus, ne pas vous aimer, c'est aimer la mort, car vous êtes la résurrection et la vie. Enfants d'Israël étant à la source de la vie, pourquoi mourrez-vous? Quare moriemini? vous, qui êtes ensevelis dans le péché, et qui y dormez du sommeil de la mort, réveillez-vous, et Jésus- Christ vous illuminera des clartés de sa glorieuse Résurrection, et vous embrasera des flammes de son amour, en dehors duquel il n'y a point de bonheur ni en ce monde ni en l'autre.

§ 7. — L'Ascension de Notre-Seigneur. Le cieL

Quarante jours après sa Résurrection, Notre-Seigneur Jésus-Christ monta au ciel, entraînant à sa suite les âmes des justes qui avaient vécu avai^t lui, et à qui jusque-là la voie du ciel n'était pas ouverte. Et de même que la Résurrection de Notre-Seigneur opérera un jour la nôtre, de même son Ascension est la cause directe de celle que nous espérons nous-mêmes, comme parle saint Thomas; car il faut que les membres de Jésus-Christ soient là où se trouve leur chef. Notre-Seigneur d'ailleurs est remonté au ciel pour nous exciter à y tendre et pour nous y préparer une

place; et là-haut il est toujours vivant pour intercéder pour nous, pour nous obtenir d'aller le rejoindre et pour faire pleuvoir sur nous ses dons. Mais afin d'exciter notre reconnaissance envers ce divin Sauveur, considérons le bonheur qu'il nous a préparé par son Ascension, bonheur qui est le fruit et le couronnement de tout ce qu'il a fait et souffert pour nous, bonheur qui est la consommation de la grâce dont il nous a revêtus.

Le bonheur est un état parfait par l'assemblage de tous les biens; et comme l'homme est composé d'âme et de corps, il ne sera heureux que lorsque toutes les puissances de son âme et de son corps se reposeront dans la possession complète du bien qui leur est propre, et qui répond à leurs aspirations. Ce n'est pas en ce monde où il y a tant de larmes à essuyer, tant de douleurs à supporter, que nous trouvons le bonheur; nous l'avons assez dit en tète de ce livre. Au ciel, plus de tristesse, plus de séparations, plus de mort, plus de crainte de perdre Dieu. Ici-bas, nous n'avons dans l'amour même de Dieu, qui est la seule vraie consolation de la terre, qu'une ébauche et un avantgoût du paradis.

Gomment pourrions-nous chanter, disaient les Israélites captifs à Babylone, comment pourrions-nous chanter les cantiques du Seigneur sur une teiTe étrangère? Et nous, pauvres pécheurs, qxiomodo cantabimus? Comment pourrions-nous avoir un moment de joie dans un exil si dur et si prolongé, dans un exil qui nous tient éloignés de Dieu, dans un exil où nous pouvons pécher, où nous pouvons nous perdre à toute heure, à tout instant? Quelle peine, ô mon Dieu, que de vous connaître et de vous aimer, et, malgré cela, ignorer si je suis digne d'amour ou de haine; languir dans l'espérance de vous posséder, et craindre que je ne sois privé éternellement de votre aimable présence! Quelle peine, ô mon Dieu! Je puis mourir à chaque respiration; à chaque respiration, je puis me damner; un regard, une pensée sull'it pour ruiner trente ou quarante années de mérites, de travaux, de

pénitences. vie malheureuse! ô mort continuelle!

Aussi lomjtemps que nous sommes dans ce corps, nous somvies exilés 'loin du Seigneur. Les âmes qui n'aiment que Dieu sont ici-bas comme autant de nobles étrangères, destinées, selon leur état présent, à devenir les épouses éternelles du Roi des cieux, mais qui vivent loin de lui et sans jouir de sa vue ; c'est pourquoi elles ne font que soupirer après la bienheureuse patrie, où elles savent que l'Epoux les attend.

Ces pauvres exilées n'ignoi^ent pas que leui* Bien-Aimé est toujours près d'elles; mais il se tient caché comme derrière un rideau et ne se laisse point voir; ou plutôt il est semblable au soleil voilé par les nuages, à travers lesquels percent de temps en temps quelques rayons de sa splendeur, sans qu'il se montre à découvert. D'ailleurs, ces épouses chéries portent sur les yeux un bandeau qui les empêche de voir l'objet de leur affection. Il est vrai qu'elles vivent contentes en se conformant à là volonté du Seigneur, qui veut les tenir en exil et loin de lui ; cependant, il leur est impossible de ne pas soupirer continuellement du désir de le contempler face à face, afin de s'enflammer de plus en plus de son saint amour. Aussi leur arrive-t-il souvent de se plaindre doucement à leur Bien- Aimé de ce qu'il se dérobe à leurs regards. Quand arriverai-je, et me montrerai-je devant votre face ? Montreznous votre visage et nous serons sauvés.

Lorsque Dieu donne à ces âmes, pénétrées de son amour, quelque marque de sa bonté et de l'affection qu'il leur porte, elles voudraient se fondre, se consumer d'amour pour lui. Cependant, le beau front de l'Epoux est encore caché derrière le rideau; elles ont encore sur les yeux le bandeau qui les empêche de le voir face à face. Quelle sera donc leur allégresse, quand le rideau se lèvera, quand le bandeau leur tombera des yeux, et que leur apparaîtra sans voile le visage ravissant de leur Bien-Aimé, en sorte qu'elles verront clairement sa beauté, sa grandeur, sa bonté, et l'amour qu'il a pour elles! Yidebirnus eum.

L'âme, avec l'œil de l'intelligence, verra Dieu dans sa nature intime. Ici-bas, nous voyons les magnificences de ses œuvres, cette création dont il étale les merveilles aux yeux de notre corps, et qui chante sa puissance, sa sagesse, sa Providence; mais lui, nous ne le voyons pas. La foi nous révèle de Dieu de plus grandes choses, mais c'est encore comme dans un miroir et en énigme ; car la foi a ses obscurités; mais au ciel, c'est non à travers un voile, non en partie, non à la surface, mais sans nuages, que notre âme verra Dieu directement, et, en Dieu, tous les mystères qui étonnent notre raison et dont nous admirerons alors la sagesse, la grandeur, la vérité ; elle pénétrera les admirables secrets de cette Providence que nous ne savons pas découvrir en ce monde, et toutes les profondeurs des sciences qui coûtent tant de recherches aux savants, et qui ne sont au fond que des rayons épars qui partent de la splendeur de Dieu, dont la beauté, la gloire, les perfections donneront à notre intelligence un plaisir indicible. Nous sommes hommes surtout par intelligence : c'est donc dans la satisfalction complète de l'intelligence que consistera la béatitude essentielle de l'homme.

Ecoutons saint François de Sales :

« A mesure que nos sens rencontrent des objets agréables et excellents, ils s'appliquent plus ardemment et plus avidement à en jouir. Plus les choses sont belles, agréables à la vue et dûment éclairées, plus l'œil les regarde avidement et vivement. Et plus la voix ou la musique est douce et suave, plus elle attire l'attention de l'oreille, de elle sorte que chaque objet exerce une puissante, mais aimable violence sur le sens qui lui est destiné. La vérité est l'objet de notre enten^lement, qui a, par conséquent, tout son contentement à découvrir et à connaître la vérité des choses, et, selon que les vérités sont plus excellentes, notre entendement s'applique plus délicieusement et plus attentivement à les considérer. Quel plaisir, pensez-vous, qu'eurent les anciens hilosophes qui connurent si excellemment tant de belles vérités en la

nature? Certes, toutes les voluptés ne leur étaient rien en comparaison de leur bien-airaée philosophie, pour laquelle quelques-uns d'entre eux quittèrent les honneurs, les autres de grandes richesses, d'autres leur pays ; et il s'en est trouvé tel qui, de sens rassis, s'est arraché les yeux, se privant pour jamais de la jouissance de la belle et agréable lumière corporelle, pour s'occuper plus librement à considérer la vérité des choses par la lumière spirituelle (car on dit cola de Démocrite) : tant la connaissance de la vérité est délicieuse, dont Arislote dit fort souvent que la félicité et la béatitude humaine consistent en la sagesse, qui est la connaissance des vérités éminentes. Or, qui ne le voit, la vérité essentielle, celle dont toutes autres vérités ne sont que comme des écoulements, c'est Dieu, Dieu, la beauté suprême, la sainteté, la pureté, la gloire, la sagesse, la bonté infinies'. Que sera-ce de le voir tel qu'il est en lui-même ?

» La reine de Saba, qui, à la grandeur de la renommée de Salomon, avait tout quitté pour le venir voir, étant arrivé» en sa présence, et ayant écouté les merveilles de la sagesse qu'il répandait en ses propos, tout épsrdue et comme pâmée d'admiration, s'écria que ce qu'elle avait appris par ouï-dire de cette céleste sagesse n'était pas, la moitié de la connaissance que la vue et l'expérience lui en donnaient. Ahl que belles et aimables sont les vérités que la foi nous révèle par l'ouïe ! Mais quand, arrivés à la céleste Jérusalem, nous verrons le grand Salomon, roi de gloire, assis sur le trône de sa sagesse, manifestant avec une clarté incompréhensible les merveilles et les secrets éternels de sa vérité souveraine, avec tant de lumière que notre entendement verra en présence ce qu'il avait cru ici-bas. Oh! alors, quels ravissements! quelles extases! quelles admirations ! quels amours! quelles douceurs! Non, jamais, dirons-nous, en cet excès de suavité, non, jamais, nous n'eussions pensé de voir ces vérités si délectables. Nous avons clairement cru tout ce qu'on nous avait annoncé de ta gloire, ô grande cité de Dieu ;

mais nous ne pouvions pas concevoir la grandeur inlinie des abîmes de tes délices. »

En voyant Dieu, tel qu'il est, il sera impossible de ne pas l'aimer. Notre amour pour lui ici-bas est faible, parce que nous ne le connaissons qu'imparfaitement ; mais, dès qu'il se sera révélé à nous dans sa gloire, nous le trouverons si ravissant que nous ne pourrons nous défendre de l'aimer. Nous aimerons par devoir et par plaisir, nous serons absorbes par cet amour à la fois ardent et paisible, qui remplira toutes nos puissances, et fera mourir l'amour do nous-mêmes. Nous nous livrerons à cet amour qui ne connaîtra plus d'interruption, ni de dégoût. Nous nous y perdrons comme une goutte d'eau dans l'océan, comme la clarté d'une étoile dans celle du soleil. Nous donnant à Dieu entièrement, non seulement nous n'en serons pas repoussés; mais Dieu se donnera à nous, et se laissera posséder par nous. Quel repos dans cette possession! Que manque-t-il, demande saint Augustin, à celui qui a le souverain bien? En lui on trouve beauté, gloire, plaisirs, richesses. S'il vous avait promis de l'or et de l'argent, vous vous en réjouiriez; il s'est prorais lui-même

En le possédant, en l'aimant, nous lui serons semblables, c'est-à-dire incapables de pécher, de souffrir, heureux de sa béatitude même, et immortels comme lui. hommes, vous estimez heureux ceux qui ont en partage les plaisirs du monde, les honneurs, les biens do la terre ; qu'est-ce que cela comparé à Dieu, à la gloire, à la joie de le posséder? Qu'il garde la terre, celui qui veut la terre; qu'il donne à la créature ce cœur qui est fait pour Dieu, celui qui ne veut pas l'aimer éternellement; mais, à une àme grande, il faut le ciel, oii notre intelligence, notre cœur, notre soif de bonheur seront pleinement rassasiés.

Et après la résurreption, notre corps partagera la béatitude de l'âme, dont la gloire rejaillira sur lui. et le rendra tout lumineux. Pour lui non plus, plus de mort, plus de souffrances, plus d'obstacles pour se transporter

avec une merveilleuse rapidité d'un lieu à un autre, et franchir toutes les barrières. Chaque sens goûtera d'ineffables plaisirs, les yeux se reposeront avec délices sur le corps ressuscité de Notre-Seigneur qui brillera comme un soleil dans ce firmament nouveau, sur ceux de la bienheureuse Vierge Marie et delà multitude des saints, sur l'ordre admirable dans lequel ils sont rangés selon leurs mérites, autour du trône de Dieu, sur les magnificences du paradis, séjour de délices que le Seigneur a fait pour les justes seulement, auxquels, par conséquent, on ne peut comparer les merveilles de cette terre qui est à la • fois la demeure des justes et des pécheurs.

Les oreilles seront charmées par le concert des voix des élus ; on ne respirera que des parfums dans ce lieu dont le paradis. terrestre n'était que la figure. Quelles conversations saintes et pures entre les saints, s'excilant mutuellement à bénir Dieu! Quel bonheur de parler là-haut, cœur à cœur, avec ceux qu'on a aimés sur la terre, et dont la sépai'ation a été si douloureuse !

Le ciel est donc un état parfait par l'assemblage de tous les biens, pour le corps comme pour l'âme, aussi bien que l'exemption de tous les maux, et cela pour l'éternité, tant que .-Dieu sera Dieu. Que pouvons-nous désirer de plus? Oh! certes, si Dieu ne nous avait appris qu'il serait lui-même notre récompense, aurions-nous songé à y prétendre?

Le bienheureux Grignion de Montfort, étant à ses derniers moments et voyant sa chambre remplie de personnes qui fondaient en larmes, ranima toutes ses forces et chanta le couplet suivant d'un de ses cantiques:

Allons, mes chers amis, Allons en paradis.

Quoi qu'on gagne en ces lieux.

Le paradis vaut mieux.

Un moment après, il tomba dans une sorte d'assoupissement ; puis il se réveilla en disant : « Je suis au bout

de ma carrière. Je ne pécherai plus. » Et il expira doucement à l'âge do quarante-trois ans.

Quoi qu'on gagne en ces lieux, Le paradis vaut mieux.

C'est le seul bonheur à ambitionner, car il est seul complet et éternel. Voilà ce que Notre-Seigneur est allé nous préparer au jour de son Ascension. Voilà ce qu'il nous a acquis par ses souffrances. Voilà ce qu'il nous donnera sûrement si nous le voulons*, et nous ne l'aimerions pas, et nous ne soupirerions pas après le ciel ! Qu'attends-je au ciel et que désiré-je sur la terre, sinon vous, ô Dieu de mon cœur et mon partage pour l'éternité? Sainte Thérèse se réjouissait lorsqu'elle entendait sonner l'heure, pensant qu'elle avait encore passé une heure de sa vie, une heure de danger de perdre son Dieu; ses désirs de mourir pour voir Dieu étaient si ardents qu'ils la tuaient en quelque sorte ; et tel est le sujet de son amoureuse élégie :

Je me meurs du regret de ne pouvoir mourir.

Liens importuns, qui me retenez sur la terre, quand vous briserez-vous? Quand prendrai-je mon essor vers Dieu, comme le feu vers sa sphère, comme la flèche vers son but?

mort ! pourquoi tardes-tu si longtemps ? Si tu ne viens, je ne puis aller contempler mon Dieu! C'est toi qui dois m'ouvrir la porte du palais de mon Roi. heureuse patrie, quand luira le jour où j'entrerai dans tes éternels tabernacles? Bien-Aimé de mon âme, Jésus, mon trésor, mon amour, mon tout, quand viendra l'iieuveux. moment oii, quittant la terre, je me verrai entièrement uni à vous ! Je ne mérite point ce bonheur; mais la tendresse que vous m'avez témoignée, et plus encore votre bonté infinie, me fait espérer d'être un jour au nombre de ces âmes bénies qui, tout unies à vous, vous aiment et vous aimeront d'un parfait amour pendant toute l'éternité.

En attendant, montagnes, vallées, plaines, forêts, jardins, créatures, parlez-moi du moins de mon Bien suprême, qui vous a créés pour se faire aimer de moi, et qu'en vous voyant je l'aime chaque jour davantage, et que je commence déjà ici-bas ce qui se consommera au ciel.

§ 8. — L'Eglise catholique.

Pendant les dernières années de sa vie, Notre-Seigneur avait choisi et groupé autour de lui des Apôtres, à la tête desquels il avait mis saint Pierre, pour en faire les chefs et les guides de la société religieuse qu'il fondait, pour transmettre, à travers les siècles dans tous les pays du monde, ses enseignements et les moyens de salut qu'il était venu apporter aux hommes. A la mort de leur Maître, les Apôtres, encore faibles, l'abandonnèrent lâchement. Après qu'il fut ressuscité, ils eui'ent de la peine à y croire; mais, avant de remonter au ciel, Notre-Seigneur leur donna une mission divine en ces termes: Allez, enseignez toutes les nations, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai ordonné ; voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles. Ne se contentant pas de cette promesse, il leur dit aussi : Je vous enverrai de mon Père l'Esprit de vérité, afin qu'il demeure avec vous jusqu'à la fin. Demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyiez revêtus de la force d'en haut. Et, en effet, les Apôtres s'enferment dans le Cénacle avec les disciples, les saintes femmes et Marie, Mère de Jésus; et, au bout de dix jours passés dans la prière, le Saint-Esprit descend sur eux sous la forme de langues de feu. Et voilà que ces hommes qui, naguère, ou fuyaient comme des brebis devant les soldats qui enchaînaient leur Maître, ou qui le reniaient à la voix d'une servante, sont transformés en d'autres hommes ; ils prêchent la divinité de Jésus-Christ devant ceux mêmes qui ont demandé sa mort. Les voilà qui vont sous la conduite du chef que Jésus-Christ leur a donné, saint Pierre, se partager le monde alors connu, porter par îoute la terre le son de leur voix, prêcher la doctrine de

leur Maître, et subir les persécutions, les tortures, la mort elle-même plutôt que de la trahir. Voilà donc le couronnement des bienfaits de notre Dieu, l'établissement de l'Eglise pendant sa vie, sa confirmation après la Résurrection et son achèvement au jour de la Pentecôte.

Celui qui ne serait pas touché de ce bienfait ne comprendrait rien à l'œuvre de Jésus-Christ, ni à la mission qu'il a confiée à son Eglise. L'Eglise de Jésus-Christ, c'est-à-dire l'Eglise catholique, la seule qui remonte à Jésus-Christ par la série non interrompue de ses Pontifes, a fait depuis vingt siècles, elle fait aujourd'hui, elle continuera de faire, jusqu'à la fin du monde, l'œuvre de Jésus-Christ lui-même. Jésus est venu pour que nous eussions la vie, et que nous l'eussions abondamment. Mais la vie qu'il est venu nous apporter, c'est la vie surnaturelle, la vie de l'âme, la vie de l'intelligence par la foi aux vérités qu'il nous a révélées, la vie de la grâce qui se puise dans les sacrements qui en sont la source et qu'il a institués pour notre sanctification. Or, c'est en vain que Notre-Seigneur nous aurait apporté la lumière si le flambeau qui doit nous guider vers le ciel devait s'éteindre à travers les âges. Nous serions aujourd'hui dans les mêmes ténèbres qu'avant sa venue, s'il ne nous avait pas laissé l'Eglise comme gardienne des vérités de l'Evangile.

Il nous resterait, dira un protestant, la parole de Dieu. Mais qu'est-ce qui nous transmettrait cette parole intacte, sans rp]gliso catholique, constituée la colonne et le fondement de la vérité, comme parle saint Paul? C'est ce qui a fait dire à saint Augustin: « Je ne croirais pas à l'Evangile SI je n'y étais porté par l'autorité de l'Eglise. » Et certes, eh abandonnant l'Eglise, les protestants ont fait si peu de cas de la parole de Dieu qu'ils en ont retranché des livres entiers, et se sont servis de ce qu'ils en ont conservé pour prêcher des doctrines qui sont non seulement contre la foi, mais encore contre la raison humaine. C'est au nom de la parole de Dieu que Luther a nié la nécessité des bonnes œuvres et la liberté humaine, et a

prêché l'impossibilité de perdre la grâce autrement que paï la perte de la foi; et Calvin a enlevé celte limite, en soutenant que la perle même de la foi n'enlevait pas la justice. Doctrines monstrueuses dont les proteslanls d'aujourd'hui devraient eux-mêmes rougir! Si on ne peut perdre la grâce, et si les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires, la porte est ouverte à tous les crimes et à toutes les hontes au nom de la parole, de Dieu. C'est au nom do cette parole que des sectes presque innombrables se forment parmi les protestanls, s'analhématisant les unes les autres. Parmi elles, il on esl qui vont jusqu'à nier les principaux mystères de la foi chrétienne, et jusqu'au fondement même du christianisme. Sans l'EgUse d'ailleurs, qui, parmi les ouvriers, les artisans, les pauvres, les ignorants, serait capable avec la Bible dont les profondeurs demandent aux plus savants une vie d'études, do se faire une religion et une ligne de conduite capable d'assurer son salut éternel? Que d'ignorants ne savent pas lire la Bible! En dehors de l'Eglise, ils ne peuvent donc asseoir leur croyance que sur la parole d'un homme qui n'a aucune autorité, car il n'a point de mission, et qui peut même ou n'avoir aucune science, ou, ce qui est pis, avoir l'esprit rempli d'erreurs. Dans ces conditions, du moins, les trois quarts des chrétiens ne peuvent que nager dans le doute, et être dans une cruelle incertitude sur leurs intérêts les plus graves, puisqu'ils sont éternels. Avec l'Eglise, notre esprit est en repos. Voici ce que peut se dire avec une entière certitude tout catholique. Ma raison et ma foi s'accordent pour me dire que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, qui est venu instruire les hommes par sa parole, ne peut ni se tromper ni nous tromper. Or, Jésus-Christ a établi une Eglise qui date do lui. Cette Eglise, c'est celle qui n'a pas commencé plus tard que lui. Seule, l'Eglise catholique remonte aux Apôtres et à Pierre, le chef des Apôtres, dont le Pape est le successeur. Et c'est du Pape que les évoques tiennent tous leur mission, et c'est par les évêques, en communion avec le Pape, que sont envoyés les prêtres catholiques. C'est à

celte Eglise cl non à une autre, puisqu'elle existait seule alors, que Jcsus-Christ a dit: Allez, enseignez toutes les nations; je sais avec vous jusqu'à la consommation des siècles. Promesse qu'aucun prolestant ne peut nier. Donc, Jésus-Christ est avec elle, autrement c'est lui-même qui me tromperait. C'est à elle qu'il a promis d'envoyer l'Ésprit de vérité afin qu'il demeure avec elle jusqu'à la fin. La fin n'est pas encore venue, donc l'Esprit de vérité est avec elle; j'en suis aussi certain que je sais sûrement que Dieu no [)out tromper. Du reste, Dieu a pris soin de prouver qu'il est toujours avec l'Eglise; car c'est dans son sein qu'il a toujours eu des fidèles d'une haute sainteté qui ont fait d'éclatants miracles et pratiqué d'héroïques vertus; et les miracles et la sainteté sont le cachet divin imprimé à une société. Ce que prêche cette Eglise gouvernée par le Pape et les évêques est donc la vérité. Les prêtres ne sont envoyés par les évoques que pour prêcher ces vérités; et leurs évêques les destitueraient s'ils prêchaient l'erreur. Je sais la doctrine de l'Eglise par mon catéchisme qui en est un abrégé à ma portée, ([ue je puis lire, si j'en suis capable^ que mon pasteur m'explique et me fait apprendre, si je ne sais pas lire. Ce catéchisme est pour le fond celui que prêchent tous les prêtres, tous les évêques, dont le Pape surveille la doctrine. En y croyant et en le pratiquant, je suis sûr de croire la vérité, de pratiquer mes devoirs envers Dieu, tels que Jésus-Christ a ordonné à son Eglise de me les enseigner.

C'est ainsi que Dieu a lait voir sa miséricorde envers les petits et les humbles, aussi bien qu'envers les savants, qui sont préservés de tout écart dans leurs recherches par la soumission à l'enseignement de l'Eglise. Il est bien le Dieu de tous. Ceux qui n'apprécieraient pas ce grand bienfait, ne sauraient pas que l'homme n'est homme que par l'intelligence ; et l'aliment de l'intelligence, c'est la vérité, en dehors de laquelle l'homme flotte dans les ténèbres du doute, ne sachant pas où il va, et se laissant emporter, comme une feuille détachée, à tout vent de doctrine, ne

sachant que penser et que faire pour plaire à Dieu, obtenir le pardon de ses fautes, et se procurer le bonheur éternel. Est-il une incertitude plus cruelle que celle-là, quand on réfléchit, et surtout quand on a la foi? L'Eglise nous en délivre, et nous apprend de la part de Dieu ce que nous ayons à croire et à faire; et ce n'est pas le seul service qu'elle nous rend. Il ne suffit pas en effet que nous connaissions les vérités et les devoirs de la religion, il faut que nous les mettions en pratique, que nous observions, par conséquent, tous les commandements sans lesquels on ne peut entrer dans la vie. Mais, dans notre faiblesse, nous ne le pouvons sans la grâce de Dieu. Et la grâce ne s'obtient que par la piière et les sacrements. C'est pour cela que l'Eglise prie sans cesse pour ses enfants. Elle a des ministres constitués, les uns pour offrir pour nous par toute la terre l'adorable sacrifice de l'autel, et la messe, nous l'avons dit, a une efficacité infinie pour nous obtenir des grâces abondantes; d'autres récitent à toutes les heures du jour le saint office au nom de toute l'Eglise. Et les ministres de l'Eglise, surtout ..quand ils sont prêtres, sont députés par elle pour nous administrer les sacrements, par lesquels les sources de la vie divine découlent sur chaque âme.

A notre entrée dans la vie, l'Église a lavé nos âmes par le baptême et nous a faits enfants de Dieu. Dès que notre inlelligenca s'est éveillée, elle nous a fait apprendre à connaître notre Père céleste. Avons-nous perdu la grâce par une première faute, elle nous a relevés par l'absolution, nous a fortifiés par la Confirmation et par l'Eucharistie; et comme notre vie est une série de faiblesses et de retours vers le bien, elle est toujours prête à nous tendre la main quand nous tombons, à nous soutenir quand nous chancelons, à nous guider et à nous exciter quand nous cheminons dans la voie du bien. Du berceau à la tombe, elle nous conduit par la main comme une mère dévouée. Quand viendront pour nous les luttes de la dernière heure, elle nous fortifiera par l'onction suprême et

par le Viatique du Corps de Jésus-Christ ; elle appellera à notre secours tous les anges et tous les saints du ciel. Après avoir recueilli notre dernier soupir, elle nous accompagnera à notre dernière demeure, et quand parents et amis nous auront oubliés, elle continuera de prier pour nous. Eglise, ma Mère, si jamais je vous oublie, que j'oublie plutôt ma main droite et que ma langue s'attache à mon palais! Je vous dois la lumière de la vérité, le pardon de mes fautes, la direction de ma vie, les grâces sans nombre que je puis puiser à toute heure dans les sources divines dont vous êtes la dispensatrice. J'espère vous devoir un jour le bonheur du ciel.

Aussi, sainte Thérèse, à son heure dernière, quand on lui apporta le Saint Viatique, remerciait-elle Dieu de l'avoir fait naître dans le sein de l'Eglise, et s'adressant à Notre-Seigneur, elle lui disait avec un ineffable amour : « Vous savez, Seigneur, que je suis la fille de votre Église. »

Mais si l'Eglise a droit à notre amour, quelle reconnaissance ne devons-nous pas à Celui qui l'a établie, qui la protège, qui la guide, qui la conserve pour nous? mon Dieu ! quel ne serait pas notre malheur si vous nous aviez fait naître parmi les sauvages qui ne vous connaissent pas, parmi les hérétiques qui ont altéré votre doctrine, qui ne participent pas aux sacrements, source de la vie divine, qui, séparés du Pontife suprême, dont ils ne connaissent pas l'autorité, errent comme des brebis sans pasteur, et tombent sous la dent du loup infernal ! mon Jésus, je suis la brebis de votre troupeau. Je m'égarais aussi, mais vous m'avez poursuivi à travers les montagnes et les épines, vous m'avez rapporté sur vos épaules et placé dans votre bercail, et là vous ine , prodiguez vos caresses et me conduisez aux gras pâturages de la ^râce. Je vous aime, ô mon Dieu, vous de qui descend tout don parfait. Je veux vivre dans votre amour, mourir dans votre amour, être heureux éternellement par votre amour.

§ 9. — Coup d'œil sur les bienfaits de Dieu.

Il est temps de résumer ce que nous avons dit et d'embrasser d'un coup d'œil ce que nous avons exposé; et, on le faisant, nous comprendrons la parole de saint Augustin : ,« Que pouvons-nous penser, dire et écrire de plus convenable que cette parole : Rendons grâces à Dieu !

» On ne peut rien dire de plus court ;

» On ne peut rien entendre de plus agréable ;

» On ne peut rien concevoir de plus grand;

» On ne peut rien pratiquer de plus utile. »

Dieu est amour : Deus caritas est. Il est bon à l'infini : ses œuvres doivent toutes .porter les marques visibles de sa bonté, de son amour. Sa bonté infinie, qui aime souverainement, mérite un amour souverain. Toute religion qui connaît Dieu tel qu'il est, doit nous le présenter comme aimant l'bomme à l'excès et porter l'bomme à aimer Dieu jusqu'à sacrifier, s'il faut, tout le reste pour lui rester fidèle. Or, la religion catholique a ce double caractère ; elle est donc seule vraie.

Dieu fait le monde de rien pour servir de palais à l'homme; il y multiplie les merveilles et y entasse des richesses au profit de l'homme, afin de gagner son cœur. L'homme, malgré tout, se laisse séduire, et, en désobéissant à Dieu, il lui donne tous les droits de le châtier éternellement. Le Seigneur, dans sa miséricorde, lui promet un Sauveur, et, dans la plénitude des temps, il envoie son Fils unique sur la terre pour sauver le monde par lui. Le Fils unique de Dieu, pour réconcilier la nature humaine avec son Père, se revêt de celte nature, en sorte que le Père, qui a mis toutes ses complaisances en son Fils, est incliné à faire miséricorde aux hommes dont ce Fils adorable s'est fait le frère. Du reste, le Fils de Dieu offre à son Père,-dans les humiliations qu'il subit et dans sa douloureuse Passion, une satisfaction surabondante pour les péchés du monde. Il prend donc le décret de mort porté contre nous, il l'attache à sa croix. Il meurt pour

nous, et, par sa mort, il nous mérilo la vie élornelle. Il nous communique sa vie divine par le mystère de sa résurrection qui opère la régénération spiriluello de nos îimes; on remontant au ciel, il nous prépare une place à côté de lui dans le royaume de son Père ; sur la lerre, il ne nous laisse pas orphelins; il reste avec nous dans l'Eucharistie pour être le compagnon de notre exil, le soutien de notre faiblesse, l'aliment de notre vie surnaturelle ; il nous laisse sa Mère pour être la nôtre ; ses anges et ses saints pour nous protéger et nous défendre; son Eglise pour nous instruire, nous diriger, nous sanc tificr. Ce sont là des prodiges d'amour. Ils ne peuvent être un sujet do doute que pour ceux qui ne connaissent pas le cœur d'un Dieu; mais ils feront à jamais l'admiration des anges et des saints. Il fallait tout cela pour reconquérir le cœur de l'homme, ledéprondro do la lerre, le porter à se donner à Dieu entièrement, jusqu'au sacrifice, jusqu'à la mort. Aussi est-ce la foi à ces vérités qui a donné à 16 millions de martyrs, que compte de nos jours l'Eglise catholique, la force de supporter pour la justice, pour la vertu, pour Dieu par conséquent, toutes sortes de tourments et la mort elle-même. Si Jésus-Christ ne pouvait donner à l'homme une marque plus grande d'amour que de mourir pour lui, l'homme ne peut d'autre part -honorer Dieu davantage et lui manifester plus efficacement son amour qu'en versant son sang pour l'amour de lui. Voilà le chef-d'œuvre do Dieu, voilà le plus noble héroïsme de l'homme.

Qu'on ajoute aux martyrs qui sont morts pour la foi tous ceux qui consacrent leur vie à honorer Jésus-Christ dans la personne des pauvres, des malados, dans les hôpitaux, se dévouant pour eux jusqu'à consumer leurs forces et à user leur vie; qu'on y joigne encore tous ceux qui quittent patrie, famille, bien-être, pour porter la connaissance de Notre-Seigneur aux infidèles et qui blanchissent et meurentdansles fatigues de cet apostolat; qu'on y ajoute euliii tous ces religieux des doux sexes qui renoncent

aux biens, aux plaisirs, aux honneurs de la terre, pour honorer Dieu par la pénitence, la prière et l'amour ; toutes les vierges chrétiennes qui renoncent aux affections de la terre pour avoir Jésus seul pour Epoux ; et on trouvera une armée innombrable de héros pour qui vivre c'est le Christ. L'amour de Dieu a étouffé en eux l'égoïsme; ils ne cherchent plus leurs intérêts, mais ceux de Jésus- Christ et ceux de leurs frères eii Jésus-Christ. Quelle autre religion que le christianisme peut nous offrir un semblable spectacle? Quelle Eglise chrétienne autre que le catholicisme peut nous montrer rien de comparable? Une telle avant- garde de cœurs généreux électrise le courage d'une armée; aussi combien d'âmes dans le catholicisme qui, sans subir le martyre, sans embrasser l'apostolat ou la vie religieuse, dans le cercle étroit d'une famille, se dévouent à la cause de Dieu et sont prêtes pour son amour à tous les sacrifices! Leur nombre se multipliera encore, quand le Dieu des chrétiens sera mieux connu; car dès lors il sera plus aimé, et plus aimés aussi seront de leurs semblables les hommes dont Dieu s'est fait l'ami et le frère. Quand on aime, on ne vit plus pour soi, mais pour ceux que l'on aime, avec lesquels on ne fait qu'un. Voilà la vraie loi de l'Evangile, la loi d'amour. et de grâce. Elle nous fait aimer Dieu de toutes nos forces et le prochain pour l'amour de Dieu dont il est l'image. Aussi est-ce l'Evangile qui a arraché le monde à la barbarie dans laquelle on retombe plus pu moins selon qu'on s'écarte plus ou moins de la foi chrétienne.

Voilà la source de tout vrai dévouement aux intérêts de Dieu et des hommes. Que le bonheur de la société soit là, que la félicité de l'homme en ce monde et en l'autre en dépende, qui en pourrait douter ?

Poètes, romanciers de toutes sortes, qui exaltez l'amour profane et en faites le seul plaisir de cette terre, pourrezvous nous contredire, quand nous vous répondrons que ce que vous vantez est la source de toutes les déceptions,

de toutes les amertumes et souvent de tous les crimes ; qu'en abaissant le cœur de l'homme vers la terre, vous le profanez et lui donnez un aliment qui est plutôt fait pour, les animaux que pour lui. N'est-ce pas comme si vous n'aviez à offrir à un homme affamé qu'une botte de foin ? Vous auriez beau lui vanter le parfum et la qualité de ce foin, qu'il mourrait si vous n'aviez rien de mieux à lui présenter. Cessez donc vos rapsodies qui égarent tant d'âmes et qui les perdent, et chantez avec nous l'amour de Dieu et l'amour du prochain en vue de Dieu. Et c'est ainsi que le monde se remplira de vrais adorateurs qui adoreront le Père en esprit et en vérité. jeunesse, ne vous laissez pas séduire par une apparence de bonheur, de plaisir, qui flatte vos passions déjà trop vives. Sachez-le, l'amour de Dieu et du prochain pour l'amour de Dieu, voilà ce qui est noble, généreilx, grand, digne de Dieu et de votre âme immortelle. Voilà ce qui vous donnera ici-bas de vraies consolations et vous préparera le bonheur des saints.

§ 10. — Jésus-Christ nous est tout.

Un homme, qui aurait un livre qui contiendrait tout, n'aui'ait que faire d'ouvrir d'autres livres pour apprendre quelque chose; de même, nous ne devons penser qu'à chercher Jésus-Christ, et à lire nuit et jour dans ce grand livre qui nous apprendra tout. Saint Augustin, ayant dit que l'on pouvait arriver à la sagesse par plusieurs chemins, s'en dédit dans le livre de ses réti*actations et corrige cette opinion, en disant qu'il n'y a qu'un chemin pour y parvenir, savoir Notre-Seigneur, qui, pour cela, s'appelle la Voie ; il se nomme la voie et tout ensemble la vérité, pour signifier que c'est par lui qu'il faut aller à la vérité et à toutes les richesses de la sagesse et de la - science que l'on trouvera en lui.

Sans le soleil, que serait le monde? Il n'y aurait que ténèbres, horreur, stérilité et misère affreuse.. Et sans Jésus, que serions-nous? Hélas! nous serions privés de

tout bien, accablés de toutes • sortes de maux. C'est une vérité incontestable que tous les biens nous viennent de lui, en tant que Dieu, et nous viennent par lui, en tant qu'homme. Si nous possédons les biens de la nature, c'est par lui que nous les possédons, puisque c'est par lui que tout a été fait. Si le Père éternel nous regarde avec bienveillance, c'est par amour pour Jésus ; s'il nous pardonne nos péchés, il nous les pardonne par considération pour Jésus; s'il nous délivre des maux temporels et éternels, il nous en délivre grâce à Jésus. En un mot, tous les biens que nous pouvons jamais espérer en colle vie et dans l'autre, nous devons les recevoir des mains bénies de Jésus.

Quand Dieu verse sur nous à pleines mains les faveurs tant spirituelles que temporelles, il le fait uniquement en considération de notre divin Sauveur Jésus-Christ : Kffudit in nos abunde per Jesum Christu'm salvatorem noslrum. « Nous avons donc tout, en Jésus-Christ, dit saint Ambroise; que toule âme s'approche de lui, soit qu'elle soit malade par ses péchés, soit qu'elle soit attachée encore comme par des clous aux plaisirs du siècle, soit qu'étant encore imparfaite elle fasse néanmoins des progrès en s'appliquant à la" méditation, soit qu'elle soit déjà enrichie de vertus. Personne qui ne soit sous l'empire de Jésus- Christ et Jésus-Christ nous est tout. Si vous voulez être guéri de vos blessures, il est médecin; si vous êtes brûlé de la fièvre, il est une fontaine d'eau vive ; si vous êtes chargé d'iniquités, il est la justice même; si vous avez besoin de secours, il est la force; si vous craignez la mort, il est la vie; si vous désirez le ciel, il en est la voie ; si vous fuyez les ténèbres, il est la lumière ; si vous avez besoin de nourriture, il est votre aliment. Goûtez donc et voyez combien le Seigneur est doux. » Heureux l'homme qui espère en lui. Par là même que, comme Dieu, il est notre Créateur, nous sommes ses enfants et nous pouvons l'appeler notre Père ; et personne ne l'est autant que lui. fin lui donnant ce nOm si doux, ne sen-

tons-nous pas nos cœurs attendris et pleins de confiance?

Il nous dit que, lors même qu'une mère oublierait son enfant, lui ne nous oublierait jamais. Saint Bernard nous dit qu'il est pour nous époux, ami et frère. Sponsus est, amicus est, frater est.

Jésus-Christ en effet est tout cela pour l'homme; il n'est aucun titre à la tendresse et à l'amour qu'il ne possède au plus haut degré.

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