‹ L'art d'être heureux [microform]Chapitre 51 sur 121 · I. JÉSUS EST ÉPOUX DE NOS AMES · texte numérisé non relu

I. JÉSUS EST ÉPOUX DE NOS AMES

En se faisant homme, Dieu a épousé notre nature, et celte alliance est indissoluble. Jamais depuis qu'il s'est incarné il n'a quitté notre nature. Jamais il ne la quittera. Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme, était hier, il est aujourd'hui, il sera dans tous les siècles; en lui notre nature a été élevée à la droite de Dieu; s'il est remonté dans sa gloire, c'est pour nous y attirer à sa suite. En venant sur la terre, il s'est fait notre époux, c'est ainsi qu'il se nomme dans l'Evangile; il a choisi pour épouse son Eglise. Avant qu'il l'eût choisie, elle était défigurée et enlaidie par le péché ; mais il l'a aimée et s'est livré pour elle, afin d'en faire une épouse sans taclie ni ride et sainte et immaculée.

Par la foi, tout s les âmes deviennent les épouses de Notre-Seigneur, selon cette parole : Sponsabo te mihi in fide, Je vous épouserai dans la foi. Et en effet, quiconque croit en Jésus-Christ s'unit déjà à lui en acceptant ses enseignements et en lui promettant fidélité : mais ce que la foi commence, la charité l'achève, et quiconque aime Jésus de tout son cœur devient un même esprit avec lui.

Dieu est tout à lui et il est tout à Dieu, et comme l'âme n'a point de sexe, comme le remarque le bienheureux Henri Suzo, toute âme qui aime Notre-Seigneur peut lui dire en vérité : vous êtes mon Epoux, et quel Epoux! Où en trouver un qui puisse vous égaler, ou même vous être comparé en beauté, vous qui êtes le plus beau des enfants

des hommes; en bonté, car personne n'est bon que Dieu;' en noblesse, car vous êtes le Fils unique de Dieu qui A'ous a engendré de' toute éternité; en majesté et en gloire, car vous êtes assis au-dessus des chérubins et des seraphins; en puissance et en richesse, car votre Père vous a donné les nations en héritage; vous êtes le seul Seigneur et maître de tout; en sainteté, car vous êtes le seul saint ; en fidélité, car le ciel et la terre passeront, mais vous êtes toujours le même ; en amour, car vous m'avez aimé jusqu'à la fin, jusqu'aux dernières limites de l'amour. Comprenant par les Saintes Ecritures que l'Éternelle Sagesse n'est autre que Notre-Seigneur, le Bienheureux Henri Suzo, dans sa jeunesse, se disait à lui-même: « Mon cœur est ardent, je ne puis vivre sans aimer; les créatures ne sauraient me plaire et ne peuvent me donner la paix. Je m'en vais tenter fortune et chercher à conquérir les bonnes grâces de cette divine et sainte amie. » Et il savourait avec ivresse ces paroles : « La sagesse est plus éclatante que le soleil, -plus belle que l'harmonie des étoiles, et, comparée a la lumière, elle l'emporte; aussi, je l'ai aimée, je l'ai recherchée dans ma jeunesse, je l'ai

demandée pour épouse et j'ai été ravi de ses charmes

Je me reposerai avec elle, car sa conversation n'a point d'amertume, et les rapports que l'on a avec elle n'engendrent point le dégoût. » Et la Sagesse se montrait à lui, tantôt sous la forme d"un jeune homme d'une grande beauté, tantôt sous celle d'une vierge majestueuse et pure, s'offrant à lui ou comme une maîtresse savante en toutes choses, ou comme une céleste amie qui lui souriait en lui disant: Mon fils, donne-moi ton cœur. Et Henri, tout embrasé d'amour, saisit un canif et grava sur sa poitrine le nom de Jésus, en disant :/< Je vous ai imprimé sur ma chair, mais je voudrais aller jusqu'à mon cœur. Suppléez à ce qui me manque et écrivez dans mon cœur A^otre Nom avec dés lettres éternelles que rien ne puisse effacer. » Jésus, je veux vous aimer comme les saints. Mon âme est votre épouse. Ce n'est pas moi qui vous ai choisi.

\Hèlasl je courais après d'autres affections et je vous Hibliais, je fuyais loin de vous, et vous, vous avez dressé Wir ma route une haie d'épines pour m'obliger à ne plus n'écarter. Vous avez permis que ceux que je poursuivais m'échappassent afin de me ramener à vous ; vous m'avez dffert le lait de vos consolations, et vous m'avez parlé au cœur ; et maintenant,, guéri de mes infidélités, je ne vous appellerai plus que du nom d'Epoux; ma gloire, c'est d'être votre épouse. Vous avez fait tous les frais de cette alliance sainte; et j'en aurai tout le profit. Misérable esclave du démon, en me donnant, à vous j'ai vu mes chaînes se rompre ; j'ai recouvré ma liberté en m'affranchissant du joug de mes passions-, et vous m'avez revêtu des ornements royaux de la grâce; vous avez mis sur ma tête le diadème, car elle doit être reine, l'épouse du roi. Tout ce qui est à moi est à vous et tout ce qui est à vous esta moi. Quand vous vous donnez vous-même, que pourriez-vous me refuser et comment oserais-je me réserver quelque chose, quand vous êtes pour moi si Hbéral, que pour toute dot vous ne me demandez que mon cœur? don de Dieu à l'âme, ô offrande complète de l'àme à son Dieu, ô rencontre bénie du Créateur et de sa pauvre créature ! union sainte, qui est le prélude de celle qui se consommera au ciel ! Mon Bien-aimé est à moi et je suis à lui. Je le liens, je ne le lâcherai pas, disait l'Epouse des Cantiques sacrés, et elle l'appelait non seulement son Epoux, mais encore son ami.

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