‹ L'art d'être heureux [microform]Chapitre 52 sur 121 · II. JÉSUS EST NOTRE AMI · texte numérisé non relu

II. JÉSUS EST NOTRE AMI

Ne nous a-t-il pas dit lui-même qu'il ne nous appellerait plus ses serviteurs^ mais ses amis?0 vous qui cherchez un ami, écoutez le conseil d'un païen, Sénèque : « Choisissez, dit-il, et puis aimez. » Il ne faut pas, en effet, aimer sans discernement et par passion, mais avec connaissance et jugement. Il faut examiner le mérite de la personne que l'on veut aimer, peser le bien et le mal

qui peuvent résulter du choix que nous ferons, et ne point/ aller avec précipitation dans une aiïaire de cette impor-i tance. L'homme qui veut acheter une chose ne prend pas au hasard la première qui lui tombe sous la main, jnai| il la regardé et la considère avec soin dans tous les scnà pour faire un bon choix et n'être pas trompé -, si personip n'achète un cheval sans l'avoir monté, du drap saiis l'avoir touché, du vin sans l'avoir goûté, un instrumeiit de musique sans l'avoir essayé, combien est-il plus raisonnable et nécessaire d'apporter la plus grande attention dans le choix d'un ami, de ne pas donner son cœur m premier venu, mais d'examiner soigneusement s'il en est digne? En choisissant un ami on lui donne la chose la plus précieuse, puisqu'on lui donne son cœur et par conséquent tout ; on prend d'ailleurs aisément le caractère et les habitudes d'un ami, à qui la force de l'amour nous rend insensiblement semblable ; de plus, l'amour a un si merveilleux empire sur l'homme qu'il emporte et enlève après lui, comme un premier mobile, toutes les autres passions et les tourne comme il veut. Et de même que le premier mobile dans une machine ou dans une horloge venant à se déranger, rien n'est plus réglé dans leur mouvement et tout est^ en confusion, ainsi, si l'amour qui a une puissance si absolue sur- notre volonté, notre esprit, notre honneur, nos biens et sur tout en général, est déréglé, il doit nécessairement troubler et pervertir tout l'homme et jeter le plus grand désordre dans ses affections, dans ses pensées, dans son âme et dans son corps: il est donc d'une importance au-dessus de tout ce que l'on peut dire, d'asseoir judicieusement son amour et de bien choisir celui à qui on le veut donner.

Or, n'est-il pas clair que Notre-Seigneur Jésus-Christ est le seul objet digne de noh-e cœur ; que tout homme de jugement doit nécessairement le choisir pour l'objet de son amour et qu'on ne peut manquer de faire ce choix sans manquer de bon sens.

Ah! si vous trouvez unt ami plus dévoué que JésuS,

tournez le dos à Jésus, abandonnez cet ami divin, j'y consens; mais si Jésus est cet ami unique, éternel, désintéressé, qui vous a aimés immensément et veut immensément vous aimer, comment, pourquoi jamais l'abandonner?

L'amitié des borames et toujours entachée de trois imperfections : ils nous aiment peu, ils commencent tard à nous aimer et ils finissent bientôt de s'intéresser à nous; car s'ils ne nous abandonnent point dans nos tribulations, ils-le font tout au moins à la mort; après nous avoir accompagné à notre dernière demeure, ils nous y laissent en proie aux vers et ensevelissent notre souvenir dans la tombe. Jésus-Christ, ami immortel, ne cesse jamais de nous aimer, à moins que nous ne soyons les premiers h le trahir, et, loin do nous abandonner dans la tribulation, c'est alors plus que jamais qu'il nous tient compagnie pour nous aider à la supporter ; loin de nous délaisser à la mort, il se dispose à nous donner l'immortalité; il veille sur nos cendi*es refroidies, pour leur rendre un jour une vie nouvelle qui ne finira plus; et, alors que notre nom est oubbé dans le temps, il l'écrit en caractères indélébiles dans l'éternité.

En outre, Jésus est un ami éternel; comme homme, dès le moment où il reçut l'existence, il nous connut et il nous aima; et comme Dieu, dès qu'il aima son Père céleste par qui il a été engendré, il se détermina à nous aimer et à nous combler de bienfaits. Si nous voyons une personne douée de qualités précieuses qui la rendent aimable, nous l'aimons, bien qu'elle ne nous aime pas; mais s'il arrive qu'elle recherche notre affection, qu'elle nous livre son cœur, avec les témoignages d'une tendresse sincère et généreuse, surtout si elle nous fait du bien, nous ne. pouvons lui refuser notre amour. Le cœur peut bien résister à la haine, mais il ne saurait se défendre contre l'amour. Or, le Fils de Dieu, ce prince si beau, si noble, si accompli, non seulement nous permet de l'aimer mais nous supplie même de vouloir l'aimer.

Il demeure constamment sur nos autels comme une victime d'amour, comme l'amour des amours, dit saint Bernard. Pouvez-vous encore douter de la tendresse de ce divin amant pour vous? Gontcmplez-le dans la crèche, considérez-le sur la croix, pénétrez son cœur et refusezlui ensuite votre amour, si vous en étés capables.

Ce Jésus, qui proteste qu'il est votre véritable ami, ami fidèle, ami éternel, ami qui vous aime avec plus de passion que ne pourraient vous aimer toutes les créatures ensemble, quand même elles n'aimeraient que vous; ce Jésus dont l'amour pour vous n'a pas eu de commencement, vous ne commenceriez pas à l'aimer? Ah! Jésus vous a aimé sans mesure et vous voudriez l'aimer avec tant de réserve? Votre amour lui a coûté plus cher que celui de tous les anges, puisqu'il l'a acheté au prix de tout son sang ; et malgré cela il ne pourrait pas encore l'obtenir?

0* mon Sauveur, Tinfidélité, l'inconstance des homines m'ont assez appris que c'est en vain que je cherchais en eux consolation et appui. Ceux que j'ai le plus aimés ont été pour moi la source des déceptions les plus amères. Il est temps de vous choisir pour l'unique ami de mon cœur, celui qui me soutiendra dans les jours mauvais, celui qui me restera fidèle quand tous ceux de la terre me trahiront, celui dont la mort elle-même ne pourra pas rompre l'affection, car la charité ne meurt pas; je vous aime donc plus que tout le reste. Mourir plutôt que de vous offenser!

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