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CHAPITRE II

LES PERFECTIONS DE DIEU MERITENT QUE NOUS l'aimions PAR-DESSUS TOUT

Jusqu'ici, nous nous sommes étendus sur les bienfaits de Dieu, et nous avons cherché à convaincre nos lecteurs qu'on ne peut, sans la plus noire des ingratitudes, refuser ses affections à celui de qui nous tenons tout. Toutefois, ces motifs ne tendent par eux-mêmes qu'à produire en nous l'amour de reconnaissance, qui n'est pas encore l'amour parfait. Si même on n'aimait Dieu qu'à cause de ses bienfaits, étant disposé à ne pas l'aimer, si Dieu les retirait, cet amour serait coupable. En effet, comme le dit saint François de Sales, antre chose d'aimer Dieu à cause de ses bienfaits, ce qui est un acte saint, et autre chose de ne l'aimer qu'à cause de ses bienfaits, ce qui est lui faire outrage. La femme, qui n'aime son mari que parce qu'il a un domestique qui lui plaît, est convaincue d'aimer le domestique plus que le mari. Si vous n'aimez le médecin qu'à cause de la santé qu'il vous rend, vous aimez plus la santé que le médecin. Si donc vous n'aimez le Créateur qu'à cause de ses bienfaits, vous aimez ses bienfaits plus que lui, et même vous ne l'aimez pas, mais vous vous aimez vous-même.

Nous devons donc toujours aimer Dieu plus que ses dons, plus que les consolations qu'il nous accorde; et quand nous l'aimons par-dessus tout à cause de ses bienfaits, si nous ne nous élevons pas plus haut, notre amour n'est encore que la reconnaissance, ou l'amour intéressé ; car nous faisons encore trop attention à nous; et cet

amour imparfait n'est pas encore cette charité qui efface tous les péchés. II est bien vrai que la considération do la bonté de Dieu à notre égard, surtout dans les mystères de l'Incarnation, de la Passion de Notre-Seigneur, de l'Eucharistie, nous aide efficacement à envisager la bonté de Dieu en lui-même, et à produire par suite des actes de charité. Ce n'est que pour mener là nos lecteurs que nous leur avons présenté jusqu'ici un tableau des bienfaits divins, espérant par là attendrir leur cœur, les disposer à aimer Dieu parfaitement; néanmoins, il reste toujours vrai que notre amour n'est parfait qu'autant qu'il s'attache à Dieu, non en tant qu'il est bon pour nous, mais en tant qu'il est en lui-même la perfection infinie et par conséquent souverainement aimable. C'est là le terme du voyage que nous avons entrepris; ce n'est que lorsque nous l'aurons atteint que nous nous reposerons en Celui qui fait la félicité de ceux qui l'aiment.

Dieu n'est pas aimé parce qu'il n'est pas connu. On ne peut aimer ce qu'on ne connaît pas. Si les saints au ciel sont pénétrés d'amour pour Dieu, c'est qu'ils le connaissent parfaitement ; si les âmes pures sur la terre aiment Dieu seul, c'est qu'elles méditent ses perfections infinies ; c'est donc travailler à faire aimer Dieu que de le faire connaître. Certains oiseaux de nuit se cachent dès que le soleil brille à l'horizon; leurs yeux infirmes n'en peuvent pas supporter la clarté. Faites briller un rayon des perfections divines à certaines intelligences malades, elles ne peuvent supporter cette lumière. Parlez-leur des richesses, des plaisirs, des fêtes ou des sciences profanes, de tout ce qui n'est au fond qu'une lueur nocturne, comparé à Dieu, elles en seront intéressées, et passionnées peut-être. Persuadé que nous n'avons parmi nos lecteurs que des enfants de lumière, qui ne se plaisent pas dans les ténèbres, mais dans les splendeurs de la vérité, cherchons dans un premier article à leur faire connaître Dieu, afin de les presser dans un second de lui donner tout leur cœur.

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