G EST NOTRE INTERET D AIMER DIEU
Si nous avions le malheur d'oublier le commandement divin, du moins faudrait-il ne pas nous oublier nous-mêmes, ne pas perdre de vue nos plus grands intérêts. Rien pour nous n'est aussi nécessaire, aussi avantageux, aussi honorable, aussi doux que d'aimer Dieu. Ceux donc qui négligent de le faire sont les ennemis de leur âme; mais, pour le comprendre, entrons dans quelques détails.
ARTICLE PREMIER Rien de plus nécessaire que l'amour de Dieu.
Il serait facile d'établir cette nécessité pour la société elle-même, qui est tombée partout dans la barbarie, tant qu'elle n'a pas connu la grande loi de l'amour de Dieu, barbarie qui est encore aujourd'hui le partage des peuples qui ignorent ce grand précepte, et dans laquelle sont menacées de retomber demain les nations qui oublient ce qu'elles doivent à leur Créateur.
Bossuet a dit : « Quiconque n'aime pas Dieu n'aime que soi-même; mais quiconque n'aime que soi-même, uniquement occupé de sa propre volonté et de son plaisir, n'est plus soumis à la volonté de Dieu ; et demeurant incapable d'être touché des intérêts d'autrui, il est non seu-. lement rebelle à Dieu, mais encore insociable, intraitable, injuste, déi-aisonnable envers les autres, et veut que tout serve, non seulement à ses intérêts, mais encore à ses caprices. Pour unir les hommes entre eux, il faut les rap-
158 c'est notre intérêt d'aimer dieu
procher de Dieu qui est leur contre commun; s'ils s'en écartent, ils se divisent forcément. » « La civilisation véritable n'est que le respect et l'amour de l'homme pour l'homme, a écrit le P. Ventura. Mais l'amour de l'homme pour l'homme découle de l'amour de Dieu, comme de sa principale source. Le commandement d'aimer l'homme dérive du commandement d'aimer Dieu. L'amour de Dieu est donc le fondement de la vraie civilisation. Aussi, Jà où on ignore la paternité divine, on ignore la fraternité chrétienne ; là on hait l'homme, on le méprise, on l'exploite, on l'asservit. Là, le juste c'est Futile; la raison c'est le caprice; le droit c'est la force ; et de là la véritable barbarie; car comme l'absence de l'amour de Dieu est la dépravation et la véritable barbarie de l'âme; de môme l'absence de l'amour pour l'homme est la barbarie on la dépravation de la société. La barbarie fait peur ; qui donc voudrait être barbare ? Alors on a imaginé de singer le christianisme. On a appelé les peuples à la fraternité. Vaine et puérile tentative de vouloir établir la fraternité humaine en oubliant la filiation qui nous attache à Dieu ! Non, les hommes ne peuvent s'aimer en frères qu'en se souvenant qu'ils sont les enfants de Dieu. Ne savons-nous pas ce qu'on a fait avec une civilisation oublieuse de Dieu ? Au lieu d'avancer on a reculé, ou, si vous voulez, on n'a obtenu qu'un progrès négatif, le progrès dans le mal, progrès dans la misère, progrès dans les vices de toute sorte. »
Ce progrès infernal, nous en avons sous les yeux le désolant spectacle dans certaines localités de l'Europe. Au nom de la fraternité, nous voyons les citoyens les plus pacifiques, les plus fidèles aux lois de leur pays, les plus dévoués au salut et au soulagement de leurs frères, nous voyons ces anges de la terre qui n'ont pas voulu par amour pour Dieu et pour leurs frères fonder une famille, afin de s'en faire une plus nombreuse des orphelins, des pauvres et des malades, nous les voyons, dis-je, arrachés à leurs saints asiles de prière et de dévouement, dispersés