‹ L'art d'être heureux [microform]Chapitre 65 sur 121 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DES MOYENS POSITIFS d'ACQUÉHIR

l'amouu de dieu

Nous avons dit, dans le cJiapitre précédent, ce ([u'il fallait; éviter pour acquérir l'amour divin; nous devons exposer ici ce ([u'il l'aut faire pour y réussir. D'abord il faut chercher la charité ou elle se trouve; elle n'est pas en nous. Si nous rentrons en nous, nous ne trouvons que la froideur et l'égoïsme. Ce feu divin, comme dit saint Léonard, ne peut être tiré du roeher de notre cœur ; il faut donc recourir à ce Dieu qui est un feu consumant, afin qu'il daigne nous embraser, et ensuite, (juand il voudra bien agir en nous, nous devons coopérer à son action par les efforts do notre volonté. Ces deux pensées demandent quelques développements (juo nous allons donner dans les articles suivants.

ARTICLE PREMIER Des moyens d'obtenir de Dieu la charité.

.Ces moyens sont multiples, ce sont les exercices de piété par lesquels on attire en soi la grâce divine. Nous devons nous boi-ner à dire quelques mots de la prière, de l'praison, de la présence de Dieu, de la lecture spirituelle, de la fréquentation des sacrements. C'est là que tous les saints ont puisé comme dans sa source l'amour divin. Nous parlerons aussi, dans l'appendice, de la dévotion au Sacré-Cœur si capable d'embraser les âmes du fou do la charité.

I 1". — De la prière.

Pour en comprendre l'absolue nécessité, il faut connaître la doctrine catholique à ce sujet. L'homme, par le péché, est devenu infirme. Dans l'ordre du salut, il ne peut rien par ses propres forces. Sans moi, a dit Notrc- Seigneur, c'ést-à-dire sans ma grâce, vous ne pouvez rien, ni peu, ni beaucoup, comme commente saint Augustin, pas mémo avoir le commencement de la loi, pas même triompher des grandes tentations, pas même prononcer le nom de Jésus, pas même avoir une bonne pensée d'une manière méritoire pour le ciel. Gomment donc pourrionsnous nous élever de nous-mêmes jusqu'aux hauteurs de l'amitié de Dieu, jusqu'à l'union à cette majesté infinie? Il est donc clair que la grâce est nécessaire pour tout acte surnaturel, et à plus forte raison pour aimer Dieu par-dessus tout, de toute son âme et de toutes ses forces. La charité vient de- Dieu, dit saint Jean: Chantas ex Deo est, ce que saint Augustin commente ainsi : « L'amour de Dieu par lequel on arrive à Dieu, ne peut venir que de lui. » Mais, dans l'ordre de sa providence, Dieu donne sa grâce à qui la lui demande. Demandez, dit l'Evangile, et vous recevrez, c'est comme s'il disait:- Si vous ne demandez pas, vous ne recevrez pas. Comme il n'y a rien . de si nécessaire à l'homme que la charité, et que la grâce est indispensable pour l'acquérir, et comme la prière est le moyen pour obtenir la grâce, il faut en conclure qu'il n'est rien de plus nécessaire à la vie chrétienne que la prière. C'est pourquoi elle nous est si souvent commandée dans les Saintes Écritures.

Notre-Seigneur insiste sur cette obligation : Demandez, dit-il, cela ne suffit pas ; cherchez, ce n'est pas encoreassez ; frappez à la porte de la clémence divine, afin qu'elle vous soit ouverte. Il faut toujours prier et ne jamais se lasser. Les saints, interprétant les paroles de Notre- Seigneur, nous disent que la prière est le pain de l'âme et la clé du ciel, que, sans la prière, nous sommes comme

MOYENS POSITIFS D' ACQUÉRIR l'AMOUR DIVIN 241

un poisson hors de l'eau ; comme un arbre dont les racines n'ont plus de sève ; comme une ville sans murailles ; comme des aveugles qui n'ont plus la lumière pour se conduire. Toutes ces comparaisons nous disent assez que si nous abandonnons la prière, nous nous suicidons nous-mêmes spirituellement.

Mais, parmi les docteurs, il n'en est peut-être point qui aient si souvent inculqué la nécessité de la prière que saint Alphonse de Liguori.Il ne se contente pas d'enseigner dans sa théologie morale que la prière est absolument nécessaire pour le salut à tout homme qui arrive à user de sa raison, il a écrit un ouvrage spécial sur ce sujet, et il revient sur la prière dans toutes ses œuvres ; il se plaint des prédicateurs et des confesseurs de son temps, qui, à ses yeux, ne recommandent pas assez la prière à leurs auditeurs et à leurs pénitents; des livres, spirituels, répandus à profusion, qui en parlent trop peu. Mais voici quelques passages extraits de ses écrits :

a Je voudrais, dit ce saint missionnaire, répéter continuellement à tous les hommes ces simples paroles : Priez, priez! En voulez-vous connaître la raison? Les Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament nous recommandent sans cesse de prier, de presser, de solliciter, afin d'obtenir les grâces ; les Pères de l'Eglise sont unanimes à nous prêcher la prière: et néanmoins les chrétiens s'inquiètent peu de mettre en usage ce grand moyen de salut. Pour aimer beaucoup Jésus-Christ, il faut prier beaucoup.

» Pour moi, je dis de répéter et je répéterai toute ma vie, que notre salut dépend de la prière ; que, par conséquent, tous les écrivains dans leurs livres, tous les orateurs sacrés dans leurs sermons, tous les confesseurs au saint tribunal, devraient, avant tout, insister sur la nécessité de la prière. Ils devraient y exhorter, y pousser, et redire à satiété : Priez, priez ; priez sans jamais vous lasser, parce que, avec la prière, votre salut est assuré, et, sans elle, votre damnation est certaine. Oui, voilà

l'obligation de tous les prédicateurs et de tous les directeurs ; car il n'est aucune école qui mette en doute cette vérité : que celui qui prie obtient toutes les grâces qu'il demande et arrive infailliblement au salut. Mais il y en a si peu qui prient; voilà pourquoi il y en a tant qui se perdent. Sans doute, il faut toutes les vertus pour se sauver et arriver à la sainteté, il faut la mortification, l'humilité, l'obéissance et principalement la charité; et pour les ac- (piérir, il est nécessaire de recourir, non seulement à la prière, mais encore à la méditation, à la Sainte Eucharistie, aux bonnes résolutions.

» Toutefois, si nous ne prions pas, nous aurons beau méditer, communier, prendre d'excellentes résolutions, nous ne serons ni mortifiés, ni humbles, ni obéissants ; nous n'aimerons pas Dieu, nous ne résisterons pas aux tentations; en un mot, nous n'avancerons en rien.

» En résumé, c'est la prière qui a fait tous les saints; sans elle, ils ne seraient pas sauvés, et les damnés se sont perdus en abandonnant la prière par laquelle ils se seraient sanctifiés. Aussi, c'est et ce sera toujours leur plus grand désespoir dans l'enfer, d'avoir pu si facilement se sauver en priant et de ne pouvoir plus recourir à un moyen si efficace. »

Il est donc bien compris que, sans la prière, on ne peut arriver à l'amour de Dieu , et, d'autre part, qu'en priant nous sommes sûrs d'obtenir la charité.

Les hommes peuvent promettre et être infidèles à leur parole; mais il est impossible que Dieu nous trompe. Or, Notre- Seigneur a promis de la manière la plus formelle, en divers cas, d'accorder à la prière tout ce qu'on lui demanderait dans l'ordre du salut : Demandez et vous recevrez. Quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve et on ouvre à celui qui frajrpe. Si vous, qui êtes méchants, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien 2)lus votre Père, qui est dans le ciel, donnera-t-il de bonnes choses à ce%ix qui les lui demandent. Telles sont les paroles de Jésus-Christ lui-même. Saint Paul dit ; Qui-

conque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé, et sainl Jacques : Si quelqu'un a besoin de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui donne à tous avec abondance, et elle lui sera donnée. La vraie sagesse, c'est ramour do Dieu. Demandons-la, nous l'obtiendrons sûrement. Dieu ne demande pas mieux que do nous donner son amour. N'estce pas pour cela ([u'il a euA^oyé son Fils dans le monde; et ce Fils adorable n'a-t-il pas dit : Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que dcsiré-je, sinon de le voir embraser les âmes? Chose étrange ! certains clirôtiens qui ont la foi, et qui sentent que l'homme n'a rien sans Dieu, sont souvent dans une illusion étrange. On les voit faire célébrer des messes et des neuvaincs pour obtenir les grâces temporelles, la réussite d'un commerce, la guérison d'une maladie, l'heureuse issue d'un procès, etc. 11 y a là, sans doute, un acte de foi et de confiance en Dieu; mais n'est-il pas étonnant pourtant que ces mêmes hommes n'aient pas le même zèle pour obtenir les dons surnaturels, qui sont pourtant les seuls que Dieu s'est engagea nous donner infailliblement, parce qu'ils sont seuls de véritables biens? Los biens temporels deviennent, eu effet, facilement des obstacles au salut. Dieu n'a pas voulu, par sa promesse, s'obliger à les accorder à ceux qui les lui demandent à leur grand détriment. Quel est celui d'entre vous, dit-il, qui donnerait une pierre à son enfant qui lui demande un œuf, ou un serpent, s'il lui demande un poisson?

Quand Dieu nous refuse les biens temporels, c'est qu'il prévoit que nous en abuserions, et pourtant, c'est alors surtout que nous nous plaignons de ce que Dieu ne nous donne pas ce que nous lui avons demandé, tandis que nous devrions l'en bénir.

C'est, en effet, une grâce qu'il nous fait, puisqu'il nous ôte des mains l'arme qu'il prévoit devoir nous blesser. Mais nous sentons si peu le malheur d'être privé des dons surnaturels que Dieu s'est obligé à nous donner, et qu'il nous accordera sûrement, que nous oublions souvent

244 MOYENS POSITIFS d' ACQUERIR l'AMOUR DIVIN

de les demander; nous prions avec peu de ferveur pour les obtenir ; il ne nous est peut-être jamais venu en pensée de faire dire une messe ou de demander une neuvaine pour obtenir la grâce des grâces, celle qui vaut e ciel, l'amour de Dieu. Faut-il s'étonner, après cela, qu'on soit tiède au service de Dieu, qu'on ne fasse pas de progrès dans son amour? On a tari pour soi la source des grâces erj négligeant de prier; il est tout naturel qu'on ait le cœur sec et aride.

Ah! les saints aimaient Dieu parce qu'ils lui demandaient avec instance son amour. Ils grandissaient chaque jour, dans la charité, parce qu'ils suppliaient presque sans cesse la clémence divine de l'augmenter en eux. Pour eux les biens de la terre étaient regardés comme des balayures qu'ils foulaient aux pieds; ce à quoi ils tenaient, c'était à la grâce, à l'amitié de Dieu, à l'ardeur de son amour. Il ne dépend que de nous de leur ressembler; prions, et au lieu de ne lui demander que des biens temporels, demandons, par d'incessantes prières, avant tout la charité. Si un fermier auquel un grand roi dirait sincèrement : Demandez-moi tout ce que vous voudrez, je vous l'accorderai, lui répondait : Sire, vous avez de beaux chevaux, donnez-moi pour mes terres quelques quintaux d'engrais de vos étables; une telle réponse ferait la risée de toute la cour, et le roi lui-même en serait offensé, s'il ne pouvait pas l'attribuer à la simplicité de ce brave homme. Hélas! est-ce moins ridicule, quand la majesté divine promet de tout nous accorder, de ne lui demander que des faveurs temporelles, au lieu de la conjurer de nous donner son amour? Faisons donc désormais et de tout cœur, la prière de saint Ignace: Mok Dieu, donnez-moi votre aviour seul, et je suis assez riche, je ne vous demande rien de plus. Nous serons sûrement exaucés, si nous la faisons avec confiance et persévérance (1). En demandant par d'incessantes

(1) Nous espérons publier bientôt sous ce titre: la Clef du ciel, un livre sur la prière, espérant par là contribuer au salut

MOYENS POSITIFS d'ACQUÉRIR L' AMOUR DIVIN 245

prières l'amour de Dieu, n'oublions pas de recourii* à l'intercession des saints, qui sont les amis de Dieu, et ont, par conséquent, un grand crédit auprès de lui. Dieu les aime d'un amour de prédilection ; et il se plaît à nous les voir honorer sur la terre comme il les honore lui-même dans le ciel. Saint Alphonse de Liguori nous dit que de même que le commerce avec le démon est une marque de réprobation, de même l'invocation fréquente dès saints est un signe de prédestination. Entre les saints, invoquons de préférence ceux qui ont exccUc dans l'amour de Dieu, comme saint Pierre, saint Paul, saint François d'Assise, saint François de Paule, saint François de Sales, sainte Madeleine, sainte Thérèse, sainte Catherine de Sienne, sainte Marie-Madeleine de Pazzi, etc. Chacun ferait bien de se faire à lui-même des litanies des saints et des saintes pour lesquels il a une dévotion particulière et de les réciter tous les jours pour obtenir un accroissement d'amour de Dieu. Mais à qui recourir avec plus de confiance pour obtenir la charité qu'à celle que l'Eglise appelle la mère du bel amour, la Vierge Mario? Saint Liguori nous apprend que l'invocation de Marie est moralement nécessaire au salut, et que, sans une dévotion filiale à la Sainte Vierge, il est moralement impossible d'arriver à une grande perfection et, par conséquent, à un grand amour de Dieu. Comment d'ailleurs ne pas aimer Marie quand on veut aimer Dieu; Marie, par qui le Fils de Dieu nous a été donné ; Marie, que Dieu aime plus que toutes les créatures ensemble et qu'il voudrait nous voir aimer après lui par-dessus tout? Comment ne pas invot{uer celle que Jésus nous a donnée pour Mère? N'est-elle pas la toute-puissance supphante? Sa prière n'a-l-elle pas la nature du commandement? Pourrait-elle refuser d'interposer sa médiation pour nous obtenir l'amour de Dieu, elle qui étant sa Mère, n'a d'autre ambition que de le

et à la sancti[ication des âmes. Nous recommandons ce projet aux prières de nos lecteurs.

246 MOYENS POSITIFS d'ACQUÉRUI l'amour DIVIN

Yoir aimer de toutes les âmes? Marie, ma tendre Mère, obtenez à tous vos cnlaiits la grâce des grâces, l'amour de celui ([ue vous aimez uniquement.

§ 2. — De l'oraison.

Ce ({uc nous avons dit, dans le paragraphe précédent, s'applique à la prière cnvisagéeon tant qu'elle est la demande faite à Dieu de son secours, de sa grâce, sans laquelle nous ne pouvons ni croire, ni espérer, ni aimer comme il con- Tient. Cette demande, si elle part du cœur et des lèvres à la fois, s'appelle prière vocale; si elle. part du cœur seul sans le secours des lèvres, c'est la prière mentale ou Foraison ; si elle part des lèvres sans partir du cœur, ce n'est pas plus une prière que le refrain des perroquets. Il faut donc avoir soin de mettre à nos prières, même vocales, notre attention et notre cœur.

Saint Alphonse de Liguori remarque que les âmes qui ne font pas oraison prient peu, ou prient mal, parce qu'elles n'ont pas l'habitude de penser à Dieu, de s'élever à lui, <rètre pénétrées de sa présence et des grandes pensées de la foi. 11 est donc bien important pour le salut et surtout pour acquérir la perfection de la charité de s'applicjuer à Foraison ou à la méditation.

« Les anciens philosophes, dit saint François de Sales en parlant do l'homme, ont dit ([u'il était un arbre renversé qui a ses racines en haut et ses branches en bas; et comme nous voyons que si l'arbre ne tire continuellement les influences du sol par le moyen de ses racines pour se nourrir, il ne peut subsister longtemps on vie, de môme on est-il de Fhomme qui ne peut demeurer longtemps en k vie de la grâce, s'il ne fait une particulière attention aux choses célestes par le moyen de Foraison. » De mémo donc que les jardiniers donnent des soins particuliers aux racines des arbres, sacliant bien ([ue, par ce moyen, ils peuvent se promettre des fruits abondants, ainsi devonsnous consacrer tous nos soins à cultiVer les racines de

noire àme, qui sont fixées dans le ciel, si nous voulons l'ecbeillir sur la terre une copieuse moisson do dons célestes. Or, cultiver les racines, c'est élever son cœur et fixer eu Dieu tous ses soins, toutes ses incertitudes et toutes ses pensées.

Les choses do la foi ne se voient pas par les yeux de la chair, comme les objets matéviols, mais seulement par la pensée, par la considération ; si donc nous n'employons quoique temps à méditer les vérités éternelles et particulièrement l'obligation où nous sommes d'aimer Dieu et pour lui-même, et en retour de ses innombrables bienfaits et de l'amour qu'il nous a témoigné, il nous sera difficile de nous détacher des créatures et de lui donner tout notre cœur. C'est dans l'oraison que le Seigneur nous fait connaître le néant des choses terrestres et le prix des biens célestes; c'est là qu'il enflamme de son amour les cœurs qui ne résistent point aux attraits de sa grâce.

Aussi, le saint roi David disait-il: C'est dans ma méditation que s'embrasera le feu du saint amour.

Le chrétien apprend à aimer Dieu par l'exercice de l'oraison, dit saint Alphonse de Liguori, comme le soldat apprend à se battre par les exercices militaires. Plus on progresse dans l'oraison, plus on progresse dans la sainteté. L'oraison, c'est la folltaine au centre du jardin. Ses eaux bienfaisantes donnent aux fleurs et aux plantes la vie et la fraîcheur. Supprimez la fontaine, les fleurs tombent, les plantes s'étiolent, tout languit et meurt. De même l'oraison fait croître l'amour et les vertus ; supprimez-la, l'àme n'est plus qu'une terre sans eau. Il est fort difficile que sans l'oraison l'homme ne tombe pas dans le péché mortel. Au contraire, il est impossible qu'un homme persévère dans l'oraison bien faite et vivo dans le péché. Avec l'oraison l'homme se perfectionne chaqvie jour; ([ui aime peu l'oraison aime peu Jésus-Christ.

Il serait superflu de multiplier les citations des saints docteurs et des maîtres de la vie spirituelle sur Vimpor-

248 MOYENS POSITIFS D'ACQUÉRIR l'AJIOUR DIVIN

tanco de roraison comme moyen d'arriver à l'amour divin, quand le prophète Jéréraie nous a appris (jue la terre est plongée dans la désolation parce que personne ne réfléchit. Sans réflexion, on ne connaît pas Dieu suffisamment, on ne se connaît pas soi-même, on n'est pas pénétré par conséquent des vérités chrétiennes (jui effleurent à peine la surface de l'âme, et par conséquent ne remuent pas le cœur et ne le déterminent pas à poursuivre le bien avec énergie.

Dès lors, comment sentir le besoin de s'appliquer à l'amour de Dieu, au mépris de soi et des créatures ?

Il faut donc méditer pour grandir dans l'amour de Dieu, et ceci est vrai pour tous, pour ceux qui vivent au milieu du monde, comme pour ceux qui vivent dans le cloître. Ceux-ci ont plus de facilité pour vaquer à l'oraison ; mais ceux-là en ont un besoin plus pressant encore afin de ne pas se laisser séduire par les fascinations de la bagatelle, comme parle le Saint-Esprit. Les uns et les autres sont appelés à la perfection de la charité, qui n'est pas réservée à un état particulier, mais qui est proposée à tous, quelle que soit leur condition; car Notre-Seigneur a dit à tous : Soxjez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

C'est ce qui doit faire la consolation des gens du monde. Ils peuvent, s'ils le veulent, aimer autant Notre-Seigneur qu'une Carmélite, bien qu'ils n'aient pas autant de faciUté qu'elle à y parvenir; mais pour cela ils ont besoin comme elle de l'oraison; qu'ils aient donc soin de s'y appliquer, s'ils désirent sincèrement aimer Dieu comme une sainte Monique, comme tant de saintes femmes et de vierges chrétiennes qui ont vécu au milieu du monde et qui l'ont édifié. Onne peut obtenir beaucoup de perfection, disait saint Louis de Gonzague, sans beaucoup d'oraison.

Mais le moyen, dira-t-on, de méditer au milieu du monde? Où trouver du temps pour s'y appliquer? Hélas! est-il un lieu où on perde tant de temps que dans le monde? Si on donnait à l'oraison toutes les heures employées à prolonger un sommeil superflu, des repas

MOYENS POSITIFS d'ACQUÉRIR L'AMOUR DIVIN 249

interminables, à faire ou à recevoir des visites inutiles, à médire avec ou sans esprit, à s'occuper de sa toilette ou de jeux frivoles, pour no rien dire do plus, on aurait assurément plus de temps pour méditer que beaucoup de religieux. Si un pauvre voyait un homme du monde jeter une quantité de pièces d'or à la rivière, il ne serait pas bien indiscret de lui en demander une ; quand nous voyons les gens du siècle perdre tant d'heures dans leur journée, est-ce être exigeant que de leur en demander une, ou du moins la moitié d'une pour eux, afin qu'ils l'emploient à méditer ?

Saint François de Sales fait à ce sujet cette réflexion : « La curiosité, l'ambition, l'inquiétude avec l'inadvertance, avec l'inconsidération de la fin pour laquelle nous sommes en ce monde, sont cause que nous avons mille fois plus d'empêchements que d'affaires, plus de tracas que d'œuvres, plus d'occupation que de besogne. Et ce sont ces embarrassements, c'est-à-dire les niaises, vaines et superflues occupations desquelles nous nous chargeons, qui nous divertissent de l'amour de Dieu, et non pas de vrais et légitimes exercices de nos vocations. David, et après lui saint Louis, parmi tant de hasards, de travaux et d'affaires qu'ils eurent, soit en paix, soit en guerre, ne laissèrent pas de chanter en vérité : Qu'y a-t-il pour moi dans le ciel et que désiré-je sur la terre, sinon vous, ô mon Dieu! » Non seulement l'oraison ne fait pas perdre de temps quand on s'y applique, mais elle en fait gagner beaucoup, en apprenant à vivre d'une manière réglée et à tondre sans détour au vrai but de la vie. Qui oserait dire ({ue le temps consacré "à nourrir lé corps par les aliments nécessaires, ou à lui accorder un sommeil de quelques heures est perdu? C'est par là, au contraire, qu'on répare ses forces et qu'on le rend capable de soutenir de rudes travaux. Notre âme aussi a besoin des aliments et du repos qui lui sont propres, elle les trouve dans l'oraison ; si elle n'a pas soin de réparer ses forces par ce saint exercice, elle devient languissante et sans énergie pour le bien.

2o0 MOYENS l'OSITlKS D'ACQUiîaiR l'aMOUR DIVIN

Du reste, lïmion à Dieu par l'esprit et par le cœur peut avoir lieu dans le travail et les occupations de chaque jour. Sainte Catlierine de Sienne, condamnée à laire la cuisine, dans une famille dont elle était la vingt-cinquième enfant, n'en était pas moins unie à Dieu que dans uu ovatoive. Elle avait bâti un sanctuaire dans son cœur ot s'y entretenait sans cesse avec Notre-Seigneur.

Si on trouvait la méditation trop aride, nous dirionsavcc le Saint-Esprit que la conversation avec Dieu, n^a imint d'amertume. Le dégoût qu'on y trouve vient souvent du manque de loi et d'amour. Comment! On trouve du plaisir à la chasse, à la pêche, à admirer les montagnes, les palais, les Ailles, à parler dans l'ombre avec une personne amie, iors même qu'on ne la voit pas, et on n'en trouverait point à s'occuper de son salut, à contempler les grands mystères de la foi, à s'entretenir avec Dieu? Si ce dégoût est une épreuve, n'en soyons que plus fidèles à l'oraison. Jésus au tabernacle a besoin de chandeliers et de statues qui parent son autel ; et saint François de Sales nous apprend que les confitures sèches sont les meilleures, ot «jue le pain dur est plus nourrissant que le lait.

Il en est qui se rebutent de l'exercice de l'oraison à sause des distractions qu'ils éprouvent; et en effet le démon, sachant tout le profit que nous pouvons tirer de set exercice, tente tout pour nous en détourner. Si nous ne remarquons pas les distractions, elles ne sont nullement coupables, il n'y a pas lieu de nous en inquiéter, par sonséquent. Eloignons-en néanmoins les causes en nous recueillant le plus possible. Quand nous les remarquons, revenons à Dieu en nous en humiliant, mais sans nous k-oubler. Saint François de Saies écrivait : « Vous ne feriez autre chose, tout au long de votre heure, que do reprendre tout bellement votre cœur et de le mettre auprès de Notre-Seigneur, et qu'autant de l'ois que vous Ty remettiez il s'en détournerait, votre heure serait bien employée et vous feriez un exercice fort agréable à votre idier époux, »

Il on est qui se croient incapables de l'aire oraison, parce qu'ils n'ont pas, disent-ils, assez d'instruction religieuse, et qu'ils ne savent pas comment s'y prendre pour méditer. Or, il faut qu'on sache bien que Dieu révèle souvent aux petits ce qu'il cache aux sages et aux prudents du siècle. Un bon frère des déserts d'Orient, en faisant sa cuisine, pleurait sans cesse; et quand on lui en demandait la raison, il disait qu'à la vue de son feu il pensait à celui de l'enfer et aux malheurs de ceux qui y brûlent. Que d'humbles âmes sont d'une union à Dieu que nous admirons! Ceci s'explique facilement. Il faut sans doute connaître Dieu pour l'aimer ; mais, dit saint François de Sales, « l'amour ne se mesure pas sur cette connaissance. Nous voyons que la connaissance d'une injure émeut la colère, laquelle, si elle n'est soudain ■étouffée, devient presque toujours plus grande que le sujet ne le requiert : les passions ne suivent pas la connaissance qui les émeut, mais, la laissant bien souvent en arrière, elles s'avancent sans mesure ni limite quelconque vers leur sujet. » Quant à la manière de faire oraison, on peut la demander à son confesseur, ou la trouver dans la plupart des livres de] piété, dans ceux en particulier que nous avons écrit. (Voir le Livre (le tous.)

Voici du reste la méthode la plus facile de toutes. D'abord, pour nous rendre plus aptes à l'oraison, vivons dans le recueillement. Une eau agitée ne reproduit pas l'image de notre visage; l'àme dissipée, légère, no poiil retracer nettement l'image de Dieu.

La veille de la méditation, il faut prévoir le sujet sur lequel on doit méditer et le fruit qu'on veut en retirer, et pour cela se servir d'un livre. Les livres de méditations ne manquent pas, et d'ailleurs presque tous les livres de piété peuvent servir à cette fin. Toutefois, quand on veut grandir dans l'amoiir de Dieu, il faut savoir choisir les sujets qui sont les plus propres à atteindre ce résultat. On pourrait donc méditer souvent avec grand profit les motifs d'aimer Dieu que nous avons exposés dans la pre-

252 MOYENS POSITIFS d' ACQUÉRIR L'AMOUR DIVIN

mière partie de ce livre, et surtout les chapitres où nous traitons de la Passion dé Notre-Seigneur. On trouve d'ailleurs des livres spéciaux, sur les souffrances de ce divin Sauveur. « Il est certain, dit saint Alphonse de Liguori, que si Jésus-Christ est si peu aimé dans le monde, c'est un effet de la négligence et de l'ingratitude des hommes, qui ne veulent pas considérer, au moins de temps en temps, ce que le Fils de Dieu a souffert pour nous, et l'amour qu'il nous a i^témoignè dans ses souffrances. »

Le Bienheureux Albert le Grand dit qu' « il est plus profitable de penser un peu chaque jour à la Passion, que de jeûner tous les vendredis de l'année au pain et à l'eau, que de se donner la discipline jusqu'au sang. » Et saint Bonaventure : « Celui qui médite la Passion, dit-il, y trouve abondamment tout ce qui lui est utile et nécessaire; il n'a pas besoin de chercher ailleurs. » En effet, quel que soit l'état de notre àme, nous trouvons dans la méditation de la Passion, avec le remède à nos maux, les secours nécessaires et les consolations dont. nos cœurs sont avides.

Le moment de la méditation venu, il faut se retirer dans un endroit solitaire, si c'est possible, se pénétrer de la présence de Dieu, lui demander s'es lumières, invoquer Marie, saint Joseph, son Ange gardien, les Saints auxquels on a le plus de dévotion; puis ouvrir le livre à l'aide duquel on a prévu le sujet de la méditation. Les enfants au berceau marchent avec les pieds de ceux qui les portent, en attendant qu'ils sachent se servir de leurs propres pieds. Quand nous n'avons ni pensées, ni sentiments, servons-nous de ceux des autres, en les puisant dans quelque bon livre. Sainte Thérèse, dans l'oraison, était comme un soldat sans armes quand elle n'avait pas son livre ; elle fit oraison avec un livre pendant dix-sept ans. En lisant, imitez la colombe qui prend une gorgée d'eau dans son bec et puis l'egarde le cief pour l'avaler; goûtez chaque pensée. Saint Eloi faisait la méditation avec un livre; mais souvent il interrompait la lecture et

MOYENS POSITIFS d' ACQUÉRIR L'AMOUR DIVIN 25îJ

arrosait le livre de ses larmes ; le roi avait beau l'appeler, il continuait son oraison jusqu'à ce que l'heure de la quitter fut venue. Quand l'âme se sent attirée intérieurement à se reposer en Dieu, elle peut interrompre le travail de l'imagination et de l'intelligence pour laisser son cœur s'écouler en Dieu, se reposer en lui, s'unir à lui intimement. Ce n'est pas un temps perdu que de goûter Dieu, de le laisser agir en nous, de recevoir paisiblenient son action et de s'y livrer, en se portant aux actes vers lesquels on se sent incliné par la grâce. Sainte Thérèse a dit : o[ Ici-bas il arrive souvent que deux personnes d'esprit et qui s'aiment beaucoup, s'entendent sans signe et seulement en se regardant. S'il plaît à Dieu de donner à votre âme une certaine connaissance de ce qui se passe au ciel, laissez-le vous initier à ce parler sans parole qui €st la langue de la Patrie. »

L'important est, dans le cours et surtout à. la fin de l'oraison, de faire beaucoup d'affections pour Notre-Sei- ^neur et pour la vertu que l'on veut acquérir; des actes de charité, répétés fréquemment, sont ce qu'il y a de plus parfait. « Il est extrêmement utile, dans l'oraison, dit ■saint Liguori, et peut-être préférable à toute autre chose de faire de fréquentes prières -en demandant à Dieu avec humilité et confiance ses grâces, les lumières dont on a besoin, la résignation, la persévérance, etc., mais surtout le don du saint amour. » On peut dans ce but réciter ■quelques prières vocales, et les répéter souvent, surtout si l'on se sent très aride. Pour ne point perdre de temps dans ce saint exercice, dit encore ce saint docteur, « faites un nombre déterminé d'actes et de prières, par exemple : cinquante actes d'amour, cinquante offrandes de vous-même, cinquante prières pour obtenir l'amour parfait et la sainte conformité à la volonté de Dieu ; et peu importe si vous les faites sans dévotion sensible. Adressez aussi des actes d'amour et des prières à la Sainte Yierge. »

En terminant l'oraison, on doit prendre une résolution particulière, comme d'éviter certaine faute dans laquelle

2o4 ^lOYENS POSITIFS D'ACQUÉUIR L'AMOUR DIVIN

on est tombé plus souvent, ou de mieux pratiquer quelque vertu. La même résolution doit se renouveler plusieurs fois, jusqu'à ce qu'on soit corrigé de ce défaut ou qu'on ait acquis cette vertu.

A la fin, on remercie Dieu des lumières "reçues; on demande au Père éternel, pour l'amour de Jésus et de Marie, la grâce de lui être fidèle. Ne manquez jamais do recommander à Dieu les âmes du Purgatoire et les pécheurs. Saint François de Sales nous conseille de ne point quitter l'oraison sans y cueillir un bouquet de fleurs pour en savourer la bonne odeur durant le jour, c'est-à-dire sans retenir une ou deux pensées qui ont produit dans notre âme de plus vifs sentiments de dévotion et qui serviront à nous enflammer, le reste de la journée. Après l'oraison, il faut avoir soin de mettre en pratique ses résolutions, dès que l'occasion s'en présente. Heureuses les. âmes qui s'appliqueront à l'oraison, elles finiront par trouver Dieu et par le goûter! Plus heureuses encore celles qui, par l'oraison, arriveront à ne jamais le perdre de vue le long du jour, en pensant à sa saint& présence !

I 3. — De la présence de Dieu.

Quelle vérité consolante et salutaire à la lois ! Dieu n'est pas loin de nous. En lui nous avons la vie, le mouvement et l'être. Son immensité i*emplit le ciel et la terre. Il est en toutes les créatures, il est en nous, par conséquent, par sa puissance, qui soutient tous les êtres sur l'abîme du néant et qui les conserve ; et sa puissance, c'est lui-même, c'est son essence; et là où il est, il est tout entier; car c'est un pur esprit qui ne peut se partager. Il est partout pour tout voir, car son intelligence est infinie. Rien n'est caché à ses yeux devant qui tout est découvert. Pour lui la nuit n'a point de ténèbres, il lit dans les profondeurs des âmes leurs plus secrètes pensées.

Cette vérité, qu'il n'est pas possible de nier, (jue les

MOYENS posniKS d'acquériii l'amouii divin 2o5

païens eux-mêmes ont admise, suffirait, si l'on en était pénétré, pour affrancliir les âmes de tout péché, pour les porter à prati([uer toutes les vertus. Quand un roi est environné de sa garde prête à faire feu sur quiconcjue l'offenserait, qui serait assez audacieux pour l'outrager l'ii face ? Que sont les l'ois de la terre et leurs châtiments comparés au Roi du ciel et aux supplices de l'enfer? C'est parce que nous n'y songeons pas, (jue nous osons faire en présence de Dieu ce que nous n'oserions faire devant un homme, ni même peut-être devant un enfant. La chaste Suzanne se voyant inopinément assaillie par deux infâmes vieillards, coiomo une brebis par deux loups affamés, ou comme une innocente colombe par deux oiseaux de proie, jeta un grand soupir, dit l'histoire sacrée, et, versant des torrents de larmes, elle s'écria : Je ne vois de tous côtés que les plus cruelles angoisses ; si je consens à votre infâme désir, je ne puis éviter la mort éternelle; si je résiste, vous me ferez mourir pour venger mon refus et couvrir votre honte : dans cette terrible extrémité, à quoi me résoudre ? Ou pécher ou mourir? Mais il vaut mieux tomber entre vos mains et perdre la vie du corps que d'offenser Dieu en sa présence. Parole généreuse, digne de l'admiration de tous les siècles! Qui délivra Suzanne d'un si grand péril? Qui l'empêcha de se souiller d'un si grand crime ? Le souvenir de la présence (le Dieu. Qu'est-ce qui aveugla ces vieillards impudiques, et les porta à attenter insolemment à l'honneur de ce modèle de chasteté conjugale? L'oubli de la présence de Dieu; c'est pour cela que. pour fléchir le courage de Suzanne et pour la porter à consentir à leurs désirs, ils lui dirent : Les portes du jardin sont fermées et personne ne 710ÎIS voit ; comme s'ils eussent dit : Si quelqu'un nous voyait, nous mourrions plutôt que de commettre une telle action.

Quel est le soldat qui, en présence de son général, ne cherche à faire vaillamment son devoir, afin de se mériter ses éloges? Avec quel soin une domestique, au service

'286 MOYENS POSITIFS D'ÀCQUÉRIR l'AMOUR DIVIN

d'une grande dame, qui lui .donne un généreux salaire, s'applique, quand elle est en sa présence, à bien faire ce qui lui est confié! Serviteurs da ce grand Dieu qui nous prépare le ciel, n'avons-nous pas de bien plus grands motifs de faire notre devoir et de praticiuer la vertu, quand nous sentons qu'il est témoin de nos combats contre Satan et du bien que nous faisons en vue de lui plaire? Mais surtout, il n'est rien déplus salutaire que le souvenir de Dieu pour nous faire acquérir la perfection, qui, comme nous l'avons dit, consiste dans l'amour divin. N'est-ce pas Dieu lui-même qui nous l'a appris en disant au patriarche Aliraham : Marchez en ma présence et vous serez j)ai'fait? C'est une règle^infaillible, dit saint Alphonse de Liguori, que l'amour augmente toujouts en présence de l'objet aimé. Gela a lieu même à l'égard des hommes, quoique, plus on converse avec eux, plus on découvre leurs défauts. Combien plus croîtra l'amour d'une dme envers Dieu, si elle le tient toujours présent à sa pensée, lui dont on connaît toujours mieux l'amabilité et la bonté à mesure que l'on converse avec lui!

L'oraison du matin et du soir ne suffit pas pour tenir notre âme continuellement unie à Dieu. « Quand on éloigne du feu l'eau bouillante, dit saint Jean Ghrysostome, elle revient bientôt à sa froideur naturelle. C'est pourquoi, après l'oraison, il faut se maintenir dans la ferveur, en pensant à la présence de Dieu et en lui renouvelant ses affections. » Saint Bernard raconte de lui-même (jue, dans les premiers temps de sa conversion, s'il se trouvait inquiet ou refroidi, il lui suffisait de se rappelei" (juelque saint personnage, mort ou absent, pour recouvrer à l'instant la sérénité et la ferveur dans l'amour divin. Combien ne sera-t-il pas plus avantageux à une âme qui aime Dieu, de se rappeler qu'il est près d'elle et qu'il lui demande son amour? David témoigne qu'au seul souvenir de son Dieu, il se trouvait tout rempli de joie et de consolation. Quelque affligée et désolée que soit une âme (jui aime Dieu, si elle se souvient de son bien-aimé Seigneur,

MOYENS POSITIFS d' ACQUÉRIR l'AMOUR DIVIN 257

oUe ne peut inan({uer d'être consolée. Aussi les personnes pénétrées de l'amour divin vivent-elles toujours avec le cœur tranquille, dans une paix, continuelle ; dans tout ce qai leur arrive et dans tout se qu'elles font, elles tâchent de se tenir et d'agir toujours à la vue de Dieu, comme la fleur appelée tournesol, qui regarde toujours le soleil. Celui qui aime véritablement, disait sainte Thérèse, penst^ toujours à l'objet de son affection. « Faisons en sorte, disait- elle encore, de ne pas nous éloigner de Jésus et dene jamais perdre de vue notre bien-aimé Pasteur, car les brebis qui se tiennent près do leur pasteur, sont toujours les plus caressées et les plus favorisées ; il ne manque jamais de leur donner quelque morceau choisi de ce qu'il mange lui-même. Si parfois le Pasteur s'endort, la brebis fidèle attend près de lui la fin de son sommeil, soit qu'il ea sorte de lui-même, soit qu'elle le réveille; et alors elle en reçoit encore de nouvelles douceurs. »

La charité tend à nous unir à Dieu. Une comparaison nous rendra sensible cette union. On s'unit intimement â un ami, quand on étend ses bras pour l'embrasser et le presser sur son cœur, ce qu'on ne peut faire quand l'ami est absent. Dieu est en nous, nous n'avons pas à redouter son absence ; mais nous avons besoin pour nous unir à lui parfaitement de nous servir des deux bras de l'âme pour l'embrasser et nous reposer sur son cœur. Ces bras sont l'intelligence et la volonté, les deux facultés spirituelles de notre âme. La pratique de la présence de Dieu suppose donc l'exercice de notre esprit et celui de notre cœur.

Page 1