‹ L'art d'être heureux [microform]Chapitre 66 sur 121 · I. — EXERCICE DE l'eSPRIT · texte numérisé non relu

I. — EXERCICE DE l'eSPRIT

La présence. de Dieu ne tombe pas sous nos sens, pas plus que notre àme,.mais elle n'en est pas moins certaine. Toutefois, par là même qu'elle ne frappe pas nos yeux et nos oreilles, il n'en est que plus nécessaire de la considérer par l'intelligence, autrement nous risquerions de

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vivre comme si Dieu iHait pour nous uu étranger, avec lequel nous n'aurions rien à faire. Pour nous souvenir de cette divine présence, nous pouvons faire agir notre esprit (le diverses manières : d'abord en nous représentant Notre-Seigneur Jésus-t^lirist tel qu'il était sur la terre dans les divers mystères de sa vie, de sa mort, de sa résurrection et de son ascension, mais surtout dans le mystère de sa Passion, qui a une efficacité merveilleuse pour embraser nos cœurs de son diviu amour. Un crucifix, une image de Notre-Seigneur que nous aurions toujours devant nous et sur laquelle nous jetterions souvent les. yeux, nous aideraient encore à fixer notre attention. C'est une gi'ande consolation, disait sainte Tliérèse, de voir les images de l'aimable Seigneur que nous aimons; je voudrais que mes regards les rencontrassent partout où ils se portent. Et à quoi pouvons-nous employer plus délicieusement nos yeux qu'a considérer l'imagede celui quinous aime avec tantd'amour? Cotte Sainte, après avoir hésité pendant plusieurs années à se donner entièrement à Dieu, entra un jour dans son oratoire et vit une image de Notre-Seianeur qui le représentait couvert de plaies; elle en fut aussitôt vivement frappée. En considérant qu'elle avait été si longtemps ingrate envers celui qui souffrait de si cruels tom^ments pour son salut, sa douleur fut si vive, qu'il lui semblait <iue son cœur se fendait. Elle se prosterna aussitôt au pied de cette image, en répandant des torrents de larmes ol eu conjurant Notre-Seigneur, avec toute l'affection de son cœur, de lui donner, dans cet instant même, la force nécessaire pour no l'offenser jamais plus et pour s'attacher uniquement à lui; elle ajouta uième (ju'elle ne se lèverait pas de là que sa prière ne fût exaucée : elle obtint cette grâce; et si auparavant elle n'avait avancé que comme \m enfant dans le chemin de la perfection, elle marcha dans la suite à pas do géant! Aussi pouvait-elle dire que personne ne pouvait aimer autant (juelqu'un et souffrir autant en son absence qu'elle aimait Notre-Seigneur et qu'elle souffrait en le quittant. Quand elle voyait une de

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ses images,' elle lui adressait des paroles si ploinos de (eiidresse qu'il semblait que son cœur allail se fendre. Il faut cependant éviter de se fatiguer l'imagination, en se représentant ainsi Notrc-Seigneur, qui, du reste, dans son luunanité, ne nous est réellement préseul (|ue dans k' sacrement de l'Eucharistie, tandis qu'il nous est partout et toujours présont par sa divinité.

C'est pourquoi il est encore meilleur et plus vrai de nous représenter Dieu nous entourant de son immensité, comme l'air qui nous environne; de penser (|u'il nous voit, qu'il nous entend, que nous sommes plongés en lui comme une éponge dans la mer. Saint Dorothée dit à Dosithéet Pensez que Dieu est toujours près de vous et ({u'il vous voit. Saint Dorothée rapporte que son fidèle (lisciple suivit si bien ce conseil, que, dans toutes ses occupations et dans les maladies extrêmes (lu'il eut à souffrir, il ne perdit jamais Dieu de vue. C'est ainsi que, de jeune soldat adonné au vice, comme il était auparavant, il parvint, dans un espace de cinq ans seulement, à un tel degré de perfection, ([u'après sa mort on le vit assis, dans le ciel, au rang dos anachorètes les plus saints.

Ou peut se servir des créatures elles-mêmes pour se rappeler le souvenir de Dieu. Et certes, qui, en considérant le firmament, les étoiles, le soleil, ne sont pas que ces vastes espaces nous racontent la gloire de Dieu! Qui, à la vue des richesses de la terre, n'éprouve pas le besoin de s'écrier avec David : SeUjnem' nolve Dieu, que votre nom est admirable par toute la terre! Tout ce que les créatures ont de bien et de beau, vient de Dieu qui agit en elles, et leur donne tout être et toute capacité do nous être utiles. Dieu, dit saint Alphonse, est dans l'eau pour nous laver, dans le feu pour nous chauffer, dans le soleil l)our nous éclairer, dans les aliments pour nous nouri'ir, dans les vêtements pour nous couvrir, et dans toutes les autres choses qu'il créées pour notre utilité. Quand nous voyons un objet qui nous plaît, tel qu'un beau jardin, une l)ellc fleur, pensons qu'il reflète un faillie rayon de l'in-

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finie beauté de Dieu, qui a doiiné l'être à cet objet. Si nous parlons avec un homme vertueux et savant, considérons que c'est Dieu qui lui communique une petite parcelle de sa sainteté et de sa science. De même, quand nous entendons une musique agréable, quand nous sentons une bonne odeur, quand nous goûtons quelque douceur dans le manger ou dans le boire, figurons-nous que c'est Dieu qui, par sa présence, nous procure ces plaisirs, afin qu'ils nous élèvent au désir des délices éternelles du paradis.

Accoutumons-nous donc à. voir, en chaque objet. Dieu ([ui s'y présente à nous, et faisons des actes de remerciement et d'amour, en considérant quïl a pensé» de toute éternité à créer tant de belles et bonnes choses pour gagner notre cœur. Saint Augustin disait : « Apjirenez à aimer dans la créature votre Créateur, sans donner votre affection à ce que Dieu a fait, de peur qu'en vous attachant à la créature, vous ne perdiez celui par qui vous avez été créé vous-même. » Qu'on se souvienne de ce que nous avons dit du détachement des créatures et de l'éloignement que nous devons avoir pour celles qui nous perdent. Nous avons aussi signalé les périls que nous créent les sociétés mondaines. Aussi voyons-nous que tous les saints, quels (ju'aient été leur condition et leur état, ont fui, autant que leur situation le leur permettait, le monde et ce qui en avait l'esprit. Ils ont cherché à vivre dans la retraite, fuyant les visites et les conversations inutiles, ne paraissant dans le siècle que par devoir, ou pour l'édifier et le porter à Dieu, et s'empressant de s'en, éloigner, afin de trouver dans le recueillement et le silence, celui dont la conversation n'a point d'amertume, et qui conduit l'âme dans la solitude afin de-'lui parler au cœur.

La meilleure manière de nous maintenir en la présence de Dieu est, en effet, de le considérer au dedans de nous. Nous n'avons pas besoin de monter au ciel pour le trouver : il suffit de nous recueillir, dit saint Alphonse de

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L^uori, et nous le trouverons en nousrmèmes. S'entretenir avec lui dans l'oraison, en le considérant comme éloigné, c'est une méthode qui cause beaucoup de distractions. Sainte Thérèse disait : « Je n'ai jamais su ce que c'est que do faire oraison comme il faut, jusqu'à ce que Dieu m'eiit enseigné la manière de lui parlen^n me recueillant au dedans de moi; j'y ai toujours trouvé grand profit. » Pour arriver à la pratique, il faut savoir que Dieu réside en nous comme dans son temple et dans sa maison, selon les mots de l'Apôti'e: Itjnores-vous que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous? C'est pourquoi notre Sauveur a dit qu'il vient avec son Père et le Saint-Esprit dans rame dont il est aimé, non pour s'y arrêter un instant, mais pour y demeurer toujours, pour y établir leur habitation perpétuelle. C'est là qu'il veut être aimé de nous et prié, car il est en nous tout plein d'amour et de bonté, pour entendre nos suppliques, pour recevoir nos affections, pour nous -défendre, nous éclairer, nous gouverner, nous communi- (fuer ses dons, et pour nous aider en tout ce qui peut être utile à notre salut éternel. Tachons donc souvent, après avoir ravivé notre foi en cette vérité, de nous anéantir à la vue d'une si grande majesté qui daigne habiter en nous ; ayons soin en même temps de produire des actes de confiance, d'offrande et d'amour envers sa bonté infinie; rendons-lui grâces pour ses laveurs; réjouissonsnous de sa gloire; demandons-lui conseil dans nos doutes, et estimons-nous toujours heureux de posséder ce Bien s uprême au dedans de nous, sans crainte qu'aucune créature puisse jamais nous le ravir, ou qu'il s'éloigne de nous, si nous ne le bannissons volontairement. Sainte Thérèse, parlant de cette présence de Dieu au dedans de nous, disait à ses reiïgieuses : « Celles qui pourront se retirer ainsi dans ce petit ciel de leur âme, où réside Celui qui les a créées, doivent croire qu'elles marchent dans une excellente voie ; car elles font un grand voyage en peu de temps. » Le bienheureux Henri Suzo s'appliqua tellement

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à ce saint exercice qu'il faisait toutes ses actions en la présence de Dieu ; et, par ce moyen, il conversait continuellement avec son Seigneur par de tendres affections. De même, sainte Gertrude s'y habitua si bien, que Notre-. Seigneur, parlant d'elle à sainte Mechtilde, lui disait un jour : « Ma bien-aimée marche sans cesse en ma présence : elle cherche toujours à faire ma volonté et rapporte toutes ses œuvres à ma gloire. » Si donc vous me demandez combien de fois par jour vous devez vous souvenir de la présence de Dieu, je vous répondrai avec saint Bernard que vous devez le faire à chaque instant. « Comme il n'y a pas do moment où nous ne jouissions des bienfaits de Dieu, remarque le Saint, nous ne devons pas en passer un seul sans nous souvenir de lui et sans lui témoigner notre reconnaissance. » Il est vrai que c'est le propre des Bienheureux dans le ciel d'avoir l'esprit constamment appliqué à Dieu. Tant que nous sommes en ce monde, il est impossible que notre intelligence ne soit pas distraite souvent par les besoins de la vie. Il ne faut pas nous troubler plus qu'il ne faut de ces distractions; mais plus nous les éviterons, plus nous approcherons de l'état des anges du ciel qui voient toujours la face de Dieu.

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