‹ L'art d'être heureux [microform]Chapitre 67 sur 121 · II. EXERCICE DE LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

II. EXERCICE DE LA VOLONTÉ

Le souvenir, la pensée de l'esprit ne suffit pas, c'est avec le bras de la volonté que l'àme embrasse Dieu plus tendrement, c'est le cœur que Dieu demande surtout, c'est par le cœur que nous l'aimons et que nous devons l'aimer de toutes nos forces. C'est pour arriver là que nous pensons à lui. C'est par le cœur (jue les saints se sont attachés à Dieu pendant qu'ils vivaient sur la terre ; et leur cœur était comme un autel sur lequel brûlait toujours le feu de la charité. Or, saint Alphonse de Liguori 'indique divers moyens qui rendent facile l'application du cœur à la pi'ésence de Dieu.

Le premier, qui semble les comprendre tons, c'est d'élever

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notre cœuv à Dieu par de fervenles oraisons jaculatoires ou par de tendres affections, ce qui peut se faire en tout temps, en tout lieu, quand on marche, ([uand on travaille, quand on est à table, quand on se récr(k'. Ces alfections peuvent être dos actes d'adoration, d'actions de grâces, de prière, de contrition, do confiance, d'amour, etc. Quelle que soit notre occupation, rien n'erapècho de nous tourner souvent vers Dieu qui est au-dedans de nous pour lui dire : « Seigneur, j'adore A^otre Majesté infinie, je vous remercie do tous vos bienfaits, je vous prie de me donner votre grâce, afin que je vous aime de plus en plus. Seigneur, venez à mon aide, hàtez-vous de luc secourir. Je suis un grand pécheur; mon Jésus, raiséricovdoî Je uie repens de vous avoir offensé. J'espère en votre bonté infinie. Je vous aime plus que tout. Ne permettez pas que je sois jamais séparé de vous. Mon Dieu, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Je ne veux que ce que vous voulez. »

Les anciens Pères faisaient grand cas de ces courtes prières et de ces affections, qui, au dire de saint Alphonse, sont plus propres à conserver la présence de Dieu que de longues oraisons. Celui qui les répète souvent ferme la porte au démon et écarte ainsi les pensées coupables. C'est surtout à son réveil, quand ou se met en oraison ou en, prière, quand on est assailli d'une tentation violente, quand on a à faire un acte de vertu qui contrarie la nature, qu'il faut user de ces invocations et de ces affections. Combien d'àmes se contentent de la [)rière du matin et du soir, et négligent de recourir à Dieu dans la journée, oupendant la nuit, quand elles sonttentées ! Faut-il s'étonner qu'elles aient à déplorer des chutes même graves, quand on sait par l'enseignement catholique qu'on ne peut triompher des grandes tentations sans le secours de Dieu? Le démon, en effet, est plus fort et plus habile que nous ; comment nous soustraire à ses coups, si, quand il nous attaque, nous ne recourons pas à Dieu par la prière? Qu'on no l'oublie pas, la prière est surtout obligatoire quand on

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est tenté. Qu'où ait donc soin, dans ces moments critiques ,, d'appeler Dieu à son secours. Pour cela, il n'est pas nécessaire de se mettre à genoux ni d'interrompre son travail, il suffit d'un soupir de l'âme, d'un élan vers Dieu, d'un désir sincère de sa grâce. Il est à remarquer que Dieu permet que nous soyons tentés, afin que nous ayons l'occasion do lui témoigner notre fidélité, et que, comprenant le besoin que nous avons de son secours, nous recourions à lui plus fréquemment. La tentation est donc comme un aiguillon pour nous exciter à penser à Dieu et à le prier. Quelque grande qu'elle soit, si nous prions nous n'avons rien à craindre, et les assauts de l'ennemi ne serviront qu'à augmenter nos mérites. Dieic est fidèle dans ses promesses, et il ne permettra pas que vous soyez tentés au- .dessus de vos forces; il fera que la tentation même voussoit avantageuse et que vousenpuissiezsoutenir les attaques. Heureux donc ceux qui savent élever fréquemment leur cœur vers Dieu! Us peuvent tout en celui qui les fortifie.

Le second moyen d'exercer la volonté à la pratique de la présence de Dieu, dit saint Alphonse, c'est de renouveler toujours, dans les occupations qui peuvent distraire,, l'intention do faire tout pour plaire à Dieu. Ainsi, au commencement de chaque chose que vous faites, soit que vous vous mettiez à l'ouvrage, soit que vous alliez à table, à la récréation, ou au repos, dites : « Seigneur, je ne veux pas faire ceci pour mon plaisir, mais seulement pour accomplir votre volonté. » Dans le cours do l'acte, ayez soin de renouveler la même intention: « Mon Dieu, que tout soit pour votre gloire! » De cette manière, on conserve très bien la présence de Dieu sans effort d'esprit,, puisque le désir même de lui plaire est un souvenir amoureux de sa présence.

On peut encore renouveler cette intention quand l'heure sonne, quand on regarde son crucifix, ou une image, quand on entre ou qu'on sort de sa chambre ou de sa maison.

Enfin, si l'on a l'esprit trop fatigué ou trop distrait par-

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les occupations, il est bon do prendre quelques instants pour se retirer dans un lieu solitaire afin de s'y reposer et- de s'y recueillir devant Dieu. Si votre corps tombait de lassitude, ne prendriez-vous pas quelques inslants pour réparer vos forces par quelque aliment ou queltjue repos? N'en faut-il pas faire autant pour votre âme, dont la nourriture et le repos sont en Dieu?

En employant ces divers moyens avec soin et persévérance, on peut arriver à faire de sa vie entière une oraison presque continuelle, à entretenir avec Dieu une sainte familiarité, à grandir par là chaque jour en amour, à goûter tellement ce doux commerce du cœur avec Dieu qu'on éprouve une vraie peine quand on perd le souvenir de sa présence. Dans le cours d'une carrière déjà longue, nous avons rencontré, même dans le monde, des âmes qui en étaient là, qui s'accusaient comme d'une faute d'avoir perdu le long du jour la présence de Dieu par intervalles, ou qui éprouvaient, quand elles l'oubliaient, un trouble qui les obligeait à revenir à lui sans retard. Si les lignes que nous écrivons multipliaient le nombre de ces âmes, quelle consolation pour nous, et, quel bonheur pour ceux qui nous auraient compris! Quelles journées pleines que •celles de ceux qui sont toujours unis à Dieu! Que d'actes saints répétés le long du jour, que de grâces sont le fruit ■continuel de cette conversation avec Notre-Seigneur !

§ 4. — De la lecture spirituelle.

Lacordaire a écrit : « Un signe de l'affaiblissement de la raison dans notre siècle, c'est la dégradation des lectures. L'homme ne peut lire que ce qu'il goûte; et ce qu'il goûte est la mesure de sa raison. Or, parmi les symptômes dont nous sommes les témoins, il n'en est pas de plus visible, pas de plus trisfe non plus, que la passion des livres chimériques, c'est-à-dire qui ne disent rien ù -la raison et ne s'adressent qu'à l'imagination ou aux sens.

» La France est inondée chaque jour de pages médiocres

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par l'esprit et nullos par le fond, qu'un homme ne peut lire sans mépris pour lui-même, parce que leur lecture est un sacrifice lait au néant, et qui, néanmoins, trouvent un peuple d'adorateurs. Cette profanation de l'intelligence correspond à l'abaissement du caractère. Là où la raison n'est pas soutenue par les Livres sacrés, expression directe de la pensée de Dieu, elle ne l'est que par une émanation d'en haut. Quand elle se retire du ciel, elle se jette sur les plus viles pfitures, et le premier livre venu lui tient lieu de Bible. »

Ces réflexions sont encore plus vi-aies de nos jours qu'au temps où les faisait le célèbre orateur de Notre-Dame de Paris. Que de livres écrits de nos jours, par des mains même catholiques, sont nuls comme doctrine, quand ils n'allient pas l'esprit du siècle à l'Evangile! Que de revues, que de journaux dont l'esprit chrétien est absent, quand la religion n'y est pas ouvertement outragée! Quel temps perdu, par conséquent, pour no pas dire quel péril à les lire!

Que do romans, dont les meilleurs ne valent rien! Que d'écrits, par conséquent, qui ne font que développer une fièvre d'émotions plus ou moins dangereuses ou une eu-' riosité insatiable de nouvelles qui remplissent l'esprit et partagent le cœur de manière à n'y laisser presque aucune place pour les pensées sérieuses et pour l'amour de Dieu! Les âmes qui tendent à la charité feront donc bien d'avoir en horreur les lectures frivoles.

« Le moulin ne rend que ce qu'il reçoit, dit à ce sujet saint Alphonse de Liguori. S'il reçoit de mauvais grain, comment rendrait-il de bonne farine? Celui donc qui remplit son esprit de pensées vaines par des lectures curieuses, s'il se présente ensuite à l'oraison, à la communion, à la prière, n'y porte que des distractions et les vaines préoccupations dont sa tète est pleine. »

Volontiers nous donnerions le conseil que nous avons entendu répéter fréquemment nous-même à un de nos professeurs do théologie : Messieurs, nous disait-il sou-

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vent, ne lisez jamais de bons livres, n'en lisez que d'excellents.

En effet, la vie esttrop courte; nous devrons mourir sans pouvoir fouiller les trésors de vérité et de sainteté, enfouis dans les livres excellents, pourquoi nous amuser à ramasser çà et là des paillettes d'or d^ns de bons livres, quand nous avons sous la main dos lingots qui nous sont offerts par les excellents?

C'est donc dans les excellents (]u'il faut faire notre lecture spirituelle , et cet exercice a une grande portée pour l'acquisition et l'accroissement de la ctiarité. Que de pécheurs convertis par les lectures de piété! C'est le cas de saint Augustin, do saint Ignace de Loyola, du Bienheureux Jean Colonibini et de bien d'autres. Que de saints, par les bonnes loctiu-es, se sont donnés à Dieu avec une générosité admirable! Saint Antoine, par exemple, et saint François d'Assise. Saint Dominique baisait tendrement ses livres de piété et les serrait avec amour contre son cœur en disant : « Ces livres me donnent le lait qui me nourrit. »

FA comment les saints anachorètes pouvaient-ils su[)porter, pendant tant d'années, cette vie qu'ils menaient dans les déserts, loin de tout commerce avec les hommes, si ce n'est par la pratique de l'oraison et par l'usage des livres spirituels? Un grand serviteur de Dieu, Thomas a Ivempis, ne pouvait trouver de plus douce consolation que de se tenir dans sa cellule avec un livre qui lui parlât de Dieu.

Et cela se conçoit. L'homme ne vit pas seulement de pain. C'est la vérité qui alimente son intelligence; et la vérité, on la trouve dans les bons livres. Quand nous prions, selon la pensée de saint Jérôme, nous parlons à Dieu, et quand nous lisons, c'est Dieu qui nous parle. Ce saint Docteur appelle aussi les bons livres mi bouclier contre les traits de l'ennemi du salut, et un" miroir où nous découvrons les taches de notre àmc.

« Nous no pou\ ons toujours avoir à nos côtés notre

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Père spirituel, dit saint Alphonse de Liguovi, ni entendre de saints prédicateurs qui nous dirigent et nous donnent les lumières nécessaires pour bien marcher dans la voie de Dieu ; les bons livres suppléent à leurs instructions. Saint Augustin nous apprend que ce sont comme autant de lettres que le Seigneur dans sa bonté nous en voie pour nous avertir des dangers qu e nous courons, nous enseigner le chemin du salut, nous encourager à souiïrir les adversités, nous éclairer et nous enflammer de son divin amour. Qui donc désire se sauver et acquérir l'amour divin doit lire souvent ces lettres venues du paradis.

» Si vous me demandez maintenant quels seraient les livres préférables pour vous, continue saint Liguori, je vous conseille de lire ceux où votre âme trouve le plus de dévotion et qui vous portent davantage à vous unir à Dieu. » De tous les livres, les plus saints, les plus vénérables, sont sans doute ceux que Dieu a inspirés lui-même. C'est là qu'on trouve toute la science du salut, pourvu' qu'on ait soin de les lire, non dans des Bibles falsifiées, que le protestantisme cherche à répandre pour propager ses erreurs, mais dans une traduction approuvée par l'Eglise. Mais, parmi les Livres Saints, l'Evangile l'emporte sur tous, au témoignage de saint Augustin. Il renferme, en effet, l'accomplissement de toutes les Ecritures. Les paroles qui sont sorties immédiatement de la bouche de Dieu même, y sont recueilhes. Dans les autres livres, ce sont les serviteurs qui parlent au nom du Seigneur, mais dans l'Evangile, c'est le Maître qui enseigne: là, ce sont les étoiles qui brillent; ici, c'est le soleil qui éclaire. Aussi l'histoire nous apprend que saint Barnabe, apôtre, portait toujours suspendu à son cou l'Evangile de saint Matthieu qu'il avait transcrit de sa main, et qu'il voulut être enseveli avec lui. Sainte Cécile portait toujours l'iilvangile sur son cœur; saint Augustin le tenait toujours entre ses mains, et saint François de Borgia, étant encore séculier et viceroi de Catalogne, avait ordinairement sur lui le Nouveau Testament qu'il lisait souvent; c'est dans cette lecture

que s'enflamma cet amour ardent dont il brûlait pour Dieu et qu'il reçut les précieuses semences de ce parfait mépris qu'il eut depuis pour toutes les grandeurs du monde.

C'est dans l'Évangile que nous trouverons, si nous avons soin de le lire souvent, cette doctrine sublime de notre divin Sauveur, flambeau divin qui éclaire notre intelligence, et ces exemples du divin Maître qui nous apprendront à nous conduire dans toutes les circonstances de la vie. Quelle ample matière à nos méditations !

Saint Alphonse de Liguori conseille les ouvrages de saint François de Sales, du bienheureux Louis de Grenade, de Saint- Jure et autres semblables. « Du reste, généralement parlant, ajouto-t-il, je vous engage à laisser les livres difficiles et à choisir ceux qui sont dévots et faciles, en ayant soin de lire les matières que vous savez être plus utiles à votre perfection. Lisez souvent, entre autres, les vies des saints. Oh! qu'il est avantageux de les lire! Dans les ouvrages qui traitent des vertus, , on voit ce qu'on doit faire, mais, dans les vies des saints, on voit ce qu'ont fait tant d'hommes et tant de femmes qui étaient de chair comme nous.

» Leur exemple, s'il ne fait pas d'autre bien, nousforce (lu moins à nous humilier profondément; en lisant les grandes choses que les saints ont faites, nous rougirons certainement du peu que nous av'ons fait et que nous faisons pour Dieu. Mais il y a plus, saint Augustin nous le montre en parlant de sa propre expérience : « Mon Dieu, » disait-il, la considération des exemples de vos servi- » leurs consumait ma tiédeur et m'enflammait d'amour » pour vous. » Saint Bonaventure dit la même chose de saint François : « Quand il pensait aux saints et à leurs » vertus, celles-ci étaient pour lui comme autant de pierres » brûlantes qui l'embrasaient d'un nouvel amour envers » Dieu. »

Saint Liguori a oublié de conseiller la lecture de ses propres ouvrages, mais nous devons dire au lecteur qu'on

y trouve tout ce qui peut éclairer la piété et élever les àraes à l'amour divin. Il a, en effet, condensé dans ses oeuvres ascétiques, qu'il est facile de se procurer, les plus beaux enseignements des Pères et des maîtres de la vie spirituelle, en même temps que les plus beaux exemples et les paroles les plus remarquables des saints. Aussi la Pratique de l'amour de Dieu du saint Docteur est-elle entre toutes les mains ; ses Considérations sur la Passion de Notre-Seif/neur Jésus-Christ et ses autres œuvres spirirituelles mériteraient do devenir aussi populaires. «

Le saint évèque indique lui-même la méthode à suivre ^ pour retenir un grand fruit de la lecture spirituelle.

Il faut, preuiièrement, avant de commencer, se recommander à Dieu, afin d'être éclairé de sa lumière dans les choses qu'on va lire. II. a déjà été dit que, dans la lecture spirituelle, c'est le Seigneur qui daigne nous pai'ler ; nous devons donc, en prenant le livre, faire cette prière : Parlez, Seigneur, car votre serviteur écoute ; faites-moi connaître votre volonté-, je veux vous obéir, en tout.

Il faut, en second lieu, lire uniquement pour avancer dans l'amour divin, et non pour s'instruire ni pour satisfaire sa curiosité. Lire pour s'instruire, c'est faire, non une lecture spirituelle, mais une étude iiuitile en ce moment pour rame. Le mal est plus grand quand on lit par curiosité, comme font ceux qui dévorent les livres, sans penser à autre chose qu'à les parcourir au plus vite. Quel profit espèrent-ils de pareilles lectures? Tout le temps qu'ils y emploient est un temps perdu. Saint Grégoire disait : Beaucoup de gens lisent et lisent beaucoup; mais après leur lecture, ils se trouvent à jeun, comme s'ils n'avaient rien lu, parce qu'ils n'ont lu que par curiosité. Pour profiter de la lecture spirituelle, il faut lire posément et avec réflexion. Nourrissez votre a me de saintes lectures, disait saint Augustin. Or, pour se. bien nourrir, il n-'est pas bon de dévorer les aliments, il les faut bien mâcher. C'est pourquoi on. averlit, en troisième lieu, que, pour retirer un fruit abondant de lechu'es pieuses, il

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faut ruminer, c'est-à-dire bien peser ce qu'on lit, et s'appliquer à soi-même les résolutions pratiques qui y sont insinuées. Saint Ephrera conseille de relire ce qui fait le plus d'impression.

En outre, quand on reçoit quelque lumière spéciale à la lecture d'un enseignement ou d'un exemple qui pénètre le cœur, il est très utile de s'arrêter et d'élever son esprit vers Dieu, en pi*enant quelque bonne résolution, ou en taisant quelque bon acte intérieur, ou bien mie prière fervente. Que la prière interrompe votre lecture, dit saint Bernard. Alors donc, que l'on laisse la lecture pour se livrer à l'oraison tant que dure le sentiment vif dont on a été touché. Agissons toujours ainsi à l'exemple d'une abeille qui ne passe d'une fleur à une autre qu'après avoir recueilli tout le miel qu'elle y trouve. Peu importe, en pareil cas, que le temps déterminé pour la lecture s'écoule et arrive à sa fin •, car il est alors employé de la manière la plus utile à notre bien spirituel; la lecture d'une seule ligne nous est quelquefois plus profitable que celle d'une page entière.

Il faut enfin, en terminant la lecture, choisir quelque sentiment plus pieux qu'on y a puisé et l'emporter avec soi, comme on emporte une fleur d'un jardin où l'on est allé se récréer.

§ 5. — Des sacrements.

Nous avons parlé déjà, dans la première partie, de la Sainte Eucharistie qui est le sacrement d'amour par excellence; car c'est le gage de la tendresse de notre Dieu; c'est un don infini qu'il nous fait afin de nous presser (le nous donner tout à lui. Rien n'est capable de nous enflammer des ardeurs de la charité comme la visite au Saint Sacrement, la messe bien entendue, la communion sacramentelle et la communion spirituelle bien faites. Nous n'avons ici qu'à dire quelques mots du sacrement de Pénitence, le seul avec l'Eucharistie qu'on puisse

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recevoir fréquemment. Nous le ferons donc dans un premier numéro ; et, daiis un second, nous traiterons de la direction qui accompagne ordinairement la réception du sacrement de Pénitence.

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