I. — DU SACREMENT DE PÉNITENCE
Gassien enseigne qu'une âme qui aspire à la perfection doit tendre à une grande pureté de conscience, car c'est . par cette pureté qu'on acquiert le parfait amour de Dieu, qui ne se donne qu'aux âmes pures, de sorte que l'amour divin' cori'espond à la pureté du cœur. Il faut observer cependant que, dans les hommes, selon leur état présent, cette pureté ne consiste pas en une exemption absolue de toute faute : car, excepté notre divin Sauveur et sa divine Mère, il n'y eut jamais et jamais il n'y aura en ce monde aucune âme sans taches. Tous nous manquons en beaucoup de choses, dit saint Jacques. Elle consiste à réparer aussitôt les fautes dans lesquelles on est tombé et à s'en préserver avec soin pour l'avenir. Or, le sacrement de Pénitence atteint ce double résultat. '
En effet, il répare le passé. Serions-nous chargés de crimes, la pénitence nous obtiendra notre pardon. Il n'est point de fautes que la pénitence n'efface. Dieu a donné à son Eglise les clés du royaume des cieux, il n'est point de coupable auquel elle ne puisse ouvrir les portes de la béatitude éternelle, s'il confesse ses fautes avec les dispositions voulues. Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel, a dit Notre-Seigneur, Qu'on remarque ce mot tout. Il n'y a point de limites, par conséquent, au pouvoir de l'Eglise et à la miséricorde de Dieu, sinon celles qu'y met notre impénitence. Quelle consolation pour nous !
« Mais, dit saint Alphonse, la confession n'a pas seulement pour effet de purifier l'âme de ses souillures ; elle lui procure en outre la force de ne pas retomber. » D'après le Docteur angélique, la vertu de la pénitence fait, non
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seulement que la faute commise est détruite, mais encore qu'elle rie revient plus. Et voici, à ce propos, un trait que rapporte saint Bernard dans la vie de saint Malachie.
Une dame avait l'habitude de s'impatienter et de s'irriter au point qu'elle s'était rendue insupportable. Saint Malachie apprenant d'elle-même qu'elle ne s'en était jamais confessée, l'amena à faire une confession entière de ses fautes. Après cela, elle devint si patiente et si douce, qu'elle semblait incapable de se fâcher, quelle que fût la contrariété qu'elle éprouvât ou l'injure qu'on lui fît.
Il est facile d'expliquer cette efficacité du sacrement de Pénitence pour préserver du péché. D'abord, comme tous les sacrements, il produit la grâce ou il l'augmente ; et, par conséquent, il donne à l'âme des forces nouvelles et lui confère un droit à recevoir en temps opportun des grâces actuelles, pour vaincre les tentations et pour éviter la rechute. Du reste^, qui ne sait que l'aveu que l'on fait de certaines tentations suffit pour les dissiper? Le démon est un larron qui prend la fuite dès que l'on crie au voleur. De plus, la confession, exigeant, comme nous le dirons bientôt, le ferme propos de ne plus pécher, amène l'âme à prendi'c une résolution sincère qui l'affermit dans le bien.
Il no faut donc pas s'étonner si, en vue d'acquérir la pureté de conscience, grand nombre de saints ont eu la coutume de se confesser tous les jours : ainsi faisaient sainte Catherine de Sienne, sainte Brigitte, sainte Colette, et les saints Charles Borromée, Ignace de Loyola et beaucoup d'autres.
Ce qui doit nous surprendre, c'est que les indifférents regardent la confession comme un joug pesant qu'ils ont hâte de secouer ; et que des chrétiens redoutent comme une pénitence dure et laborieuse ce qui est, dans les desseins de Dieu, une source de grâces et de consolation. Saiiit Bernard leur dit : « Aimez la confession, qui vous fait aimer de Dieu; aimez la confession, si vous aimez la beauté. Elle purifie le pécheur et rend le juste plus pur
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encore. » Elle est un des grands bienlaits de Dieu, un des fruits les plus salutaires de la passion et de la mort du Sauveur.
Pour produire ces heureux effets toutefois, le sacrement de Pénitence demande qu'on y apporte des dispositions sérieuses. D'abord la franchise au moins sur le nombre et l'espèce des fautes graves, si on a eu le malheur d'en commettre. Ce serait, en effet, un sacrilège que de cacher une ou plusieurs fautes graves, ou d'en diminuer le, nombre, ou de les atténuer de manière à les faire passer pour légères, ou de les oubher volontairement par suite d'une négligence grave dans l'examen. Il faut même dire les doutes sérieux que l'on a sur la conscience, si on veut retirer de la confession la paix de la conscience qu'elle procure. On n'est cependant pas obligé d'avouer les fautes vénielles, ni de s'examiner à leur sujet, mais on est toujours tenu d'avoir la. contrition de toutes les fautes graves que l'on accuse et le ferme propos de ne plus pécher mortellement à l'avenir et de faire une pénitence grave, imposée par le confesseur pour des fautes mortelles. Si l'on n'accuse que des fautes légères, il faut au moins se repentir sincèrement d'une d'entre elles et avoir la résolution do s'en corriger. Si on craint de ne pas avoir assez le regret de ses fautes vénielles, qu'on fasse porter la contrition et le ferme propos sur un péché plus grave de la vie passée et qu'on l'accuse sommairement, en disant, par exemple : Je m'accuse de toutes les fautes de ma vie, surtout contre telle vertu ou contre tel commandement.
La contrition et le ferme propos sont plus indispensables encore que la confession elle-même, car Dieu ne pardonne qu'au repentir sincère, et point de repentir véritable s'il n'est accompagné de la résolution de ne plus pécher au moins gravement, d'éviter les occasions prochaines et volontaires de fautes graves, et de prendre les moyens nécessaires pour se corriger de ses mauvaises habitudes sérieuses. On voit par là que la confession est l'institution de Notre-Seigneur la plus sanctifiante. Dieu
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pardonne au pécheur ; mais il ne pardonne pas au péché ; et il veut que celui qui a aimé le mal le déteste et se détermine à y renoncer. Aussi voyons-nous que ceux qui veulent aimer le péché abandonnent la confession et que ceux qui veulent mener une vie pure la fréquentent.
vous qui tendez à l'amour de Notre-Seigneur, qui sentez que les souillures de votre àme sont un obstacle à l'union intime que vous voulez avoir avec lui, lavez-vous souvent dans le bain salutaire de la pénitence ! Ce serait manquer de piété et même de raison, comme le remarque le bienheureux Louis de Grenade, que de négliger de recourir à un remède si doux, que de refuser de le prendre souvent, puisque si souvent nous sommes exposés au danger.
Voici, touchant la réception de ce sacrement, quelques règles utiles.
D'abord ne restons jamais en état de péché mortel. Si nous sommes toraljos par fragilité, ne restons pas à terre dans la fange du vice, relevons-nous aussitôt par la contrition parfaite et allons nous confesser aussitôt que possible. Une fois maître d'un cœur, le démon le fait rouler d'abîme en abîme, si on n'a pas soin de chasser au plus tôt de la place cet infernal ennemi.
Il serait bien meilleur encore de se confesser avant la chute, on réussirait ainsi à s'en préserver. Une chute abat affaiblit l'àme, donne de l'audace à Satan, fortifie la pente vers le mal. Du reste, il est bien plus facile de dire en confession qu'on est tenté et d'y demander un encouragement que de dire qu'on a faibh. Oh! combien de fautes seraient évitées si on suivait ce conseil! Il n'est pas d'habitude vicieuse qui résistât si on avait soin de se confesser avant la chute. Quand nous nous sentons malades, ne recourons-nous pas au médecin avant do mourir? Le péché est la pire des morts.
Saint François de Sales conseillait à des personnes mariées de se confesser au moins de quinze en quinze jours ; et, dans son Introduction à la vie dérote, écrite, comme on
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sait, pour les gens du monde, il dit; « Confessez-vous hnmblement et dévotement tous les huit jours, encore que vous ne sentiez dans votre conscience aucun reproche de péché mortel. » « Lavez votre âme, écrit le Bienheureux Louis de Grenade, lavez votre âme dans l'eau salutaire de la pénitence et de la confession, une fois la semaine, puisque vous lavez aussi souvent le linge qui couvre votre corps. Ne faut-il pas arracher continuellement les mauvaises herbes d'un jardin, et n'est-il pas nécessaire de balayer souvent sa maison? Un voyageur qui marche entre deux remparts est obligé d'aller le droit chemin, ne pouvant s'écarter ni d'un côté ni d'un autre; ainsi la confession que vous avez faite et celle qui doit la suivre sont un grand moyen pour vous empêcher de vous porter au mal. »
Une longue expérience nous l'a appris, la confession fréquente est le moyen le plus efficace de conserver toujours l'amitié de Dieu, fleureux ceux qui nous en croiront, ils nous en remercieront en paradis !