‹ L'art d'être heureux [microform]Chapitre 69 sur 121 · II. — DE LA DIRECTION · texte numérisé non relu

II. — DE LA DIRECTION

Le sacrement de Pénitence n'a pas seulement pour résultat de purifier nos âmes et de les fortifier contre la rechute ; il nous procure encore un conseil sincère, donné par un homme éclairé sur les choses de Dieu, et qui n'a d'autre intérêt dans les avis qu'il nous donne que celui de notre sanctification. Personne ne peut être juge dans sa propre cause. Nous nous faisons illusion sur nousmêmes comme un malade sur son mal. Le Dieu qui nous a donné les médecins pour connaître nos maladies corporelles et nous indiquer les remèdes propres à les guérir a établi les prêtres pour être les médecins de nos âmes et pour nous prescrire les moyens de nous affranchir de nos maladies spirituelles. Chose étrange ! nous savons donner de bons conseils à un autre, à un enfant que nous aurions et à un ami, et il nous est arrivé si souvent dans notre

vie de faire ce que nous n'aurions pas même conseillé à un ennemi, tant est grand notre aveuglement sur notre propre compte! C'est donc par une grande miséricorde pour notre faiblesse que Dieu nous a obligés à découvrir au prêtre nos infirmités spirituelles, afin de trouver en lui les conseils et la direction dont nous avons besoin; et c'est de notre part une grande présomption que do ne pas écouter docilement les conseils de notre confesseur et de nous conduire ainsi nous-mêmes, nous confiant au guide le plus insensé de tous, c'est-à-dire à notre propre illusion. Il est vrai qu'on peut choisir pour guide spirituel un prêtre que l'on ne voit que rarement et qui soit autre que le confesseur ordinaire. On peut même chercher un directeur à distance, se faire connaître à lui par lettres, et recevoir par le même moyen ses décisions. C'est ainsi que nous voyons dans la vie de certains saints, de saint François de Sales en particulier, qu'ils conduisaient par leurs lettres une foule d'âmes dans la voie de la perfection. Cependant, le plus souvent, la direction se fait au confessionnal, et il est sage que les personnes du sexe n'aillent pas la chercher ailleurs sans de bonnes raisons. Quoi qu'il fen soit, il est important de ne pas marcher sans guide au milieu des périls qui bordent ici-bas notre route, autrement on risque de s'égarer et de se perdre, a C'est la consolation de la vie, écrivait saint Ambroise, d'avoir quelqu'un à qui vous puissiez ouvrir votre cœur tout entier, faire part de toutes vos pensées les plus intimes, confier tous vos secrets : un homme fidèle qui, dans la prospérité, partage votre bonheur, dans les afflictions compatisse à vos tristesses, et vous soutienne dans vos épreuves.» Saint Athanase compare l'àrae qui n'a personne pour la conduire à un vaisseau sans pilote, que les flots jettent çà et\là sans que personne le dirige jusqu'à ce qu'il aille se briser contre quelque écueil. Mais personne ne traite cette question d'une manière plus pratique que saint François de Salçs : « Voulez-vous sincèrement entrer dans les voies de la perfection, dit-il, cherchez un bon guide qui

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VOUS y conduise. C'est do tous les avertissements le plus nécessaire

« Voici les conseils que saint Louis donna à son fils avant de mourir : « Confessez-vous souvent et choisissez un confesseur qui ait assez de science et de sagesse pour vous aider de ses lumières dans les choses nécessaires à votre conduite spirituelle. » « Un ami fidèle, dit la Sainte Ecriture, est une puissante protection: Quiconque en a trouvé un a trouvé un trésor, la sûreté de la vie et l'immortalité y sont attachées; et on le trouve quand on a la crainte de Dieu. Il s'agit ici principalement de l'immortalité en vue de laquelle il faut tacher d'avoir ce fidèle ami, qui nous conduise dans toutes nos actions par ses conseils et qui nous fasse marcher avec sûreté à travers les pièges du malin esprit. Nous aurons en lui un trésor de sagesse pour éviter le mal et pour faire le bien d'une manière parfaite; de consolations pour nous soulager dans nos afflictions ; de force pour nous relever de nos chutes et de tous les remèdes les plus nécessaires à la parfaite guérison de nos infirmités spirituelles.

» Mais qui trouvera un tel ami? Le sage répond que ce sera celui qui craint Dieu, c'est-à-dire l'humble qui désire ardemment son avancement spirituel. Puisqu'il est si important d'avoir un bon guide dans les voies de la dévotion, priez Dieu qu'il vous en donne un qui soit selon son cœur: et ne doutez pas que, quand il vous devrait envoyer un ange comme à Tobie, il ne vous donne un sage et fidèle conducteur.

» En effet, ce doit être un ange pour vous, c'est-à-dire que, quand Dieu vous l'aura donné, vous ne devez plus le considérer comme un homme ordinaire. Ne mettez votre confiance en lui que par rapport à Dieu, qui vous conduira par son saint ministère, en lui mettant dans le cœur et dans la bouche les sentiments et les paroles nécessaires à votre conduite.

» Ajoutez à la confiance (envers votre guide spirituel) une fidèle sincérité, traitant avec lui à cœur ouvert, et

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lui découvrant fidèlement le bien et le mal qui sont on vous: le bien en sera plus sûr, et le mal plus court; votre àme en sera plus forte dans ses peines et plus modcréo dans ses consolations. Joignez un religieux respect à la confiance; et, dans un juste tempérament, que la vénération ne. diminue point la confiance, et que la confiance ne fasse rien perdre du respect: confiez-vous en lui avec le respect d'une fille envers son père, et respectez-le avec la confiance d'un fils envers sa inère. »

Cette confiance envers un directeur est indispensable pour retirer un vrai profit de sa conduite. Il ne suffit pas de dire à un directeur ses péchés comme on le fait à un confesseur, il faut lui faire connaître ses tentations, ses inclinations mauvaises, ses dangers, ses aspirations vers le bien, ses pratiques de piété ou ses pénitences, les œuvres dont on s'occupe et celles qu'on a le désir d'entreprendre, enfin tout ce qui intéresse Tàme. Il faut donc choisir pour guide un homme avec lequel on puisse en toute sûreté dévoiler tous ses secrets.

Aussi saint François de Sales ajoute-t-il : « Choisissez un directeur entre mille, dit Avila, et moi je dis entre dix mille : car il s'en trouve bien moins qu'on ne le pense, qui soient capables de ce saint ministère. Il y faut de la charité, de la science, de la prudence, et si l'une de ces trois qualités manque, le choix que l'on fera ne sera pas sans danger. Quand vous aurez trouvé un tel guide, remarque encore le saint évêque de Genève, bénissez-en la divine Majesté. Tenez-vous-en à votre choix sans en chercher un autre. » Dès lors, il ne reste plus qu'à obéir fidèlement et, on peut marcher en sûreté. L'obéissance en effet préserve l'âme des illusions : elle trace nettement la voie de la perfection et du ciel ; elle fournil l'occasion de renoncer à soi-même en sacrifiant à Dieu sa propre volonté. Or, la propre volonté, d'après saint Alphonse de Liguori, citant saint Bernard, saint Pierre Da mien, saint Anselme, c'est un grand mal qui fait que le bien même n'est pas bien pour nous; c'est une bêle féroce, une louve rapace,

une lionne furieuse qui dévore les vertus ; c'est la lèpro la plus immonde de l'âme; c'est la source de tous les péchés comme la volonté de Dieu est la source de tous les biens; quand nous suivons notre propre volonté, le démon n'a pas besoin de nous tenter, elle nous tient lieu elle-même de démon. Satan lui-même ne peut rien contre nous sans notre propre volonté. On donne à la vertu tout ce qu'on retranche à la propre volonté. D'où viennent nos troubles sinon de notre propre volonté qui est le plus cruel des tyrans? Celui qui y renonce se délivre d'un fardeau insupportable. Les mondains s'attachent à contenter leurs désirs autant qu'ils le peuvent; mais les saints s'attachent autant qu'ils le peuvent à mortifier leur propre volonté et en cherchent même les occasions. Saint André d'Avellin avait fait vœu de résister continuellement à sa propre volonté, comme on le lit dans son office. Un grand serviteur de Dieu disait : « Un acte d'abnégation de sa propre volonté vaut plus que la fondation de mille hôpitaux. » Hélas ! que d'âmes .dans le monde s'égarent faute de direction et finissent par se perdre. Combien d'autres, qui pourraient employer utilement à la gloire de Dieu et au salut du prochain les dons reçus du ciel, mènent une vie inutile, parce que, ne cherchant pas à se faire conduire dans la voie du bien, elles n'écoutent que leurs caprices du moment. Combien d'autres se lancent dans des entreprises ou dans des œuvres bonnes en elles-mêmes, mais qui n'aboutissent pas, parce qu'une direction sérieuse n'y a pas présidé. Que ceux donc qui veulent procurer la gloire de Dieu, se dévouer aux œuvres avec profit, en même temps que se sanctifier eux-mêmes, en grandissant dans la charité qui n'agit pas de travers ; noîi agit perperam, se soumettent à un directeur pieux, zélé et sage.

Nous avons donc dit les moyens à prendre pour obtenir les grâces et les lumières nécessaires pour arrivera l'amour divin, il nous reste à" dire ce que nous avons à faire pour coopérer à ces grâces.

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