‹ L'art d'être heureux [microform]Chapitre 71 sur 121 · I. DES VERTUS THEOLOGALES · texte numérisé non relu

I. DES VERTUS THEOLOGALES

On appelle vertus théologales celles qui ont pour objet et pour motif, non un bien quelconque, mais Dieu luimême. C'est à Dieu qu'elles se rapportent. La foi nous fait croire en Dieu parce qu'il est la vérité même ; l'espérance nous donne la confiance et le désir de le posséder, parce qu'il nous l'a promis et qu'il est bon et fidèle dans ses promesses; la, charité aime Dieu, parce qu'il est la perfection même. Ces vertus sont si élevées que nous ne pouvons nullement y atteindre par nos propres forces, il est nécessaire que Dieu les répande dans nos âmes par sa ifràce.

Comme la charité fait le sujet de ce livre, nous n'avons ici qu'à dire un mot de la foi et de l'espérance.

De la foi.

Voilà le fondement de la charité. Nous n'aurions pu avec notre raison connaître que Dieu nous appelle à partager sa béatitude au ciel, s'il ne nous l'avait appris lui-

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même; et jamais, par conséquent, nous n'aurions pu avoir pour Dieu un amour d'amitié. L'amitié suppose, en effet, une comuiunication de biens entre ceux qui s'aiment, selon la remarque de saint Tlioraas. Elle ne peut exister entre ceux qui ne croient pas possible de se lier familièrement entre eux. Mais, connaissant par la foi que Dieu veut se donner à nous, nous pouvons avec sa grâce l'aimer comme notre bien suprême. La foi est donc la base de nos espérances, la preuve des vérités que nous ne voyons pas, et dont nous sommes plus certains que si nous les contemplions de nos yeux, et que si nous les démontrions par le raisonnement; car, comme il est absolument impossible que Dieu nous trompe, la certitude (pie donne sa parole est la plus grande de toutes. Nos sens et notre raison peuvent nous égarer, la foi ne le peut jamais. C'est un flambeau éclatant qui nous éclaire et nous guide à travers les ténèbres de ce monde, nous faisant connaître Dieu, ses perfections adorables, l'amour infini qu'il nous a témoigné, la fin à laquelle il nous destine, qui est de partager sa béatitude et sa gloire, la route à suivre et les moyens à prendre pour y atteindre. C'est la foi qui nous découvre les secrets de la vie divine qui feront notre ravissement au ciel, la Trinité des personnes dans l'unité de nature, les mystères de l'Incarnation, de la Rédemption, de l'Eucharistie, qui ont fait l'admiration de tous les saints.

Bénissons Dieu qui nous a appelés à son admirable lumière, de préférence à tant de pauvres infidèles ou hérétiques <iui sont assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort.

i^Iais gardons-nous de fermer nos yeux à cette bienfaisante clarté, a Les yeux ont été faits pour voir la lumière, dit Bossuet, et tu es faite, âme raisonnable, pour voir la vie éternelle qui illumine tout homme qui naît au monde. Les yeux se nourrissent de la lumière, dit saint Augustin; et ce qui fait voir, poursuit ce grand homme, que la lumière les nourrit et les fortifie, c'est que, s'ils demeurent trop longtemps dans l'obscurité, ils

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deviennent faibles et malades. Et cela pour quelle raison, si ce n'est qu'ils sont privés de leur nourriture et comme fatigués par un trop long jeune? D'où il arrive encore un effet étrange : c'est que si l'on continue à leur dérober cette nourriture agréable, ou vous les verrez enfin défaillir par manque d'aliments, ou, s'ils ne meurent pas tout à fait, ils seront si débiles qu'à force de discontinuer à voir la lumière, ils n'en pourront plus supporter l'éclat : ils ne la regarderont qu'à demi, d'un œil incertain et tremblant. Ah! rendez-nous, diront-ils , notre obscurité; ôtoz-nous cette lumière importune : ainsi la lumière, qui était leur vie, est devenue l'objet de leur aversion.

» Chrétiens, ne sentons-nous pas qu'il nous est arri\é do même? Qui ne sait que nous sommes faits pour nous nourrir de la vérité? C'est d'elle que doit vivre l'àme raisonnable ; si elle quitte cette viande céleste, elle perd sa substance et sa force ; elle devient languissante et exténuée; elle ne peut plus voir qu'avec peine; après, elle ne désire plus de voir; enfin elle ne hait rien tant que de voir. Ah! qu'il n'est que trop véritable, qu'il n'est que trop constant par expérience ! On s'engage a des attachements criminels, on ne cherche que les ténèbres ; les fumées s'épaississent autour de l'esprit, et la raison en est offusquée; celui qui est en cet état ne peut pas voir; la, ' lumière dé ses yeux n'est plus avec lui. Youlez-vous être convaincus qu'il ne veut pas voir? Au milieu de ses ombres quil'environnent, un sage ami s'approche de lui, il observe s'il n'y a point quelque endroit par où on lu puisse faire entrevoir le jour; mais il en détourne la vue il ne veut point voir la lumière, qui lui découvre une erreur qu'il aime et dont il ne veut pas se désabuser. »

Nos lecteurs n'en sont pas arrivés à haïr la lumière; ils aiment la religion; ils croient les principaux mystères de la foi; mais n'est-il pas des vérités aussi clairement enseignées dans l'Evangile que celle do la Trinité, dont nous ne sommes pas assez convaincus? Jésus-Christ a dit: Heureux les pmivres iV esprit; heureux ceux qui

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pleurent; heureux ceux qui ont le cœur pur; heureux ceux qui souffrent pour la justice! Croient-ils donc à l'Evangile ceux qui disent : Heureux ceux qui ont de l'argent, quin'oijt rien à souïfrir, qui peuvent se divertir à l'aise et s'accorder tous les plaisirs? Ceux qui tiennent un tel langage, s'ils croient à l'Evangile, n'y croient qa'en partie, et c'est pour cela que leur vie est si imparfaite ; car s'il est vrai, coinme l'assure saint Augustin, qu'il soit difficile de mal vivre quand on croit bien, il est impossibles qu'il vive parfaitement celui qui a une foi imparfaite.

D'autres, en ayant une foi entière à l'Evangile, en perdent de vue les enseignements, ne les méditent point, n'en font point la règle de leur conduite. Ils ne sont pas de ces justes qui vivent de la foi. Us sont guidés ou par les sens qui les portent vers l'amour des bieiis périssables, ou par la raison qui leur fait pratiquer une certaine honnêteté, une certaine probité selon les règles de la prudence humaine, mais ce n'est pas le flambeau divin ({ui les guide.. Ils peuvent êti'e estimés, da monde, mais en réalité, leur vie reste stérile, car sans la foi il est impossible de plaire à Dieu. On estimerait insensé celui qui soutiendrait qu'une étoile n'est pas plus grande qu'une des lampes dont nous nous servons la nuit pour nous éclairer;' nos sens nous présentent en effet la lampe comme aussi grande que certains astres qui nous apparaissent dans le lointain, mais la raison et la science viennent réformer les erreurs de nos sens.. La foi est plus élevée au-dessus do la raison que la x-aison ne l'est au-dessus des sens. Le jugement de la raison a besoin soue^nt d'être rectifié par la lumière supérieure de la foi. Les sens en effet ont une influence sur l'intelligence humaine. Ils nous portent à regarder comme d'un grand prix ce qui passe, et à négliger les biens éternels. Si la foi ne vient pas redresser une appréciation aussi fausse, l'homme laissé le ciel pour la terre,, l'éternité pour le temps, Dieu pour les créatures. Gardonsrnous d'un tel malheur. Vivons de la foi. Or, la foi est d'autant plus

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parfaite qu'elle ne s'appuie sur aucunes consolations spirituelles, sur aucunes connaissances naturelles, mais sur la pure parole de Dieu qui est son fondement inébranlable. C'est alors qu'elle nous dispose plus efficacement à l'union ■ avec Dieu. Cette union au ciel sera parfaite, par la lumière 'répandue dans notre intelligence, qui lui montrera Dieu tel qu'il est; et en ce monde elle est commencée par la grâce dont la lumière de la foi est le principe et qui seule nous fait connaître la fin à laquelle Dieu nous a destinés, ce que ne peuvent faire tous les raisonnements humains, tous les efforts de notre imagination, tous les sentiments de notre âme.

De là il faut conclure que personne ne connaît aussi bien Dieu que ceux qui ont une grande foi. Aussi saint Paul, faisant l'éloge des saints, attribue-t-il toutes les actions héroïques de leur vie à leur foi. Ce qui nous fait trouver si grands les chrétiens de la primitive Eglise, c'est la foi qui les portait à mépriser tous les biens de la terre et la vie elle-même pour rester fidèles à Dieu. Les connaissances des philosophes ou des savants de toute sorte, ne vont pas jusque-là, comme l'expérience ne le prouve que trop.

De là il faut conclure encore que la foi est ce qui élève et perfectionne le plus l'intelligence humaine, parce qu'elle lui fait connaître les vérités les plus sublimes avec une certitude qui ne peut être plus grande, puisqu'elle ^se fonde sur le témoignage de Dieu. La foi est donc la marque la plus claire de la force, de la générosité, de l'élévation de noire esprit ; car de même que notre volonté ne saurait mieux montrer son courage qu'en aimant les choses pénibles et difficiles, ainsi il est certain que la force et la vigueur de notre esprit se montrent, lorsque nous croyons des mystères dont les ressorts nous sont cachés, et qui sont infiniment élevés au-dessus de notre capacité. Saint Léon a dit : « Tl n'appartient qu'aux esprits forts et élevés, aux âmes vraiment fidèles et solidement éclairées, de croire sans hésiter ce qu'elles ne peuvent voir avec les

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yeux du corps, et il'élcvov leurs désirs où elles ne peuvent porter leur vue. » Ils so trompent donc étrangement ceux qui croient que la force d'esprit consiste à contrôler un mystère de la religion, à tourner en ridicule une cérémonie de l'Eglise, à secouer la croyance de ce qu'ils n'entendent * pas. Comme saint Augustin le raconte de lui-même, lorsqu'il était encore enveloppé dans les ténèbres de l'hérésie, ils ne veulent rien croire de contraire à leurs erreurs, si on ne leur montre avec autant de clarté que deux et deux font quatre, et ils ne prennent pour règle de leur croyance que leurs yeux et leurs mains. Petits vers de terre ! Chétifs champignons d'une nuit ! Ils ne sont au . monde que depuis quatre jours, ils font les esprits forts, et ils ne sont que faiblesse; ils veulent singer le regard perçant do l'aigle, et ils n'ont que la vue basse du hibou ; ils ne comprennent pas que rien n'est plus aisé que de croire qu'une chose est vraie, lorsque la raison et les sens la montrent telle; les esprits les plus lourds et les plus grossiers sont capables de cet effort, parce que tout cela est conforme ù leur nature; mais croire qu'une chose est véritable lorsque nos sens se perdent, que notre raison est éblouie, et que nous serions portés à la croire fausse, si nous voulions nous laisser conduire par nos lumières naturelles, c'est alors que l'on montre sa force et que l'on s'élève au-dessus de soi-même.

C'est ce que font les justes, ils vivent de la foi, car ils pensent, ils parlent, ils agissent selon ses lumières et non selon les entraînements des sens et les raisonnements humains. Aussi les voit-on fouler aux pieds les biens et les maux d'ici-bas. On pourx*ait dire d'eux comme de Moïse, qu'ils soutiennent le regard de l'invisible, comme s'ils le voyaient de leurs yeux. Voilà les saints de tous les temps, ils voient parla foi Dieu comme étant présent; ils croient les mystères, comme s'ils les voyaient.

Quoi de plus capable d'exciter dans les cœurs la haine du mal, le mépris du monde, le désir de se sanctifier, et surtout l'amour de Dieu ! Si nous étions bien pénétrés de

ces pensées : Dieu m'a aimé jusqu'à mourir pour moi, il m'aime encore jusqu'à me préparer, si je lui suis fidèle, ]a béatitude dont il jouit lui-même, jusqu'à résider dans le tabernacle pour être ma consolation, et l'aliment de ma vie, qui, pourrait se défendre d'aimer? sainte foi, éclairez-nous de vos lumières, et nous no tarderons pas d'être embrasés des flammes de la cbarité. Seigneur, je vous fais la prière de vos Apôtres : Seigneur, augmentezma foi. Je crois, mon Dieu, mais aidez-moi encore, car il me reste quelques obscurités que je veux dissiper. C'est pourquoi je remplirai mon esprit des pensées de la foi, je les méditerai comme David et le jour et la nuit, je ne veux me' conduire que d'après vos enseignements et les /naximes de votre Evangile.

'2" De l'espérance.

La foi nous découvre les biens du ciel. L'espérance vient à son tour, et nous dit : « Ces biens sont à vous, si vous les voulez. Votre Dieu vous les a promis. Il est la bonté même ; il peut par conséquent faire votre béatitude parfaite, et il est tout disposé à vous la procurer ; il est assez puissant pour réaliser ses promesses, et il ne saurait manquer de parole. » Et, à ce langage de l'espérance, l'âme que le découragement assombrit et glace comme les brumes de l'hiver, sent sa vie renaître, comme la nature revit aux rayons du soleil du printemps. Le cœur se dilate, se réchauffe et s'élance vers le ciel, pareil à l'oiseau qui, lorsque ses ailes se sont développées, sort du nid étroit qui le retenait comme en prison et prend son vol dans les airs.

Loin donc d'être un obstacle à la charité, l'espérance donne du courage pour acquérir toutes les vertus. J'ai couru dans la voie de vos commandements, ô mon Dieu, quand vous avez eu dilaté mon cœur. Et comme le premier et le plus grand des commandements, c'est d'aimer Dieu, c'est lui tout d'abord que l'espérance nous excite

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à observer. Par là même que nous espérons que quelqu'un? nous accordera quelques bienfaits, dit saint Thomas,, nous nous tournons vers lui comme vers notre bien, et ainsi nous commençons à l'aimer. L'espérance est doncun commencement d'amour. Par elle, en effet, l'âme tend vers Dieu comme' vers sa fin dernière; mais elle le considère encore comme attendu et absent, tandis que par la^ charité elle s'attache à lui, comme le possédant déjà' eu. quelque sorte.

Dans l'édifice delà sanctification, la foi est le fondement,, l'espérance la colonne qui supporte le sommet ; la charité est le comble du temple intérieur élevé à la gloire de Dieu- Plus les colonnes sont solides, plus l'édifice peut s'élever.. Plus notre espérance sera ferme, plus nous grandirons en amour. « Nous sommes disposés à progresser dans k' charité, dit saint Tiiomas, ou par les bienfaits que nouS' avons reçus de Dieu, ou par les récompenses que nous en attendons. Et jamais nous ne pourrions aimer Dieu d'un amour d'amitié, si nous désespérions d'entrer en participation de ses biens. »

Heureux donc tous ceux qui espèrent en Dieu. Beati omnes qui sperant in eo. Sur qui compter, sinon sur lui ? Ne mérite-t-il pas plus de confiance que les princes de la> terre? Chose étrange! Il est des âmes qui ajoutent foi à/ tout le monde, excepté au Dieu qui a fait le monde et qui. a donné la fidélité à tout ce qui en a tant soit peu. On-, confie son grain à la terre qu'on a cultivée, on donne sestravaux et ses sueurs à une vigne pendant une annéej espérant qu'elle ne sera pas ingrate; on eoiifie son or ai un coffre solide ; ses meubles et ses provisions à des serviteurs; on fait la paix avec un ennemi sur la foi de son serment, on remet ses valeurs à un commerçant en se fiant à sa signature qui ne figure au fond que. sur une feuille de papier. Dieu n'est-il pas aussi fidèle qu'une terre ■ et qu'une vigne que la -grêle peut dévaster; qu'un serviteur qui, après tout, peut un jour nous voler ; qu'un coffre de fer qu'on peut crocheter ; sa parole n'ofîre-t-elle pas autant.

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•de garantie que le serment d'un ennemi ou que la signature d'un commerçant? C'est donc lui faire une grave injure que de se désespérer et que de se défier de lui?

Notrè-Seigneur nous dit : Que votre cœur ne se trouble pas, qu'il ne craigne pas] car il a plu à mon Père de vous donner son royaume. Il nous déclare que son Père lui a remis entre les mains notre salut et que, pour ce qui le regarde, il ne permettra jamais la perte d'une brebis qu'il a rapportée sur ses épaules, après l'avoir cherchée au loin, •et pour la conservation de laquelle il a laissé percer de •clous ses mains innocentes.

Comprenant la bonté de Dieu, le prophète royal abandonnait sans crainte aux mains divines le salut de son âme, « Seigneur, disait-il, je remets mon âme entre vos ' mains. In manus tuas commendo spiritum meum. » Pourquoi cette confiance? Il en indique aussitôt la cause : « Vous m'avez rachetç, Seigneur, Dieu de venté. Redemisti me, Domine, Deus veiitatis. » A quelles mains pourrais-je avec plus de sécurité confier le soin de mon âme qu'à celles qui, pour me sauver, se sont laissé clouer au bois de la croix?

Saint Jean d'Avila faisait ainsi parler Notre-Seigneur :

« Je suis votre Père, car je suis Dieu; je suis votre frère aîné, car je suis homme. Je suis le prix de votre rançon, pourquoi craindriez-yous vos dettesj quand, par la pénitence et la confession, il vous est facile de les éteindre? Je suis votre réconciliation, quelle colèi'e pourriez-vous redouter? Je suis le lien do votre amitié, pourquoi redouteriez-vous l'inimitié du côté de Dieu ? Je suis votre défenseur, pourquoi auriez-vous peur de vos ennemis? Je suis votre ami; pourriez-vous bien manquer de ■quelque chose tant que vous resterez miis à moi? Mon corps et mon sang vous appartiennent, pourquoi redouteriez-vôus la faim? Mon cœur vous appartient, pourquoi -craindriez-vous d'être oubliés? Ma divinité vous appartient, pourquoi craindriez-vous les misères?

»^ En outre, mes anges vous appartiennent et sont là

pour vous défendre : mes saints sont là pour intercéder en volve faveur, ma Mère bénie est là pour vous servir de Mère tendre et dévouée ; la terre est à vous pour que vous m'y serviez; le ciel est à vous pour que vous y veniez un jour ; les démons et l'enfer sont à vous, pour que vous méprisiez les uns comme des esclaves et l'autre comme une prison ; la vie est à vous afin que vous méritiez celle qui ne finira jamais; à vous les plaisirs légitimes pour que vous m'en fassiez l'hommage ; à a'ous les peines afin que vous les souffriez pour mon amour; à vous les tentations afin qu'elles vous préparent votre couronne; à vous la mort qui vous introduira aussitôt dans la vie.

» Regardez, enfants des hommes, et répondez : Qui ai-je , méprisé de ceux qui m'ont aimé ? Qui ai-jo abandonné de \ ceux qui m'ont invoqué? Qui ai-je fui de ceux qui m'ont j cherché? J'ai mangé avec des pécheurs; j'ai appelé et jus- '( tifié des hommes impurs et flétris; je presse avec instance v ceux qui ne veulent pas de moi ; j'invite tous les hommes à venir à moi. Quelle raison y a-t-il pour me suspecter d'oubli envers les miens, alors que je mets tant d'empressement à aimer et à faire comprendre mon amour? »

3° De la charité.

Comme mon Père m'aime, dit Nofre-Seigneur, ainsi je vous aime. A quoi de plus grand pouvait-il comparer sa tendresse? Or, cet amour a pour conséquence une étonnante sollicitude que le Seigneur exprimait en ces termes par le prophète Ezéchiel : Je ferai moi-même paître mes brebis, je les ferai reposer moi-même J'irai chercher celles qui étalent perdues; je relèverai celles qui étaient tombées ; je banderai les plaies de celles qui étaient blessées; je fortifierai celles qui étaient faibles; je conserverai celles qui étaient grasses et fortes ; et je les conduirai avec justice, c'est-à-dire, je pourvoirai avec soin et avec prudence à tous leurs besoins. Que peut désirer de plus l'âme humaine, pendant qu'elle est unie à ce corps mortel?

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Quelles incursions îles loups et dos bêtes féroces les lirobis peuvent-elles craindre sous la garde d'un tel pasteur?

Comme celui qui a reçu d'un roi la promesse écrite et solennelle d'un bienfait se réjouit quelquefois autant de recevoir cotte promesse que de recevoir le bienfait promis, car il lui semble déjà posséder ce qui est garanti par une promesse royale, ainsi la bonté et la fidélité de Dieu inspirent quelquefois une telle espérance à l'homme juste, qu'il croit tenir déjà ce qui lui est promis; ce qui rend son amour plus vif, son zèle plus ardent, sa patience plus courageuse. Si l'acquisition des biens est une satisfaction pour leur possesseur, comment le juste qui sait que la promesse divine rend plus certain ce que l'on espère que ce que l'on possède en ce monde, ne se réjouirait-il pas d'un gage si assuré? Aussi les vrais chrétiens comptent-ils plus sur les biens éternels que sur ce qu'ils possèdent en ce monde. Ils remettent entre les mains de Dieu, sans sollicitude, tous leurs intérêts temporels, persuadés que celui à qui ils les confient est le père le plus tendre, l'ami le plus sincère, que rien n'arrive sans qu'il le permette dans des desseins de miséricorde, qu'il fera tourner à notre vrai bien les pertes comme les bénéfices, le malheur comme la prospérité.

Quelle paix dans cette disposition ! Combien il est facile à ceux qui savent y entrer pleinement d'aimer ce Dieu sur le sein duquel ils reposent avec confiance! Et leur amour grandissant fortifie encore leur espérance loin de la détruire.

La charité espère tout, dit saint Paul. Le propre de l'amour n'est-il pas de désirer de jouir de l'objet de son affection, comme le remarque saint Thomas? Notre récompense, ajoute-t-il, n'est autre que de jouir de Dieu^ en le voyant face à face. Donc, la charité non seulement n'exclut pas l'espérance, mais même elle tourne les regards de l'âme vers la récompense. mon Dieu, mon Père, mon bienfaiteur, mon ami, ma fin dernière, quand viendrai-je et quand paraitrai-je devant votre face ? Montrez-la moi, et je serai sauvé; mais en attendant je

■comple sur votre grâce, car je vous la demande instamment; j'espère que vous me pardonnerez mes péchés, car je les déteste, que vous me donnerez votre royaume par les mérites de Jésus-Christ, car vous l'avez promis à ceux qui vous aiment, et vous savez que je vous aime par-dessus tout. Toutefois, l'espérance ne doit point bannir la crainte salutaire de Dieu, qui, comme nous l'avons dit, est le commencement, de la sagesse. Saint Bernard, parlant de lui-même, dit : « Je me suis trouvé quelquefois aux pieds de Notre-Seigneur, j'embrassais tantôt l'un, tantôt l'autre, selon le mouvement de son esprit. Si, parfois, je tenais tr op longtemps embrassé le pied de la justice, je sentais aussitôt mon âme plongée dans des craintes et des terreurs étranges qui me glaçaient le cœur,, abattaient mon esprit et me faisaient crier tout tremblant avec le prophète royal : Qui connaît la puissance de votre colère ? Si, au contraire, je m'attachais trop à celui de la miséricorde, je m'apercevais aussitôt que mon cœur tombait dans le relâchement et la négligence; j'étais plus tiède dans l'oraison,. plus lâche dans la pratique des bonnes oeuvres, plus prompt à me dissiper, plus inconsidéré dans mes paroles; en un mot, moin's retenu et dans l'intérieur et dans l'extérieur ; c'est pourquoi, instruit par mon expérience, je chanterai, Seigneur, non vos jugements seuls ou votre seule miséricorde, mais le jugement et la miséricorde en même temps ; la miséricorde et la justice seront l'une et l'autre le sujet de mes hymnes dans le lieu de mon exil, jusqu'à ce que, la miséricorde l'ayant emporté sur la justice, ma misère ait cessé, et que je jouisse de votre gloire; alors je n'aurai plus à Chanter que les bontés éternelles de mon Sauveur, sans éprouver désormais aucun sentiment de crainte. »

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