II. — DES VERTUS MORALES
Les vertus sont des habitudes bonnes, qui disposent l'homme à faire le bien facilement et constamment. Per-
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sonne n'est vortupux on naissant; les vertus ne nous viennent pas de la nature ; car la nature est la même chez tous les hommes, et parmi eux il y en a beaucoup qui ont des vices, c'est-à-dire des habitudes mauvaises; mais de vertus point. 11 est cependant des vertus que l'homme peut acquérir naturellement en faisant souvent des actes bons. C'est ainsi qu'on voit des hommes qui, en s'exerçant de bonne heure à la compassion envers les malheureux ou à une vie dure, en viennent à pratiquer la libéralité à l'égard des pauvres ou à vivre selon les règles de la tempérance.
Les vertus moi-ales disposent les diverses facultés de l'àrae à bien faire leurs opérations. Pour qu'un acte soit bien fait, il faut qu'il soit conforme à la règle, comme une œuvre d'art, pour être bien faite, doit être conforme à la règle de l'art. Ce qui s'éloigne de la règle, soit d'un côté, soit de l'autre, est mal fait. C'est pourquoi on dit que les vertus sont dans un juste milieu entre deux vices ; elles s'éloignent également de l'un et de l'autre. C'est ainsi que la douceur tient le milieu entre la colère et une impassibilité stupide.
La règle des vertus morales, c'est la raison qui nous fait voir ce qu'il y a d'honnête, de noble, à. faire des actes bons. C'est un devoir, en effet, et une gloire pour l'homme de vivre selon la raison. En faisant le bien, il agit d'une manière convenable à sa natiu-e ; il se perfectionne et, par conséquent, travaille à son propre bonheur; tandis que celui qui so livre à ses passions se déshonore en se rendant malheureux.
« Gomme la raison est la principale partie de l'homme, dit Bossuet, il s'ensuit que la vertu est le plus grand bien qui puisse être en l'homme. Elle vaut mieux que les richesses, parce qu'elle est notre véritable bien ; elle vaut mieux que la santé du corps, parce qu'elle est la santé de l'àme; elle vaut mieux que la vie, parce qu'elle est -la bonne vie et qu'il serait meilleur de n'être pas homme que de ne pas vivre en homme, c'est-à-dire de ne
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pas vivre selon la raison et de faire do l'homme une bêle; ■elle vaut mieux aussi que l'honneur, parce qu'en toutes choses l'être vaut mieux, sans comparaison, que le sembler être. 11 vaut mieux être riche que de sembler être riche; être sain, être savaiit que de sembler tel; il vaut ■donc mieux, sans comparaison, être vertueux que de le paraître, et ainsi la vertu vaut mieux que l'honneur. Il n'est donc pas permis ni de quitter les vertus pour se faire estimer des hommes, ni de rechercher la vertu pour s'acquérir do la gloire, parce que ce n'est pas assez estimer la vertu ; car celui qui ne l'estime pas ne la peut pas avoir, parce qu'on la perd en la méprisant. «
Les actes des vertus morales, faits même par un païen, étant bons, méritent une récompense naturelle. S'ils sont faits avec le secours de la grâce par un pécheur qui a la foi, dans des vues surnaturelles, comme, par exemple, pour obtenir le pardon do ses fautes, ils préparent ce pécheur au retour à Dieu et à la charité. C'est pourquoi ceux qui auraient le malheur d'avoir perdu ramitié de Dieu, n'ont rien de mieux à faire, pour la recouvrer, que de multiplier avec leurs prières leurs bonnes œuvres, afin d'incliner Dieu à leur rendre la grâce. Date et dabitur voMs, leur dit Notre-Seigneur. Donnez et on vous donnera.
Si l'on fait l'aumône par un motif de foi, en vue d'obtenir des grâces spirituelles, on est sûr que Dieu ne la laissera pas sans récompense. Nous donnerions volontiers, cent pièces d'or, si nous pensions qu'on nous on rendrait le double, dans trois mois et même dans trois ans. Nous savons qu'en faisant l'aumône aux pauvres nous pourrons obtenir l'amour de Dieu dans trois jours et nous leur refusons du pain, un vêtement ou une obole. Nous n'apprécions pas assez l'amour de Dieu. Ne vaut-il donc pas la peine que nous sacrifiions quelque chose pour nous le procurer? Il est des âmes qui ont donné des sommes en aumônes pour obtenir la contrition de leurs péchés et l'amour de Dieu. Elles ont réussi et n'ont pas payé trop cher une si grande grâce.
Et ce que nous disons de l'aumône, nous pourrions le
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dire des autres actes de A^ertii accomplis en vue de recouvrer la grâce, tels que les actes de mortification, d'humilité, de patience, de résignation a la volonté de Dieu. Tout cela aide à arriver à l'aimer.
Une lois qu'on est parvenu à l'amour de Dion, toutes les vertus morales sont répandues dans l'àme par Dieu avec la grâce. Ce n'est pas afin qu'elles restent oisives que Dieu les donne ; mais bien afin qu'elles soumettent toutes les puissances de l'homme à l'action de la charité, de telle sorte que tous les actes de l'homme soient rapportés à Dieu et tendent vers la béatitude éternelle. C'est afin que l'homme, en pratiquant les vertus par des actes fréquents, sous l'empire de l'amour de Dieu, mérite une grâce plus abondante et tm accroissement de charité, tout en fortifiant ces vertus elles-mêmes en les exerçant. C'est ainsi, selon la comparaison de saint Thomas, que celui qui a recouvré la santé sans remède, peut la fortifier par des remèdes. Il est donc d'une haute importance de pratiquer ces vertus; et si leur habitude vient de Dieu, leur exercice dépend de la volonté humaine.
De plus, en faisant souvent desacles de vertus morales, on réprime les vices, c'est-à-dire les mauvaises habitudes que la grâce laisse subsister, tout en nous donnant les vertus infuses pour lutter contre eux, afin d'en triompher plus facilement. Si on ne met pas en œuvre les vertus, on n'acquiert pas cette facilité pour le bien que donne une habitude acquise par la répétition des actes; les vices ne sont pas domptés et peuvent encore faire leurs ravages. On garde, par conséquent, des défauts qui sont un obstacle à la perfection et au bonheur do la vie chrétienne et à l'édification du prochain. La vertu est l'ornement de l'àme coramie les vêtements sont celui du corps, comme les fleurs et les fruits sont celui des arbres, comme les étoiles sont celui du ciel. Elle éclaire comme un astre ceux qui en sont témoins et les porte à Dieu par de saints exemples. Les méchants eux-mêmes qui l'attaquent sont obligés de l'admirer. C'est le seul bien qui nous soit propre,
puisqu'il est au-dedans de nous ; c'est le seul qui ne nous quitte pas à la mort. C'est la vertu qui fait les grands cœurs, les nobles et saihtes familles, les nations fortes et durables. Elle est le chemin de la gloire véritable.
« La vertu, dit Lacordaire, donne la vérité à notre intelligence, la justice à notre volonté, la bonté à notre cœur et, par conséquent, le même mode de penser, de vouloir et de sentir que Dieu lui-même qui, par son essence, est vérité, justice et bonté. C'est par elle que l'ordre subsiste, par elle que le respect s'établit et que l'affection circule dans les veines arides du genre humain. Toute philosophie qui la dédaigne périra sous le mépris ; tout parti qui la repousse est un parti vaincu; toute amitié où elle est absente manque de racines et n'aura pas de durée ; tout bonheur où on ne la sent pas sera comme une fleur ouverte le niiatin et fanée le soir ; toute gloire qui ne se l'attache pas comme une sœur est une fleur flétrie. Elle est la beauté du temps et l'immortalité de ce qui passe. Elle est ici-bas le prix et le terme du combat contre les passions. Par elle, l'homme arrive à la possession de son être tout entier. L'enfant se joue avec elle au sortir du berceau ; l'adolescent y puise la candeur de son visage et la tendresse de son regard; l'homme fait lui demande le courage, la consolation, l'estime publique ; le vieillard sa couche dernière.
» La vertu n'a pas besoin du secours des ans. Elle naît en un jour aussi bien qu'en un siècle ; et soit qu'elle brille au front du jeune homme ou sous les rides du vieillard, elle est aux peuples qui la'virent l'expression achevée de la grandeur. Ni la Grèce, ni Rome n'élevèrent jamais de marbre plus éloquent ou plus sublime, et, quelque acclamation qui ait suivi la victoire au retour des champs de bataille, de quelque couronne qu'on ait orné les trophées du génie, ce qui reste au plus haut de l'histoire pour l'honneur de l'homme et la leçon de l'avenir, c'est l'image toute puissante et sacrée de la vertu. »
C'en est assez pour déterminer les âmes qui veulent
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grandir dans l'amour divin à s'appliquer avec énergie à l'acquisition de toutes les vertus morales. Nous disons de toutes, car on ne peut avoir parfaitement aucune des vertus acquises, si on manque d'une seule d'entre elles.
Toutes les vertus acquises sont imparfaites sans la prudence qui doit les diriger toutes; et la prudence fait défaut, si on ne pratique pas les autres vertus ; car il n'est pas prudent celui qui ne sait pas diriger ses actions vers la fin voulue.
Les vertus morales sont nombreuses et se rangent toutes comme une armée sous quatre chefs de file, qui sont la prudence, la justice, la force, la tempérance, qu'on nomme , vertus cardinales, parce que toute vie humaine honnête repose sur elles comme une porte sur ses gonds. Elles sont un remède aux quatre plaies de la nature humaine ; la prudence est opposée à l'ignorance de l'esprit, la justice à la malice de la volonté, la force à notre infirmité .à surmonter les obstacles au bien, et la tempérance à rinclination qui nous porte vers les plaisirs des sens. Il nous serait facile d'en parler longuement et avec profit ppur nos lecteurs en traduisant saint Thomas; mais nous devons nous borner à des notions courtes sur chacune d'elles et sur les autres vertus qui s'y rattachent.
1° De la prudence.
On l'a appelée avec raison le cocher qui conduit le char des vertus, car c'est elle qui les gouverne toutes pour qu'elles ne s'écartent pas du juste milieu tracé par la raison. La prudence est une vertu qui montre ce qu'il faut faire ou ce qu'il faut éviter, dans les circonstances où l'on se trouve, afin d'agir d'une, manière droite. Elle est . donc la règle de toutes les actions et de toutes les entreprises humaines. C'est à elle à décider si telle œuvre est à entreprendre et à rechercher les moyens de la faire réussir, à observer les circonstances favorables pour l'exécuter et ensuite à porter l'homme à" faire cette
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œuvre, après qu'il a juge opportuns l'œuvre elle-même, les moyens et les circonstances. Ce n'est pas assez pour la prudence de savoir qu'un acte est bon. en général; elle étudie chaque acte en particulier pour en régler la marche d'une manière droite et sage. Un pécheur est frappé d'une maladie grave. On l'apprend. Il est grand temps de le ramènera Dieu.
Le zèle porte avec raison à entreprendre celle œuvre qui, à ce moment suprême, ne peut être négligée par une àme chrétienne. Alors la prudence cherche les moyens de la faire aboutir. Elle en découvre plusieurs. On peut ramener cette âme, ou en allant la trouver pour lui parler de son état, ou en avertissant le prêtre de lui faire visite, ou on priant un parent, un ami, un médecin chrétien de la préparer à la mort. Le souvenir du passé, l'expérience faite dans des cas semblables, l'intelligence du vrai côté de la question présente, de la situation d'esprit du malade, une certaine adresse à découvrir des industries saintes, les conseils qu'on peut demander à quelqu'un sur les, meilleurs moyens d'aboutir, la prévoyance des résultats de telle ou telle démarche, viennent ici au secours de la prudence pour découvrir les moyens d'amener cotte conversion. Mais ces moyens découverts, la prudence ne s'arrête pas là; elle examine quel est, vu les circonstances, l'état du malade, etc., celui dos moyens qui sera plus efficace. Pour tel pécheur, la visite du prêtre réussira miieux; pour tel autre, le prêtre ne sera pas admis, si un ami, un médecin ne lui a pas préparé les voies. La prudence, en pesant ces divers moyens, juge quel sera le plus sûr, en tenant grand compte de l'entourage du malade, de la religion du médecin, etc., et quand elle a jugé quel sera le moyen le plus opportun, elle détermine la volonté à le prendre, en profitant des circonstances les plus favorables pour le succès et en prenant toutes les précautions possibles pour écarter les obstacles qui pourraient se rencontrer. Ce que nous disons de la manière de procéder de la prudence, quand il s'agit
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de prçcurer la conversion d'un pécheur mourant, peut s'appliquer à toute autre œuvre à entreprendre, à toute décision sérieuse, et en particulier au choix d'un état dans lequel il est si important de ne pas s'égarer.
Mais ce qui nous éclairera encore mieux sur la nature de la prudence, ce sont les vices qui lui sont opposés. Parmi ces vices, les uns viennent du manque de prudence, comme la précipitation "qui ne prend pas le temps, ni de rechercher les moyens, ni de consulter. Ou va trop vite et on de\ieut imprudent et téméraire. L'irréflexion qui ne sait pas, entre les moyens qui se présentent, examiner les plus efficaces, de telle sorte qu'en employant le premier qui se présente, on ne réussit pas. L'inconstance qui fait qu'on se désiste de ce qu'on a d'abord sagement décidé. Il est certain que, si on a pris avec sagesse le parti de faire une bonne action, c'est aller contre la prudence d'y renoncer. Enfin, la négligence qui renvoie toujours, et qui pei'd ainsi les occasions les plus favorables de faire le bien. D'autres vices sont opposés à la prudence par excès ; et ils ne sont pas moins funestes ; c'est d'abord la prudence de la chair qui ne juge des choses que d'après les intérêts du temps, et qui croit bon et utile tout ce qui accroît la fortune, le crédit, les honneurs de ce monde, lors même que le salut en serait compromis : cette prudence est la mort de l'àme; elle est terrestre, animale et diabolique, selon saint Bernard; ce sont aussi : la ruse qui tend à ses fins par la fourberie, et la dissimulation.
Enfin, la trop grande sollicitude des choses présentes et de l'avenir qui ne laisse rien entreprendre do grand. Aussi, pour nous préserver de ces vices, Notre-Seigneur a-t-il dit : Soyez prudents comme des serpents. Le Saint- Esprit, dans divers passages des Saints Livres nous fait comprendre la nécessité de cette vertu. Celui qui va trop vite, ira heurter les pieds contre la pierre. Prenez garde, marchez avec précaution, non pas comme des insensés, mais comme des hommes sages. Mon fils, ne faites rien sans conseil, et après le fait, vous n'aurez pas de regret.
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Que vos yeux précèdent vos pieds, réglez bien la route que vous suivez et ne vous écartez ni à droite ni à {/auche. Si on s'écarte, en effet, des règles de la prudence, la vertu elle-même devient un vice, selon le langage' de saint Bernard; l'économie devient avarice, et la libéralité envers les pauvres devient une prodigalité qui dissipe tout. C'est ainsi qu'un vaisseau sans pilote va se briser contre un écueil. Aussi, lorsque dans une conférence restée célèbre, les anciens Pères du désert examinèrent cette question : quelle est la vertu morale la plus nécessaire, et lorsque diverses opinions étaient exprimées, saint Antoine avec sa haute autorité, qui fut acceptée de tous, trancha la question eh disant que la prudence était la plus nécessaire de toutes. Sans elle, le bien se fait à contre temps ; sans elle, les entreprises même saintes sont hasardées et ruinées d'avance; sans elle, les hommes de zèle eux-mêmes ressemblent à de mauvais couvreurs qui cassent plus de tuiles qu'ils n'en placent, selon le mot de saint François de Sales.
On acquiert cette vertu par la prière ; car toute sagesse vient de Dieu. Aussi lé saint homme Tobie disait-il à sonfils : En tout temps j demandez à Dieu de diriger vos voies. — Si quelqu'un a besoin de la sagesse, dit l'apôtre saint Jacques, qu'il la demande à Dieu, qui donne à tous avec abondance, et elle lui sera donnée.
Il faut de plus savoir réfléchir. Celui qui est précipité dans sa conduite, qui ne réfléchit pas, ne profite pas de l'expérience, il n'écoute pas la raison, il ne prévoit ni les suites de ses paroles, ni celles de ses actes. Saint Bernard veut qu'on fasse passer deux fois sur la Unie ses paroles avant de les faire passer une fois sur la lajigue. Et en effet quelles fâcheuses suites peut avoir une parole' imprudente! Et d'ailleurs ne devons-nous pas rendre compte de toute parole inutile? Quand il s'agit des actions, le même saint Docteur veut qu'on prenne avant de les faire le temps de se demander si elles sont permises, si elles conviennent, si elles sont utiles. Cet ex,amen, si on le fai-
sait exactement, préserverait de beaucoup de fausses démarches et de beaucoup de périls. Hélas! qu'une jeunesse sans expérience aurait' besoin de réfléchir à quels dangers l'expose sa propre témérité! Souvent même, il ne suffit pas de réfléchir, il faut savoir consulter et suivre docilement un bon conseil. Aussi Tobie faisait-il encore à son fils cette recommandation : Toujours demandez conseil à un homme sage. On peut avoir un projet saint, mais don ton ne prévoit pas les inconvénients ; un homme prudent peut nous les découvrir ou nous indiquer des moyens nouveaux d'en assurer le succès ou de triompher des obstacles. Qu'on se souvienne de ce que nous avons dit plus haut de la direction et de l'obéissance à son directeur. Ce sont ceux surtout qui aiment Dieu qui doivent se pénétrer de ces vérités. Personne ne doit être plus prudent qu'eux. Si la sagesse c'est Dieu, dit saint Augustin, le vrai philosophe, le vrai sage c'est celui qui aime Dieu- C'est lui donc qui doit se conduire en tout par les règles de la prudence chrétienne, afin de ne donner aux adversaires de la piété aucune occasion d'en dire du mal,
2° De la justice.
C'est une vertu qi" norte l'homme par une volonté
constante et perpétuelle à rendre à chacun son droit.
■ Ainsi entendue, elle comprend toutes les vertus morales
que l'homme peut pratiquer à l'égard d'un autre, soit à
l'égard des hommes, soit à l'égard de Dieu.
Il y a la justice rigoureuse qui consiste à no faire tort à personne, à réparer les dommages que l'on a faits et à rendre à chacun ce qui lui appartient. Toute âme honnête comprend la nécessité de cette vertu. « Si on jette dans le feu celui qui n'a pas donné aux pauvrefe de sonpropre bien, dit saint Augustin, où pensez-vous qu'on jette celui qui s'est emparé du bien d'autrui? Si celui qui n'a pas vêtu un homme qui était nu, brûle avec les démons, où pensez-vous qu'il devra brûler, celui qui l'a
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dépouillé? » Gerles, nous avons assez dit qu'il fallait se détacher des créatures pour que nos lecteurs n'aient pas la tentation de s'approprier le bien d'autrui par des ruses, des fraudes dans le commerce, des usures et par' d'autres moyens injustes.
Ceux qui ont à distribuer les charges puliliques sont' tenus de ne pas faire acception de personnes, et de répartir les dignités, les emplois, les châtiments eux-mêmes, selon l'équité, ne tenant compte que du bien commun, du mérite ou du démérite et do la capacité de chacun. Ceux qui font des lois injustes sont les plus grands coupables, car ils font le mal sur une plus vaste échelle que les voleurs de grand chemin. Quel malheur pour un pays quand la justice n'y règne plus! C'est la justice qui élève une nation.
Si ceux qui gouvernent ont de rigoureux devoirs envers leurs sujets, ceux-ci, à leur tour, doivent l'obéissance aux lois justes de leur pavs et le dévouement au bien de l'Etat.
A la justice se rattachent trois classes de vertus à l'égard des autres.
La première comprend celles qui nous portent à rendre à d'autres ce que nous leur devons, sans qu'il soit possible de le faire d'une manière équivalente aux bienfaits que nous en avons reçus. Or, nous avons plus reçu de Dieu, de nos parents et de notre patrie, que nous ne pourrons* jamais leur rendre.
A Dieu, par conséquent, nous devons la religion qui nous inspire la dévotion ou le dénouement d'un cœur prompt à s'appliquer à son service ; la prière, qui comprend la louange des perfections de Dieu, l'action de grâces pour les bienfaits reçus et la demande de ce que nous attendons encore de la bonté divine; l'adoration, par laquelle, reconnaissant Dieu comme notre souverain Maître, nous lui offrons notre corps en nous prosternant devant lui; les offrandes et les sacrifices par lesquels nous lui offrons ce qui est à nous, en signe de notre
dépendance, La religion est la plus noble des vertus morales. C'est elle qui s'approche le plus près des vertus théologales. Aussi est-elle particulièrerïient chère aux amis de Dieu. Ce sont eux qui adorent leur Père céleste, en esprit et en vérité.
A nos parents et à notre patrie, qui sont la source de notre existence, nous devons la piété filiale. A nos supérieurs comme aux parents, nous devons le respect et l'obéissance.
La seconde classe comprend les vertus qui nous portent à rendre aux autres ce qui leur est dû, non en vertu de la justice, mais pourtant sous peine de péché, comme la véracité qui nous incline à dire la vérité, la bonne foi qui bannit la ruse, la simplicité qui fait qu'on se montre sans dissimulation tel que l'on est.
La reconnaissance qui sait récompenser un bienfait par l'affection du cœur, par des paroles de remerciements et par des œuvres. Une juste sévérité qui nous porte à châtier, non par un désir de vengeance, mais par amour de la justice, ceux dont nous avons la charge, s'ils se rendent coupables. Cette sévérité, nous devons la tourner d'abord contre nous-mêmes, en pratiquant la pénitence pour nos propres péchés.
La troisième classe comprend les vertus qui nous inclinent à rendre au prochain ce qui lui est dû, non sous peine dépêché, mais en vertu de l'honnêteté. Telles sont: la libéralité qui porte à donner aussitôt et volontiers ; la miséricorde naturelle envers les pauvres ; l'affabilité, qui fait converser avec le prochain d'une manière convenable et aimable tout à la fois ; l'amitié, qui fait que deux cœurs se communiquent d'une manière gratuite, leurs biens, leurs affections, leurs tristesses et leurs joies; l'urbanité ou la politesse, qui dirige les actes de telle sorte qu'ils soient convenables et polis ; la bienveillance, qui fait qu'on veut du bien aux autres et qu'on cherche à leur en faire.
Ces vertus rendent la piété aimable, et elles sont d'un grand secours pour lui gagner l'estime, lui ouvrir les
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cœurs et la mettre en mesure de faire un véritable bien. Dieu voit le fond des consciences, il connaît ceux qui sont à lui ; mais les hommes ne voient que ce qui paraît ; et ils jugent d'après cela.
Quand on aime Dieu, on veut le faire aimer, et, par conséquent, il ne faut pas négliger ces manières aimables et bienveillantes qui, en révélant un bon cœur, lui concilient la confiance et l'affection des autres. Le Docteur de l'amour de Dieu, saint François de Sales, a excellé dans" ces vertus *, et on voit avec quelles bénédictions il a réussi à convertir les hérétiques les plus opiniâtres, les pécheurs les plus endurcis, en même temps qu'il a dirigé dans les voies de la perfection les âmes les plus élevées et les plus saintes. On nous saura gré d'avoir énuraéré au moins les vertus qui se rapportent de près ou de loin à la justice.
3" De la force.
Pendant que les méchants tremblent où il n'y a pas lieu de craindre, le juste," dit le Saint-Esprit, semblable à un lion qui se confie dans sa force, demeure sans peur. Toute vertu demande une certaine force; sans cela elle n'est pas vertu. Il faut un certain courage pour obéir, pour se mortifier, pour s'humilier. Ceux donc qui reculent devant toutes les difficultés qu'on rencontre à faire le bien n'ont aucune vertu ; à plus forte raison n'ont-ils pas la force proprement dite, dont il est ici question; car cette vertu s'exerce dans les cas où la constance de l'âme est le plus difficile, c'est-à-dire quand il s'agit de grands dangers à soutenir. Les maux, quand ils sont graves surtout, produisent en nous la crainte qui est une passion de l'âme. La force maîtrise cette crainte, lors même qu'il s'agirait du péril de mort. Le propre d'une âme forte, c'est de ne pas être ébranlée de ce que les hommes vulgaires redoutent le plus. Or, entre tous les maux de la terre, il n'en est pas de plus redoutable que la mort qui nous enlève tout. Celui donc qui sait ne pas trembler devant la .
mort, endurée pour une sainte cause, ne sera ébranlé par rien. Il est donc vraiment fort. L'acte propre de la force et le plus difficile de tous, c'est donc de faire soutenir pour la vertu les plus grands maux et la mort même- « Le mépris de la mort, a dit Lacordaire, voilà le principe de la force morale. Tant que la conviction de la justice ne va pas jusque-là, tant qu'on craint de mourir, comme si mourir était autre chose que vivre et atteindre Dieu, il n'y a rien à espérer de l'homme dans les grandes occasions. Une menace suffira pour le vaincre ; il flottera, sans cai'actère, à la merci des événements; et si l'histoire le connaît, elle ne connaît que sa honte. C'est le mépris de la mort qui fait le soldat, qui crée le citoyen, qui donne au magistrat sa toge, au prince sa sauvegarde dans les périls et sa majesté dans l'infortune. Jeunes gens, vous avez devant vous une longue carrière; mais si vous préférez la vie à la justice, si la pensée de la mort vous trouble, cette carrière, que vous vous peignez si belle, sera tôt ou tard obscurcie par des faiblesses indignes de vous. Citoyens, magistrats, soldats, vous rencontrerez des heures où le mépris de la mort est la seule source de bien dire et de bien faire, oii il faut l'intrépidité d'une âme qui regarde plus haut que ce monde, et qui y a placé sa vie avec sa foi! Si cette foi vous manque, c'est en vain que la vérité et la justice vous regarderont du haut du ciel, leiu" éternelle demeure, et que la Providence amènera sous vos pieds des événements capables d'immortaliser votre vie- Vous ne les comprendrez pas. La gloire passera devant vous, elle vous tendra la main, et vous ne pourrez pas même lui dire son nom. »
Les vertus, a dit Prudence, seraient veuves sans la patience et la force, car sans elles, elles ne pourraient Jamais triompher des difficultés qui s'opposent à leur exercice. Quoi de plus noble que le courage! Les païens eux-mêmes l'ont admiré, et l'un d'eux, Sénèque, a dit : « Fouler aux pieds les terreurs des mortels n'appartient qu'à un génie supérieur. On apprend à connaître le pilote
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pendant la tempête et le soldat pendant la bataille. N'avoir pas besoin du bonbeur de la terre, voilà le vrai bonheur. » Mais le christianisme a eu des héros qui ont poussé la force jusqu'à l'héroïsme, et pour lesquels les tourments et la mort elle-même ont été un objet d'envie et un sujet de joies ineffables.
TertulUen rapporte qu'Arius Antonin ayant suscité en Asie une violente persécution, tous les disciples du Christ se formèrent en colonne compacte, ils se présentèrent d'un élan unanime à son tribunal pour y être condamnés à mort, tellement qu'il en fut effrayé ; il en saisit quelquesuns pour les jeter en prison et renvoya les autres en leur disant : « Si vous tenez à mourir, n'avez-vous pas des précipices et des cordes? » Ce n'était pas une mort de scélérats qu'ambitionnaient ces chrétiens intrépides, mais la mort subie pour la foi. Entendons parler saint Jean Chrysostome : « Je ne crains pas l'exil ; la terre entière est la demeure de l'homme. Les persécuteurs ressemblent aux cantharides ; malgré leur force, ils ne sont pas à craindre, ils purifient. Lorsque j'ai été chassé de la ville, je ne me suis inquiété de rien ; je me suis dit : Si l'impératrice Eudoxie veut m'exiler, je m'acheminerai vers l'exil; la terre et tout ce qu'elle contient est au Seigneur. Si elle veut faire scier mon corps par le- milieu, qu'elle le fasse; Isaïe a eu le même sort. Si elle me fait précipiter dans les (lots, je me souviendrai de Jonas. Si elle ordonne qu'on me lapide, je m'y soumets ; j'aurai le sort d'Etienne le premier martyr. Si elle me fait trancher la tète, je m'associe à Jean-Baptiste. Si elle m'enlève le peu que je possède, je dirai avec Job : Je suis sorti nu du sein de ma mère, j'entrerai nu dans le sein de la terre, mon autre mère. »
Dans les persécutions du xvii'' siècle, les Japonais idolâtres, envoyant avec quels transports les chrétiens allaient à la mort, étaient si remplis d'admiration pour un tel courage que quelques-uns d'entre eux montaient sur les chars qui les traînaient au supplice, afin de partager leur sort.
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Ces chrétiens avaient compris la parole du Maître : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais bien celui qui peut perdre Vâme et le corps dans l'enfer. Cette parole a fait seize millions de martyrs. On a vu avec admiration des femmes faibles, des jeunes filles timides, de tendres enfants courir à la mort comme à un triomphe. Et aujourd'hui, il en est qui ne savent pas supporter une raillerie; qui se laissent détourner de la pratique du bien par un sourire, par une parole, par un intérêt misérable ; et ces âmes se disent chrétiennes ! Enfants des martyrs, soyons les émules de leur courage, et tenons-nous prêts comme eux à tout endurer plutôt que d'être infidèles à Dieu, à la conscience et à la vertu.
La force ne se contente pas, en effet, de savoir braver la mort, elle porte encore à entreprendre de grandes et saintes choses, et à attaquer avec courage les ennemis du bien sans dépasser toutefois les lois d'une défense légitime. C'est ainsi qu'on voit David, tout jeune adolescent, armé seulement d'une fronde, entreprendre d'attaquer Goliath, ce géant orgueilleux qui insultait au peuple de Dieu. Dans ces cas, la force appelle à son secours la colère et l'audace qui sont des passions que la force sait contenir, mais qu'elle a besoin d'employer; car, quand elles sont guidées par la raison, elles aident l'homme à agir avec courage.
Quand la force se porte à des œuvres héroïques dans la pratique de toute vertu, elle prend le nom de magnanimité; et elle a besoin de la confiance pour espérer de triompher des périls et de surmonter les obstacles et de la sécurité qui exclut trop de crainte. A la force se rapporte aussi la magnificence qui incline à faire de grandes choses et à grands frais, mais sans profusion cependant ; la patience qui sait supporter les épreuves et les afflictions ; la persévérance qui fait soutenir les difficultés qui durent longtemps; la constance qui rend comme immuable dans te bien, do telle sorte qu'on garde un esprit égal au milieu des peines que l'on a à soutenir. Saint François de. Sales dit : « Nous sommes si variables qu'il semble que
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nous allons selon le temps et la saison ; et il se trouve des personnes si inégales, que lorsque le temps est beau, il n'y a rien de si joyeux; et quand il est pluvieux, rien de si triste. Tel est fervent et prompt en la prospérité qui en l'adversité sera si faible, abattu et découragé, qu'il faudra employer le ciel et la terre pour le remettre. Vous en verrez d'autres qui désirent la prospérité, parce qu'en ce temps ils font des merveilles, ce leur semble. D'autres aiment mieux l'adversité, d'autant, disentils^ qu'elle les lait retourner à Dieu. Enfin nous sommes si variables et si bizarres; que nous ne savons pour l'ordinaire ce que nous voulons. Il n'y a point d'égalité parmi nous, et toutefois c'est une vertu des plus nécessaires qui soit en la vie spirituelle. Nous sommes des roseaux d'inconstance, qui nous laissons souvent emporter à suivre nos mauvaises humeurs et inclinations. »
C'est l'amour de Dieu qui triomphe de nos craintes et de notre inconstance. La crainte vient de l'amour que nous avons pour nous-mêmes. Si nous remplaçons cet amour par celui de Dieu, nous cessons de craindre pour nous; nous ne redoutons plus que ce qui peut nous faire perdre Dieu, c'est-à-dire le péché. Quand on aime Dieu, on n'a pas de raison de changer ; car Dieu est toujours le même. C'est pourquoi saint Augustin a dit: « Si vous voulez avoir une joie éternelle, attachez-vous à Celui qui est éternel, »
/!f.° De la tempérance.
C'est la vertu qui lutte en nous contre l'entraînement des sens vers les plaisirs. Elle suppose la pudeur qui a en horreur ce qu'il y a de honteux dans l'intempérance, et l'honnêteté, qui aime la beauté morale résultant de la modération dans l'usage des plaisirs légitimes.
A la tempérance se rattachent l'abstinence qui use des aliments d'une manière modérée; la sobriété qui évite les excès dans le boire ; la chasteté qui retranche ou règle,
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dans les Jsornes marquées par la raison, les plaisirs déshonnêtes. Elle a pour gardienne la pudicité qui retranche les actes extérieurs comme les regards, les familiarités, - capables d'exciter au mal.
' La chasteté la plus vulgaire est celle des époux, puis vient celle du veuvage qui est plus parfaite ; enfin le couronnement de la chasteté, c'est la" virginité qui renonce à tous les plaisirs, même légitimes, et offre à Dieu un corps que rien n'a souillé. Aussi l'Eglise a-t-elle porté cette sentence : Si quelqu'un dit qu'il n'est pas plus parfait et plus ilieureux de garder la virginité ou le célibat, que de s'en- .' gager dans le mariage, qu'il soit anathème. Il est clair i que le célibat et la virginité, en affranchissant des soUii citudes de la famille, rendent plus facile l'application aux <. choses célestes et à l'amour divin. La raison suffit pour i le faire comprendre, et le Saint-Esprit nous l'enseigne / formellement par la bouche de saint Paul : Je veux, dit- / il, que vous soyez sans sollicitude. Celui qui n'a pas ) d''épouse s'occupe des choses du Seigneur, du soin de lui I plaire. Celui qui a une épouse. est inquiet des choses du inonde, il songe à plaire à sa femme et son cœur est partagé. La femme qui n'est pas mariée et la vierge pensent aux choses du Seigneur et cherchent à être saintes de corps et d'esprit, tandis que la femme mariée s'occupe des choses du monde et du soin de plaire à son mari.
Les théologiens rapportent encore à la tempérance d'autres vertus, et d'abord la douceur, qui modère la colère, et qui, par conséquent, fournit à l'homme un moyen de plaire au prochain afin de le porter au bien. Le P. Bridaine disait : « Ayez toujours le miel dans la bouche et le sourire sur les lèvres et tout est gagné. »
La clémence qui incline à modérer les punitions infligées à ceux dont on a la charge ; il est parfois à propos de lui préférer une juste sévérité.
La modestie, par laquelle l'homme se tient d'une manière
convenable, soit dans son intérieur, soit dans son extérieur.
L'humilité règle les mouvements intérieurs qui nous
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portent vers le bien élevé et difficile à atteindre. \E11« apprend à l'homme à se connaître et à se mépriser 'luimême, en voyant qu'il n'a en propre que le péché, et' en reconnaissant que tout ce qu'il y a de bien en lui est un don de Dieu. Tous les maîtres de la vie spirituelle soùt mianimes à enseigner que l'humilité est le fondement de toutes les vertus morales. Elle est opposée, en effet, ù l'orgueil, qui est la source de tous les vices. Ceux qui veulent grandir dans l'amour de Dieu doivent s'applique?; d'abord à l'humilité. Plus on veut élever haut un édifice., dit saint Augustin, plus il faut en creuser profondémenii les fondations. Or, jusqu'où doit atteindre le faîte de l'édifice de notre sanctification ? Jusqu'à la vision de Dieu. Songeons donc d'abord à creuser le fondement de l'humilité, de peur que tout ne s'écroule à mesure que nous bâtirons.
Voici les divers degrés de l'humilité. Le premier, c'est de se reconnaître digue de mépris. Le second est de supporter patieuîment qu'on le dise. Le troisième do souffrir les mépris avec patience ; et le quatrième de les souffrir avec joie. Quand on en est arrivé là, rien ne trouble plus la paix d'une âme. Elle peut dire avec saint Paul : Je surabonde de joie dans toutes mes tribulations. C'est la réalisation de la parole de Noire-Seigneur : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et mus trouverez le repos'de vos âmes. ■
L'amour de l'étude des choses que l'on doit savoir est aussi une vertu qui tient le milieu entre la négligence à s'instruire et une vaine curiosité.
La modestie règle aussi les mouvements extérieurs, les paroles, les gestes, les allures, la manière de se vêtir et do se loger, de telle sorte que tout soit convenable et simple à la fois, et qu'on évite d'un côté la négligence et les manières rustiques et de l'auti-e l'affectation et le luxe.
Les saints se sont appliqués à suivre en tout les règles de la tempérance.
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Sainte Thérèse, interrogée par l'infirmière pourquoi elle ne goûtait pas d'un aliment qui paraissait bien préparé : (f C'est précisément, répondit-elle, parce qu'il est si bon, que je n'en mange point. »
Voilà comment agit celui qui aime Dieu, remarque saint Léonard de Port-Maurice. Il s'abstient de telle et de telle nourriture, parce qu'elle lui plaît ; il relient un bon mot qui lui vient sur la langue, parce qu'il est piquant; il baisse les yeux à la rencontre d'un objet, parce qu'il est avenant; il sert volontiers telle personne, parce qu'elle est ingrate; il aime à s'entretenir avec telle autre, parce qu'elle est désagréable. Si vous en faites autant vousmême, en peu de temps vous verrez votre cœur brûler des plus belles ffammes de la charité.
Ce que nous venons de dire donnera au moins une idée des principales vertus chrétiennes qui sont les fleurs que Notre-Seigneur aime à trouver dans le jardin de notre cœur. Plus on les cultive avec soin, plus on est agréable à ce bon Maître. Il n'est pas de jour, pas d'heure ou l'on n'ait Foccasion de pratiquer [quelque vertu, et, en le faisant en état de grâce et par un motif de charité, on peut, en une journée, acquérir des trésors pour le ciel. Car, comme nous l'avons remarqué, dans ces conditions, chaque acte de vertu est un acte de charité méritoire, qui donne à l'homme la facilité d'en produire de nouveaux et qui, s'il est fait avec vigueur, augmente et fortifie cette vertu.
Quels jours pleins que ceux que l'on a tout employés à des actes vertueux! Quelle consolation on éprouve le soir, quand, en jetant un coup d'œil rapide sur sa conscience, on peut se dire qu'on a profité de toute occasion pour faire le bien ! Et si la vie entière se passe ainsi, quelle paix à l'heure de la mort! On peut alors dire avec saint Paul : J'ai combattu le bon combat; il ne me reste qu'à attendre la couronne de justice que me rendra le juste Juge.
Quels remords, au contraire, n'a-t-on pas, quand on
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réfléchit, et quels regrets ne se prépare-t-on pas pour l'heure dernière, en perdant des journées, des mois, et peut-être une vie entière, par ce qu'on néglige la vertu, le seul bien que la mort ne puisse nous ravir. En vérité, il n'y a d'heureux que ceux qui vivent saintement. Nous avons donc dit ce qu'il faut éviter et ce. qu'il faut faire pour acquérir l'amour divin. Allons plus avanti