‹ L'art d'être heureux [microform]Chapitre 73 sur 121 · SECONDE SECTION · texte numérisé non relu

SECONDE SECTION

IvrANIÈRE d'exercer ET DE FORTIFIER EN NOUS l'amour DE DIEU

Ce que nous avons dit précédemment nous a déjà fait comprendre qu'une âme en état de grâce, en pratiquant les vertus en vue de plaire à Dieu, exerce déjà et peut fortifier en elle la charité, mais nous devons dans cette section exposer avec des détails les actes ou les exercices de la charité proprement "dite.

« L'industrie pour arriver à l'amour divin, dit saint François de Sales, c'est d'aimer; car, comme on apprend â étudier en étudiant, à jouer du luth en jouant, à nager en nageant, aussi apprend-on à aimer Dieu et leprgchain en l'aimant ; et ceux qui prennent une autre méthode se trompent. » Gomme le saint Docteur l'indique, il y a les actes de l'amour de Dieu et ceux de l'amour du prochain. Mais ces actes partent comme deux ruisseaux d'une même source, comme deux rameaux d'une même tige.

Il n'y a pas, en effet, deux charités : l'une à l'égard de Dieu, l'autre à l'égard de l'homme; mais une seule et même vertu qui a pour objet le bien divin ou les perfections de Dieu. Toutefois, ce bien divin, ces perfections divines, nous pouvons les aimer en elles-mêmes, ou en tant qu'elles reluisent dans les êtres intelligents appelés comme nous à la vision de Dieu, au bonheur du ciel. Mais, dans l'un et l'autre cas, c'est Dieu, ce sont ses perfections que nous aimons, même dans l'âme de l'homme ui est son image. Quand on aime ardemment quelqu'un,"

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on aime son portrait, et cela non à cause de l'art avec lequel le peintre l'a reproduit, ni à cause des couleurs, ou de la toile qu'on y a employés, ni du cadre qu'on y a mis ; mais parce qu'il retrace l'image de la personne que l'on aime.

La charité aime le prochain, parce que Dieu le commande, et à cause de Dieu dont l'âme humaine est l'image. Si on l'aime à cause de ses qualités personnelles ou à cause des bienfaits qu'on en a reçus, c'est une affection ou une sympathie naturelle, telle que l'ont eue les païens, ou bien c'est la reconnaissance ; mais ce n'est pas la charité qui aime les perfections divines et l'être intelligent en qui elles brillent comme dans un portrait.

On exerce donc en pratique et on peut perfectionner la charité par tous les actes d'amour de Dieu et d'amour du prochain.

Parlons d'abord des premiers, et ensuite des seconds. On le comprend sans peine, ce qui nous reste à dire est ce qu'il y a de plus important dans ce livre. Nous n'écrivons pas seulement pour instruire et éclairer les âmes, nous désirons aussi ardemment les sanctifier, et celles qui vivent dans le monde, et celles qui ont le bonheur d'être abritées dans ces sanctuaires de la charité qu'on appelle des couvents.

Parmi ces âmes, il en est qui nous sont très chères, soit parce que nous les avons dirigées autrefois, soit parce que nous avons eu l'heureuse occasion d'exercer notre ministère de missionnaire dans les paroisses, dans les monastères qu'elles habitent.

Mais nous voudrions surtout que ce livre profitât à nps confrères dans le sacerdoce, en particulier à ceux que nous avons acheminés vers cette vocation sublime, et aussi à cette jeunesse déjà nombreuse que nous avons recueillie pour la former à la vie apostolique. Vénérés confrères et chers enfants, le sacerdoce, l'apostolat sont le sel de la terre, la lumière du monde et le fondement de toute vie surnaturelle dans l'Eglise,

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On sait co qu'ont fait les douze Apôtres avec le feu de l'amour divin dans le cœur. On sait ce qu'ont fait pour la conversion des pécheurs et pour la propagation de l'Evangile les François d'Assise, les Dominique, les Vincent Ferrier, les Ignace do. Loyola, les François- Xavier, les Léonard de Port-Maurice, les Paul de la Croix, les Alphonse de Liguori; ce qu'ont fait pour l'humanité les Vincent de Paul; ce qu'ont fait pour les paroisses les Pierre Fourier, les Olier, les Jean-Marie Vianney et tant d'autres. Quel a été le ressort qui a fait mouvoir ces grandes machines de guerre du ciel contre l'enfer? L'amour de Dieu et l'amour du prochain. Voulezvous être les émules des victoires et des triomphes de ces hommes de Dieu? Aimez Dieu et aimez vos frères pour l'amour de Dieu. Croyez-en l'expérience. Prêtre depuis quarante ans passés, nous avons vu mourir pendant ce temps environ mille prêtres de notre diocèse d'origine, autant par conséquent et peut-être plus qu'il n'y en a aujourd'hui. Pour les autres diocèses, il en doit être de même. Nous avons, dans ces années, entendu des prédicateurs éloquents dont les voix sont muettes ; nous ayons connu des écrivains de talent, ils ne sont plus. Quels sont ceux qui, parmi les 40 000 prêtres qui sont raorls en France depuis notre ordination, qui ont fait un bien plus vrai, plus durable? Ce sont ceux qui ont aimé plus sérieusement Dieu et le prochain. Tout est donc vanité, excepté aimer Dieu et le servir lui seul. Gardons-nous des illusions qui séduisent sous une apparence de bien. On peut varier les cultures du champ, mais le fonds reste le même. Ainsi, l'exercice du zèle peut se modifier selon les circonstances et les besoins du temps où l'on vit; et c'est de la sagesse que de se faire tout à tous pour les gagner tous à Dieu; mais le fondement du zèle, de l'apostolat, du bien à faire est toujours le même, et personne ne peut en asseoir un autre à sa guise. Fimdamentum aliud nemo potest fonere prœter id qiiod positum est. Ce fondement, c'est l'amour de Notre-Seigneur et l'amour du prochain

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en vue de lui. Sur ce fondement il ne faut pas élever de la paille que le feu consumera, mais l'or de la charité. Toute la question sociale est là : aimer Dieu et le faire aimer de ses frères. C'est tout le christianisme, c'est le salut et le bonheur du monde. Tout procédé nouveau qui ne part pas de là et qui n'aboutit pas là est vain. Tout zèle qui ne procède pas de l'amour de Dieu risque d'être stérile.

Ne soyons pas un airain sonnant, ni des cymbales retentissantes. C'est le cœur et non le bruit qui parle au cœur. On pardonnera cette digression à un vétéran. Nous ne sommes du reste pas sorti du sujet que nous poursuivons.

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