I. — DE l'amour de SOTJMISSION
ou d'obéissance
Disons avec saint François de Sales d'où naît cet "amour, quelle en est la nature et quels en sont les effets.
1° Origine et nature de l'amour d'obéissance.
« Cet amour, dit saint François do Sales, naît aussi de l'amour de complaisance. Comme la bonne terre, après avoir reçu le grain, le rend avec abondance à celui qui l'a semé, ainsi le cœur qui a pris de la complaisance en Dieu, cherche à lui complaire à son tour. Nous désirons plaire à quiconque nous plaît, ot c'est ce qui amène la conformité de sentiments qu'on remarque en ceux qui s'aiment d'un amour véritable ; aussi à force de se complaire en Dieu, on devient conforme à Dieu, et notre volonté se transforme en celle de la majesté divine, par la complaisance qu'elle y prend.
» L'amour, dit saint Jean Ghrysostome, trouve la ressemblance ou bien la fait. L'exemple de ceux que nous aimons a un doux empire sur nous. Celui qui, attiré par la suavité des parfums, entre dans la boutique d'un parfumeur, en recevant le plaisir qu'il prend à sentir ces odeurs s'en parfume lui-même, et, au sortir de là, il donne part aux autres du plaisir qu'il a reçu, en répandant parmi eux les parfums dont il s'est imprégné. En somme, le plaisir que l'on a en une chose produit dans lo cœur aimant les qualités de la chose qui plait; c'est pourquoi la complaisance que nous trouvons en Dieu nous transforme en lui, et, à mesure qu'elle grandit, cette transformation devient plus parfaite. Ainsi les saints qui ont grandement aimé ont été fort vite et parfaitement transformés, l'amour transportant et transmettant les
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mœurs et les humeurs de l'un des cœurs dans l'autre. Nous avons de la répugnance d'imiter, même dans les choses bonnes, ceux que nous haïssons. Au contraire, on ne peut s'empêcher de se conformer à ce qu'on aime. La complaisance en Dieu attire donc en nous les traits des perfections divines, selon que nous sommes capables de les recevoir, comme le miroir reçoit la ressemblance du soleil, non selon la grandeur de ce bel astre, mais selon la mesure de la glace.
" » L'amour de complaisance attire Dieu dans nos cœurs, mais l'amour de bienveillance jette nos cœurs en Dieu, lui consacrant et lui dévouant toutes nos affections et toutes nos actions.
» Nous nous sommes plu en l'excellence souveraine de la perfection de Dieu, c'est pourquoi nous désirons qu'il soit souverainement loué, honoré et adoré. Nous nous sommes délectés à considérer comment Dieu est non seulement le premier principe, mais aussi la dernière fin, l'auteur, le conservateur et le seigneur de toutes choses, et, à raison de cela, nous souhaitons que tout lui soit soumis par une souveraine obéissance. Nous voyons la volonté de Dieu souverainement parfaite, droite, juste et équitable, et par cette considération nous désirons qu'elle soit la règle et la loi souveraine de toutes choses et qu'elle soit suivie, servie et obéie par toutes les autres volontés.
» Et il ne s'agit pas ici de l'obéissance due à Dieu parce qu'il est notre Seigneur et notre Maître, notre Père et notre Bienfaiteur, car cette dernière obéissance appartient à la vertu de justice et non à l'amour. Lors même qu'il n'y aurait ni enfer pour punir les rebelles, ni paradis pour récompenser les bons, et que nous n'aurions, supposition impossible, aucune sorte de devoirs envers Dieu, l'amour de bienveillance nous porterait à lui rendre toute soumission par choix et par incHnahon ; et même par une sorte de violence amoureuse, en considération de la souveraine bonté, de la justice et de la droiture dé la divine volonté.
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» Ne voyons-nous pas qu'une jeune fille, par un libre choix qui provient de l'amour de bienveillance, s'assujettit à un époux envers lequel, d'ailleurs, elle n'était tenue à aucun devoir?
» Ainsi donc se fait la conformité de notre cœur avec celui de Dieu lorsque, par la sainte bienveillance, nous déposons toutes nos affections entre les mains de la divine volonté, afin .qu'elles soient par elles pliées et maniées à son gré, moulées et formées selon son bon plaisir. Et en ce point consiste la très profonde obéissance d'amour, laquelle n'a pas besoin d'être excitée par des menaces ou des récompenses, ni par aucune loi ou par quelque commandement, car elle prévient tout cela, se soumettant à Dieu pour la seule bonté très parfaite qui est en lui, à raison de laquelle il mérite que toute volonté lui soit obéissante, sujette et soumise, se conformant et s'unissant à jamais en tout et partout à ses intentions divines. ».
2^ Effets de l'amour d'obéissance.
Cet amour nous porte d'abord à observer les commandements de Dieu.
« Or, le désir que Dieu a de nous faire observer ses commandements est extrême, continue saint François de Sales. L'amour de complaisance regardant le divin désir veut complaire à Dieu en l'observant : l'amour de bienveillance, qui veut tout soumettre à Dieu, ' soumet, par conséquent, nos désirs et nos volontés à celle-ci que Dieu nous a signifiée : et de là provient non seulement l'observation, mais aussi l'amour des commandements.
» Pour exciter ce saint et salutaire amour des commandements, nous devons contempler leur beauté qui est admirable. Le présent est toujours agréable quand un ami le fait. Les commandements deviennent très aimables quand l'amour les ordonne. Et combien doux et désirable est le joug de la loi céleste qu'un roi si aimable a établi en nous! Plusieurs observent les commandements comine
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on avale les médecines, plus par crainte de mourir damnés que pour le désir de vivre au gré du Sauveur. Mais comme il y a des personnes qui, pour agréable que soit un médicament, le prennent à contre-cœur, seulement parce qu'il porte le nom de médicament, aussi y a-t-il des âmes qui ont en horreur les actions commandées, seulement parce qu'elles sont commandées; et il s'est trouvé tel homme, dit-on, qui, ayant doucement vécu dans la grande ville de Paris pendant quatre-vingts ans sans en sortir, s'empressa de se rendre aux champs, que de sa vie il n'avait désirés, par cette raison seule qu'on lui enjoignit de la part du roi de demeurer dans cette même ^ille le reste de ses jours.
» Au contraire, le cœur amoureux aime les commandements; et plus leur accomplissement est difficile, plus il les trouve doux et agréables, parce qu'il plaît plus parfaitement au Bien-Aimé et lui rend plus d'honneiur. Il chante des hymnes d'allégresse quand Dieu lui enseigne ses commandements. Et comme le pèlerin qui va gaiement, chantant en son voyage, ajoute, il est vrai, la peine du chant à celle de la marche, mais néanmoins par ce surcroit de peine se désennuie et allège la fatigue du chemin, ainsi l'amant sacré trouve tant de suavité aux commandements que, en cette vie mortelle, rien ne lui procure autant de douceur et de soulagement que la gracieuse charge des préceptes de son Dieu.
» On n'a point de travail en ce qui est aimé, ou s'il y a du travail, c'est un travail bien-aimé ; le travail mêlé du saint amour est un certain aigre-doux plus agréable au goût qu'une pure douceur. Le divin amour nous rend donc ainsi conformes à la volonté de Dieu et nous fait soi* gneusement observer ses commandements en vertu du désir absolu de sa majesté à laquelle nous voulons plaire; en sorte que cette complaisance prévient, par sa douce et aimable violence, la nécessité d'obéir que la loi nous impose, convertissant cette nécessité en vertu de dilection, et toute la difficulté en délectation.
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» Oh! que cette volonté divine est aimable! Oh! qu'elle est gracieuse et désirable! loi toute d'amour et pour l'amour! Les Hébreux, par le mot de paix entendaient l'assemblage et le comble de tous les biens, c'est-à-dire la félicité; et le Psalmiste s'écrie: Qu'une paix abondante soit à ceux qui aiment la loi de Dieu, et que nul écueil ne leur arrive; comme s'il voulait dire : Seigneur, que do suavité dans l'amour de vos commandements! Toute douceur délicieuse saisit le cœur qui est saisi de la dilection de votre loi.
» Quand nous avons un amour extrême de la volonté de Dieu, nous ne nous contentons pas de faire seulement la volonté divine qui nous est signifiée dans les commandements, mais nous nous rangeons encore à l'obéissance des conseils, qui ne nous sont donnés que pour observer plus parfaitement les commandements auxquels aussi ils se rapportent, ainsi que le dit excellemment saint Thomas. David était un jour dans son camp; et la garnison des Philistins, dans Bethléem. Or, il lit un souhait, disant : Oh! si quelqu'un me donnait à boire de Veau de la citerne qui est à la porte de Bethléem! Et voilà qu'il n'eut pas plutôt dit le mot, que trois vaillants chevaliers partent de là, main et tète baissées, traversent l'armée ennemie, vont à la citerne de Bethléem,^puisent de l'eau, l'apportent
David. Celui-ci, voyant le danger auquel ces gentilshommes s'étaient exposés pour contenter son appétit, ne voulut point boire cette eau conquise au péril de leur sang et leur vie, mais la répandit en ablation au Père éternel. Eh! voyez, je vous prie, quelle ardeur ont ces chevaliers pour le service et le contentement de leur maître : ils volent et fendent la presse des ennemis avec mille dangers de se perdre, pour satisfaire un seul simple souhait que le roi leur témoigne. Le Sauveur, étant on ce monde, déclara sa volonté en plusieurs choses par manière de commandement, et en plusieurs autres il la signifia seulement par manière de souhait ; car il loua fort la chasteté, la pauvreté, l'obéissance et la résignation parfaite, l'abné-
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gation de la propre volonlé, la vlduité, le jeûne, la prière continuelle; et ce qu'il a dit de la chasteté, il l'a aussi dit de tous les autres conseils, que celui-là prît la récompense qui pourrait remporter le prix. A ce souhait, les plus vaillants chrétiens se sont mis à la course et, forçant toutes les répugnances, les convoitises, les difficultés, ils ont atteint à la sainte perfection, se rangeant à l'étroite observance dos désirs de leur roi, obtenant par ce moyen la couronne de gloire. »
Pourquoi donc à notre tour ne serions^nous pas empressés de faire, non seulement ce que Notre-Soigncur commande, mais encore ce qu'il témoigne devoir lui être agréable? Les âmes nobles n'ont pas besoin d'un plus fort motif pour prendre une résolution, que de savoir que leur Bien-Aimé le désire.
« Je ne- dis pas que ce soit péché de ne pas pratiquer les conseils. Non, certes, la différence qui se trouve entre le commandement et le conseil, c'est que le commandement nous oblige sous peine de péché, et le conseil nous invile sans peine de péché. Néanmoins, je dis bien que c'est un grand péché de mépriser la prétention à la perfection chrétienne, et encore plus de mépriser l'invitation par laquelle Notre-Seigneur nous y appelle.
» C'est une hérésie de dire que Notre-Seigneur ne nous a pas bien conseillés. On peut bien, sans pécher, ne pas suivre les conseils pour l'affection que l'on a ailleurs : comme par exemple, on peut bien ne pas vendre ce que l'on a, et ne pas le donner aux pauvres, parce qu'on n'a pas le courage de faire un si grand renoncement ; on peut bien aussi se marier, parce qu'on aime une femme ou qu'on n'a pas assez de force dans l'àme pour entreprendre la guerre qu'il faut faire à la chair. Mais faire profession de ne vouloir pas suivre les conseils, ni aucun d'eux, cela ne se peut faire sans mépris de celui qui les donne. Il n'y a pas de mal à ne pas suivre le conseil de virginité afin de se marier ; mais se marier pour préférer le mariage à la chasteté, comme font les hérétiques, c'est
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un grand mépris ou du conseiller ou du conseil. Boire du vin contre l'aAÙs du médecin quand on est pressé par la soif ou par le désir d'en boire, ce n'est pas proprem.ent mépriser le médecin ni son avis; mais dire, je ne veux point suivre l'avis du médecin, ce refus provient, sans doute du peu d'estime qu'on a pour lui. Or, quant aux hommes on peut souvent mépriser leur conseil et ne pas mépriser ceux qui le donnent, parce que ce n'est pas mépriser un homme que de penser qu'il ait erré. Mais quant à Dieu, rejeter son conseil et le mépriser, c'est une conduite qui ne peut provenir que de la pensée que l'on a qu'il n'a pas bien conseillé ; pensée qui ne peut être attribuée qu'à un esprit de blasphème, comme si Dieu n'était pas assez sage pour bien conseiller. Et il en est de même des conseils de l'Eglise, laquelle, à raison de la continuelle assistance du Saint-Esprit qui l'enseigne et la conduit en toute vérité, ne peut jamais donner de mauvais avis.
» Quoique tous les conseils ne puissent et ne doivent pas être pratiqués par chaque chrétien en particulier, il n'est pas moins vrai que chacun est obligé de les aimer tous, parce qu'ils sont tous très bons. Si vous avez la migraine et que l'odeur du musc vous nuise, sera-ce pour vous un motif pour ne pas avouer que cette senteur est bonne et agréable?
» Si une robe d'or ne vous convient pas^ direz-vous qu'elle ne vaut rien? Si une bague n'est pas pour votre doigt, la jetterez- vous pour cela dans la boue? Louez donc et aimez chèrement tous les conseils que Dieu a donnés aux hommes. Oh! que béni soit à jamais l'Ange du grand conseil, avec tous les avis qu'il donne et les exhortations qu'il fait aux humains ! Le cœur est réjoui far les farfums et les bonnes senteurs, dit Salomon, et par lea bons conseils de l'ami, l'âme est adoucie. Mais de quel ami et de quels conseils parlons-nous? Dieu, c'est de l'ami des amis, et ses conseils sont plus aimables que le miel! L'ami, c'est le Sauveur, ses conseils sont pour le salut.
» Réjouissons-nous quand nous verrons des personnes entreprendre la routedes conseils, que nous ne pouvons ou ne
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devons pas observer ; prions pour eux, bénissons-les, favorisons-les et aidons-les, car la charité nous oblige .d'aimer, non seulement ce qui est bon pour nous, mais encore ce qui est bon pour le prochain.
» Nous prouvons suffisamment que nous aimons tous les conseils quand nous observons dévotement ceux qui nous sont convenables ; car de même que celui qui croit un article de foi, parce que Dieu l'a révélé par sa parole, annoncée et déclarée par l'Eglise, ne saurait ne pas croire les autres ; de même encore que celui qui observe un commandement pour le vrai amour de Dieu est tout prêt à observer les autres quand l'occasion s'en présentera ; ainsi celui qui aime et estime un conseil évangéliqué, parce que Dieu l'a donné, ne peut se dispenser d'estimer consécutivement tous les autres. Or, nous pouvons aisément en pratiquer plusieurs, quoique nous ne les pratiquions pas tous ensemble; car Dieu en a donné plusieurs, afin que chacun en puisse observer quelques-iîns, et il n'y a pas de jour qui ne nous en fournisse quelque occasion.
» Vous n'êtes pas obligé par la rigueur de la loi de donner à tous les pauvres que vous rencontrez, mais seulement à ceux qui en ont un très grand besoin ; mais ne laisserez pas pour cela, suivant le conseil du Sauveur, de donner volontiers à tous les indigents que vous trouverez autant que votre condition et que les véritables nécessités de vos affaires vous le permettront. Vous n'êtes obligé de faire aucun vœu, mais faites-en pourtant quelques-uns qui seront jugés propres par votre père spirituel, pour votre avancement dans l'amour divin. Vous pouvez librement user de vin dans les termes de la bienséance, mais, selon le conseil de saint Paul à Ti mot bée, n'en prenez que ce qu'il faut pour soulager votre estomac.
» Les vertus ont une certaine étendue de perfection ; et pour l'ordinaire nous ne sommes pas obligés de les pratiquer dans la perfection de leur excellence ; il suffit d'entrer si avant dans l'exercice de ces vertus, qu'en effet on y soit. Mais passer outre et s'avancer dans la perfection.
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c'est un conseil : les actes héroïques des vertus n'étant pas pour l'ordinaire commandés, mais seulement conseillés. Toutefois, c'est dans la pratique des actes héroïques de vertu que consiste la parfaite imitation du Sauveur, qui, comme le dit le grand saint Thomas, eut dès l'instant de sa conception toutes les vertus à un degré héroïque ; et, certes, je dirai volontiers, plus qu'héroïque, puisqu'il n'était pas simplement plus qu'homme, mais infiniment plus qu^homme, c'est-à-dire vrai Dieu. »
Dieu nous manifeste encore sa volonté par les inspirations de sa grâce.
« L'inspiration, dit saint François de Sales, est rayon céleste qui porte dans nos cœurs une lumière chaleureuse par laquelle il nous fait voir le bien et nous échauffe à sa recherche. Dieu nous envoie des inspirations d'une multitude de manières, tantôt à la vue des créatures, tantôt à la suite d'une prédication, souvent par les épreuves. Oh ! que bien heureux sont ceux qui tiennent leurs cœurs ouverts aux saintes inspirations! Car jamais ils ne manquent de celles qui leur sont nécessaires pour bien et dévotement vivre dans leur condition, et pour saintement exercer les charges de leur profession. »
Le saint Docteur donne ensuite les trois marques auxquelles on reconnaît les inspirations divines. Ce sont : la persévérance contre l'inconstance et la légèreté; la paix et la douceur du cœur, contre les inquiétudes et les empressements; l'obéissance contre l'opiniâtreté et la bizarrerie.
La volonté de Dieu se manifeste aussi par les événements; car, excepté le péché, rien n'arrive que par la permission de Dieu. « Or, la volonté de Dieu est toujours infiniment aimable. Le cœur vraiment aimant aime le bon plaisir divin, non seulement dans les consolations, mais aussi les afflictions ; et il l'ainie plus dans la croix, dans la peine et les travaux; car c'est la principale vertu de l'amour de faire souffrir pour la chose aimée,
» Le voyageur qui craint de ne pas suivre le grand
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chemin marche incertain de sa route; il va regardant çà et là le pays où il est, et s'amuse presque à chaque hout de champ à considérer s'il no so fourvoie point. Mais celui qui est assuré de sa route va gaiement, liardiment et vite. Ainsi, certes, l'amour qui veut aller à la volonté de Dieu parmi les consolations éprouve sans cesse une crainte, celle de prendre le change et d'aimer le plaisir propre qui est dans la consolation, au lieu d'aimer le bon plaisir de Dieu. Mais l'amour qui marche vers la volonté de Dieu dans l'affliction marche en assurance ; car l'affliction n'étant nullement aimable en ellemême, il est bien aisé de ne l'aimer que pour le respect de la main qui la donne. Si je no veux que l'eau pure, que m'importe-t-il qu'elle me soit apportée dans un vase d'or ou dans un verre, puisque aussi bien je ne prendrai que l'eau? Mais je l'aimerais mieux dans le verre, parce qu'il n'a point d'autre couleur que celle de l'eau même, que j'y vois aussi beaucoup mieux. Qu'importe-t-il que la volonté de Dieu me soit présentée dans la tribulation ou dans la consolation, puisqu'on l'une et en l'autre, je ne veux ni ne cherche autre chose que la volonté divine, qui y parait d'autant mieux qu'il n'y a point d'autre beauté en elle que celle de ce très saint bon plaisir éternel?
» La volonté do Dieu est dans la maladie aussi bien que dans la santé. Que si nous préférons la santé, ne disons pas que c'est pour mieux servir Dieu : car qui ne voit que c'est la santé que nous cherchons dans la volonté de Dieu, et non la volonté de Dieu dans la santé.
» La volonté de Dieu peut être dans les aridités aussi bien et même mieux que dans les consolations. »
Celui qui l'aime ne renonce pas aux pratiques de la piété parce qu'il y éprouve quelque dégoût. Celui qui les abandonne en pareil cas prouve qu'il n'aime pas Dieu généreusement. « Plusieurs, dit encore le saint Docteur, ne se plaisent point à l'amour divin, à moins qu'il ne soit confit au sucre de quelque suavité sensible, et ils feraient volontiers comme les petits enfants qui, quand on leur
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donne du miel sur un morceau de pain, lèchent et sucent le miel, et jettent ensuite le pain ; car si la suavité était séparable de l'amour, ils quitteraient l'amour et garderaient la suavité. C'est pourquoi ils suivent l'amour à cause de la suavité, mais, la suavité manquant, ils ne tiennent aucun compte de l'amour. Cependaat de telles gens sont exposées à beaucoup de dangers-, ils ont à craindre, ou de retourner en arrière quand les goûts et les consolations leur manquent, ou de s'amuser à de vaines suavités bien éloignées du véritable amour. Un cceur qui n'aime que la volonté de Dieu, ne met point son amour dans les choses que Dieu veut, mais dans la volonté de Dieu qui les veut, Cest pourquoi, quand la volonté de Dieu est en plusieurs choses, il choisit, à quelque prix que ce soit, celle où il y en a le plus. Le bon plaisir de Dieu est au mariage et en la virginité; mais, parce qu'il est plus en la virginité, le cœur indifférent choisit la virginité, quand elle lui devrait coûter la vie, comme elle fit à la chère fille spirituelle de saint Paul, sainte Thècle, à sainte Cécile, à sainte Agathe et à mille autres. La volonté de Dieu est au service du pauvre et du riche, mais un peu plus en celui du pauvre; le cœur indifférent choisira ce parti. La volonté de Dieu est en la modestie exercée entre les consolations, et en la patience pratiquée entre les tribulations ; l'indifférent préfère celles-ci, car il y a plus de de la volonté de Dieu. »
Heureux celui qui, selon l'expression de saint François de Sales, ne sait ni ne veut plus rien vouloir, s'abandonnant totalement au bon plaisir divin, de sorte que sa volonté ne paraît plus, mais est toute cachée avec Jésus- Christ en Dieu. Il peut dire avec Notre-Seigneur : « Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père; jetais toujours ce qui lui plaît. » Voilà le véritable fruit de l'amour, voilà l'union du cœur de l'homme au cœur de Dieu, voilà la véritable amitié avec Dieu ; par elle, l'homme ne veut que ce que Dieu veut, il ne repousse que ce que Dieu repousse. Voilà le commencement de la vie du ciel. Elle
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en était arrivée là, sainte Gertriide, dont Notre-Seigneur dit un jour à sainte Melchtilde qu'il n'y avait pas une liaison si étroite entre le mouvement des membres et celui de la volonté qu'entre la volonté de Gertrude et la sienne. mon Dieu, j'aime votre loi, j'aime vos conseils, je veux suivre vos inspirations, et je m'abandonne à votre bon plaisir. J'accepte d'avance tout ce que votre main si aimable me prépare, la consolation ou la tristesse, la santé ou la maladie, la vie ou la mort. Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel !