‹ L'art d'être heureux [microform]Chapitre 78 sur 121 · I. DE l'amour de contrition · texte numérisé non relu

I. DE l'amour de contrition

Il ne s'agit pas ici de la contrition imparfaite pu de l'attrition, par laquelle on déteste l'offense de Dieu à cause des châtiments qu'elle nous attire, ou dos récompenses qu'elle nous fait perdre, ou à cause de la laideur du péché, ou du souvenir des bienfaits dont Dieu nous a comblés. L'attrition est sainte; elle suffit avec le sacrement de Pénitence pour obtenir le pardon de nos fautes; mais l'amour parfait de Dieu n'en est pas le principe.

Il s'agit donc de la contiition parfaite, c'est-à-dire de €élle qui est dictée et inspirée par la pharité parfaite. C'est

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le sentiment d'une âme qui, en considérant les perfections infinies de Dieu, et l'outrage que leur fait le péché, dit: « Mon Dieu infiniment aimable, je vous aime de tout mon cœur; et, pour l'amour de vous, j'ai un grand regret de vous avoir offensé ! Je vous promets de vous aimer toujours par-dessus tout. »

Nous l'avons dit plus haut. Cette contrition rend l'amitié de Dieu à une anie qui l'a perdue, avant même qu'elle ait reçu l'absolution de ses péchés : et celui qui meurt avec la contrition parfaite dans le cœur est sûr de son salut éternel.

Un jour que saint Vincent Ferrier prêchait, une femme de mauvaise vie vint assister au sermon, richement parée, et plutôt pour tendre des pièges aux auditeurs que pour entendre la parole divine; mais pendant que le saint orateur tonnait du haut de la chaire avec ce zèle énergique qui lui était si ordinaire, cette pécheresse commença peu à peu à sangloter, puis à pousser de profonds soupirs, puis à faire entendre des gémissements ; enfin, elle resta comme immobile de douleur ; et, oppressée par ses remords, elle rendit le dernier soupir. Une mort si subite dans une personne dont la vie avait été si scandaleuse excita, dans l'àrae des auditeurs, un sentiment de compassion très vive, et l'on entendit dans l'auditoire des lamentations universelles. Le saint orateur calma toute l'assistance, en disant de ne pas s'émouvoir, car cette femme était morte de l'excès de sa contrition. Tous les auditeurs furent encore mieux rassurés, lorsqu'on entendit une voix du ciel qui garantissait la vérité des paroles du prédicateur.

Si la contrition parfaite lave une âme en état de pécht>. à plus forte raison doit-elle rendre admirablement bellu aux yeux de Dieu une âme qui est déjà dans la grâce. Saint Jean Chrysostome a donc eu raison de dire: « De tous les biens dont l'homme peut jouir en ce monde, il n'en est point de plus grand que celui de ne point faire de péché; et le plus grand bonheur après celui-là, c'est de ressentir une sincère douleur des fautes que l'on a com-

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mises, d'en demander pardon à Dieu. » Aussi les saints qni ont le plus aimé Dieu sont ordinairement ceux qui ont versé le plus de larmes, n'eussent-ils fait que dos fautes vénielles. David aimait Dieu ; il lui disait sans hésilov : Je vous aimerai, Seigneur, qui êtes ma force. Il était sûr de son pardon, lui à qui un prophète était venu l'apporter de la part de Dieu ; et cependant son péché était toujours devant ses yeux; et il disait : Je laverai toutes les nuits ma couche de mes larmes, et fen arroserai mon lit. Mes larmes ont été ma nourriture le jour et la nuit; j'en détrempais ma nourriture, et je les mêlais à ma boisson. Saint Pierre avait aussi reçu son pardon de Notre-Seigiieur luimême. Il avait pu donner par trois fois à son Maître l'assurance qu'il l'aimait ; et, en retour de cette triple protestation, Notre-Seigneur lui avait donné une martfue non équivoque de la confiance qu'il avait en lui, en lui remettant entre les mains le soin de son Eglise ; et cependant les pleurs de saint Pierre ne cessèrent de couler jusqu'à sa mort; et ils creusèrent deux sillons sur ses joues. Madeleine aimait Jésus au delà de ce que nous pouvons dire. C'est à cause de son amour que Jésus dit: Beaucoup de péchés lui ont été remis parce qu'elle a beaucoup aimé. Or, Madeleine a passé trente ans dans les pleurs, dans la grotte de la Sainte- Baume.

Sainte Paule aimait tellement Notre-Seigneur que, quittant ses palais de Home, elle était allée s'établir à Betliléom auprès du berceau de son Dieu ; et là, au témoignage de saint Jérôme, on eût dit que ses yeux étaient devenus des fontaines; elle baignait de ses pleurs non pas son lit, mais le cilice sur lequel elle était étendue par terre. Sa douleur de ses petites imperfections était si amère, qu'on l'aurait considérée comme coupable des plus grands excès. Le saint docteur l'exhortait à se tranquilliser, à laisser tarir ces abondantes larmes qui coulaient constamment de ses yeux. Mais elle répondait qu'il lui fallait laver de cette- manière le fard dont elle avait usé pour embellir son visage, affliger un corps flatté par tant de recherches et

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châtier ainsi les joies désordonnées de son ancienne vie.

On sait avec quelle douleur saint Augustin pleura les égarements de sa jeunesse. C'est à lui que nous devons ce bel acte de contrition parfaite : « beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, pourquoi vous ai-je si tard connue et si tard aimée! » Cet illustre évêque mourant récitait encore avec des accents douloureux les psaumes de la pénitence.

Les larmes des saints sont comme les perles de la rosée qui brillent au lever du soleil, elles embellissent leur âme et la rendent plus agréable à Dieu, « Si vous voulez parer votre âme avec le même soin que votre corps, dit saint Jean Chrysostome, ne cessez de la laver par de continuelles larmes; de même que vous vous lavez tous les . jours le visage, de peur que quelque tache ne le défigure, de même ayez soin de votre âme, et lavez-la de chaudes larmes ; car c'est là l'eau qui fait disparaître ses taches. » — Quand on n'a pas les larmes daiis les yeux, qu'on les ait du moins dans le cœur. La douleur du péché est une source de véritables joies et de grands mérites. La contrition entretenue persévéramment dans le cœur y fortifie la haine du péché et, par conséquent, préserve des rechutes. S'il est des âmes qui passent si facilement de l'amour de Dieu à des infidélités quelquefois graves, c'est parce qu'elles n'ont pas nourri dans leur cœur le repentir do leur faute.

Ajoutons que la contrition parfaite augmente l'amour. Le forgeron, pour activer son brasier, y jette de l'eau ; et les saints, pour augmenter leur amour, pleurent leurs péchés : et leurs larmes se changent en flammes du saint amour.

mon Dieu, quand je lis la vie des saints pénitents, je vois bien que j'ai fait toutes les fautes pour lequelles ils ont tant pleuré; mais je m'aperçois bien que je suis loin d'avoir leur repentir. Mon Père, je ne suis pas digne d'être appelé votre enfant. Traitez-moi au moins comme un de vos serviteurs. Je me repens de mes fautes. Exilé sur cette terre, le théâtre de mes crimes, je dois plutôt me livrer à

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l'amour douloureux qu'à l'amour de complaisance qui est surtout l'apanage des Bienheureux. Je vous aime de toute mon âme, mais, me souvenant des offenses que je vous ai faites, ma douleur est aussi grande que mon amour ; augmentez-la encore par votre grâce. Plus elle sera grande, moins je douterai de mon pardon et de mon amour ; car, Seigneur, vdiis ne rejetez point un cœur contrit et humilié.

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