‹ L'art d'être heureux [microform]Chapitre 79 sur 121 · II. DE l'amour de compassion · texte numérisé non relu

II. DE l'amour de compassion

Celui qui aime Dieu de manière à porter dans son cœm' un repentir habituel de l'avoir offensé ne peut se contenter de cette douleur. A la vue des offenses que reçoit Notre-Seigneur, qui, tous les jours, est, comme au temps de sa Passion, trahi par les uns, abandonné par les autres, blasphémé par ceux-ci, frappé et conspué par ceux-là, qui resterait insensible? Pourrait-on même se contenir, en voyant traiter ainsi un ami de la terre? David disait : « Mon zèle m'a fait sécher de douleur, parce que vos ennemis n'ont pas gardé votre loi. Les opprobres de ceux qui vous outragent retombent sur moi. »

- Saint Paul, en voyant des âmes encore faibles, leur disait: « Qui d'entre vous subit un scandale sans que j'en sois comme consumé? » Saint Chrysostome fait remarquer que l'Apôtre ne dit pas qu'il s'en attriste, mais qu'il est dévoré comme par les flammes d'un incendie, voulant manifester par là l'étendue et l'intensité incroyable de sa douleur. Et ce sentiment n'était pas chez lui passager et de quelques instants ; cette peine ne le quittait pas et le dévorait sans relâche, de telle sorte qu'il écrivait aux Romains : « Ma tristesse est grande, et mon cœur est sous la pression d'une continuelle douleur à cause de l'infidélité de nos frères. »

Saint François de Sales nous apprend que le grand saint François d'Assise, pensant ne point être entendu, pleurait un jour, sanglotait et se lamentait si fort, qu'un bon personnage, l'entendant, accourut comme au secours de quel-

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qu'un qu'on eût voulu égorger ; elle voyant tout seul, il lui demanda: « Pourquoi cries-tu ainsi, pauvre homme! — Hélas ! dit-il, je pleure de ce que Notrc-Seigneur a tant souffert pour l'amour de nous, etque personne n'y pense. » Et ces paroles dites, il recommença ses larmes ; et ce bon personnage se mit aussi à gémir et à pleurer avec lui.

C'est que, d'après la parole de saint Augustin : « Celui qui a le zèle s'efforce de corriger tout ce qui arrive do mal, et ne prend pas de repos ; que s'il ne peut y remédier, il le tolère et il en gémit. » Saint François de Sales parle comme saint Augustin: « Employons, dit-il, tous les remèdes qu'il nous sera possible pour empêcher la naissance, le progrès et le règne du péché à l'imitation de Notre- Seigneur, qui ne cesse d'exhorter, de promettre, de menacer, de défendre, de commander et d'inspirer parmi nous, pour détourner notre volonté du péché, autant qu'il se peut faire sans lui ôter sa liberté. Mais quand le péché est commis, faisons tout ce qui est en nous afin qu'il soit effacé; comme Notre-Seignear qui assura Carpus que, s'il était nécessaire, il subirait de nouveau la mort pour délivrer une seule âme du péché. Mais si le pécheur s'obstine, pleurons, soupirons, prions pour lui avec le Sauveur de nos âmes qui, ayant versé bien des larmes toute sa vie sur les pécheurs et sur ceux qui les représentaient, mourut enfin les yeux remplis de pleurs, et le corps tout couvert de sang en regrettant la perte des pécheurs.

» Cependant, pour obstinés que les pécheurs puissent être, ne perdons pas espoir de les aider et de leur être utiles; car, que savons-nous si, par aventure, ils feront pénitence et seront sauvés ?

» Bienheureux celui qui peut dire à son prochain, comme saint Paul : <■<■ Je n'ai cessé, ni jour ni nuit, en » vous admonestant, chacun de vous, avec larmes, et » partant je suis net du sang de tous : car je ne me suis » point épargné, que je no vous aie annoncé tout le bon » plaisir de Dieu. » Attendu que nous pouvons toujours espérer que le pécheur puisse s'amender et que les bornes

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de l'espérance sont aussi étendues que celles de sa vie, il ne faut jamais le rejeter, mais prier pour lui, et l'aider autant que son malheur le permettra. »

L'Eglise dit de sainte Thérèse qu'elle pleurait par de continuelles laruies les ténèbres où sont ensevehs les héréliquosot les pécheurs ; et, pour apaiser la justice divine, elle offrait à Dieu pour leur salut les tourments qu'elle endurait dans son corps. « Une àme qui aime Dieu généreusement, disait-elle, éprouve une si vive douleur quand on ne fait pas de cas de sa majesté infinie qu'elle en est comme moulue et broyée. Je sais le tourment affreux qu'a souffert et que souffre encore une àme que je connais (c'est d'elle-même qu'elle parle) en voyant Dieu offensé, elle aimerait mieux mourir, si cela dépendait d'elle, que de le souffrir. » La digne fille d'une telle mère, sainte Marie-Madeleine de Pazzi, au témoignage de l'Eglise, pleurait aussi amèrement la perle des infidèles et des pécheurs, et s'offrait à Dieu en vue de soutenir tous les tourments pour leur salut. Donc la douleur et dos larmes, à la vue des outrages faits à Dieu, des prières, des pénitences pour les expier et tous les efforts du zèle pour les empêcher.

Mais, quand on aime Notre-Seigneur, on est sensible, non seulement aux outrages qu'il reçoit, mais encore à ceux qu'il a subis pour l'amour de nous durant sa vie mortelle. Aussi, voyons-ndus les saints se nourrir des mystères de la Passion et de la mort du Sauveur, et y puiser, avec un ardent amour, une compassion très tendre pour les souffrances qu'il a endurées, imitant en cela la divine Vierge, dont saint François de Sales a dit : « L'amour attira toutes les peines, tous les tourments, les travaux, les souffrances, les douleurs, les blessures, la passion, la croix et la mort même de notre Rédempteur dans le cœur de sa Très Sainte Mère. Hélas ! Les mêmes clous qui crucifièrent le corps de ce divin Enfant crucifièrent aussi le cœur de la Mère; les mêmes épines qui percèrent son chef transpercèrent l'âme de cette Mère toute douce; elle

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