I. — LES VUES DE DIEU EN NOUS ENVOYANT DES CROIX
Rappelons encore ce principe admis de tous, comme nous l'avons dit déjà, que rien n'arrive sans la permission de Dieu. C'est un autre principe non moins incontestable que Dieu fait tout pour sa plus grande gloire, et pour procurer le bien de ses enfants. Quand donc il permet qu'ils soient éprouvés, il a en vue leur salut éternel. « Etesvous dans la joie, reconnaissez que votre Père vous caresse, dit saint Augustin. Etes-vous dans la tribulation, reconnaissez votre Père qui vous corrige. » « Est-il un enfant que son Père ne corrige pas? » demande saint Paul.
Sénèque, tout païen qu'il était, a écrit ces admirables pensées : « Ne voyez-vous pas quelle différence il y a entre
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l'amour d'un père et celui d'une mère? L'un commande de réveiller les enfants de bonne heure pour qu'ils s'appliquent à. l'étude; il ne souffre pas même qu'il restent oisifs les jours de fête : il fait couler leur sueur et parfois même leurs larmes. La mère, au contraire, les réchauffe sur son sein ou les retient à l'omhre pendant les chaleurs du jour ; elle veut qu'ils ne pleurent jamais, qu'on ne les centriste pas, que toujours la fatigue leur soit épargnée. Dieu a pour les hommes de bien les sentiments d'un père : il les aime plus virilement; il les éprouve par les travaux, la douleur et les infortunes, pour leur faire acquérir la véritable force !
» Pourquoi Dieu envoie-t-il aux plus vertueux des maladies, ou des deuils, ou des calamités? Parce que dans les camps, c'est aux plus généreux que le général commande les entreprises périlleuses ; ce sont les hommes d'élite qu'il envoie pendant la nuit pour dresser des embûches à l'ennemi, pour explorer un chemin ou surprendre un poste. Aucun de ceux qui s'en vont ainsi ne dit: le général me fait une injustice, mais bien: il a confiance en moi. Qu'ils disent donc aussi, ceux à qui Dieu fait souffrir des maux insupportables, aux timides et aux lâches : Dieu nous a jugés dignes de montrer jusqu'où peut aller la constance humaine. »
•Ainsi donc un païen 'même avait compris que Dieu nous traite en père quand il nous fait souffrir. Comment un chrétien ne le comprendrait-il pas? Depuis que l'homme s'est éloigné de Dieu par la chute originelle, il y a en lui une inclination qui le porte vers les biens terrestres et qui, par là même, le détourne , des biens spirituels, du bien infini qui est Dieu. Si rien ne lui fait comprendre le vide de ce qui passe et l'instabilité des plaisirs et dos biens temporels, si rien ne l'en déprend, il s'y attache de manière à perdre de vue l'éternité. Ce sont les souffrances, ce sont les déceptions qui nous éclairent sur le néant de •tout ce qui n'est pa^ Dieu ; c'est pourquoi la Providence ne nous les épargne pas ; et en agissant ainsi elle exerce