‹ L'art d'être heureux [microform]Chapitre 94 sur 121 · DES ACTES D*AMOUR DE DIEO · texte numérisé non relu

DES ACTES D*AMOUR DE DIEO

une grande miséricorde envers nous. M^'" de Ségur a écrit : « Sur mille personnes qui sont aujourd'hui en enfer, je parierais qu'il y en a neuf cent quatre-vingt-dix, qui seraient au moins en Purgatoire, si elles avaient eu la chance d'être aveugles, ou sourdes, ou paralytiques, ou affligées de quelque autre grosse infirmité; et que sur mille autres pauvres âmes qui souffrent énormément en Purgatoire, il y en a ad moins neuf cent quatre-Vingt-quinze qui jouiraient depuis longtemps des éternelles béatitudes, si quelque infirmité très désagréable les avait retenues sur la pente de la frivolité, des plaisirs mondains, de la coquetterie et de la gourmandise, etc. » Nous avons péché ; par nos péchés nous avons mérité l'enfer et combien de fois ; si nous n'avons fait que des fautes légères, et, hélas ! nous en commettons tous les jours, nous avons mérité de rester en Purgatoire peut-être jusqu'à la fin du monde. Dieu, dans sa bonté, se contente de nous donner quelques jours, tout au plus quelques années de souffrances qui n'ont aucune proportion avec ce que nous avons mérité. Ce fut un grand acte de générosité en David de se contenter de couper à Saûl, qui cherchait à le faire mourir, un pan de son manteau sans qu'il s'en aperçût, quand il aurait pu si facilement le metU:e à mort. C'est une plus grande générosité à Dieu, quand nous avons, si souvent abusé de la vie qu'il nous donne, de nous la conserver encore, et de nous punir par quelques souffrances.

Un grand pécheur ne se plaint pas du confesseur qui lui inflige la récitation de quelques prières pour pénitence de grands crimes. Si la pénitence était imposée par un évêqUe ou par notre Sàint-Père le Pape lui-même, il l'acoepterait encore avec plus de plaisir; mais quand c'est Dieu luimême, lui qui connaît l'étendue de nos fautes, qui nous l'inflige par des souffrances, avec quel bonheur devonsnous l'accepter! D'autant qu'il la mesure moins à nos * crimes qu'à nos besoins. Il sait que nous avons l'expiation en horreur bien qu'elle nous soit nécessaire; c'est pour cela qu'il y met lui-même la main, comme un chirurgien

à une plaie, afin de la guérir. Qu'il est bon de ne pas nous oublier quand nous nous oublions nous-mêmes ! Quelle condescendance de sa part! Il va jusqu'à accepter comme satisfactions faites à sa justice ces humiliations et ces malheurs que nous nous sommes attirés par nos péchés, si nous avons soin de les accepter chrétiennement. Ne trouverions-nous pas bien généreux le propriétaire dont nous aurions dévaUsé le grenier, et qui, quand nous voudrions réparer nos torts, retrancherait de notre dette les frais que nous aurions subis pour nous guérir d'une blessure que nous nous serions faite en fracturant ses portes?

Dieu a non seulement en vue de nous ramener à lui et de nous faire expier nos péchés par la souffrance, mais encore de nous faire pratiquer de solides vertus. « Le feu éprouve le fer et la tentation l'homme' juste, » dit le Saint- Esprit. C'est le ciseau qui donne au diamant tout son éclat. C'est en froissant le baume qu'on lui fait répandre . son parfum. C'est dans la souffrance qu'on constate si un homme a des vertus sérieuses, c'est là ce qui donne aux vertus qu'il possède tout leur éclat et tout leur parfum. « Celui qui n'a pas été éprouvé, que sait-U? » Il ne se connaît pas"^ lui-même ; il ne sait pas non plus comment donner de saints conseils aux autres, « Les vertus qui croissent dans la prospérité, dit saint François de Sales, sont ordinairement fluettes et faibles, celles qui croissent dans les afflictions sont fortes et fermes. C'est ainsi que les meilleurs vins viennent entre les pierres. »

Les vertus faibles ne proeurent que des mérites médiocres. Les vertus fortes amassent pour ceux qui les pratiquent des trésors dans le ciel. Si donc Dieu nous éprouve, c'est pour nous enrichir. Qui n'aimerait souffrir pendant huit jours pour se procurer un royaume dont il jouirait pendant un demi-siècle ? Nos souffrances présentes sont d'un moment, elles nous préparent un poids éternel de gloire. Aussi saint Jean Chrysostome dit-il que Dieu, « en nous accordant le pouvoir de ressusciter les morts, nous ferait une moins grande grâce qu'en nous donnant l'occa-

sion de souffrir. » Ainsi donc, de quelque part que vienne la croix, de la malice des hommes ou de l'inconstance dos choses humaines, ne voyons que la main de Dieu qui los permet et qui nous les offre ; faisons comme un enfant malade qui accepte une potion amère, quels que soient ceux qui la lui ont préparée, pourvu qu'elle lui soit offerte par son père. Dieu, en nous envoyant les croix, nous traite, non en serviteurs, mais en enfants. Quand on a un domestique qui ne se tient pas bien, on n'est pas aussi sévère pour le reprendre que pour un fils. C'est ce qui explique comment les justes sont souvent plus éprouvés que les pécheurs sur cette terre. Notre- Seigneur leur fait l'honneur de les traiter comme son propre Fils qui n'a eu en partage que la croix depuis Bethléem jusqu'au Calvaire; et ceux qui souffrent avec lui seront glorifiés avec lui. Du reste, pendant qu'ils souffrent sur la terre, Dieu les soutient et leur fait une plus grande grâce de ne pas permettre qu'ils se perdent dans l'épreuve que s'il les en préservait. Ne serait-ce pas un acte de plus grande Providence, de la part de Dieu, de garantir du naufrage un navire au fort d'une tempête, que de le laisser tranquille au port?

C'en est assez pour faire comprendre que c'est dans des vues d'amour pour les hommes que Dieu leur envoie la souffrance. Terminons donc ces réflexions par un extrait des œuvres de saint Alphonse de Liguori. Voici ce que Notre-Seigneur dit un jour à sainte Thérèse: « Penses-tu, ma fille, que le mérite consiste à jouir? Non, niais il consiste à travailler, à souffrir et à aimer. Considère ma vie toute pleine de souffrances. Sois persuadée, ma fille,, que celui qui est le plus aimé de mon Père est aussi celui qui en reçoit les plus grandes croix, et que l'amour répond aux souffrances. Regarde ces plaies; tes douleurs n'iront jamais jusque-là. Penser que mon Père admette quelqu'un dans son amitié sans souffrance, c'est une erreur. » Sainte Thérèse ajoute pour notre consolation: « Dieu ne nous envoie jamais une peine sans la payer aussitôt par quelque

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faveur. » Notré-Seigneur, apparaissant un jour à la Bienheureuse Bapitista Varani, lui dit que les principales grâces dont il îavo;rise les âmes qu'il chérit, sont au nombre de trois: «la première, c'est de ne point pécher; la seconde, c'est de faire do bonnes œuvres; et la dernière, qui est la plus graside, c'est de souffrir pour son amour. » C'est pourquoi les saints rendaient grâces à Dieu lorsqu'ils avaient à souffrir. Saint Louis, roi de France, disait en parlant de sa captivité en Egypte : « Je me réjouis et je remercie Dieu de l4 patience qu'il m'a accordée dans le temps que j'étais pri^'onnier plus que si j'eusse conquis toute la terre. » Et saijiite Ehsabeth, princesse de Thuringe, chassée avec son fils de ses Etats, après la mort de son mari, se voyant sans p'sileet abandonnée de tout le monde, alla dans un couvent ,'de Franciscains et y fit chanter un Te Deum en action de ' grâces pour la faveur que Dieu lui faisait de souffrir pour son amour,

mon Dieu, je bénirai toujours votre main, qu'elle me distribue des biens ou des maux; c'est toujours la main d'un bon Père qui fait tout pour le salut de son enfant !

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