‹ L'art d'être heureux [microform]Chapitre 95 sur 121 · II. — SOUMISSION A LA VOLONTÉ DE DIEU DANS LA SOUFFRANCE · texte numérisé non relu

II. — SOUMISSION A LA VOLONTÉ DE DIEU DANS LA SOUFFRANCE

Déjà nous avons dit que l'amour de bienveillance nous porto à nous soumettre à toutes les volontés de .Dieu à notre égard; mais il importe de revenir sur ce sujet: car c'est la souffrance qui répugne le plus à notre nature; et c'est quand nous sommes dans l'épreuve qu'il importe surtout de conformer notre volonté à celle de Dieu.

Ce que nous avons dit dans le numéro précédent doit nous rendre la soumission facile. Du moment que la volonté de Dieu est que nous supportions les croix, que cette volonté ne poursuit que notre plus grand bien, qu'elle ne nous prépare les croix que pour nous fermer l'enfer et nous ouvrir le ciel, que la volonté de Dieu, c'est

408 DES ACTES d'amour DE CJEÙ

Dieu lui-même, c'est-à-dire l'Etre infinimé^n|<^on, juste, aimable, parlait, il est clair que nous li'a'yons rien de mieux à faire que de nous conformer à son bon plaisir. ,■

Un aveugle ne serait-il pas insensé, si, étant au milieu des précipices, il refusait de marcher sous la conduite d'un père dont il est aimé, pour suivre une autre route selon son caprice? Si, comme le dit saint Ephrem, les ï^ommes les plus grossiers connaissent les fardeaux que leu'i's chevaux et leurs mulets peuvent porter et ne leur donneiî,t pas uue plus forte charge pour ne pas les accabler ; si le^iotier sait le temps qu'il faut laisser son argile dans le fourneau pour la cuire et la rendre propre à notre usage et ne; la laisse pas plus qu'il ne faut pour qu'elle ne brûle pas, ;ni moins, pour qu'elle ait la fermeté nécessaire, il faudraïi avoir perdu le sens pour oser dire que Dieu, qui est la <. sagesse même, peut charger nos épaules d'un poids trop pesant, et nous laisser plus longtemps qu'il ne faut dans le feu de la tribulation.

Du reste, à quoi peuvent servir les révoltes ou les murmures au temps de l'épreuve? A nous rendre malheureux. Le vrai malheur, en effet, n'est pas dans la pauvreté, dans les humiliations, dans les souffrances, mais bien dans la manière peu chrétienne dont on les accepte. Il est clair que la croix paraît plus lourde à celui qui la traîne qu'à celui qui la porte gaiement. L'impatience dans le mal le rend bien plus insupportable, tandis que la résignation l'allège. C'est ce qui faisait dire à saint Philippe de Néri « qu'en ce monde il n'y a point de Purgatoire ; c'est le paradis ou l'enfer ; si l'on supporte les tribulations avec patience, on est en paradis, sinon en enfer. »

On demandait un jour à Alphonse le Grand, roi d'Aragon, prince très sage, quel homme il croyait le plus heureux dans ce monde: « Celui, répondit-il, qui s'abandonne à la volonté de Dieu, et reçoit tout de sa main, les maux comme les biens. » Et, en effet, quel homme plus heureux que celui qui voit tous ses désirs s'accomplir? Or, tel est bien le bonheur de quiconque ne veut rien en dehors de

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