DES ACTES H'AMOUR DE DIEU
ce qui est voulu de Dieu, vu que, sauf le péché, tout en ce monde arrive par la volonté de Dieu.
Homo sanctus in sapientiâ manet sicut sol ; nam stultus sicut luna mutatur. Ainsi parle l'Esprit-Saint. L'insensé ou le pêcheur est inconstant comme la lune, qui tantôt croît et tantôt décroît : aujourd'hui, vous le voyez rire, demain pleurer; aujourd'hui, plein de . mansuétude ; demain, furieux comme un tigre ; et pourquoi ? parce que son humeur dépend de la prospérité ou de l'adversité qu'il rencontre; il change comme les choses qui lui arrivent. Le juste, au contraire, est semblable au soleil, toujours égal dans sa sérénité, quoi qu'il advienne, parce qu'il trouve son contentement à se conformer à la volonté de Dieu.
Si on s'imaginait que par des murmures on inclinera Dieu à adoucir nos souffrances, ou à abréger leur durée, on serait dans une étrange erreur.
Un maître s'apaise quand son serviteur reçoit de bon cœur la correction, il s'irrite davantage s'il en murmure. Que de fois on a vu des parents qui se plaignaient amèrement de ce que la mort leur enlevait un enfant, perdre tous les autres en punition de leurs murmures. Ceux qui osent accuser Dieu d'injustice, parce qu'il retire à lui ce qui lui appartient, méritent bien un tel châtiment.
Du reste, n'est-ce pas une punition assez grande que de perdre, par les murmures, ne serait-ce qu'une partie des mérites de la résignation ? Le bienheureux Henri Suso a écrit : « Si vous aviez toutes les sciences des iastronomes, si vous pouviez parler de Dieu avec toute l'éloquence des anges et des hommes, si vous aviez une érudition qui égalât, à elle seule, toute celle des littérateurs et des docteurs ensemble, tout cela ne profiterait pas autant à votre piété et à la sainteté "de votre vie que de savoir vous résigner à la volonté de Dieu dans toutes les souffrances, car tout cela est commun aux bons et aux méchants; mais la résignation est le partage des élus. Ahl si on pesait bien ces deux choses, le temps et l'éternité, on aimerait
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mieux rester pendant cent ans dans une fournaise ardente que de perdre le mérite éternel de l'affliction la plus légère! Ces cent ans de feu passeront, cette récompense n'aura point de ternie. » . .
Le Bienheureux Louis de Grenade regarde comme une marque de prédestination la résignation à la volonté de Dieu dans les épreuves. Il en donne pour preuve les paroles de Notre-Selgneur qui promettent le ciel à ceux qui souffrent persécution, à ceux qui sont pauvres de cœur, à ceux qui pleurent.
Saint Liguori parle dans le même sens : « Quand une personne passe à l'autre vie, dit-il, toutes les conjectures que l'on fait sur son salut s'appuient sur le plus ou moins de résignation qu'elle a montré à son dernier moment; Si donc, après avoir reçu pendant votre vie tout ce qui vous venait de la main de Dieu, vous acceptez încore la mort en vue d'accomplir sa divine volonté, vous vous sauverez certainement et vous ferez la mort d'un saint. Quiconque meurt en se conformant à la divine volonté fait une mort sainte; et celui qui meurt dans une plus grande conformité fait une mort plus sainte. »
Le P. Louis de Blois assui'e qu'à la mort un acte de parfaite conformité nous délivre non seulement de l'enfer, mais encore du Purgatoire. Telle est la vertu d'un acte de parfaite conformité à la divine volonté, qu'il suffit pour changer un cœur et le rendre saint de dépravé qu'il était. Ainsi arriva-t-il à saint Paul ; en disant à Dieu ces seuls mots : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse » ; ce persécuteur de l'Eglise fut transformé en un Apôtre, en un vase d'élection. ,
Aussi les saints ont-ils eu en horreur tout ce qui ressemblait à une plainte sur la conduite de la Providence à leur égard. Saint Bonaventure rapporte que, saint François étant un jour travaillé de douleurs extraordinaires, un de ses religieux, homme excessivement simple, lui dit : « Mon Père, priez Dieu de vous traiter avec un peu plus de douceur ; car il me semble que sa main s'appesantit
trop. » A ces mots, le Saint jeta un cri et répondit: « Ecoutez, mon frère ; si je ne savais que vous parlez ainsi par simplicité, je ne voudrais plus vous voir, puisque vous osez critiquer les jugements de Dieu. » Ensuite, tout laible et exténué qu'il était, il se précipita de son lit, et, ayant baisé la terre, il s'écria : « Seigneur, je vous remercie de toutes les souffrances que vous m'envoyez; je vous supplie de les augmenter encore, si tel est votre bon plaisir. Mon désir est que vous m'affligiez et que vous ne m'épargniez point, car l'accomplissement de votre volonté est la plus grande consolation que je puisse goûter en cette vie. »
Les Vandales, ayant condamné à mort un prêtre nommé Sanctulus, lui laissèrent la faculté de choisir lui-même son supplice. Le Saint refusa de se prononcer : « Je suis entre les mains de Dieu, répondit-il, et je recevrai la mort qu'il vous permettra que vous me fassiez souffrir ; je n'en veux point d'autre. » Cet acte d'abandon fut si agréable au Seigneur, que ces barbares ayant résolu de trancher la tête au condamné, il arrêta le bras du bourreau. A la vue d'un tel miracle, ils se décidèrent à respecter la vie du vertueux prêtre.
La vénérable Béatrix de l'Incarnation, première fille spirituelle de sainte Thérèse, étant pleine d'infirmités et de souffrances, disait qu'elle n'aurait pas changé son état contre celui de la princesse la plus heureuse du monde; et quelles que fussent ses douleurs, elle ne se plaignait jamais ; c'est pourquoi une de ses compagnes lui dit un jour en riant :
— Ma Sœur, vous me semblez un de ces pauvres qui meurent de faim, mais qui aiment mieux souffrir leur faim que d'avoir la honte de manifester leur pauvreté.
Voici quels étaient les sentiments de sainte Catherine de Gênes, (juand, en proie à une extrême sécheresse, il lui semblait être abandonnée de Dieu et ne plus avoir aucun moyen d'espérer: « Ah! s'écriait-elle, que je suis heureuse dans cet état si déplorable ! Oui, que mon cœur soit au milieu des ruines, pourvu que mon Amour soit
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glorifié] liiôn Amour, si mon affliolion peut vous procurer un seul grain do gloire, laissez-moi, je vous prie, dans ce triste état durant toute l'éternité. » Et en parlant ainsi, son excessive désolation la faisait fondre en larmes.
Sainte Gertrude étant malade et dans l'ardeur d'une fièvre brûlante se mit à réfléchir avec quelque inquiétude sur les suites de cette crise, si son mal augmenterait ou diminuerait. Notre-Seigneur lui apparut alors tout éclatant de beauté, tenant dans sa main droite la s^nté et dans l'autre la maladie et les lui présenta toutes deux pour choisir celle qu'elle voudrait. Mais cette grande âme détournant les yeux de l'une et de l'autre, se glissa dans les bras de Notre-Seignèur qui étaient ouverts, s'attacha et se colla à son cœur en lui disant : « Voilà ce que je choisis, je ne veux, mon Seigneur, ni la santé, ni la maladie, mais seulement ce cœur, et que votre très sainte volonté s'accomplisse parfaitement en moi. »
Sainte Thérèse s'offrait à Dieu an'^moins cinquante fois le jour, en le. priant de disposer d'elle selon son bon plaisir.
A son exemple, abandonnons-nous donc sans réserve aii bon plaisir du Seigneur : comme il est infiniment sage, il sait ce qui nous convient le mieux ; et comme il nous aime beaucoup, puisqu'il a donné sa vie pour l'amour de nous, il veut également notre plus grand bien. « Soyonsen bien persuadés, dit saint Basile, Dieu prend incomparablement plus de soin de noire bonheur que nous ne saurions nous-mêmes le faire ou, le désirer. » On confie sa santé aux médecins, ses affaires aux avocats ; si on est aveugle, on se laisse conduire par un enfant, et même par un chien, et nous aurions peur de nous abandonner à Dieu? Songez que tous les péchés, tous les désordres et toutes les amertumes de votre vie passée sont venus de ce que vous vous écartiez de la volonté divine. Attachezvous donc désormais au bon plaisir du Seigneur, et dites toujours, en toutes circonstances : « Oui, mon Dieu, qu'il m soit ainsi, puisque tel est votre bon plaisir. » Si quelque
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événement fâcheux vous cause du trouble, souvenez-vous que tout vient de Dieu; dites aussitôt: Dieu le veut ainsi; — et mettez- vous en paix, en répétant avec le Roi-Prophète: « Seigneur, c'est vous qui l'avez fait; je me tais, j'accepte tout de votre main. »
Donner sa volonté à Dieu, c'est lui donner tout. En faisant l'aumône, je donne à Dieu mon bieii; en me flagellant, je lui donne mon sang; en me livrant au jeûne, je lui donne ma nourriture; tout cela, c'est donner une portion de ce qui est à moi ; mais si je lui donne ma volonté, je lui donne tout et j'ai le droit de lui dire : Seigneur, je ■ suis pauvre, mais je vous donne tout ce que je puis; vous ayant donné ma volonté je n'ai plus rien à vous offrir. Aussi c'est bien là tout ce que notre Dieu demande de nous : « Mon enfant, dit le Seigneur à chacun de nous, mon enfant, donne-moi ton cœur, » c'est-à-dire ta volonté.
Si donc nous désirons plaire de tout point au cœur de Dieu, tâchons de nous conformer en toutes circonstances à sa sainte volonté, non seulement de nous y conformer, mais encore d'identifier notre volonté avec elle. Nous conformer à la volonté de Dieu, c'est joindre, unir notre volonté avec cette volonté divine; identifier notre volonté avec celle de Dieu, c'est de plus réduire les deux à une seule, de manière à vouloir exclusivement ce que Dieu veut, ou bien c'est n'avoir plus d'autre volonté que celle de Dieu. C'est là le sommet de la perfection ; nous devons y aspirer sans cesse; ce doit être le but de toutes nos œuvres, de tous nos désirs, de nos méditations, de nos prières.
mon Dieu, assez longtemps je n'ai pas su comprendre la prière que je vous fais tous les jours : « Que voire volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! » Je sens aujourd'hui que faire votre volonté ici-bas, c'est commencer la vie des anges et des saints. Donc, ô mon DieUj que votre volonté se fasse et non la mienne ! Votre bon plaisir sefa ma loi et ma consolation i