Nec prohibebatur quisquam jure suifragii
2. Curavit , quod semper in republica tenendum est, ne pliirimum valeant plurimi. (Cicéron, de Republica.)
3. Locupletes assiduos ab œre dando. Eos qui aut non plus mille quingentum œris aut omnino nihil in suum censum praeter caput attulissent; — proletarios — ut ex iis quasi proies, id est quasi progenies civitatis expectari viderent4]r. (Cicéron, de Republica),
Plus j'y pense, — et j*y pense beaucoup, — il est telle page de mes petits livres et de mes Guêpes qui m'a coûté plusieurs jours et quelques bons morceaux de nuit à penser, à retourner, à étudier, avant de récrire en quelques minutes, — plus j'y pense, plus je suis convaincu — que, au-dessus du revenu ou du gain qui représentent juste les premières et indispensables nécessités, mais à partir de ce point, Timpôt payé par un nombre égal pour tous de journées de revenu, de gain ou de travail, satisfait complètement à l'équité, simplifie singulièrement la perception des revenus de l'État et supprime un immense^gaspillage.
Là, j'en suis convaincu, est la vérité; je voudrais avoir, comme dit Homère, dix bouches et dix langues pour la bien faire entendre *.
Mais étudiez l'histoire de l'esprit humain, des institutions politiques et des inventions en tous les genres, vous verrez qu'on n'arrive au simple et au vrai qu'après avoir épuisé toutes les con&binaisons possibles du compliqué et du faux.
Mais voici la situation de la société moderne : au lieu d'un partage équitable des vraies richesses, petite part à chacun, on les a condensées et on a fait un certain nombre de gros lots, dont il n'y a qu'un par cent personnes, — et naturellement on se les dispute avec acharnement.
Les besoins réels, simples,peu nombreux et faciles à satisfaire, que nous avaient donnés la nature et la Providence, avaient d'abord rapproché les
178 VART D'ÊTRE MALHEUREUX
hommes pour la défense commune et pour les échanges*
Mais les besoins factices, insensés et sans bornes, que créent tous les jours le luxe, la vanité, Tavarice et l'ambition — rapprochent aussi les hommes, — mais comme des dogues autour d'un os, pour se battre, se haïr^ se tromper, se voler et se dévorer les uns les autres»
La richesse augmente, disent les politiques supe^ iiciels, en même temps que les besoins ; '^ je le veux bien, mais, je le répète^ dans la proportion de un à trois.
Il a été porté récemment à TAssemblée nationale une question de la plus haute et de la plus poignante importance,
Le travail des enfants dans les manufactures.
Pour concilier le respect que je dois à rAssernblée avec le respect non moins grand que fui pour la vérité, je dois dire que la question qui, du reste, a été ajournée, ne me paraît pas avoir été traitée sous toutes ses faces, et que Ton a sans doute réservé plusieurs observations pour une autre séance.
Les questions de ce genre ont peu de chances d'être résolues d'une manière efficace et conaplète par une Assemblée ; ceux de ses membres, et c'est le très-petit nombre, qui sont par leur position, à
L'ART DÊTRE MALHEUREUX 179
même de connaître ou d'éludier le sujet en discussion, sont parfois intéressés à maintenir les abus qu'il s'agit de réprimer, et il y a beaucoup de chances pour que leurs connaissances spéciales influencent et entraînent leurs collègues. — L'Assemblée, en effet,, présente plus de fabricants que d'ouvriers, et quant aux députés du parti prétendu républicain, aux députés se disant radicaux, ils ont tellement abusé des doléances, des grands mots, et de l'emphase, en faveur de MM. les assassins, de MM. les incendiaires et de MM. les vauriens de toutes sortes, que leur opinion n'a aucune chance d*être écoutée lorsqu'il s'agit d'une véritable et sympathique misère.
Jusqu'ici, il est question de faire ce qu'on a déjà fait; régler le nombre d'heures pendant lesquelles les enfants peuvent supporter le travail — et décider à quel âge ils peuvent sans danger immédiat enti'er dans cet enfer du travail des manufactures.
Un membre de l'Assemblée a parlé pour le maintien du statu quOy et le plus grand nombre d'heures de travail imposé aux enfants — en se fondant sur cet argument qui a paru accepté par un grand nombre de députés:
« Il faut bien soutenir la concurrence contre l'étranger. »
C'est-à-dire que si l'Angleterre — qui, dans son industrie à outrance, semble avoir touché la limite extrême de la misère dans le travail, si l'Angleterre, où la population agricole est presque aussi
misérable que la population industrielle — imagine une nouvelle cruauté — qui diminue la ration insuffisante dont se compose la nourriture, si on peut s'exprimer ainsi, de ses tisserands — il faudrait immédiatement appliquer ce « perfectioiinement » dans nos ateliers.
Déjà — en Angleterre — Tlrlandais considère comme mets de luxe qu'il se permet rarement et seulement aux bonnes fêtes, quand il le peut— les pommes de terre de bonne qualité cuites dans Teau sans assaisonnement. On a renoncé à les cultiver pour livrer la terre à la production presque exclusive d'une espèce sans saveur, mais produisant les plus gros tubercules — appelée lumper : — faute de se nourrir, on tâche de s'emplir.
On ne vit pas tout à fait, mais on ne meurt pas: — le pain, la viande, l'aie, disent les philanthropes industriels * — un logement sain et convenable ne sont devenus des besoins que par suite de mauvaises habitudes; — avec trois livres de lumper par jour, on vit en Irlande.
L'industrie à outrance, la concurrence acharnée, obligées de fournir à bon marché, ont fait porter réconomie et les réductions d'abord sur les matières premières, puis sur les procédés de fabrication, puis on a eu recours aux fraudes et aux tromperies sur la quantité et la qualité, puis sur la main-d'œuvre, c'est-à-dire sur l'ouvrier.
On sait le poids que peuvent porter les crics et les grues — vous voyez dans les usines et dans les