PLAGES SOULEVÉES
la mer ont été quelquefois soulevées par des tremblements de terre;
Il peut y eu avoir aussi qui aient été élevées sans secousse sensible par un soulèvement général du sol longtemps continué. Il est des côtes sur lesquelles on voit d’anciennes plages élevées au-dessus des points que les vagues peuvent atteindre aujourd’hui, et cela dans des contrées dans lesquelles il ne parait s'exercer aucune action volcanique.
a. Les plages ainsi soulevées au-dessus du niveau de la mer ac-
tuelle peuvent ctre de divers ôges, géologiquement parlant, quoique probablement aucune n’appartienne à des époques géologiques fort anciennes ; l'observateur devra donc recueillir avec soin tous les débris organiques qu’il pourra rencontrer parmi les galets et les sables de ces plages; les coquilles, même brisées, pour peu que leurs caractères ne soient pas entièrement effacés, sont importantes à conserver. Si la plage soulevée que l’on observe se trouve sur la côte d’une mer dont les mollusques et autres animaux soient peu connus , on devra en recueillir autant que les circonstances le permettront, afin de pouvoir les comparer avec ceux dont on trouve les débris dans la plage soulevée , et qui quelquefois y sont tellement abondants que la plage entière ne parait presque composée que de coquilles brisées. ,
b. Lorsqu’un observateur rencontre une ancienne plage soulevée , il devra la comparer avec celle qui existe maintenant au bord de la mer, afin de reconnaître les ressemblances et les différences de leurs caractères. Si l’une et l’autre sont composées des mêmes galets et sables , et si elles contiennent les mêmes débris organiques , etc. , il faut que les circonstances générales de la côte aient été les mêmes pendant la production des deux plages. Si les matériaux diffèrent d’une plage à l’autre, les circonstances doivent avoir varié, et les phénomènes observes pourront donner lieu à des conclusions qui seront en rapport avec la grandeur et la nature de cette différence.
XVII. Blocs et graviers erratiques . Les blocs erratiques sont des fragments volumineux de roches que l’on rencontre à des distances plus ou moins considérables des masses dont ils ont jadis évidemment fait partie. Les graviers erratiques sont formés de débris moins volumineux des mêmes roches transportés de meme à diverses distances. Nous renverrons le lecteur aux traités de géologie pour ce qui concerne les conclusions théoriques que l'on a tirées de cet ordre de phénomènes ; nous ne ferons ici que diriger l'attention de l’observateur sur les différents faits relatifs à ces mêmes phénomènes qu’il (veut avoir l'occasion d’examiner. *
a. 11 arrive souvent que des blocs de roches, de granité surtout,
BLOCS ET GRAVIERS ERRATIQUES
restent en saillie à la surface du sol , après que les portions de la roche environnante ont été entraînées par les actions atmosphériques auxquelles les blocs restants ont mieux résisté ; l’observateur devra' donc s’assurer que le sol sur lequel reposent les blocs que l’on croit erratiques est d’une nature différente que celle de ces blocs. Si le bloc a (fig. 76) est du granité, tandis que les couches b sont cal-
- Fig- 76.
caires , il sera prouvé que le bloc a ne fait point partie du terrain qui le supporte , et il se pourra que ce bloc soit erratique. 11 devra s’assurer ensuite que le bloc qu’il a sous les yeux n’est point descendu à la place qu’il occupe par les effets combinés de la désagrégation, de la pesanteur et des pluies, comme le bloc a (Cg. 77),
Fig. 77.
qui est tombé de la hauteur voisine d , composée de gros blocs de la roche c, qui les supporte; de sorte que le bloc a, quoique reposant sur un terrain b d’une nature différente , n’est point erratique, suivant le sens que les géologues donnent ordinairement à cette expression. Mais si l’observateur trouve, comme dans la coupe suivante (fig. 78), dans laquelle nous supposerons que la distance horizontale a b soit de vingt milles, des blocs de granité dispersés dans diverses positions c, d , e, sur un terrain h qui n’est point gra-
BLOCS Et GRAVIERS ERRATIQUES.
Fig. 78.
hitiquc , alors on ne pourra point admettre pour ces blocs une origine analogue à celle de la figure 77, et l’observateur aura réellement sous les yeux des blocs erratiques. Dans la figure 78 nous avons supposé qu’il se trouvait en place, en f, un granité seûiblable à celui des blocs erratiques c, d, e; eh sorte qu’on peut en conclure que ces blocs proviennent du point f, d’où ils ont été enlevés par une force de transport quelconque.
b. Nous avons supposé (fig. 78) que les blocs erratiques étaient de granité ; mais il ne faut point supposer que tous les blocs erratiques soient composés nécessairement de roches cristallines. Tout fragment d’une roche quelconque qui repose sur un terrain d’une nature différente que la sienne et qui n’est point tombé des hauteurs voisines par les effets combinés de la désagrégation , de la pesanteur et de la pluie, est un bloc erratique. 11 est évidemment essentiel d’étudier la composition exacte de tout bloc erratique que l’on pourra rencontrer, afin de pouvoir reconnaître le lieu de son origine, c’cst-à-dire celui où la mcnlc roche se trouve en place. Lorsque des blocs de nature diverse sont entassés pcle-mclc, l’observateur devra examiner les proportions relatives des blocs de chaque espèce , de sorte qu’il puisse , en remontant vers le lieu d’origine des différents blocs, apprécier exactement la direction et la force de l’action qui a réuni ces divers blocs en une seule accumulation.
c. Il est difficile de concevoir que les blocs erratiques aient été transportés dans leurs positions actuelles par une action autre que celle d’une grande masse d’eau en mouvement ; on devrait donc s’attendre à ce que les blocs soient d’autant plus arrondis qu’ils proviendront de-plus grandes distances, si l’on admet qu’ils aient été roulés on masse et frottés violemment les uns contre les autres. Que s’ils ont été transportés sur des glaçons flottants détachés des grands glaciers, il est évident que les blocs erratiques auront pu parcourir des distances considérables sans offrir d’autres marques de frottement que celles de leur chute sur le glacier, ou de leur échoucment à la place qu’ils occupent aujourd'hui. Il importe donc de bien examiner si les blocs erratiques sont arrondis ou s’ils conservent leurs angles ; le volume et le poids des blocs sont aussi fort importants à constater, afin d’avoir des données exactes pour pou-
BLOCS ET GRAVIERS ERRATIQUES
voir calculer la force qui a été nécessaire pour leur transport. Lorsqu'un observateur voudra prendre les dimensions ou le volirtne d’un bloc, il devra naturellement tenir compte des inégalités de sa surface et des parties qui pourront en être enfouies dans le sol. Pour en connaître le poids , il devra en détacher des échantillons qui représentent bien la structure générale de la roche, et vérifier quelle est la pesanteur spécifique de ces échantillons; après quoi il sera facile de calculer le poids du bloc erratique dont on connaîtra le volume. • .
d. On a reconnu que les blocs erratiques dispersés des deux côtés des Alpes diminuent de volumc.ct sont d’autant plus arrondis qu’ils sont plus éloignés de la chaîne centrale de laquelle ils proviennent ; si donc un observateur trouve des blocs erratiques au pied d’une chaîne de montagnes d’un pays quelconque , il devra examiner s’ils se présentent avec les mêmes circonstances que dans les Alpes. 11 ne devra pas négliger non plus de vérifier si ces blocs forment quelquefois, comme dans les Alpes, des traînées sur les flancs des montagnes, à une certaine hauteur au-dessus du fond de la vallée, le long de laquelle ils ont été évidemment transportés. Eu supposant que l’esquisse ci-jointe (fig. 79) représente une des grandes vallées
Fig. 79.
’ Supposons qu'on observateur trouve que la pesanteur spécifique d’une roebe est de 2,06, un décimètre cube d’eau distillée pesant un kilogramme, on aura 2 kilogrammes 06 pour le poids d’un décimètre cube de la roche ; et connaissant le poids d’un décimètre cube , on pourra avoir facilement le poids d’un nombre quelconque de mètres cubes.
blocs et graviers erratiques.
principales des Alpes , il arrive quelquefois qu’on trouve une tralnc'c «le blocs erratiques en tandis qu'il s’en trouve des accumulations derrière des élévations qui barrent pour ainsi dire la direction générale de la vallée, comme le monticule b, là où l’on peut supposer qu’il a dû se produire un remous, si une masse d’eau considérable est descendue brusqucmeul le long de la vallée. L’observateur devra examiner aussi s’il existe quelque élévation qui ait pu faire obstacle a la masse d’eau descendant de la vallée lors de la dcbàclc, et voir s’il s’est accumulé des blocs erratiques sur la pente de ces élévations, et dans ce cas, si les blocs de toutes dimensions s y trouvent assemblés pélc-mcle avec des graviers.
e. L’observateur devra essayer de reconnaître dans les pay s de plaine couverts de blocs erratiques, la marche qu’ont suivie les blocs de differente nature. U y parviendra jusqu’à un certain point en atloptant une couleur particulière pour les divers») roches dont ces blocs sont composés, et en notant sur une carte les différents points où i rencontre des blocs avec la couleur correspondante. Ou aurait des données fort importantes sur l’origine des blocs, si les diverses accumulations et traînées, qui se rencontrent en si grande abon- «lauec dans le nord de 1 Europe et de l’Amérique, avaient été ainsi distinguées même approximativement sur les cartes. On trouverait en procédant ainsi, des blocs d’une certaine couleur répandus à peu’ de distance des roches en place desquelles ils proviennent, taudis que des blocs de couleur différente s’étendraient à de très-grandes distances. Les lignes suivies par les blocs des différentes couleurs quoique souvent irrégulières en petit, s’aligneraient, vues en grand’ suivant une direction. donnée, tandis que les blocs moins éloignés de leur place d'origine paraîtraient avoir suivi des lignes variées.
/. Il est essentiel de noter l’àgc relatif du terrain sur lequel reposent les blocs erratiques, si l’observateur est assez au courant de la géologie pour reconnaître cet àgo : dans le cas contraire il devra eu recueillir des échantillons, examiner si le terrain contient des fossiles , et alors en ramasser en aussi grande quantité que possible • observer si les couches sont horizontales ou non , au cas que lé terrain soit stratifia, et .par-dessus toute chose l’observateur devra examiner s’il reste des preuves qui indiquent que les blocs aient jadis été enveloppés dans des sables, des marnes ou des argiles qui ayant été enlevées par quelque dégradation postérieure, auront laissé les blocs isolés à la surface du sol. On admet que les blocs erratiques sont en général répandus à la surface du sol, et qu’ils n’ont jamais été recouverts par aucune matière de sédiment formant suide grandes surfaces «les couches étendues, auxquelles on aurait
BLOCS ET GRAVIERS ERRATIQUES
assigné un rang quelconque dans l’échelle géologique. Il est donc très-important de' noter tout ce qui -pourra avoir rapport à cette disposition superficielle des blocs erratiques.
g. Les observations à faire sur les graviers erratiques ont la plus grande* analogie avec celles .qui précèdent. 11 faut déterminer avec beaucoup de soins la nature des cailloux qui composent lés diverses masses de graviers qui recouvrent des surfaces plus ou moins étendues. 11 est évidemment de la plus haute importance de bien apprécier les causes qui peuvent les avoir transportés, soit qu’ils aient été détachés peu à peu de leur roche originaire et transportés par les cours d’eau actuels, soit qu’il faille remonter à l’action plus générale d’une grande masse d’eau qui aurait passé à la surface de la contrée. Lorsque les accumulations de graviers sont composées exclusivement de cailloux qui peuvent avoir été charriés le long de la vallée dans laquelle on les trouve aujourd’hui , il faut examiner le volume , la forme et le poids des cailloux , et après avoir calculé la force de transport des eaux actuelles , juger si l’action de ces eaux a pu suffire à transporter les graviers le long de la vallée, bien entendu qu’il faudrait tenir compte de la pente du lit de la rivière et de l’action des crues d’eaux qui peuvent avoir eu lieu depuis l’existence de l’ordre de choses actuel. 11 faudrait voir aussi si les agglomérations de cailloux ne seraient point , comme ceux de la plaine de la Crau , la fin d’un grand transport de blocs erratiques, bans certaines localités des assises de graviers de diverse nature reposent les Unes sur les autres , les unes ayant été formées par l’action journalière des rivières, les autres étant dues probablement au passage d’une grande masse d’eau extraordinaire ; c’est là un point qui exige la plus scrupuleuse attention de la part de l’observateur. 11 peut arriver encore que des assises de graviers, qui paraissent superficielles sur un point, soient en réalité inférieures à des couches sons lesquelles elles plongeraient à quelque distance ; et qu’elles résultent de l’action de l’atmosphère sur une couche de conglomérats dont elle aurait enlevé le ciment et laissé les cailloux en place ; l’observateur devra se tenir en garde aussi contre fcette fausse apparence de graviers erratiques. « • .. . -
, XVIII. Cavernes à ossements et brèches osseuses. On donne le nom de cavernes à ossements à des cavernes dans lesquelles on rencontre des ossements de différents animaux , tels que des ours , des hyènes ,
' • des éléphants , etc. , enveloppés souvent dans de la vase ou d’autres substances détritiques, et cachés ainsi aux observations ordiuaires. Les brèches osseuses sont le plus souvent des fissures du terrain qui ont été remplies d’ossements , de fragments de roches et d’un ciment
terreux ou compacte. Elles communiquent souvent avec les cavernes à ossements.
rt. L’observateur qui visite une caverne peut en sortir sans soupçonner le moins du monde qu’il s’y trouve des ossements, tandis que cette caverne en contient réellement une grande abondance. Lu grand nombre des cavernes d’Angleterre qui ont fuurui des ossements et des dents de centaines d’espèces de mammifères, lorsqu’elles ont clé examinées convenablement, avaient été visitées de temps immémorial par des personnes qui n’y avaient jamais vu la moindre trace d’un corps organisé quelconque. Les cavernes sont beaucoup plus fréquentes dans les terrains calcaires que dans tout autre; il s’ensuit que dans celles qui contiennent des ossements, ces débris sont cachés sous des masses de matières stulactitiqucs et stalagmiliques. Les cavernes à ossements varient dans leurs détails ; mais la ligure suivante (fig. 80) peut donner une idée assez exacte de la
Fig. 80.
disposition générale qu’elles présentent habituellement, lll représente la cou]>e d’une colline calcaire dans laquelle existe une caverne b b, qui présente une ouverture a vers une vallée v. Supposons que dd soit une incrustation de stalagmite (dépôt de la matière calcaire entraînée en solution par l’eau qui tombe de la voûte sur le sol de la caverne) recouvrant des cavités ce dans lesquelles sont accumulés des débris d'animaux , mêlés avec de la vase , du sable ou du gravier. 11 est évident qu’un observateur peut aller et venir dans une telle caverne, passant au-dessus des stalagmites dd sans se douter des richesses zoologiqtics qui existent au-dessous..
b. Dans certaines cavernes à ossements il s’est déposé des matières slalagmitiqucs avant qu’il uc s’y accumulât de la vase ou du sable, et les ossements sont souvent alors implantés dans le calcaire
auquel ils adhèrent ; dans ce cas ils doivent avoir été enveloppés par le carbonate de chaux à mesure qu’il s’en déposait. Dans d’autres cavernes, la vase, le sable ou le gravier, dans lesquels se trouvent les ossements, n’ont jamais été recouverts par des stalagmites. Il y a de grandes variations sous ce rapport, ainsi qu’il a dû arriver par suite des différences dans les circonstances locales, et de la manière dont les ossements ont été introduits dans la caverne.
c. Lorsqu’un observateur découvre des ossements dans une caverne , il doit examiner leur manière d’étre avec une attention tonte particulière. Il fera une coupe générale du sol de la caverne et notera l’épaisseur des stalagmites, de la vase, du sable ou gravier, ayant soin de recueillir des échantillons de chacune de ces substances avant qu’elles aient été mélangées par suite de l’exploration, 11 observera avec soin si les ossements et les dents de différentes espèces se trouvent dans des assises particulières, ou s’ils sont tous mélangés Confusément. Il devra prendre aussi des coupes de la caverne sur différents points et bien examiner les directions suivant •lesquelles elle pourrait communiquer avec la surface du sol ; car il arrive souvent que les cavernes ont communiqué avec l’extérieur sur d’autres points que leur entrée actuelle, et que ces ouvertures ont été comblées plus tard par des matières éboulées. 11 importe surtout dé vérifier si ces communications sont verticales ou presque verticales, auquel cas on pourrait croire que c’étaient jadis des fissures ouvertes avant que les éboulemcnts latéraux ne vinssent à les combler.
d. L’observateur devra examiner avec le plus grand soin les circonstances générales extérieures de la situation d’une caverne, et reconnaître s’il est probable que l’ouverture en ait jamais été masquée par des, amas de graviers ou de fragments anguleux des rochers , et que la caverne n’ait été découverte que lorsque des causes naturelles ou artificielles en ont déblayé l’entrée. La pavorne de Kirkdale , qui est devenue si célèbre par les recherches pleines d’intérét du professeur Buckland , desquelles il est résulté que c’était là un repaire d’hyènes d’une espèce perdue , qui y entraînaient des débris d’éléphants, de rhinocéros, d’hippopotames et autres animaux habitant alors l’Yorkshire; cette caverne de Kirkdale, disonsnous , était fermée par un éboulcmeut de gravier et n’a étd ouverte que par accident dans les travaux d’une carrière. Si une caverne a été en libre communication avec la surface du sol depuis d’anciennes périodes géologiques, et jusqu’à nos jours, elle peut avoir été habitée d’abord par des animaux d'espèces perdues, puis par les .espèces actuellement vivantes ; et on peut trouver par la suite
des restes de tous ces animaux à la fois, quelquefois mêlés confusément, dans d’autres cas séparés par assises superposées les unes aux autres. On peut mémo y trouver des ossements humains ou des produits de l’industrie humaine, ce qui est arrivé en cfTet dans quelques localités, et particulièrement dans certaines cavernes du midi de la France.
e. Afin de découvrir d’où peuvent provenir la vase , les sables ou le gravier qui se trouvent mêlés aux ossements, ou qui les recouvrent en formant diverses assises, l’observateur devra étudier les relations de position que présentent les cavernes avec la structure physique de la contrée voisine. Supposons, par exemple, que la figure 81 représente la coupe d’une vallée sur l’un des côtés de
Fig. 81.
laquelle se trouvent deux cavernes à ossements a et b, et que la rivière r qui coule dans le fond de cette vallée peut transporter, suivant l’abondance plus ou moins forte de ses eaux , de la vase , des sables ou du gravier; il est évident, d’après la position de la caverne b, que ces matières de transport pourront être charriées dans son intérieur pendant les inondations , de manière à envelopper et recouvrir les ossements qui so trouveraient à portée de l’eau ; il pourrait même arriver que les eaux surprissent dans ces cavernes et y noyassent des animaux qui en faisaient leur repaire habituel. La même cause ne pourrait dans aucun cas produire les mêmes effets dans la caverne a. L’observateur comprendra maintenant pourquoi nous lui recommandions de recueillir des échantillons do la vase , des sables et des graviers des cavernes à ossements ; il pourra facilement les comparer aux matières d’alluvion transportées par une rivière voisine et voir quelle est la ressemblance ou la différence qui existe entre ces diverses substances. Si l’on trouve dans une caverne des cailloux qui ne peuvent avoir été amenés de leur place originaire par les cours d’eau actuels , il faudra chercher ail-'
leurs la cause qui peut les avoir transportés dans la caverne dans laquelle on les observe. De cette manière on peut arriver à une foule d’inductions sur les diverses circonstances qui 'ont accompagné la conservation des ossements dans les différentes cavernes.
f. Nous avons fait remarquer combien il était important de voir s'il existait dans une caverne à ossements des communications ver* ticales ou presque verticales avec la surface du sol ; dans ce cas, en effet, il a pu se faire dans une caverne do grands amas d’ossements d’animaux qui y seraient tombés par la fente qui communique avec cctto surface. Supposons que la figure 82 représente la coupc
Fig. 82.
d’une colline dans laquelle existe une caverne aa, qui communique en b avec le flanc de la colline, et qui en outre communique avec son sommet par une fente e. Une telle caverne peut avoir été habitée d’abord par des hyènes qui auront dévoré les animaux qui tombaient par la fente c et laissé sur le sol une partie de leurs ossements ; de sorte que l’on pourrait trouver dans les parties les plus reculées de la caverne , e, des accumulations d’ossements d’hyènes mêlés à ceux des animaux qui leur servaient de nourriture. 11 est facile de concevoir que la dégradation du terrain qui constitue la colline a pu accumuler des éboulemCnts de détritus à l’entrée de la caverne, d , de manière à la fermer entièrement ; ce qui l’aurait probablement rendue inhabitable pour les hyènes ; ou bien , si l’on suppose que ces animaux pouvaient se frayer un passage à travers les décombres d, cette communication se sera fermée lorsque l’espèce aura été détruite, et il n’y aura plus eu d’entrée dans la caverne que par la fente verticale. Si maintenant des animaux continuent à tomber par cette fente , leurs ossements , que les hyènes auparavant dévoraient en partie , seront conservés en entier, ou à peine endommagés par la chute de l’animal. Il pourrait se trouver ainsi dans la même eaverno deux accumulations de débris d’animaux, dont l’une
aurait été formée dans des circonstances entièrement différentes de l'autre ; les animaux tombant dans la caverne par la fente c pourront même se trouver d’espèces différentes d’une époque à l’autre, et cependant aux yeux d’un observateur superficiel le tout ne présenterait qu’un amas d'ossements diveri, mêles avec des fragments de roches et de la terre qui auront pu pénétrer par l’ouverture latérale, tandis que la fente verticale aura été comblée peu à peu de fragments éboulés , de terre , et peut-être de quelques ossements. Nous n’avons indiqué la possibilité d’une telle combinaison de circonstances qu’afin de prouver au lecteur combien il importe d’observer avec un soin minutieux tout ce qui est relatif au remplissage des cavernes à ossements , surtout lorsque des ossements humains se trouvent mêlés à ceux d’animaux d’espèces perdues, avec des circonstances équivoques de gisement.
g. 11 n’y a point de différence bien essentielle entre une caverne telle que celle que nous venons de décrire et une fente remplie d’une brèche osseuse. Supposons que la ligure 83 représente un
Fig. 83.
escarpement naturel ou artificiel, vu de face, et dans lequel se trouvent des fentes a, b, c, remplies d’un mélange d’ossements, de matière terreuse plus ou moins endurcie et de fragments des roches voisines, il est facile de voir que ces fentes se trouvent dans les mêmes circonstances que la fente verticale c de la figure 82. Quelquefois il part de la fente principale un petit embranchement tel que celui f (fig. 83) qui forme une sorte de petite caverne latérale. Nous avons déjà parlé (page 82) des fissures de ce genre actuellement existantes ; il ne nous reste qu’à appeler l’attention du lecteur sur le ciment calcaire de couleur rouge que l’on rencontre si fréquemment dans les fentes à ossements , et dont la dureté varie depuis une consistance terreuse jusqu’à l’état le plus compacte. L’identité de ce ciment a fait conclure trop précipitamment , ainsi que l’a remarqué M. de Cristol , que toutes les brèches osseuses étaient de
même Age , tandis qu’il est probable qu’elles diffèrent de beaucoup sous ce rapport. Le même auteur remarque 1 que le ciment rouge des brèches n’est qu’une terre rouge qui résulte de la désagrégation du calcaire dans lequel se trouvent les fentes à ossements ; il ajoute que partout où l’on rencontre ce ciment rouge , la fente est dans un terrain calcaire, ou bien située de manière à recevoir des détritus d’un calcaire désagrégé. Autant que nous pouvons en juger d’après nos observations personnelles sur les brèches osseuses dé l’Italie et du midi de la France, l’opinion de M. de Cristol est parfaitement d’accord avec les faits. Cette substance rouge est amenée par les eaux dans les fentes où elle recouvre les ossements ; ceux-ci continuent à s’accumuler et finissent par être cimentés par la matière rouge , qui devient compacte lorsque des infiltrations aqueuseà viennent déposer du carbonate de chaux dans les interstices qui existaient entre ses molécules.
h. Il est encore une autre cause qui peut donner lieu à un mélange d’ossements de différents animaux avec des fragments de rtK chcs, de la terre j et même avec des cailloux venus de grandes distances, et l’observateur qui examine une caverne à ossements et le pays qui l’environne devra reconnaître jusqu’à quel point cette cause peut avoir contribué à la production, du phénomène qu’il a sous les yeux. Dans certains pays calcaires de petites rivières se perdent dans des enfoncements du sol, et après avoir parcouru une série de cavcrûes souterraines , elles reparaissent à la surface à une distance plus ou moins grande du point où elles se sont perdues : il s’ensuit que ces rivières transportent dans les cavernes souterraines une quantité de substances organiques et inorganiques; de sorte que si le passage vient à être comblé par l’accumulation de ces substances , et que les eaux de la' rivière suivent une autre direction, ces cavernes, lorsqu’on viendra à les découvrir, pourront contenir des ossements , mêlés avec des cailloux roulés. Supposons que la figure 84 représente la coupc d’une contrée dans laquelle se .... - ••• • ' tarit*:’
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Fig. 84.
* Observations générales sur les brèches osseuses. Montpellier, 1834.