XVI L
line. 55 Malheur à celui qui dit: u Comment t’aurais-je vu? je viens à peine de t’apercevoir. 55 Une flèche empoisonnée lui apprend à reconnaître de loin un pygmée.
C’est à ces u hommes-scorpions 55, comme les appellent les Bassoutos, vrais types de l’age de pierre, aujourd’hui traqués, chassés comme des bêtes sauvages, que nous devons la meilleure part des vestiges de l’art sud-africain. D’où venaient-ils, à quelle race appartenaient-ils ? nous ne le savons pas. En tout cas ils n’ont rien de commun avec la race nègre.
On a supposé qu’ils étaient de la même famille que les populations qui couvraient jadis le nord de l’Afrique, et qu’avant les mouvements de peuples d’où est sortie la configuration ethnographique actuelle de notre globe, une même couche de populations, qui ont laissé comme témoins de leur passage les dolmens et les menhirs, couvrait l’Asie antérieure, l’Europe, et s’étendait sur une grande partie de l’Afrique.
Cela ne veut pas dire que les peintures des Bushmen remontent à une aussi haute antiquité. En l’absence d’histoire, il n’y a pas de dates; la Grèce était
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encore à l’époque de la pierre taillée, alors que l’Égypte était à l’apogée de sa civilisation. L’àge de pierre en Gaule est contemporain des premiers siècles de notre ère. Il est probable que les peintures des Bushmen sont d’une époque très rapprochée de nous et remontent à un moment où ils pouvaient encore lutter contre les nouveaux occupants.
La présence d’animaux d’un autre âge serait un indice certain de l’antiquité des peintures de ce genre. Le mammouth peint sur la paroi de la grotte de Combarelles, près de Périgueux, est une preuve de l’époque reculée à laquelle vivaient les habitants de ces cavernes. La présence d’éléphants n’est pas un indice suffisant de l’antiquité des peintures sudafricaines. Les animaux sauvages disparaissent très vite devant l’homme. L’Algérie était pleine de lions en i84o. Aujourd’hui, on n’en trouve plus un seul.
Quoi qu’il en soit, il y a un trait commun et comme la marque d’une civilisation commune dans cette manière de couvrir les parois de grottes, qui ne sont le plus souvent que simples abris sous roches, de pein-
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tures reproduisant une même technique et une même conception artistique.
M. Christol veut bien rappeler que j’ai dit, dans mon Histoire de l'Ecriture, que ces peintures figuratives étaient une manière d’écrire, c’est-à-dire un moyen de fixer certains événements, soit de guerre, soit de chasse, et d’en perpétuer le souvenir. Peut-être est-ce aller un peu loin.
Que manque-t-il à ces peintures pour être de l’écriture P II leur manque le caractère conventionnel qui transforme l’image en un signe et la généralise. L’image c’est de l’art; du moment où elle prend ce caractère général qui en fait l’expression d’une idée, elle perd la vie et s’immobilise aux traits d’un hiéroglyphe.
On serait plutôt tenté de reconnaître de l’écriture dans les graffites étranges, découverts par les missionnaires allemands dans le pays des Damara, au nordouest de la Colonie du Cap, et que M. Christol reproduit d’après une photographie. Ces bizarres inscriptions, formées, comme il le dit, de lignes tout à la fois régulières et incohérentes, agrémentées de
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signes géométriques et aussi de minuscules personnages, donnent par moment l’illusion de caractères; mais elles ne sauraient en aucun cas remonter à une époque ancienne. Sur l’un de ces graffites, nous voyons deux cavaliers; or, le cheval n’a pas été connu au sud de l’Afrique avant l’arrivée des Européens. Un autre nous offre deux rectangles juxtaposés, sur lesquels on voit des disques à rayons, un animal et des lignes en zigzags. Par moment je me demande si l’on n’a pas voulu figurer un livre ouvert. Le livre a beaucoup frappé les indigènes. Une terre cuite du musée du Trocadéro provenant de la côte de Guinée, représente un européen, avec le chapeau de feutre, la barbe en collier, et un livre, peut-être la Bible, ouvert sur la poitrine.
La science n’a pas grand’chose à tirer de ces griffonnages. Une écriture n’a de sens que quand elle exprime des idées suivies et qu’elle les exprime d’une façon constante. Elle suppose une tradition, c’est-àdire une civilisation. Les premiers idéogrammes des cylindres chaldéens ne différaient pas beaucoup de certaines des figures qui se voient sur ces graffites;
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mais ils étaient l’expression d’une civilisation puissante et ils portaient en eux le germe de l’écriture cunéiforme.
Il en est de l’écriture comme de la langue. Au bout de cinquante ans, la langue des sauvages de certaines iles de l’Océanie est méconnaissable et ne se comprend plus. Cette écriture, si c’en est une, ne serait plus intelligible pour les descendants de ceux qui l’ont tracée il y a cent ans peut-être.
Mais, au point de vue de l’histoire de l’esprit humain, il est intéressant de recueillir ces restes d’une civilisation dont le passé préhistorique est encore tout près de nous, et il faut être reconnaissant à ceux qui les ont recueillis, avant que la civilisation, qui est la grande niveleuse du passé, n’en fasse disparai tre les derniers vestiges, et ne referme ce nouveau chapitre, à peine entr’ouvert, de l’Archéologie préhistorique.
Philippe Berger
II n’y a pas de différence entre les inventions des Boschimans ou des Hottentots et celles des premiers Hellènes.
L y a déjà bien longtemps qu’un de nos enfants vint un jour nous dire :
« Mon camarade Tladi m’a dit un très vilain mot. »
Le mot était si vilain qu’il n’osait pas le répéter, il se décida cependant à nous apprendre que le susdit Tladi l’avait appelé Moroa! c’est-à-dire Bushman!
Cela était grave sans doute, car ce nom est mal sonnant par ici, mais pour nous, il va sans dire qu’il l’est bien plus dans l’intention que dans l’expression.
Il n’en reste pas moins qu’il est mal vu au sud de l’Afrique, et surtout chez les Bassouto, d’appeler quelqu’un Moroa; cela ne se fait pas entre gens bien élevés.
(E. Pottier, Les Statuettes de terre cuite dans l'antiquité.)
Hermon, pays des Bassouto.
l’afriq.ub australe
Quant aux Bushmen — pluriel anglais de Bushman — ils ont disparu presque entièrement de nos régions et l’on n’en
peut plus guère rencontrer que par petits groupes dans certaines parties du nord-ouest de la colonie du Cap et dans les plaines du Kalahari où ils se confondent avec les Ma-Saroua, car les blancs se sont acharnés à les détruire, surtout dans le courant du dix-huitième siècle.
Mais l’on a fort changé à leur égard et l’on est bien près d’admirer ceux auxquels on accordait si généreusement le dernier rang dans l’échelle humaine. Qu’étaient donc ces Bushmen que les Bassouto, Barolongs ou autres indigènes méprisent encore si fort et qui, de toute évidence, n’appartiennent pas à la race nègre? Deux des plus anciens documents pouvant être consultés avec certitude sont, chose un peu étrange, des ouvrages français et datent dn dix-huitième siècle.
L’un (1) a pour auteur l’astronome l’abbé L. de La Caille, qui séjourna deux ans à la ville du Cap et dont une société savante a voulu récemment fixer le souvenir par une plaque commémorative fixée sur une maison à l’entrée de Stratid Street.
La Caille, qui ne parle des Buschiesmans que d’une manière
(1) Journal historique du voyage fait au Cap par feu M. l’abbé de La Caille. 1763.
LES BUSHMEN
incidente, les assimile à des Hottentots en rébellion. L’autre document (1) est du savant naturaliste explorateur F. Levaillant qui, l’un des premiers, parcourut vers 1780 l’Afrique du Sud et dont les observations sont les plus intéressantes; pour lui les Bosjeman sont des brigands réfugiés dans le maquis ou, comme on disait alors, des nègres marrons. Tout ceci ne nous apprend pas grand’chose sur les Bushmen. La question reste entière, leur, nom même de Bushmen n’étant qu’un surnom qui veut dire « homme des bois ou de la brousse » et n’est que la traduction du nom de Bosjesmannen que leur ont donné les Hollandais, les mêmes qui, dans leurs colonies de l’archipel de la Sonde, avaient déjà nommé en malais le grand singe de Bornéo « orang-outang », c’est-à-dire homme des bois (2); notre compatriote F. Levaillant les entendait désigner sous le nom de Hottentots-Chinois, à cause de leurs yeux bridés, de leur ton de jaunisse et de leur petite taille ; les Béchuanas, qu’effrayaient
(1) Voyage dans l’intérieur de l’Afrique. 1790.
(2) L’Afrique australe, par E. Reclus. 1900.