‹ L'art dans l'Afrique australeChapitre 48 sur 83 · POT ZAMBÉZIEN EN BOIS SCULPTE · texte numérisé non relu

POT ZAMBÉZIEN EN BOIS SCULPTE

« Qu’ai-je besoin de savoir votre nom ! D’ailleurs, avant que vous le disiez, vous en aviez un que je savais : « Vous « vous appelez mon frère. »

(V. Hugo, Les Misérables.)

Hermon, novembre.

OU S venons d’avoir aujourd’hui la réunion des catéchumènes de tout le district, et, comme le temps était beau et pas trop chaud, nous avons eu une nombreuse assemblée, la plus belle que nous ayons encore vue ici dans ce genre.

La fleur placée en tête de ces lignes est une églantine du Cap à laquelle on a octroyé le surnom peu poétique de Rose de chien.

l’art dans l’afrique australe

Tous les convoqués n’étaient pas là; dans un sens cela est heureux, car je ne sais où ils auraient pu se caser. Notre vieille

chapelle était aussi pleine que possible avec quatre cent quarante néophytes ; aussi présentait-elle un coup d’œil des plus émouvants.

Il y avait là tous les âges et toutes les conditions ; des vieillards, qui avaient longtemps résisté aux appels de Dieu, et qui pouvaient répéter ces paroles d’une poésie faite par un de nos amis :

J’ai laissé, brebis égarée,

De ma laine à tous les buissons...

Des hommes dans la force de l’âge, qui pouvaient s’approprier ce que disait ce matin Selele, qui porte le nom peu solennel de « Nid de souris » : « J’ai rôdé dans des plaines desséchées, c’est-à-dire : j’ai gâché ma vie. »

Enfin, beaucoup d’enfants, bergers, élèves des écoles, aspirant sincèrement, j’aime à le croire, à suivre le Maître humble

et débonnaire.

L’appel des noms que je dus faire prit pas mal de temps, d’abord à cause des nombreuses absences, puis à cause des noms eux-mêmes qui n’étaient pas toujours aisés à prononcer ou qui me surprenaient par leur étrangeté ou leur inattendu, comme : Krotu-Krotu, Qapu-Qcipu , Mpochopocho, Nc/iaoc/iao,

NOMS, PRÉNOMS, SURNOMS

Jaja, etc., ou par leur côté inquiétant, comme le nom de cette jeune fille qui, ce matin, a répondu à l’appel de son nom : Tsitsili, — un insecte plat, brun, mal odorant, qu’on n’ose plus désigner en français — et dont le père s’appelle — fâcheuse coïncidence — Rcimoto/io, le père de la bouillie !

Il y avait là aussi plusieurs femmes ou fillettes portant le nom propre et commun, tout à la fois, de Moselantja (queue de chien), ou celui de Kokonyanci (insecte), Tsienyane (petite sauterelle), Makudubété (têtard), Maru a pula (nuages de pluie), à côté de noms d’hommes plus relevés : Motsuahole (celui qui vient de loin), Thébê-ea-pelo (bouclier du cœur),

Mothokeng (qu’est-ce que l’homme P); puis Ntsepas (montre ton permis), et Molefakrotla (celui qui est à l’amende).

Mon homonyme, baptisé ainsi par un collègue, sur le désir de son père,

Fera (celui qui pose sa charpente sur sa maison) était absent; ainsi que Kromo-ea-baroa (bœuf de Bushman); mais Moitlisi (celui qui s’amène) était des nôtres, naturellement! ainsi que le fils mon ancien ami, dira (le père de celui peur des ennemis). En français, ces noms paraissent un peu longs, mais en sessouto on n’est pas du tout aussi pressé.

Ces noms et surnoms sont curieux et bizarres et aident à connaître les indigènes, qui semblent y mettre tout leur esprit

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et même tout leur sens caustique. Du reste on prend l’habitude de ces noms et surnoms, et personne ne pense beaucoup à leur signification. On oublie que le vieux Matlakala s’appelle « brin de paille » ; tel autre Dipudimabeleng (les chèvres sont dans le champ); ou encore Khomobolcla (le bœuf parle), et Moyakhomo (celui qui accapare les bœufs). Tout cela n’est pas beaucoup plus étrange que de s’appeler comme cet Anglais : Ireleaven (levain d’irritation); ou comme un autre Woodhead (Tête de bois), ou bien encore Smartemijke (riche en douleurs), comme un Boer de nos environs.

Il y a là aussi, outre des noms venant de circonstances, comme Pida (la pluie),

Motchotchonono (comète), etc., d’autres provenant de croyances superstitieuses, car un nom laid doit éloigner de l’enfant la maladie ou les accidents, par exemple ceux de : Nguanatsuene (enfant de singe), Lefulebe (mauvaise mort), Mohlokakobo (qui n’a pas de vêtement); sans oublier Pelaelo , gentille fillette de parents païens dont le nom veut dire :

« arrière-pensée ». N’oublions pas

non plus le nom au moins bizarre de Mamenyemenye (la mère de

PELAELO

MOTCHOTCHONONO

NOMS, PRÉNOMS, SURNOMS

la viande de conserve), et celui de mon vieil ami Ramakhoaba (le père des corbeaux).

Les surnoms se confondent avec les noms et se ressemblent pour nous, mais pas pour les indigènes. Ainsi, un jour que je disais à Adelina : « Le nom de ton mari, c’est bien Rakatiba » (le père du chapeau)? il me fut répliqué d’un ton un peu choqué : « Mais non, son vrai nom, c’est Krolabolokoe (scarabée). »

Il est, par conséquent, peu aisé de retenir tous les noms et prénoms des membres de

RAMAKHOABA

l’Église

et des catéchumènes, d’autant plus que souvent les indigènes sont nommés d’après le nom de leur premier enfant, précédé du mot Ra ou Ma, père ou mère d’un tel.

Cela embrouille pas mal les choses pour nous, car chaque individu peut avoir presque autant de noms qu’un grand d’Espagne.

Cela est dommage, d’autant

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