Tu. Fischer, Italien, p
cette scission de l'Italie, donl la fondation du royaume normand d'Apulie et de Sicile ne fui que la consécration.
Il est remarquable que, depuis l'unité toute factice du grand État lombard, l'Italie méridionale n'ai! jamais pu, malgré les elïorts réitérés parles empereurs germaniques, être rattachée à l'une des multiples combinaisons politiques qui reçurent le nom de royaume d'Italie. Seule la puissance pontificale, une fois maîtresse du centre de ta péninsule, arriva à prendre pied dans la régi lu sud. On sait comment les papes essayèrent d'abord d'agrandir le Patrimoine, en étehdantleslimitesdelan Campanie romaine», comme celles de la «Tuscie romaine». Dans les donations fameuses de 754 et de 817, ils firent concéder à la Sainte République de l'Eglise de Dieu d'abord Gaète et Fondi, puis Arpino, Arce, Sora, Teano et Capoue
même. En fait, ils n'occupèrent jamais, et pour quelques ; Ses seulement, que les deux
premières de ces villes. Mais la conquête normande fournit aux Souverains Pontifes des prétextes pour élever sur l'Italie méridionale tout entière des prétentions bien plus hardies, en revendiquant le droit de suzeraineté sur les pays dont Nicolas II, au concile de Mèlfi, avait donné l'investiture à Robert Guiscard. La fondation du royaume de Sicile eut pour première condition l'abandon de Bénévent au Saint-Siège : la ville pontificale resta au cœur même du royaume vassal comme un perpétuel Mémento.
Les maîtres de l'Italie méridionale devaient pourtant un jour secouer la tutelle du souverain de l'Italie centrale. . La lutte se déchaîna, quand fut consommée l'alliance dont les papes avaient longtemps conjuré la réalisation, cl quand, par l'union de la fille du roi Roger avec le fils de Frédéric Barberousse, les deux couronnes du royaume de Sicile et de l'Empire d'Occident reposèrent sur la même tète. A l'action continue que le pape prétendait exercer dans le royaume, l'empereur et roi résista par un effort audacieux pour percer à travers l'État pontifical. FrédéricJ] proclama hautement le dessein qu'il avait formé: celui d'accomplir, en venant du sud,l'œuvre que les empereurs saxons avaient tentée vainement, en venant du nord. Il entrevit la possibilité d'unir les deux moitiés de la péninsule en un grand État, frère de l'Empire, et qui aurait eu pour capitale, non point, comme au
temps de Luitprand, une Pavie ou une Milan, mais unePaler ou une Capoue. Seulement,
pour agrandir ainsi le royi te de Sicile en un nouveau royaume d'Italie, il eût fallu
réduire le pape, suzerain des rois, à n'être plus que le premier des évêques, et Home, capitale d'un État, à n'être plus que la métropole d'un diocèse. Les papes se trouvaient menacés dans toutes leurs prétentions et dans toutes leurs conquêtes. Entre eux ed empereur commença la guerre d'extermination, où furent entraînés par la suite le (ils et le petit-fils de Frédéric II. Dans cette lutte acharnée, trois des Hohenstauîen qui régnèrent en Italie furent l'un après l'autre brisés.
Le projet d'un royaume d'Italie, qui s'étendrait des Alpes à la mer Ionienne, devait rester une chimère tanl que l'État pontifical barrait la péninsule, d'Ostie à Ancône. Par une rencontre singulière, le seul prince qui, au moyen âge, se trouva en situation de faire reconnaître son autorité dans l'Italie tout entière, était l'allié et le fidèle du pape. Le roi
Robert d'Anjou, souverain héréditaire de l'Italie méridionale, maître de la Toscane, de Gênes, de la Lombardie et du Piémont, fut aussi capitaine de l'État pontifical, sénateur et seigneur effectif de Rome. Si le cœur ne lui eût pas manqué, s'il avait eu moins de scrupules, si, pour tout dire, il avait été un autre homme, l'Angevin eût pu réaliser le projet de Frédéric II1, que Dante venait de reprendre au nom d'Henri de Luxembourg. Mais alors le pape se trouvait exilé au delà des Alpes, dans les terres mêmes du roi de Sicile, comte de Provence, et Rome, avec ses ruines perdues dans une enceinte à demi déserte, donnai! l'image d'Athènes au temps du duché franc.
Une fois les papes rentrés dans leur capitale, l'occasion que le souverain français n'avait pas saisie ne devait plus se retrouver avant cinq siècles, et la ville qui, dans l'antiquité, avait formé le trait d'union entre l'Italie du Nord et l'Italie du Sud, devait l'ester, jusqu'en 1870, le principal obstacle humain à la réalisation de l'Unité italienne".
On voit donc s'accuser, en plein milieu delà carte d'Italie, ces deux barrières : les Abruzzes, barrière géographique; la Province romaine, barrière historique. Pendant une longue suite de siècles, les deux moitiés de la péninsule n'ont pas été seulement séparées par la ligne arbitraire d'une frontière politique, mais encore par deux vastes régions, qui jouaient, au cœur même de l'Italie, le rôle d'une Suisse, en étendant, entre les Marches et le Samnium, un inextricable lacis de chaînes de montagnes, et, entre la Toscane et la Campanie, un grand territoire neutre.
Il nous reste à pénétrer dans cette moitié méridionale de l'Italie, si longtemps séparée de la moitié septentrionale par le barrage des Abruzzes et par l'invisible mur que la puissance pontificale éleva, pour dix siècles, de la mer Méditerranée aux monts de la Sabine. Nous devons, en parcourant du regard les provinces du sud, mettre en lumière la répartition des régions naturelles, accuser les contrastes de la plaine et de la montagne, indiquer le tracé des grandes voies, en un mol marquer sur une carie sommaire les lignes qui devaient être des « directrices » de la civilisation.
Entre le massif des Abruzzes et la mer Ionienne, les régions naturelles se délimitent avec la netteté la plus frappante. Parallèlemenl aux rivages opposés de l'Adriatique et de la mer Tyrrhénienne, s'étagenl trois bandes de terrain don) l'ensemble couvre la largeur entière de la péninsule, el qui forment les grandes divisions d'une gradation établie entre la plaine ouverte et les montagnes impénétrables, en passant par des vallées et des plateaux enca-
f. Saint-Claui B.whiklky, Robert the Wise and hisHeirs, p. 138.
2. On se souviendra de la page lumineuse de Machiavel : " .... Veramenle alcuna provincia non fu mai unita e felice, se la non viene lutta alla ubbidienza d'una Itepublica o d'un Principe, come è avvenuto alla Frauda e alla Spagna. E la cagione che la liai ia non sia in quel medesimo termine, ne abbia ancb'ella o una Republica, o un Principe che la governi, è solamente la Chiesa.... » (I tre tibri de' Discord, lib. I, cap. xn).
drés de chaînons et encore accessibles. Les montagnes les plus farouches, au lieu d'être massées sur l uxe de la péninsule, se trouvent rejetées vers la mer. Mais, bien que chacune de ces (rois régions naturelles soit délimitée, du Samnium à la Calabre, par des lignes continues, leur ensemble se trouve partagé en deux groupes, non seulement distincts, mais encore exactement opposés.
Un premier groupe, au nord, commence au littoral des trois golfes de Gaète, de Naples el de Salerne. La région campanienne ne s'arrête pas brusquement au pied de l'éperon escarpé qui s'avance dans la mer jusqu'à l'île de Capri. Aux cultures régulières, alignées autour du Vésuve, succèdent, sur toute la corniche du promontoire voisin, ces jardins d'orangers qui noient les aspérités de la montagne sous un flot d'un vert brillant que ne ternit pas l'hiver. Les campagnes fécondes en blés et en vignes se prolongent elles-mêmes dans la large vallée du Sebeto, et reparaissent, derrière un écran de hauteurs, au crcuxdu golfe de Salerne. Si opposés que soient les aspects du paysage, entre l'embouchure du Garigliano et celle du Sele, ils donnent à l'envi au voyageur l'impression d'une terre heureuse : Campania felix.
Lorsqu'on abandonne les environs de Capoue ou de Naples pour s'avancer vers l'est, on se heurte à une double rangée de montagnes parallèles au littoral tyrrhénien; mais, entre les chaînes, il reste encore place pour de larges vallées fertiles, telles que la vallée moyenne du Volturne. Enfin on pénètre dans une obscure région, donl le nom môme est à peine connu de l'histoire, l'ancien comté de Molise. Là, on se trouve perdu parmi des montagnes qui, pendant le moyen âge, étaient couvertes de bois touffus. Quelques villes oubliées sur une crête ou dans un creux gardent encore, comme San Bartolommeo m Galdo, le vieux nom germanique de Wald, que les Lombards avaient donné à la forêt voisine. De maigres torrents descendent de ce pays sauvage et traversent, entre la montagne et l'Adriatique, une lande étroite et déserte.
Un nouveau groupe de trois régions naturelles, qui, comme le premier, s'étend sur toute la largeur de la péninsule, commence au sud de la Campanie et de la Molise. Mais, cette fois, c'est au bord de l'Adriatique que s'allongent les plaines, à perte de vue. La vaste table rase, — le Tavoliere, — qui rattache aux contreforts de l'Apennin la presqu'île abrupte du Gargano, est continuée par les bas plateaux d'Apulie, autrefois vaste champ de blé, aujourd'hui long verger d'oliviers et de vignes, qui rivalise de fertilité avec la Campanie. A l'extrême sud, la presqu'île Salentine, plus accidentée, plus ravinée, plus calcinée aussi par un soleil ardent, est assez richement cultivée pour sembler un prolongement de la Terre de Bari dans la mer Ionienne. La ligne grise des Murgie, croupes basses et nues, toutes bossuées de pierres, marque, du côté de l'ouest, la fin de la grasse Apulie. Derrière ce premier obstacle, on redescend encore dans une longue dépression, parallèle au rivage de la mer, et qui fait pendant, sur le versant de l'Adriatique, à la vallée du Volturne.
Quand on se trouve dans les landes du Tavoliere ou sur les crêtes des Murgie de la Terre de Bari, on aperçoit, dans la direction du couchant, une montagne solitaire dont la double
cime semble reproduire la silhouette du Vésuve. C'est le mont Vulture, un volcan éteint qui domine au loin les mamelons calcaires, et qui se dresse, au milieu de la péninsule, comme un Terme géant. Le Vulture a marqué, dans l'antiquité, la limite de l'Apulie et du Samnium; en même temps, il s'élevait à l'entrée d'une troisième région, la Lucanie, qui reçut, au cours du moyen âge, le nom de Basilicate. Le plateau profondément vallonné qui s'étend depuis le mont Vulture jusqu'au golfe de Tarente était encore, au siècle dernier, aussi inaccessible que la triste Molise et couvert, comme elle, d'une immense forêt. C'était une entreprise périlleuse, pour un voyageur parti des plaines d'Apulie,que de gagner Potenza,dans l'ombre des futaies séculaires. Si l'on voulait s'aventurer plus loin vers l'ouest, les obstacles ne cessaient de grandir, à mesure que l'on s'éloignait de l'Adriatique; les crêtes se dénudaient, les pentes s'escarpaient et c'est à peine si l'on trouvait la place d'un sentier de piétons, le long des torrents qui bouillonnent dans des gorges à pic '. On arrivait ainsi à la mer Tyrrhénienne, sans avoir rencontré, dans ce désert de montagnes, d'autres oasis que le val de Marsico et le val de Diano, deux anciens bassins lacustres qui, pareils aux conques des Abruzzes, regorgent d'une végétation luxuriante. Lne grande voie romaine, la Via Popilia, suivait, dans toute sa longueur, le val de Teggiano. Mais, sans donner accès dans l'impénétrable Lucanie, elle ne faisait que passer entre deux murs de montagnes pour se diriger vers le détroit de Messine. Les seuls chemins qui, dans l'antiquité ou pendant le moyen âge, pénétrassent jusqu'au centre du plateau, où l'on n'accédait qu'à grand'peine en venant du nord, de l'est ou de l'ouest, vont tous aboutir à la mer Ionienne : ce sont les étroites gravine que les eaux hivernales ont creusées en roulant vers la presqu'île Salentine, et les larges vallées que le Basento, l'Agri, le Sinni se sont frayées, tout en les pavant de cailloux et en amoncelant le long du chenal de sinistres monticules de fange verdàtre.
La limite naturelle de la Basilicate est marquée, au sud-est, parla dépression où coule le Crati ~. Au delà de ce sillon, qui est un golfe comblé, l'Apennin de Calabre se dresse plus âpre et plus sévère encore que les « causses » et les grands blocs calcaires du plateau Lucanien. Des roches primitives, sombres et dures, forment des massifs compacts, comme la Sila, hérissée de forêts, et le majestueux Aspromonte, dont les derniers contreforts sont battus par les courants du détroit de Messine. Ainsi le contraste entre plaine et montagne, qui ne cesse de s'accentuer à mesure que l'on s'avance de l'Apulie vers la mer Tyrrhénienne, se trouve encore exagéré, aux deux extrémités du golfe de Tarente, par l'antithèse de deux péninsules, dont l'une, la Terre d'Otrante, est une table de craie couverte de riches cultures, et l'autre, la Calabre, une citadelle de granit.
La division de l'Italie méridionale en deux moitiés, qui s'opposent exactement région par région, est maintenant facile à saisir. En allant d'ouest en est, dans la moitié du nord,
1. Le chemin de fer de Naples à Potenza n'a pu trouver, pour s'enfoncer jusqu'au plateau de Basilicate, d'autre passage que les gorges de Homagnano. Pour établir la voie ferrée qui remonte le torrent sur plusieurs kilomètres, on a dù creuser, à mi-liauteur de la muraille à pic, une galerie consolidée, du côté du vide, par des piliers réservés dans la masse du rocher.
2. Cf. A. de Lappare.nï, Leçons de Géographie physique, p. 464-463.
on passe par degrés de la Campanie à la Molise, de la claire unité de la plaine à la confusion des montagnes. Pour suivre la même gradation dans la moitié du sud. il faul aller d'est en ouest el de l'Apulie à la Calabre. Si par elle-même celle division ne se montrait pas évidente, le tracé des voies romaines la rendrait manifeste. Pour gagner le sud, en venant de Capoue, la route ordinaire u'étail pas cette via Popilia qui, au delà de Salerne, allai! s'enfoncer dans les montagnes. La grande route, VAppia, se détournait brusquement vers l'est, après avoir traversé Capoue, el s'en allait gagner, au pied du Vulture, le sillon ménagé entre la ligne des Murgie et le plateau de Basilicate. Elle touchail Tarente el continuait jusqu'à Brindisi, on elle rejoignait une autre route, qui, partie de Bénévent, côtoyait l'Adriatique depuis Egnatia. La plus importante des voies de communication qui traversaient du nord au sud l'Italie méridionale, passait d'un versant à l'autre, pour desservir les deux régions privilégiées, la Campanie et l'Apulie.
Ainsi, dans l'Italie du Sud. les régions lumineuses el les régions obscures se balancent d'un versant à l'autre, el, d'un rivage à l'autre des deux mers opposées, deux plaines rivales se font équilibre. Dans ces conditions, il est clair que la moitié méridionale de l'Italie n'a point de centre unique, point de cœur où doive nécessairement affluer la vie. Nous ne trouvons plus, au sud du Liri, «ne grande vallée; nous n'avons plus, comme en Toscane ou dans la Province romaine, un fleuve dominateur, aux bords duquel était destinée à s'élever quelque jour nue ville souveraine. Capoue elle-même a dû sa longue prospérité bien moins au passage du Volturne qu'à la situation qu'elle occupai! dans la plaine prospère, sur la route de Rome, à proximité des deux golfes de Gaète et de Naples : on sail que la première Capoue, la ville opulente et voluptueuse à l'égal d'une Corinthe, se trouvai! à plusieurs milles du fleuve.
La seule ville qui occupât une position centrale par rapport à toutes les régions de l'Italie méridionale ('(ail Bénévent, où venaienl converger trois routes importantes el qui se trouvai! placée à égale dislance de la Campanie el de l'Apulie. En effet, Bénévent Eut pendant quatre siècles une capitale : la capitale militaire d'un peuple guerrier, une position Stratégique qui tenait le faisceau des grandes voies, et où, plusieurs fois, des armées devaient se rencontrer pour le choc décisif. Mais l'espace manquai! autour de la ville, don! un amphithéâtre de hautes montagnes bornail l'horizon. Bénévent, ainsi resserrée, devait rester une ville de passage, une halte sur les grandes routes; elle ne pouvait devenir un point de départ. Décline, dès le xi" siècle, de son rang de capitale, abandonnée plus tard au souverain qui régnait sur l'Italie centrale, Bénévent n'a joué dans l'histoire de la civilisation qu'un rôle court et secondaire.
Ce n'est point, en vérité, vers l'intérieur des terres que devait se porter l'activité de l'Italie méridionale, mais bien vers les rivages des mers. Au temps où les montagnes du Brutium et de la Lueanie n'étaient peuplées encore que par des clans de pâtres sauvages, le littoral de la mer Ionienne et de la mer Tyrrbénienne, depuis (tirante jusqu'à Cumes, était semé de cités grecques, fécondes en philosophes, en poètes et en artistes. Quand un
voile de mort se Eut étendu sur les antiques cités de la rive ionienne, les golfes de Naples et de Salerne restèrent couronnés de villes prospères. Auprès de dîmes, qui n'était plus qu'une nécropole, les ports de Misène et de Pouzzoles, qui avaient été, au temps de l'Empire, les deux grandes stations de la marine .militaire et marchande, élaient abandonnés : mais, au milieu même de Neapolis la grecque, une Xaples chrétienne s'élevait, et Sorrente, qui n'avait été pour les Romains qu'un lieu de repos et de plaisir, allait posséder une marine et conquérir son autonomie. Au bord du golfe voisin, Salerne, encore obscure au temps de l'Empire, grandissait, et, sur une plage étroite, un port allait se fonder, dont les vaisseaux devaient porter jusqu'aux extrémités orientales de la Méditerranée le nom i l'A mal fi . Enfin, au nord de la Campanie, Gaète, fortement établie sur son rocher, continuait son commerce, déjà prospère au temps où Cicéron habitait une villa devant la plage voisine de Formies.
D'autre part, sur la côte de l'Adriatique, une série île villes, qui se développèrent plus tard que Naples et Gaète, en même temps que Sorrente et Amalfi, allaient, pendant le moyen âge, rivaliser avec les villes des trois golfes campaniens. Brindisi, qui était l'unique havre naturel ouvert sur une longue file de plages et de falaises liasses, a va il été aussi, à l'époque romaine, le seul port fréquenté de l'Apulie, sur le littoral adriatique. Mais, au xn" siècle, c'est une dizaine de ports que nous trouverons alignés à quelques milles d'intervalle, depuis Monopoli jusqu'au pied du Gargano. La plupart d'entre eux étaient établis dans des anses peu profondes et se trouvaient sans cesse menacés par les sables : il fallait, pour les défendre, un appareil de môles et de digues. Pourtant ces ports ont connu trois ou quatre siècles de grande prospérité et d'intense activité.
Quel rôle était réservé à ces ports que les populations riveraines de la Campanie et de l'Apulie savaient exploiter et, au besoin, créer? Il est aisé de se l'imaginer sans avoir même interrogé l'histoire. Chaque port de la mer Tyrrhénienne ou de l'Adriatique était l'entrée d'une route qui s'en allait hors de l'Italie. Tandis que, du côté de l'Etat romain et des Abruzzes, l'accès de l'Italie méridionale était empêché par dés obstacles de toute sorte, la mer s'étendait devant les rivages, comme une plaine facile aux navigateurs. La Dalmatie et l'Epire se trouvaient plus proches de l'Apulie que la Toscane ne l'était de la Terri:' de Labour. Brindes était, en face de Dyrrachium, une véritable tête de pont, et la via Appia, comme si elle eût traversé effectivement l'Adriatique, reprenait sur la rive opposée à l'Italie, avec le nom de via Egnatia.
Or, au delà de la mer, ce n'étaienl pas seulement quelques ports et quelques iles qui se trouvaient en relation de voisinage avec l'Italie méridionale; c'étaient les routes de l'Orient qui s'ouvraient. Otrante, Gallipoli, Tarente, communiquaient directement avec Patras et le Pirée. La route si aisément accessible de Brindisi, qui commençait à Durazzo, était la roule de terre qui se dirigeait vers Thessalonique et Constantinople. Quand un vaisseau italien avait atteint Corfou, il pouvait, en suivant la ligue des rivages et des archipels, gagner de proche en proche l'Asie Mineure, Chypre et la
Syrie. La voie de cabotage, en vue des terres, que choisissaient de préférence des marins encore effrayés par le désert mouvant du large, conduisait de Tyr ou de Smyrne, le long de la Morée, au canal d'Otrante et à Brindisi1. Une autre voie, plus hasardeuse et plus directe, venait aboutir à Messine el à Reggio à travers la haute mer. Le cabotage continuait alors, le long des côtes inhospitalières de la Calabrc, jusqu'à Salerne et à Anialfi et poursuivait jusqu'à Gaète, et, au delà, jusque vers Pise. Les ports de l'Apulie se trouvaient sur l'une, et les ports de Campanie sur l'autre des deux grandes routes maritimes qui, pendant le moyen âge, se dirigeaient vers l'Empire byzantin et les côtes syriennes.
On le voit : l'Italie méridionale se détourne, pour ainsi dire, de l'Italie du Nord, pour tendre vers la Dalmatie, la Grèce et les rivages du Levant les trois promontoires du Gargano, delà Terre d'Otrante et de la Calabre. Elle semble s'offrir comme un intermédiaire naturel entre l'Italie proprement dite et les « pays d'outre-mer « . Et ce n'est pas seulement d'après des schémas abstraits, figurés sur une carte, qu'on peut dégager ce qui est, dans la physionomie de l'Italie méridionale, comme le trait dominant : bien plus vivement encore, sur le terrain et parmi les hommes d'aujourd'hui, on sera poursuivi par cette impression qu'au sud de Rome un monde nouveau commence, qui, par plus d'un endroit, semble déjà appartenir à l'Orient.
Sans doute, il ne faudrait point attendre semblable surprise du moment où l'on se cantonnerait dans les montagnes du Samnium ou de la Basilicate. Si les Abruzzes, avec les neiges durables de leurs cimes et la végétation touffue de leurs « conques », paraissent, en plein été, plus « septentrionales » que l'Ombrie, on peut aussi, sous les grands chênes et parmi les hautes fougères du Gargano, ou bien devant les lacs profonds et la hêtraie du mont Vulture, ou au milieu de la grande forêt, de Calabre, se croire reporté au delà des Alpes. Les montagnes forment, en effet, l'ossature par laquelle l'Italie méridionale tient à l'Italie septentrionale et participe des climats et des aspects du Nord.
Mais quel contraste, dès qu'on descend aux rivages de la Campanie ou de l'Apulie, ou que l'on suit la côte déserte de la Grande-Grèce! L'un des plus savants observateurs des formes de la terre a été si frappé par l'aspect nouveau que lui offraient les rochers et les plages, au sud des Terres Pontines, qu'il l'ail commencer à Gaète une région du monde méditerranéen, « celle qu'on peut appeler la région hellénique • ». Les grands oliviers, forts comme des chênes, que l'on voit à Monopoli ou à l'aima, donnent, sur le sol pierreux delà Pouille ou au pied de l'Aspromonte, l'image exacte d'un paysage de Corfou. Les sommets de la Calabre, vus le soir, du bord de la mer Ionienne, montrent les formes sévères et les teintes précieuses d'un Hymette ou d'un Parnasse. Dans la pure lumière, au bord de la mer plus transparente et plus foncée à la fois qu'elle ne paraît devant Pise ou Venise, les habitations même ont des formes faites pour étonner un voyageur du Nord : les faubourgs de
1. Voir l'itinéraire suivi en sens inverse par Frédéric U quand il se rendit, en 1228, de Brindisi en Chypre (Huillard- Bkeholles, Hist. dipl. Frcd. Il, Introduction, p. cccxxxi, et t. I, p. 898-U00).
2. Vidal de La Blachk, États et Nations de l'Europe, p. iilo.
Naples sont bâtis en maisonnettes à terrasses et à coupoles, crépies de couleurs claires, et telles qu'on les retrouve dans les ports de Syrie. Au bord de l'Adriatique, l'Apulie, toute semée de villes blanches, dont les campaniles pointent comme des minarets, ressemble aux Échelles du Levant. Les couleurs septentrionales ont disparu, gris terne ou vert froid : tout, le terrain comme la mer, les maisons comme le ciel, prend pour l'œil une valeur différente des tons atténués du paysage ombrien ou toscan. 11 y a, entre l'Italie du Nord et l'Italie du Sud, un contraste visible.
La moitié de l'Italie qui est restée si longtemps séparée de l'Italie du Nord, et qui, aujourd'hui encore, ne s'y trouve unie que par la seule torced'une Idée, a eu, dans le cours du moyen âge, les destinées les plus singulières et les plus opposées en apparence à son orientation : pendant dix siècles, l'Italie méridionale a appartenu à des envahisseurs et à des souverains venus d'au delà des Alpes ; après avoir été la dernière principauté lombarde, elle fut un royaume normand, un royaume allemand, un royaume français. Ne faut-il voir qu'une série de hasards obstinés dans la condition d'une région qui, destinée en apparence à recevoir du Sud sa civilisation, a successivement reçu du Nord tant de maîtres '?
Tout d'abord on se souviendra que les envahisseurs n'ont pas trouvé le champ libre : l'Empire byzantin garda, même après la conquête lombarde, quelques positions aux extrémités méridionales de l'Italie. Les armées ennemies se répandaient et refluaient du bout de la Calabre au centre du Samnium : tantôt (/'étaient les Lombards qui resserraient les Grecs clans leurs derniers retranchements ; tantôt c'étaient les stratèges byzantins qui venaient assiéger Bénévent. Au Xe siècle, la lutte grandit jusqu'à des proportions épiques par l'intervention des empereurs d'Occident : pendant plus de cent ans, l'Italie méridionale fut un territoire contesté et disputé entre les deux Empires.
Quand les Normands parurent en Italie, ces guerriers vagabonds, derniers venus des peuples germaniques qui avaient fait les invasions, n'avaient pas sans doute d'autre dessein que celui de jouer les troisièmes larrons. Ils prétendaient se tailler en Apulie, aux dépens des Lombards et des Grecs toujours aux prises, une nouvelle Normandie, comme celle que leurs pères avaient trouvée en France, et celle que leurs frères allaient bientôt chercher au delà de la Manche. Mais, quand la lutte avec les Grecs eut été engagée à fond, les ambitions des vainqueurs grandirent. A peine les armées byzantines eurent-elles repassé la mer que les Normands les poursuivirent sur les côtes d'Épire. Le plus hardi des lils de Tancrèdede Hauteville avait des lors son plan. Bien des années avant que les Grecs eussent rendu les dernières places fortes de l'Apulie et de la Calabre, et avant que les Normands fussent entrés en vainqueurs dans la Sicile musulmane, Robert Guiscard voulait, dit un chroniqueur, « faire de son fils Bobémond un empereur de Gonstantinople », et lui-même,
poussant dans les profondeurs de l'Asie mystérieuse, prendre la tiare de « roi des Perses ». Le conquérant mourut dans une île grecque, à l'entrée de la route de terre qui conduisait à Byzanee.
Le dessein de Robert Guiscard n'était pas la chimère d'un barbare ignorant et fou d'orgueil. Le terrible guerrier qui avait frappé ses premiers coups en Calabre comme voleur de bœufs et de chevaux avait pris la claire conscience du rôle que les maîtres de l'Italie méridionale étaient appelés à remplir dans l'histoire du moyen âge. Assez longtemps ce pays avait été revendiqué par l'Empire d'Orient ; maintenant que l'équilibre des forces opposées était rompu an profit des hommes du Nord, pourquoi ceux-ci n'auraient-ils pas poursuivi les vaincus jusque dans leur propre territoire ? L'Italie du Sud et la Sicile, après avoir été des colonies de l'Orient byzantin et de l'Orienl musulman, allaient envoyer des conquérants contre leurs anciens maîtres et devenir à leur tour une métropole.
Eu effet, pendant tout lexu" et le xms siècle, les entreprises orientales, poursuivies par tous les moyens et dans toutes les directions, restent l'idée fixe de tous les souverains des trois dynasties qui se succèdent dans le royaume de Sicile. Depuis l'avènement de Roger le premier roi normand, jusqu'à la mort de Guillaume le Bon, les Hottes siciliennes vont sans cesse attaquer, d'un côté, l'Épire et la Grèce, de l'autre Tunis et Tripoli ; les vaisseaux de l'amiral Georges d'Antioche s'aventurenl jusqu'au Bosphore et passent en jetant des flèches enflammées dans les jardins de Manuel Comnène. A son tour, l'empereur Henri VI, qui avait d'abord fait alliance avec l'empereur de Constantinople .contre les Normands, n'eut pas plus tôl hérité de la couronne de Sicile qu'il entreprit, à l'exemple de ses devanciers, d'attaquer l'Empire d'Orient*. Le successeur de Henri VI, l'empereur Frédéric H, n'aband la point, même dans sa lutte acharnée contre la papauté, le projet héréditaire des conquêtes orientales; tandis que d'autres «Latins» venaient de s'emparer enfin de Constantinople, Frédéric alla prendre au Saint-Sépulcre la couronne de Jérusalem ; après lui. son lils Manfred parvint à ressaisir pacifiquement, par son mariage avec la fille fin despote d'Epire, les premières conquêtes de Robert Guiscard sur la rive illyrienne de l'Adriatique ; bientôt il s'enhardit, et, de concerl avec le despote, il envoya une armée en Macédoine contre l'Empire grec de Nicée. Enfin Charles d'Anjou, en s'emparant du royaume des Normands et des Hohenstaufen, prétendit soutenir l'héritage de. leurs plus grands desseins : il acheta à une princesse déchue et à un empereur fugitif leurs droits sur Jérusalem et sur Byzanee, et, quand le soulèvement de la Sicile eut immobilisé les forces qu'il axait réunies pour les lancer contre l'Orient -, au moins garda-t-il, dans sa lignée, ces titres magnifiques: empereur de Constantinople, roi de Jérusalem, despote d'Epire, prince d'Achaïe, pour les transmettre à ses descendants, qui, au hasard des alliances, les dispersèrent à travers l'Occident.
1 . W. Nobden, Dcr Yicrte Kreuzzug im Rnhmen der Bezichimgen des Abendlandes zu Byzanz; Berlin, 1898 ; \" partie, p. 32.
2. V. l'introduction de Sternkeld, en tête de son livre : Ludwigs desReiliqen Kreuzzug nachTunis, 1270; 1893.
Considérons maintenant cet ensemble de faits, qu'on s'est trop rarement attaché à grouper, comme ils doivent l'être. N'est-il pas clair que. pendant les deux siècles de prospérité et de puissance où l'Italie méridionale a attiré les regards de l'Europe entière, la force dominante, parmi celles qui se heurtent dans son histoire, celle qui reste active de règne en règne et de dynastie en dynastie, comme si elle représentait une nécessité supérieure à l'action des hommes, c'est l'attrait des entreprises orientales ? Or, dans cette tradition politique qui entraînait successivement les rois de Sicile vers Byzanceet vers Jérusalem, ne reconnaissons-nous pas 1' « orientation » même de l'Italie méridionale ? Les hommes du Nord ont subi les uns après les autres la « fatalité géographique » du pays qu'ils avaient eonquis ou dont ils avaient hérité.
Les faits qu'a pu dégager une analyse sommaire de la topographie et de l'histoire de l'Italie méridionale renferment en eux une réponse à la question préliminaire que nous avions dù nous poser. Tout a concouru à nous montrer comment, jusqu'à la révolution nationale qui a rendu à la péninsule l'Unité autrefois instituée par l'Empire romain, il y a eu deux Italies. L'une a toujours été maintenue dans le concert des pays d'Occident; l'autre a été longtemps comme attirée vers l'Orient. 11 est donc légitime d'étudier, à part de la Lombardie ou de la Toscane, un groupe de régions aussi rigoureusement séparé de l'Italie du Nord que l'a été, pendant plus de dix siècles, l'ancien royaume de Naples.
Les considérations qui viennent d'être rappelées auront une autre utilité que celle d'avoir fixé à notre étude ses frontières naturelles : elles contribueront encore à guider le développement intérieur de notre travail, en éclairant les problèmes essentiels qui vont s'imposer à notre attention.
Sans doute, l'histoire de l'art, après avoir reçu de l'érudition les documents d'archives qui sont pour les œuvres d'art comme des actes de l'état civil, et après avoir recueilli les inscriptions qui ont gravé sur les monuments la date de leur naissance ou le nom de leur auteur, doit se proposer, avant tout, d'établir le groupement et la filiation des artistes par l'analyse et la comparaison des monuments. Ainsi elle mettra à profit l'avantage que lui confère la nature même des faits qu'elle étudie. Pour l'histoire politique, il subsiste seulement des documents et des témoignages, qui ne sont que les signes des faits : les faits eux-mêmes ne sont plus. L'histoire de l'art, se trouve en présence de faits qui, au lieu d'être abolis à jamais, sont présents et visibles comme des êtres vivants. Ces faits sont les monuments et les oeuvres. Il y a entre eux et les faits qu'étudie l'histoire politique toute la différence qui sépare une réalité d'un souvenir.
Cependant, après avoir terminé le travail d'analyse et de classification des œuvres,
interrogées face à face, qui est le métier propre de l'historien de l'art, il est nécessaire de sortir du cercle où l'on tourne en expliquant un monument par l'artiste qui en est l'auteur, et cet artiste lui-même parle maître ou le monument qui l'a précédé, ou encore par son propre génie, c'est-à-dire par une cause inconnue.
Quand la zoologie descriptive a expliqué les caractères d'un être par ceux des parents qui l'ont engendré, elle reconnaît que l'explication est incomplète : pour se rendre compte des transformations que subit une espèce dans un individu, il faut replacer l'être animé dans le milieu inanimé où il s'est développé. De même, une œuvre d'art apparaît dans un pays et dans un temps donnés, c'est-à-dire qu'elle dépend d'un milieu géographique et d'un milieu historique. Il est superflu de rappeler que l'architecture de certains édifices a été déterminée par les matériaux que fournit le sol où ils sont fondés. On comprend de même que, pour arriver dans une région où ils ont fait souche, les modèles portatifs et les artistes voyageurs ont dû passer par les chemins que suivait le commerce. Ainsi la connaissance des voies de communication peut rendre compte de certains faits artistiques.
La géologie superficielle et la topographie, considérées comme des connaissances auxiliaires de l'histoire de l'art, pourront être étudiées soit sur le terrain, soif sur les cartes, en même temps que les monuments ou leur reproduction graphique. Au contraire, pour reconstituer le milieu historique où ont travaillé les artistes, il faut se transporter dans le passé. Dès lors on cesse d'étudier le fait artistique dans l'œuvre encore existante et présente, pour le considérer seulement dans son origine : on l'extrait de la série des faits artistiques visibles dans les monuments, pour le replacer dans la série des faits historiques dissimulés et comme ensevelis sous la lettre morte des documents. Alors il est aisé de constater comment des événements qui, souvent, n'ont laissé aucune trace dans les traits de l'œuvre vieillie, ont pu favoriser sa naissance.
L'art est un luxe : il dépend de l'histoire économique. L'art peut être l'image symbolique «l'une idée : il dépend de l'histoire des idées philosophiques et religieuses. L'art enfin peut être la manifestation extérieure de la puissance de quelques hommes, qui ont voulu donnei' à leur nom la durée des pierres : il dépend de l'histoire politique.
Inversement, la seule existence d'une œuvre d'art peut être un document pour l'histoire politique au même titre qu'un parchemin d'archives ou qu'un récit de chroniqueur. Quand l'historien veut retracer quelque ombre des faits qui n'ont pas été consignés par écrit, c'est quelquefois un monument qui, seul, atteste pour lui la richesse d'un peuple, l'expansion d'une religion, la domination d'une dynastie.
On ne peut donc oublier, tout en étudiant pour eux-mêmes les faits artistiques, qu'ils sont aussi des faits engagés dans la vaste trame des faits humains. Il est clair seulement que l'étude des relations que l'histoire particulière des arts a entretenues avec l'histoire générale de la civilisation, varie d'importance suivant les périodes et les régions, comme varient aussi les problèmes qui doivent tenter la curiosité de l'historien.
Nous avons pris d'avance une idée sommaire du milieu géographique et historique que l'Italie méridionale devait offrir pendant le moyen âge au développement de l'art. Si, api'ès avoir reformé la série des faits artistiques qui se sont produits pendant une suite de siècles dans la moilié de l'Italie, nous voulons exposer ces faits, de concert avec les faits géographiques, économiques, religieux et politiques dont ils ont subi l'action, il nous sera désormais facile de formuler les questions que nous rencontrerons à chaque pas.
Comment la division des régions naturelles et la direction des voies de communication ont-elles influé sur la répartition des écoles artistiques?
Comment les contrastes des pays ouverts et des pays inaccessibles, des pays riches et des pays pauvres, se traduisent-ils par des différences dans la « densité » des monuments dont ces divers pays sont peuplés?
Dans le développement de l'art religieux, quel a été le rôle des deux Églises qui se sont rencontrées dans l'Italie méridionale? Quelle a été la part des moines orientaux et des moines latins?
Dans l'histoire politique, quelle a été, sur les ails, l'action des conquêtes successives, des invasions et des colonisations? Qu'ont apporté ou qu'oui adopté les hommes du Nord, quand ils sont venus s'établir entre Rome et la mer Ionienne? Quels sont, dans leur nombre, ceux qui ont fait régner avec eux une civilisation supérieure, et ceux qui ont été conquis par les arts des vaincus?
Enfin toutes ces questions viennent aboutir à une question dominante, qui rappellera en deux mots les conclusions de notre étude sur la topographie et l'histoire de l'Italie méridionale. Cette moitié de l'Italie nous apparaît, pendant le moyen âge, comme isolée entre la moitié septentrionale de la péninsule et les pays orientaux. Nous aurons donc abordé un problème important de l'histoire de la civilisation en recherchant quelle a été, dans l'art de l'Italie méridionale, la part du Nord, la part de l'Italie et la part de l'Orient, à dater du siècle oii Rome a perdu, avec son rang de capitale politique, son rôle de métropole artistique.