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CHAPITRE PREMIER

I. — La fin de l'art antique dans l'Italie méridionale ; la Grande-Grèce ; les monuments de l'Empire romain. — Naples, dernier refuge de l'hellénisme en Italie.

IL — Les peintures alexandrines de Pompéi et les premières peintures des catacombes napolitaines; le Pasteur d'Ilermas : emprunt au christianisme alexandrin ; les orants aux candélabres : emprunt aux monuments africains. — Les basiliques constantiniennes. — Les deux cathédrales de Naples.

111. — Xola et Cimitile. — Les constructions de saint Paulin; la basilique de Saint-Félix, comparée à celle de Saint- Martin de Tours et aux édifices constantiniens de Jérusalem. — La basilique de l'évêque Sévère et le baptistère de l'évêque Soter, à Naples. — Premières influences de l'art chrétien d'Orient.

Vers la fin du iv* siècle de l'ère nouvelle, c'en est fait depuis cinq cents ans de cet art industriel, alourdi et compliqué, qui avait succédé dans les villes hellénisées de l'Italie du Sud à l'art monumental qui a va il Henri dans les cités de la Grande-Grèce1. La guerre punique avait porté un coup mortel à la civilisation de l'Apulie et de la Campanie. Capoue ni Calés, Canosa ni Ruvo ne continuent àfabriquer, au delà du m' siècle avant Jésus-Christ, leurs vases noirs à dorures, leurs grands canthares couverts de peintures et d'engobes, leurs hautes hydries surchargées de figurines. Tarente, qui gardait encore, au temps de Strabon, la pratique du parler grec, avait alors perdu depuis longtemps les traditions de son art national. Pillée par les Romains, puis colonisée par eux, la cité dorienne, qui avait été l'éducatrice de l'Apulie, n'était plus même un musée : ses grandes statues de bronze avaient pris le chemin de la capitale ; ses orfèvreries précieuses avaient été fondues ou dispersées sur les dressoirs îles patriciens. C'est de nos jours seulement que le hasard des fouilles a fait reparaître, autour de Tarente, hors des cachettes et des tombeaux, ces figurines de terre cuite et ces pièces d'argenterie incrustée d'or qui, par la finesse et l'accent spirituel du travail, forment une série tout originale2.

1 . Cicéron écrit dans le De Amicitia : « Magnam Grœciam, quœ aune deleta est » (IV, 13). Sur la misérable fin de la Grande-Grèce, voir de Blasiis (Arch. stor. ital., 3° série, III, 1866, p. DO).

2. Voir le surtout de table conservé au musée de Bari et qui doit être publié en 1002 par le conservateur du musée, M. le docteur Mayer, dans les Mittheilungen des Deutschen Instituts. M. Edmond de Rothschild possède plusieurs pièces d'orfèvrerie tarenline, encore inédiles.

Pendant la paix impériale cl jusque dans les années troublées par l'approche des Barbares, une profusion de monuments surgit d'un bout à l'autre de l'Italie méridionale. Toute colonie, tout municïpe eut ses temples, ses portiques, mémo son théâtre ou son amphithéâtre. Les blocs de marbre de Carrare, les colonnes de cipollin ou de granit oriental furent transportés, sur le réseau des voies romaines, jusque dans les pays perdus, où l'industrie grecque n'avait jamais pénétré. On retrouve partout dans les édifices chrétiens ces matériaux superbes, que vingt générations ont pu exploiter sans les épuiser.

Dans toutes les provinces de l'Italie méridionale, comme dans l'Occident tout entier, l'art monumental de l'Empire romain est le même. 11 parcourt l'Europe et traverse quatre siècles, sans presque se modifier. Il y eut une architecture et une sculpture administratives, dont les œuvres demeurèrent aussi impersonnelles que les caractères des inscriptions officielles. Au début dum" siècle avant Jésus-Christ, l'Italie méridionale s'était trouvée partagée entre des régions barbares et des rivages où la civilisation grecque déployait son heureuse variété : à la fin du 111e siècle de l'ère chrétienne, les districts perdus du Samnium ou de la Lucanie, et les villes diminuées qui gardaient un nom autrefois illustre dans tout le monde hellénique, avaient reçu les mêmes édifices, comme la même langue, le môme droit, les mêmes institutions municipales. Rome a fait régner sur les vides de la Grande-Grèce et sur le pays samnite la froide solennité de son style Empire '.

Une seule ville, en Italie, résista, jusqu'au temps de Dioclétien, à l'unité romaine. Rhégion et Tarente avaienl achevé d'oublier le grec, que Naples le parlait encore. Tandis que les villes du littoral ionien étaient entrées dans l'obscurité où elles devaient rester plongées jusqu'au vm" siècle de 1ère chrétienne, tandis queCapoue, riche encore et peuplée, déclinait lentement, depuis le jour où, rivale de Rome, elle avait été abattue pour jamais, Naples n'avait cessé de grandir sous la domination romaine, sans acheter sa prospérité au prix d'une renonciation à toutes ses traditions helléniques. La ville héritière de l'antique splendeur de Gumes garda sous l'Empire des formes de gouvernement que la Grèce même avait perdues : les citadins continuèrent à se partager entre des phratries" imitées d'Athènes; des empereurs, comme Titus et Hadrien, s'honorèrent de porter le titre de démarque do Naples'. Il n'est pas jusqu'aux magistratures romaines qui ne revêtirent des noms helléniques ; le duumvir fui un archonte, et l'édile un agoranome K Des jeux d'origine ancienne

1. Cf. M. Colugnok, Histoire de la sculpture grecque, p. 362. — Après la fondation de l'Unité italienne, les villes se sont reprises, d'un bout à l'autre de la péninsule, à se parer de monuments uniformes, sculpture ou architecture. Les statues de Victor-Emmanuel et de Garibaldi prennent place dans tout chef-lieu de province, comme autrefois l'eHîgie de l'empereur dans tout municipe. L'amphithéâtre et l'arc de triomphe, décorés d'une pompeuse inscription en l'honneur du prince, sont remplacés par la grande galerie vitrée, surmontée d'un dôme : Bologne, nome, Florence, Naples, se sont offert l'une après l'autre cet ornement ambitieux, en style d'Exposition universelle, que Milan avait la première adopté.

^. Corpus Inscr. grsBc.j III, p. 715.

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