‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 12 sur 433 · Beloch, Campanicn, p · texte numérisé non relu

Beloch, Campanicn, p

CATACOMBES ET BASILIQUES 2b

furent restaurés magnifiquement en l'honneur d'Auguste 1 et salués par les poètes et les rhéteurs des écoles grecques, qu'ils attirèrent en Campanie, jusqu'à la fin du iv° siècle, comme les derniers jeux olympiques C'est à Naples que Néron alla recevoir au théâtre la couronne poétique, parce qu'il comptait y trouver une société affranchie des préjugés romains, et, pour fout dire, avec l'expression même de Tacite, une ville grecque3.

Un centre hellénique, resté (Jorissanl en Italie, devait naturellement trouver dans les ails la manifestation la plus complète de son originalité. Kl en effet, si les monuments officiels de Naples et des villes voisines étaient copiés sur les monuments de Homo, des décorations du goût le plus souple cl le plus ingénieux couvraienf non seulement les murs des villas superbes, mais encore les intérieurs des maisons bourgeoises. L'art pompéien suffit à nous i-enseigner sur l'art napolitain, doid il procédait.

Les peintures, que la cendre du Vésuve a conservées dans la fleur de leur nouveauté, ont bien pu être exécutées en partie par des artistes italiens : il n'en est pas moins vrai que le décor pompéien ou napolitain est, dans son origine, aussi étranges à l'Italie que l'avaient été les fresques sévères peintes (Unis les tombeaux de Ruvo et de Paestum ; cet art frêle et brillant est venu tout formé des rivages méditerranéens, où les vaisseaux de Pouzzoles allaient chercher le blé de l'Égypte. La maison du « Faune » ou celle du « poète tragique » aurait été à sa place dans un quartier coquet de la capitale des Ptolémées. Aux raffinés qui venaient de Rome chercher le long du golfe bleu la vie libre de toute contrainte, la « vie à la grecque 4 », Naples offrait l'harmonie d'un parler qui rappelait les poètes et les philosophes d'Athènes, et l'éclat joyeux d'une ville qui étail une image d'Alexandrie5. L'art gréco-égyptien île Campanie, bien différent de l'art gréco-romain des monuments officiels, au pied desquels se jouait sa fantaisie ingénieuse, ne se figea point dans des formules rigides ; il ne se borna pas à reproduire tel tableau célèbre, comme la Médèe ou le Sacrifice d'Iphigènie : il resta mobile et vivant, au point qu'on a pu distinguer dans le décor pompéien quatre styles parfaitement distincts, qui se succèdent en moins d'un siècle, cl qui vont depuis l'imitation d'un placage, destiné à donner aux cloisons l'apparence riche et massive d'un mur de marbre, jusqu'aux paysages lumineux, aux kiosques aériens, aux arabesques voltigeantes, qui semblent supprimer les clôtures et ouvrir l'appartement tout entier sur un décor de féerie i;.

L'éruption de l'an TUcl les tremblements de terre don telle fut accompagnée n'attristèrent que pour peu d'années le golfe toujours souriant. Après Constantin et Julien, même après

1. Les jeux « Augustes >> furent institués par les Napolitains, dit Dion Cassius, ïjtstîjj ià tiîjv 'EUrlvuv jidvoi tûv KPoaycÂptdv rpctaov Tivà IçîXojv (LV, 10).

2. " 'ItaXtxà Pfcijiata E«6aarià îaoXâ|ima » (Corp. Inscr. yrcre, n° 5803).

3. « Neapolim, quasi Grœcam urbem, delegit » (Annales, XV, 33).

4. M 'EntTKÎvO-jot ÔÈ tt(v Èv NcaxdXst oiaydiy^v ttjv cËXXl]Vud)V oî ex tt;; P(ô;ir(; àva/topoyvT;:... » (STBABON, V, 4.)

il. W. llELiur., Untcrsuchungeu ùberdie Campanische Wawl Malerei, Rerlin, 1873, in-8°, p. 60 et suiv. ; — P. Girard, la Peinture antique (llibl. de l'Enseignement d.'S Beaux-Arts), p. 327.

0. La classification chronologique des peintures de Pompéi a été faite, avec la science la plus ingénieuse, par M. A. Mau, dans son ouvrage : Geschichlc der Decorativen Wand Malerei in l'ompeii, Berlin, 1882, in-8° (V, p. 5-7).

Théodose, Naples et ses environs n'ont pas perdu l'attrait cpii avait séduit les contemporains d'Auguste. Il n'est bruit, dans les lettres de Symmaque comme dans les vers d'Horace, que des délices de Baies et de son golfe en miniature '. Decius, préfet de Rome, passai!, à la fin du ive siècle, pour renouveler dans sa villa les magnifiques folies de Lueullus2.

Or c'est dans la région où la vie des derniers adorateurs des dieux antiques garda le plus longtemps son élégante frivolité et ses prétentions d'hellénisme, que nous apparaît le premier groupe de monuments et de décorations où le christianisme a mis les signes de sa foi. Il ni' s'est pas conservé dans toute l'Italie méridionale, en dehors de l'ancienne province de Campanie, une église ou une peinture chrétienne antérieure à la lin du v" siècle. Les catacombes exiguës de Sessa et de Siponto ne sont que des trous sans aucun ornement; les nécropoles des plus anciennes juiveries de la Terre d'Otrante ou de la Basilicate, — à Tarente, à Lavello, à Venosa, à Matera, — ne montrent au visiteur que des caractères hébraïques, latins ou grecs du v' ou du vi" siècle, cl des schémas sommaires de chandeliers à sept branches, le tout gravi' sur des tablettes de marbre, ou peint au minium sur le tuf. C'est à peine si les Calabres, les Abruzzes et l'Apulie ont fourni à l'épigraphie chrétienne des premiers siècles une vingtaine de documents, tandis qu'on a tiré des cimetières anciens de Nola, d'AvelIino, de Capoue 3, une ample collection d'épitaphes de martyrs et de fidèles. Naples eut, aussi bien que Rome et qu'Alexandrie, des catacombes, qui reçurent, dès le n" siècle, des corps vénérés. Quand Philostrate le rhéteur, venu dans la ville grecque pour y voir les jeux Augustes, trouva dans une villa monumentale du Pausilippe cette collection de tableaux mythologiques qu'il a ingénieusement décrite, les arcosolia des galeries creusées dans la colline de Capodimonte étaient déjà décorés de peintures chrétiennes.

On sera tenté de se demander si l'art chrétien de Campanie, né de l'art antique, flans un temps où les rives du golfe de Naples étaient encore le rendez-vous ries amateurs de belles-lettres et d'œuvres d'art, a pu, en quelque manière, différer de l'art païen ou chrétien de Rome et rappeler l'art pompéien. Tout en reconnaissant l'intérêt de la question, on se convaincra qu'elle doit rester sans réponse, pour plus d'une raison.

D'abord il faut se souvenir que l'art pompéien ou, pour mieux dire, l'art alexandrin de Campanie, ne resta pas confiné au bord du golfe de Naples. 11 suivit à Rome les patriciens dont il ('gavait les villas d'été, et s'empara de leurs palais. Les peintures et les stucs de là riche habitation du siècle d'Auguste, qui a été récemment découverte auprès de la

1. « Illo luxuriœ sinu {Symm-ichi Epistolw, lib. VII, ep. 24). Symmaque fut consul en l'an 391. a. Symm. F.pisl., lib. VII, ep. 30.

Page 1