‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 13 sur 433 · Corpus Iriser, tat,., X, p · texte numérisé non relu

Corpus Iriser, tat,., X, p

Farnésine, sont des œuvres aussi légères que les plus délicates décorations pompéiennes, et aussi finement relevées d'une «pointe d'exotisme». On pourra douter que l'art alexandrin soit devenu, dans l'immense capitale cosmopolite, aussi populaire qu'à Pompéi, où il pénétra jusque dans les échoppes et devint peinture en bâtiments; mais, pour établir une comparaison en règle, il faudrait qu'un cataclysme favorable eût conservé, en l'ensevelissant, toul un quartier de la ville des Césars.

D'autre part, si nous ne connaissons à Home que très peu de fragments contemporains des fresques de Pompéi, nous ne possédons pas une seule peinture campaniennc qui prenne date cidre l'éruption fameuse et les premières peintures chrétiennes. La rareté des documents romains antérieurs à l'an 7',) nous empêche de suivre le développement parallèle du décor « pompéien » et du décor « romain »; l'absence de documents napolitains postérieurs à l'an 7',) arrête d'avance toute tentative de comparaison entre la décadence de ces deux décors.

Force nous est de recourir directement aux anciennes peintures de la catacombe dite de SanGennaro. On accède aux deux étages superposés de cette catacombe par deux amples vestibules qui en sont la partie la plus ancienne et qui conservent encore sur leur plafond des restes de fresques remontant au m", peut-être au ir* siècle. Il n'y a pas, à Naples, une œuvre d'art chrétien qui ait été décrite aussi souvent que ces peintures1, aujourd'hui presque effacées et déchiffrables à peine, quand l'eau de pluie, en suintant à travers le plafond, ravive les couleurs pâlies. Le peu qu'on aperçoit n'a rien qui rappelle les fantasques architectures de Pompéi, relevées en clair sur un fond enduit et comme laqué d'une couleur unie et brillante, ou bien détachées en silhouette sur un paysage clair et finement nuancé. Nous voyons, comme aux voûtes des cubicula de Rome, un fond blanchâtre sur lequel s'entre-croisent des lignes brunes, dont les combinaisons imitent grossièrement les caissons d'un plafond stuqué. Dans chacun des compartiments, en forme de trapèzes ou de rendes, sont peints des ornements ou des figurines, hippocampes, panthères, Victoires, Amours ou Psychés, pris au magasin d'accessoires des peintres de villas-. L'exécution des petits sujets est fine et légère, mais la décoration païenne de ces deux vestibules de catacombe chrétienne n'offre aucun caractère qui rappelle les peintures campaniennes du ier siècle plutôt que les peintures romaines du n".

Le vestibule supérieur offre, parmi de nombreux emprunts à l'imagerie gréco-romaine, trois sujets chrétiens. L'un d'eux esf indistinct; le second représente Adam et Ève, deux figures nues d'un modelé fort élégant 1 ; le troisième met en scène un groupe île trois jeunes

1. A la plus exacte de ces descriptions, donnée par L. Lefoht (Chronologie des peintures des catacombes de Naples, Mélanges de l'Ecole de Rome, III, 1883, p. 71-73), un préférera les médiocres gravures publiées par le 1'. Garrucci [Storia dclf Arte cristitma, I. IV, pl. 90, 91, 95 et 96). Les peintures sont trop délabrées pour qu'on puisse en obtenir des photographies satisfaisantes.

2. Cf. E. MCntz, Elude sur l'Histoire delà pcinlurccl de l'iconographie chrétiennes, Paris, 1882, in-8», p. 8.

3. Bboyhann [Adam und Eca inder Kunst des Christlichen Altcrthums, Wolfenbûttel, 1893, p. 12) et Polh (Die Altchrht- Itehe Presto und Uosaik Maler'ei, Leipzig, 1888, p. 21j reportent ces peintures jusqu'au temps de Trajan. Tout essai pour

filles occupées à construire une tour1. On a reconnu avec raison, dans cette représentation mystérieuse, un sou venir du livre d'Hermas, le Pasteur. Ici nous sommes en présence d'un motif qui ne s'est rencontré dans aucune des catacombes romaines, ni, en dehors de la catacombe napolitaine, dans aucun monument de l'arl chrétien. Celle unique illustration d'une parabole, oubliée depuis longtemps par les écrivains ecclésiastiques, est aussi la seule preuve dos rapports religieux qui continuèrent d'exister, dans les premiers temps du christianisme, entre l'Orienl cl la Campanie. En effet, la singulière apocalypse écrite, vers l'an l in de Jésus-Christ3, par le frère de Pins, évêque de Rome, fui rédigée en grec et eut vogue seulement dans les pays hellénisés, tels que l'Egypte. Inconnu de saint Ambroise et de saint Augustin , le Pasteur est cité comme un ouvrage canonique par les maîtres les plus illustres de l'École chrétienne d'Alexandrie, Clément et Origène1. Ainsi la peinturé à peine distincte de la catacombe de San Gennaro atteste que la première chrétienté de Naples participait à la vie spirituelle des Eglises d'Orient, exactement comme l'tsium de Pompéi et les inscriptions dédicatoires trouvées à Pouzzoles rappellent que, deux siècles plus tôt, des collèges campaniens ont servi les dieux d'Alexandrie1.

Les parois du vestibule inférieur ont été, par la suite, revêtues d'autres couches d'enduit donl quelques fragments écaillés laissent reparaître des détails du décor ancien, à côté de scènes et de ligures du vin", du ix° et même du xi' siècle. En s'enfonçant dans les galeries obscures qui cheminent à travers la colline de Capodimonte, on trouve rà et là. dans les arcosolia, des restes de peintures des v" et vie siècles; elles son! pour la plupart si misérablement dégradées qu'on est contraint de se référer aux reproductions données par Bellermann5 et Garrucci pour distinguer quelques détails. Par exemple, plusieurs fresques du v* et du vi" siècle représentent, au fond de Yarcosolium, un défunt debout entre deux flambeaux allumés". La coutume d'entourer des luminaires réservés au culte l'image de ceux qui étaient entrés dans la gloire ne semble pas être d'origine romaine : elle est courante, au contraire, dans l'Eglise d'Afrique 7. Peut-on s'étonner, d'ailleurs, de trouvera Naples un souvenir direct de l'art chrétien qui s'était formé sur les rives opposées de la Méditerranée, quand on sait que les orthodoxes d'Afrique, pour échapper aux Vandales, vinrent s'éta-

dater ces fresques à un siècle près me parait condamné d'avance, puisqu'il devrait prendre pour base celle élude comparative de la peinture,, pompéienne » et de la peinture romaine dans les deux derniers siècles du paganisme, pour laquelle tout document nous fait défaut.

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