‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 120 sur 433 · Jannelli, ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

Jannelli, ouvr. cité, p

2. Voir mon article intitulé : CKspositione d'Onicto e la Storia deltc Arti (Arch.stor. (Icll'Arle, 1696, p. 407); les deux faces de la croix de Ciaëte sont reproduites par M. Scbloubergeh : Basile II, p. 532-533.

croix, appelées T«u?fcÇi«, qui, à La cour impériale, figuraient, comme des joyaux sacres, sur les manteaux de cérémonie '.

La cathédrale de Naples possède une croix-reliquaire en or, qui, d'après une tradition inadmissible, serait celle de l'évêque Leontius, qui vivait au vu" siècle2. La face de cette croix, dont le revers est formé d'une plaque d'argent de travail local3, est richement ornée de filigrane, de gemmes et de quatre médaillons émaillés, représentant les quatre Evangélistes, dont les noms sont gravés sur le champ métallique en cursive grecque «. Les altitudes des Evangelistes sont combinées d'après la place que chacun des médaillons devait occuper à l'extrémité d'un des bras de la croix; c'est ainsi que le saint Lue, qui est placé à l'extrémité supérieure, est représenté de face, tandis que saint Jean el saint Mathieu sont tournés de manière à regarder dans la direction du fragment de la vraie croix, qui occupe le milieu du reliquaire/1.

La croix d'autel de la cathédrale de Cosenza porte, comme la croix de Naples, un morceau de la vraie croix, fixé à l'une de ses faces. Elle est haute de 26 centimètres, et, malgré sa pelile dimension, elle est ornée d'émaux, qui tous représentent des figures en pied0. Le corps de la face antérieure est une plaque d'or en forme de croix, dans laquelle est découpé le contour du crucifix. La croix est remplie d'un émail bleu d'outremer, dont la masse est fixée sur le métal du fond par un lacis très lin de lamelles d'or, qui se trouvent entièrement recouvertes par le glacis de teinte homogène. Le Christ a des cheveux noirs, rayés de nombreux filets d'or; le tondu visage et du corps est un rose très pâle; les détails, les plus saillants de la musculature et de l'ossature sont dessinés avec une étonnante précision par les cloisons des compartiments. La ligne du corps est très souple el fortement arquée par la saillie de la hanche droite. Le voile qui pend jusqu'aux genoux est d'un gris bleuâtre, avec une doublure bleu sombre. Le nimbe d'émail vert translucide est traversé d'une croix blanche à lilet rouge. On lit sur la tablette qui barre le haut de la croix le monogramme IC XC, et sur les bras de la croix les mots ICTArPQCrC (î araïpowiç, la Crucifixion), avec l'iotacisme si fréquent dans les inscriptions byzantines. Quatre médaillons de forme ronde accompagnent le crucifix. C'est, en haut, un archange, en costume impérial (tunique bleu sombre, sur laquelle passe un Xffipo; jaune à fleurs rouges el noires), qui tient le sceptre et le globe, dans l'attitude d'un basileus. A gauche du crucifix, la Vierge, avec une tunique bleu gris et un voile bleu sombre; à droite, saint Jean-Baptiste, hirsute comme de

1. Une croix de ce genre, qui a appartenu à la princesse Dagmar, morte en 1212, est conservée au musée de Copenhague (Ko.nd.uuff, les Emaux byz. de la coll. Zwénigorodskoï, p. 167).

2. Voir plus haut, p. 70. Cette croix est exposée dans la nouvelle chapelle des reliques.

3. Les motifs représentés sur cette plaque sont l'Agneau et les animaux des Evaugélistes; le fond est orné de Heurs d'iris.

4. line bonne chromolithographie dans l'ouvrage de Capasso, Monumenta Neap. Duc, t. II, 21 partie, pl. 10.

5. I.e sainl Mathieu a été transporté, peut-être par une erreur du premier monteur, à la partie inférieure de la rroix, et la place qui devait lui être réservée sur le bras droit de la croix a été prise par un saint Marc, vu de face, comme le sainl Luc.

6. Arch. stor. delC Arte, 1896, p. 407; — Schlimbeiicer, Basile II, p. 293.

coutume, et vêtu de vert opaque. Les trois figurines en pied ont une chevelure noire entourée d'un nimbe vert translucide. Le médaillon du bas représente un autel, surmonté d'une croix, à côté de laquelle sont plantées la lance et le bâton qui porte l'éponge. Sur l'autel est posé un calice près duquel se tient une colombe aux ailes étendues1. Cette composition symbolique esl une Etimasia, pareille à celle qui est figurée de même, en émail cloisonné sur or, au milieu de la Pain d'Oro de Venise, où l'image de la croix triomphante surmonte celle du Rédempteur bénissant '.

Sur la face postérieure de la croix-reliquaire de Cosenza, le corps de la croix est orné de filigrane, d'un énorme rubis et de six plaquettes, émaillées de fleurons très fins. Les médaillons à figures sont au nombre de cinq; au centre, le Christ assis et bénissant; aux extrémités de la croix, les quatre Evangélistes en pied, vus de trois quarts et assis chacun devant une table surmontée d'un pupitre. Deux d'entre eux ont la barbe grise et deux la barbe noire.

Si admirable que soit la croix de Cosenza, pour la noblesse du dessin et la finesse de la technique, l'Evangéliaire de Capoue ne lui est point inférieur. L'ouvrier était expert en son art. qui, avec des rubans de métal, de la couleur en poudre et du feu, a réalisé l'image du Christ bénissant entre les quatre anges, et dessiné ses mains fines, ses pieds nus et cambrés, son pâle visage atlristé, son front d'Olympien, chargé d'une noire chevelure. Le personnage tout entier, assis sur son trône couvert de coussins orientaux, vêtu d'une tunique bleu cendré et d'un himation bleu sombre, a, dans sa taille de 7 centimètres, la solennité des apparitions qui se manifestent dans les coupoles des églises byzantines3.

L'Evangéliaire de Capoue se distingue des trois croix à inscriptions grecques de Gaëte, de Xaples et de Cosenza, comme des plus parfaits ouvrages de l'émail lerie byzantine, par un détail: les inscriptions latines. Suffit-il de ce détail pour attribuer à un atelier local cette pièce d'orfèvrerie exécutée pour la cathédrale de Capoue à la fin du xue siècle?

Dans l'énumération des techniques diverses qui furent pratiquées par les moines de Desiderius, Léon d'Ostie mentionne le verre, vitrum, et ne fait point allusion aux émaux cloisonnés, qu'il appelle ailleurs smalta. Tous les émaux mentionnés dans la chronique bénédictine ont leur histoire indiquée en deux mois : aucun n'est sorti des ateliers monastiques, où l'on imitasi audacieusement les ouvrages de repoussé et de ciselure envoyés de Constantinople. Ledevant d'autel, couvert de tableaux en émail cloisonné, est fabriqué sur commande par les orfèvres impériaux; un autre autel, orné de pierreries et d'émaux, est donné par Robert Guiscard, qui, en campagne, n'avait point d'artisans à sa suite5. Quant

1. On distingue encore, au-dessus de Taule], les quatre clous du supplice.

2. Des plaques émaillées représentant VEtimasia, et pareilles à celle qui orne la croix de Cosenza, figurent sur la croix byzantine de Namur, sur une reliure en argent de la bibliothèque de Saint-Marc, à Venise, et sur les icônes géorgiennes de Ghélat et de Khakoulj [Eondakoff, les Emau.v byzantin* de la Coll. Zv)énigorodskoït p. 46, 182 et passimf.

3. Cf. les images du Rédempteur bénissant, dans les chefs-d'œuvre de l'émaillcrie byzantine (Kondakoff, Coll. Zwénigorodskoi, pl. I, p. 12», 1(17, 227, 265).

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