LES MOSAÏQUES BÉNÉDICTINES A FIGURES
également en latin. Mais la main droite bénit à la grecque et le personnage tout entier semble sortir d'une église byzantine. Son visage maigre, accentué par la saillie des pommettes et adouci en même temps par la finesse du modelé, a, sous la longue chevelure blanche, la plus noble sérénité. La tunique blanche est ombrée de bleu fin, et les plis du manteau, de couleur feuille morte, sont, rehaussés par des traits d'or (fig. 78).
ACapoue môme on peu! voir une mosaïque des premières années du xu" siècle, contemporaine de l'abbé Oderisius, qui, après avoir décoré l'entrée de l'église bénédictine de Saint-Jean, a été transportée dans un bas côté de la cathédrale '. Trois figures à mi-corps y sont groupées sur un fond bleu : la Vierge avec l'Enfant, el à droite et à gauche, inclinés dans l'altitude orientale de l'adoration, saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Évangéliste, qui, peu d'années auparavant, avaient été représentés dans l'abside de la basilique du Mont- Cassin. Les costumes, pauvrement drapés, et les visages maigres sont des copies durcies de modèles grecs.
Une troisième mosaïque bénédictine, étroitement apparentée par le slyle à la mosaïque conservée dans la cathédrale de Capoue, subsiste dans le tympan du portail de l'église Santa .Maria la Libéra, à l'entrée de la petite ville d'Aquino. Le sujet est singulier : sur le champ d'or la Vierge se montre à mi-corps, tenant l'Enfant, entre deux sarcophages, dans chacun desquels est couché un cadavre de femme, la tête enveloppée dans un voile rayé'. Au-dessus des sarcophages on lit deux noms, sans doute ceux des mortes qui se sont fait représenter sous la garde de la Vierge : OTTAL1NA-MARIA (fig TU). Le nom bizarre d'Ottalina a été porté par la femme d'AdenoIf, fils de Pandolf, premier comte d'Alvito, qui vivait vers 11605. Mais rien ne prouve que cette dame ait été la donatrice de la mosaïque.
Quoi qu'il en soit, la mosaïque d'Aquino, loin d'être la copie servile d'une composition byzantine, représente un sujet d'intérêt local. De même, dans aucune église grecque la Vierge n'est représentée, comme sur la mosaïque du portail de l'ancienne église bénédictine, entre les deux saints Jean. A Salerne, le saint Mathieu en mosaïque a pris, dans la cathédrale, une place qui, dans une église grecque du même temps, aurait été réservée a la « Dormition » de la Mère de Dieu. Ainsi les mosaïques campaniennes du xi" et du xn' siècle, qui. par la technique et le style, sont les plus voisines des mo-
1. Salazaro, I, p. 54; II, pl. XIII (restauration). La porte dans le tympan de laquelle se trouvait cette mosaïque a élé elle-même, comme on l'a ilit plus haut, encastrée dans le mur latéral de droite de la cathédrale.
2. PasqUALR Cayao, Storia sacra e profana d'Aquino, .Xaples, 1808, II, p.
Fig. 7